Unity – Elly Bangs – VF

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Dichotomique et magnifique

Le 28 septembre 2022 paraîtra chez Albin Michel Imaginaire Unity, premier roman d’Elly Bangs, jusqu’ici connue pour des nouvelles de qualité, dont Dandelion, qui paraîtra dans Bifrost. Le dernier point sur l’état de la collection fait par Gilles Dumay nous apprend qu’à lui seul, le dernier Émilie Querbalec, Les Chants de Nüying, a concentré plus de demandes de SP que les deux prochaines parutions d’AMI, à savoir Les Flibustiers de la mer chimique de Marguerite Imbert et, donc, Unity d’Elly Bangs. Je ne me prononcerais pas (encore) sur le Querbalec (reçu mais pas lu en raison d’un problème de santé mi-août qui m’a laissé KO et dont je ne me suis pas encore entièrement dépêtré) ni sur le Imbert (que je n’ai aucune intention de lire), mais ayant lu Unity en VO, je peux dire avec une absolue certitude que négliger ce roman serait une erreur encore plus grande que passer à côté de Summerland. Et si j’en juge par ce que j’ai vu passer, ceux qui m’ont fait confiance concernant ce dernier n’ont pas eu de raison de le regretter.

Eh bien c’est pareil ici, à un détail près. Unity, est, en effet, un roman très dichotomique, sa première partie ne reflétant absolument pas la qualité de la deuxième, facilement deux ou trois ordres de grandeur au-dessus. Il va donc falloir être patient et ne pas abandonner avant d’avoir atteint ce point de bascule, qui se situe, de mémoire, quasi-exactement à 50% du bouquin. De toute façon, parvenu à ce point, vous serez tellement happé que vous ne pourrez plus lâcher Unity, littéralement. Pour ma part, ayant déjà lu Bangs, je savais, ou plutôt je croyais savoir, quelle puissance émotionnelle elle était capable de dégager, et c’est en confiance que j’ai continué à tourner les pages. Confiance bien placée, donc. Précisons toutefois que même la première partie est intéressante au moins sur le plan d’un worldbuilding plus singulier qu’il n’y paraît de prime abord : post-apocalyptique, certes, mais post- plusieurs apocalypses, avec des humains vivant surtout dans des villes sous-marines et une technologie qui est très au-delà d’un Mad Max ou équivalent.

Je n’insisterais jamais assez : Unity est un roman qui, pris dans sa globalité, est de tout premier ordre, et c’est clairement une des sorties SF de l’année. Si vous voulez en savoir plus à son sujet, sans spoiler (à vrai dire, la quatrième de couverture d’AMI en dévoile plus que ma critique, à mon sens), ma chronique de la VO est à votre disposition. Je vous encourage donc à demander un SP ou à faire l’acquisition de ce livre, faute de passer un peu bêtement à côté d’une des parutions majeures de cette rentrée littéraire 2022.

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Demain et le jour d’après – Tom Sweterlitsch

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Sombre mais d’une grande beauté

Une version modifiée de cette critique est sortie dans le numéro 103 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Après le succès de Terminus, Tom Sweterlitsch revient chez AMI avec la traduction d’un roman antérieur, Demain et le jour d’après. En 2048, un attentat nucléaire rase Pittsburgh, tuant l’écrasante majorité de ses habitants, dont la femme, enceinte et quasiment à terme, de Dominic, absent de la ville ce jour fatidique. Dix ans plus tard, on a créé une reconstitution en Réalité Simulée de la cité, l’Archive, grâce aux données des caméras de surveillance, des webcams, des réseaux sociaux et à un peu d’interpolation à partir des souvenirs de ceux qui la visitent, grâce à l’implant cérébral que tous portent, et qui permet par ailleurs de les faire vivre dans une omniprésente et invasive Réalité Augmentée dans le monde réel. À la base conçue comme un espace de recueillement, l’Archive sert aussi aux enquêteurs mandatés par les compagnies d’assurance, comme Dominic, à rechercher la cause exacte de la mort de telle personne ou de la destruction de tel édifice, dans le but d’éviter de payer les juteuses primes. Mais il va découvrir par hasard un cadavre dans l’Archive, une femme tuée avant l’attentat et dont le sort n’intéresse personne. Sa consommation de drogue (renforçant son immersion) va lui faire perdre son emploi, et lors de sa thérapie légalement imposée, son psychiatre va lui proposer de travailler pour un riche mandataire, qui cherche sa fille, qui semble avoir été effacée de l’Archive. Les deux affaires vont se révéler liées de bien ténébreuse façon !

À la lecture de ce roman post-apocalyptique particulièrement sombre, on pense avant tout à Peter Hamilton pour l’enquête dans une ville simulée (La Grande route du Nord), à Dan Simmons pour le procédé technologique permettant de revivre les souvenirs heureux (Flashback), à Vernor Vinge (Rainbows End) pour la Réalité Augmentée omniprésente (et ses pop-ups publicitaires continuels) et à un mélange de Jean Baret (l’humour en moins) et de Robert Jackson Bennett (Vigilance) pour la société décrite, où le porno et le sordide sont mis en scène en permanence et sans vergogne, comme lorsque les condamnations à mort présidentielles sont filmées ou que la dernière victime d’un crime du jour voit ses vidéos intimes balancées à une populace avide (de sexe, d’obscène, de scandale) et amorale. À cette critique, sans concessions, des dérives à peine exagérées et projetées de la société américaine du futur proche, à l’enquête (très addictive) de Dominic pour résoudre le meurtre et la disparition, s’ajoute le récit de sa catharsis (et de sa quête de justice pour les victimes) et de celui de l’impossible tentative de rédemption de l’autre protagoniste, Albion. Et c’est sur ce niveau de lecture que se situe le vrai intérêt du roman, très référencé culturellement, sombre mais d’une grande beauté, qui prouve une fois de plus que Sweterlitsch est un grand auteur de SF.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de Célinedanaë, celle de Gromovar, de Yossarian, de Just a word, d’Alias, du Nocher des livres, du Maki, de FeyGirl,

