Artefacts – Stephen Baxter

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Vertigineux

obelisk_baxterArtefacts est une nouvelle signée Stephen Baxter, que vous pourrez notamment retrouver au sommaire du recueil Obelisk. Rendons à César ce qui lui appartient, c’est le camarade Herbefol qui a attiré mon attention sur ce texte, en commentaire de mon article sur l’Universe Opera. Et en effet, il s’inscrit parfaitement dans cette thématique. Mais l’essentiel n’est pas là, mais plutôt dans le fait que cette assez courte nouvelle est à la fois un chef-d’oeuvre de Hard SF mais aussi, et peut-être surtout, de métaphysique, dans le sens où elle répond, de façon absolument vertigineuse, aux plus profondes des questions : qui suis-je, pourquoi l’univers doit-il mourir, d’où vient-il, etc.

Bref, et surtout compte tenu du fait que le sommaire contient d’autres textes alléchants (notamment L’invasion de Vénus -d’ailleurs traduit par ce même Herbefol pour le compte du numéro 70 de Bifrost– et la nouvelle éponyme Obelisk), je ne saurais trop conseiller aux amateurs anglophones de Hard SF et de la science-fiction en général, dans ce qu’elle a de plus profond et vertigineux, de dépenser quelques euros pour se payer ce recueil, ils ne le regretteront pas. Lire la suite

Diaspora – Greg Egan

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Le roman le plus ambitieux et le plus rempli de sense of wonder de toute l’histoire de la science-fiction

DiasporaVous avez découvert Greg Egan récemment, par exemple avec Zendegi, Cérès et Vesta, voire, si vous êtes anglophone, avec Perihelion Summer, et vous pensez connaître l’auteur ? Eh bien comme le disait un personnage d’une série récemment achevée (dans tous les sens du terme), « Tu ne sais rien, Jean Neige » (je francise). Dans ces textes, l’australien fait ce que j’appellerais de la « Light Hard SF », au mieux (et souvent presque de la Soft SF), ce qui est donc un ou plusieurs ordres de grandeur en-dessous de la complexité, de la difficulté et de l’ambition de la plupart de ses textes plus anciens (pour plus de détails, voir mon Guide de lecture de la Hard SF). Rien de tel ici : publié en 1997 en VO, Diaspora relève de cette pure ultra-Hard SF qui a fait connaître l’auteur. Ce qui veut dire que même si, pour moi, c’est sans aucun doute le livre le plus ambitieux et le plus rempli de sense of wonder de toute l’histoire de la Science-Fiction, il ne se destinera probablement pas à tous les profils de lecteur. Même si l’australien fait un notable effort à coups d’analogies, de visualisations et de métaphores pour rendre son propos compréhensible, qu’il y a une vraie intrigue et que le propos n’est pas froidement centré uniquement sur les sciences mais plutôt sur l’humain, c’est une SF d’un tel calibre que, comme, dans un sous-genre différent, Anatèm, elle se révélera à la fois exigeante mais aussi incomparablement gratifiante pour qui s’investira dans sa lecture.

Ceci étant posé, voilà une sortie à côté de laquelle il ne faut surtout pas passer, car je vous prie de croire que des livres de ce calibre, il n’en est publié le plus souvent qu’un par décennie, au mieux (le décalage entre la sortie en VO et la traduction a fait que nous en avons, avec Anatèm, eu deux en quelques mois, ce qui fait que nous vivons clairement ce que je n’hésite pas à appeler une époque bénie). J’ajoute que voilà un parfait exemple de la SF que moi, je veux lire : moins de Damasio, plus de Diaspora ! Lire la suite

Terminus – Tom Sweterlitsch

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Un roman d’une rare qualité, extrêmement prenant, qui établit un nouveau standard en SF temporelle / des univers parallèles

TerminusLe 24 avril 2019 sortira chez Albin Michel Imaginaire Terminus de Tom Sweterlitsch, un roman que j’ai pour ma part lu en anglais peu après sa sortie sous son titre original, The gone world. Si vous voulez plus de détails à son sujet, je vous conseille la lecture de ma critique complète, mais je peux le résumer de la façon suivante : Terminus est un impressionnant roman mélangeant voyage vers le futur (et les univers possibles) avec une enquête menée par un agent du NCIS visant à retrouver un soldat faisant jadis partie du programme spatio-temporel (mais présumé mort) ayant sans doute massacré sa famille avant de disparaître, seule sa fille aînée restant introuvable. En parallèle, le Terminus, la fin de tous les futurs possibles, menace la Terre, et se rapproche de plus en plus du présent, c’est-à-dire de l’année 1997. Ce sera à Shannon Moss de régler toutes ces sous-intrigues, qui se retrouveront liées à elle d’une façon très habile, qui se dévoilera petit à petit au cours du récit.

J’ai été bluffé par la maîtrise de l’auteur, que ce soit en matière de worldbuilding (à la fois original, prodigieusement riche mais restant à la portée de tous à condition d’y mettre un peu du sien), d’intrigue (complexe et très habile mais jamais difficile à comprendre), de style, de rythme, d’atmosphère, de personnages (l’héroïne est un bijou en terme de personnalité et de background), bref de pratiquement tout. Il y a bien 2-3 points mineurs qui m’ont un peu dérangé, mais franchement rien d’important. Au final, voilà un livre d’une rare qualité, extrêmement prenant (qui se dévore avidement plus qu’il ne se savoure à petites gorgées décontractées) et qui établit sans conteste un nouveau standard en matière de voyage temporel et d’univers parallèles, un domaine où on aurait pu croire que tout avait été dit. Eh bien non !

Bref, voilà un achat que je vous recommande vivement. Et si, en plus de vous faire plaisir, vous souhaitez soutenir le blog, et que vous êtes client d’Amazon, passez par un des liens affiliés suivants, vous ne dépenserez rien de plus mais donnerez quelques piécettes au Culte :

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L’œil d’Apophis – Numéro 12

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Eye_of_ApophisDouzième numéro de la série d’articles l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, mal promus par leur éditeur, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans ou cycles : aujourd’hui, il s’agit de la saga des Princes d’Ambre de Roger Zelazny, du Bureau des atrocités de Charles Stross et de La brèche de Christophe Lambert.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt les tags (Roman) Culte d’Apophis ou Guide de lecture SFFF). Lire la suite

Anatèm – Tome 2 – Neal Stephenson

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Un monument de la SF

anatèm_T2Voici donc la suite d’Anatèm tome 1. Rappelons au passage que cette division en deux volumes n’existe pas en version originale. Autant le dire tout de suite, si la première partie du diptyque inscrivait déjà le roman dans son ensemble parmi les grands livres de Science-Fiction, ce second opus le place, lui, parmi ses monuments, ses plus grands chefs-d’oeuvre, et ce sans le moindre doute. Car s’il aborde certains thèmes classiques de ce genre, il le fait d’une manière assez radicalement nouvelle, et car son point-clef, dont on ne réalise réellement la portée qu’à la fin, est tout simplement vertigineux. Malheureusement, je ne vais pas détailler à quel point ce que je viens d’aborder est d’une qualité folle, car cela me forcerait à entrer dans des explications divulgâchant une partie du contenu des tomes 1 ou 2 à ceux qui ne les ont pas encore lus. Je vais donc rester très vague sur certains points, mais du coup cette critique sera lisible par tous.  Lire la suite

The snow of Jinyang – Zhang Ran

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Un des précurseurs du Silkpunk

clarkesworld_117_zhang_ranAlors que sort La grâce des rois de Ken Liu, il est temps de reparler sur ce blog du Silkpunk, ce sous-genre à la fois du Steampunk et de la Fantasy dont les contours ont été définis par l’auteur sino-américain. Définis, certes, mais pas créés : il avoue lui-même que plusieurs textes antérieurs au sien peuvent être, rétroactivement, classés dans le Silkpunk, et celui dont je vais vous parler aujourd’hui en fait partie selon lui (même si en fait, il relève plus, à mon sens, d’un autre genre, dont je vais soigneusement éviter de trop vous parler). Il s’agit de la nouvelle The snow of Jinyang, signée par Zhang Ran (selon les conventions asiatiques, Ran est son prénom et Zhang son nom de famille), auteur chinois, ancien journaliste et analyste qui tient désormais un café dans le sud de son pays. Ce texte est disponible gratuitement (en anglais) via le site du magazine Clarkesworld (une traduction dans la langue de Shakespeare depuis le mandarin a été publiée dans son numéro 117 -la version originale a été publiée en Chine en janvier 2014-), soit sous forme écrite (clic), soit sous forme audio (clic). Lire la suite

American Elsewhere – Robert Jackson Bennett

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Cyclopéen ! 

american_elsewhereAmerican Elsewhere est le troisième titre faisant partie du lancement d’Albin Michel Imaginaire, le 26 septembre. aux côtés des tomes 1 d’Anatèm et de Mage de bataille. Gilles Dumay le présente comme « un thriller Kingien / Lovecraftien, lisible par le grand public, peut-être un peu mainstream pour un lectorat hardcore » (la presse US évoquait également Neil Gaiman, au passage). De plus, le livre est plus ou moins rangé sous l’étiquette « Fantastique », à laquelle les gens rattachent de toute façon tout ce qui est lié à Lovecraft (ce qui est absurde : ce dernier a balayé tous les genres, du pur Fantastique au Weird, la SF et la Fantasy). Je ne suis que partiellement d’accord avec cette présentation : oui, c’est « lisible » (et de façon très fluide et agréable, qui plus est) par le grand public, mais clairement, ce dernier va rater des tonnes de clins d’œil à Lovecraft et risque, de plus, d’être un peu décontenancé par les éléments science-fictifs qui ont une importance capitale dans l’intrigue. Lisible, donc, par le lecteur lambda, qui ne sort pas de l’imaginaire mainstream d’habitude, mais disons que celui-là va perdre une partie de la… Pandimensionnalité de l’ensemble (il faudra lire ce roman pour saisir la blague :D) et ne va voir que les ombres sur la paroi de la caverne, pas cette dernière.

Car American Elsewhere relève, à mon sens, bel et bien du Weird / New Weird, ce genre hybride popularisé par Lovecraft puis, plus près de nous, par des gens comme Miéville, Ligotti ou VanderMeer. Ou de la SF un peu barrée et cachée sous des oripeaux Fantastiques à la Stephen King, à la rigueur. Quoi qu’il en soit, même un lecteur peu expérimenté dans les littératures de l’imaginaire (même « mainstream », comme King) devrait vraiment apprécier cette lecture, car ce thriller horrifique s’avère, malgré sa longueur qui peut faire peur (pas loin de 800 pages), extrêmement prenant, et il se lit à une vitesse folle. Et c’est clairement passionnant, on tourne les pages avec fièvre pour savoir le fin mot de l’histoire et le devenir de son héroïne ! Et pour ce qui est du « peut-être trop mainstream pour un lectorat hardcore », clairement pas non plus, car je pense pouvoir sans problème m’inclure dedans et je n’ai pas trouvé ça trop grand public. Je dirais même plus : même pour un amateur éclairé de Néo-Lovecrafteries, ça se place à mon avis clairement dans le haut du panier, et est donc, dans ce registre, à lire et non pas à écarter d’un revers de main car trop orienté vers les gros bataillons du lectorat.

Au passage, c’est le deuxième livre signé Bennett que je lis en quelques semaines, et les deux fois, ça a été une claque magistrale. Attention cependant, je placerais American Elsewhere deux bons crans au-dessus de Foundryside en terme de qualité, et l’atmosphère, voire même le style d’écriture, sont largement différents, même si à la base, l’idée est un peu la même : la Réalité est malléable.  Lire la suite

Anatèm – tome 1 – Neal Stephenson

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Magistral, mais ardu (ou l’inverse)

anatem_T1Anatèm est la version française d’Anathem, roman de Neal Stephenson paru en 2008, et qui avait déjà fait l’objet d’une tentative avortée de traduction par Bragelonne. En effet, l’auteur emploie tout un écosystème de néologismes qui rendent toute tentative de les faire passer dans une autre langue prodigieusement ardue. On peut donc, avant toute chose, féliciter Jacques Collin, le traducteur de la version complète qui paraîtra en deux tomes (le 26 septembre et le 31 octobre) chez Albin Michel Imaginaire, pour l’incroyable travail effectué. On peut aussi remarquer que placer ce roman dans le lancement de ce nouveau département éditorial de la prestigieuse maison est un pari audacieux, tant, comme je vais vous l’expliquer, ce n’est certainement pas un livre tout-public, sans doute au contraire des autres titres initiaux (surtout Mage de bataille, qui fera l’objet de ma prochaine critique).

Ce livre a beau avoir reçu le prix Locus 2009, ainsi que bénéficier d’une réputation particulièrement flatteuse de véritable monument de la science-fiction, je dois dire que je l’ai abordé avec une certaine méfiance, tant mes expériences précédentes avec l’auteur se sont révélées contrastées, allant d’extrêmement positive avec L’âge de diamant jusqu’au très pénible avec Le samouraï virtuel. Au final (et en tenant compte du fait que je réserve mon jugement puisque je n’ai en fait lu qu’une moitié du texte), cette lecture s’est avérée prenante, intéressante, stimulante, mais aussi (et peut-être surtout) longtemps particulièrement exigeante. C’est clairement un livre à lire… mais pas par tout le monde ! Lire la suite

The gone world – Tom Sweterlitsch

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Le roman définitif sur le voyage temporel et les univers parallèles ? 

gone_worldTom Sweterlitsch est un écrivain américain qui a débuté sa carrière en 2014. Il est peut-être surtout connu pour être le co-auteur des scénarios de trois courts-métrages (RakkaFirebase et Zygote) avec Neill « District 9 » Blomkamp. C’est d’ailleurs ce dernier qui va réaliser l’adaptation cinématographique du roman qui nous occupe aujourd’hui, The gone world. Celui-ci mélange voyage dans le temps, univers « parallèles » (voir plus loin) (vaguement) uchroniques, post-apocalyptique, le tout lié par l’enquête menée par un agent spécial du désormais célèbre Naval Criminal Investigative Service. Time Opera et NCIS, il n’en fallait pas plus pour me convaincre ! Je pensais tomber sur un thriller temporel dans le genre du Déjà vu de Tony Scott, avec éventuellement un peu de Leroy Jethro Gibbs dedans, mais j’ai en fait eu affaire à quelque chose de beaucoup plus ambitieux, d’une qualité littéraire impressionnante et d’une envergure science-fictive bluffante. Il y a certes quelques vagues zones d’ombre (je vais en reparler), mais certainement pas de quoi impacter négativement l’impression d’ensemble.  Lire la suite

La cité du futur – Robert Charles Wilson

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Pas mauvais, pas désagréable, mais aussi pas marquant, pas novateur et pas assez développé

cité_futurRobert Charles Wilson est un auteur californien ayant par la suite obtenu la nationalité canadienne. Très prolifique, très largement traduit en français (à ma grande satisfaction) et considéré par Stephen King comme le meilleur auteur de Science-Fiction vivant, il est titulaire d’un grand nombre de prix, dont un Hugo pour l’excellent Spin. Mine de rien, La cité du futur est le septième roman de cet auteur que je lis (et non, il n’y a pas de critiques, c’était bien avant le blog).

Sans être un mauvais roman, La cité du futur ne fera pas partie de mes livres préférés de l’auteur (BIOS et Spin), et s’est révélé plutôt décevant sur plusieurs points, dont une narration molle, sans réelle surprise et un aspect purement SF qui peine à renouveler les thématiques du voyage dans le temps, des mondes parallèles ou des uchronies (si les distinctions entre ces termes sont floues pour vous, je vous invite à consulter mon article sur le sujet).

Signalons qu’une fois encore, Aurélien Police s’est surpassé, nous offrant une couverture à la fois esthétique, catalysant l’imagination / donnant envie d’en savoir plus et capturant parfaitement l’esprit du roman (particulièrement de sa fin crépusculaire). Lire la suite