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Weaponized – Neal Asher

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Un chef-d’œuvre de SF posthumaniste et biologique, à la structure d’une diabolique subtilité

Si vous suivez ce blog depuis quelques années, vous le savez, qui dit printemps dit critique du nouveau Neal Asher tout juste sorti, à savoir, en 2022, Weaponized. Comme Jack Four en 2021, ce roman s’inscrit certes dans l’énorme cycle Polity, mais pas dans un de ses sous-cycles et est donc lisible de façon indépendante. Et la remarque n’a jamais été aussi vraie, puisque l’auteur britannique a l’habitude de faire des allers-retours dans la chronologie interne de son univers (qui couvre neuf siècles, si je ne m’abuse), et qu’un sous-cycle (Spatterjay) se déroulant au début du quatrième millénaire peut parfaitement être suivi par un autre (Transformation) se passant 500 ans plus tôt ; ici, Asher fait un retour en arrière encore plus radical, puisque les événements de Weaponized se déroulent en partie avant et en partie en même temps que ceux de Prador Moon, premier livre à lire si l’on suit ladite chronologie interne. Ce qui veut dire que même quelqu’un qui ne connaitrait strictement rien à Polity peut parfaitement se lancer là-dedans (même si, personnellement, je conseillerais tout de même de commencer par Prador Moon, pour des raisons que je vais exposer dans la suite de ce propos).

Neal Asher m’a procuré certaines de mes plus fantastiques lectures en 37 ans de SFFF, par la démesure de son propos (énorme Sense of wonder) et sa combinaison de Hard SF, de SF posthumaniste et militaire. Sa sortie annuelle est donc celle qu’en général, j’attends avec la plus sincère impatience, et j’en sors rarement déçu. J’ai cru, quasiment jusqu’à la toute fin de ma lecture, que mon impression sur Weaponized serait, toutefois, complexe, nuancée, dichotomique : d’un côté, c’est un roman de Planet Opera et surtout de SF biologique / Posthumaniste totalement hallucinant, mais d’un autre côté, sur un pur plan littéraire, j’ai cru dur comme fer que sa structure qui me paraissait inutilement complexe tempèrerait nettement mon sentiment global et final. Et puis j’ai lu la fin. Et puis j’ai relu le début. Et j’ai compris le véritable double coup de génie de l’auteur. Le premier se comprend à un stade relativement précoce de la lecture. Le second dans les dernières pages. Si on ajoute à tout cela le fait qu’Asher s’inspire de l’univers Alien mais en tire un résultat incomparablement plus ambitieux, on est clairement là sur un des romans-culte qui ont donné son nom à ce blog ! Lire la suite

L’école des assassins – Thomas Day & Ugo Bellagamba

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Gillesdumaypunk

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 100 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

En 2002-2003, Thomas Day collabore avec Ugo Bellagamba afin d’écrire à quatre mains deux romans, un long, Le double corps du roi, et un court, L’école des assassins. Ce dernier, visiblement très inspiré par les références manga, cinématographiques ou autres des deux auteurs (dont certaines sont d’ailleurs nommément citées dans le texte), est une œuvre post-cyberpunk où en 2047, de quasi-super-vilains créés par génie génétique, nanotechnologie, manipulation quantique, voire par un entraînement tiré des enseignements de ce même Miyamoto Musashi au centre de La voie du sabre, servent d’assassins d’élite à une transnationale sans scrupules, dans un monde où l’espionnage industriel, le meurtre et l’attentat sont devenus des pratiques commerciales parmi d’autres pour ces corporations pratiquement aussi puissantes que des nations. Ces assassins servent à lutter contre les concurrents, les Triades qui gênent leurs activités en Asie (où le gros de l’action a lieu) ou contre les juges mandatés par les instances internationales. Dotés de noms de code et de capacités qui semblent tout droit sorties de chez DC ou Marvel, ces personnages, bien que brossés à très grands traits, restent plutôt intéressants, car ils vont entrer en dissidence, et ce malgré le fait que leur employeur a deux moyens de les réduire au silence : un dispositif autodestructeur implanté et tout simplement leur dépendance à la maintenance de leur nanotechnologie embarquée, que lui seul peut fournir.

Si ce court roman n’est pas dépourvu de fond (on y parle montée en puissance des Firmes, manipulations génétiques interdites, statut du surhomme et de l’arme vivante, etc), il doit surtout être appréhendé comme une vigoureuse série B d’action, nerveusement rythmée, à l’aspect cyber / nanotech vraiment convaincant, aux combats (nombreux) très visuels et haletants. La patte de Thomas Day est plus reconnaissable que celle de son co-auteur, et sans surprise orientée érotisme, mystique japonaise et action, quand Bellagamba est plus dans la description de cet univers. La novella est donc intéressante si elle est prise pour ce qu’elle est, même si le joyeux mélange Matrix / X-Men / Watchmen / Musashi peut parfois laisser dubitatif et que quelques clins d’œil sont un peu trop appuyés (le bullet time). On retiendra cependant un aspect… eganien tout à fait fascinant sur la fin.

Sympathique petit livre de Nanopunk très orienté action (et très référencé), L’école des assassins se lit à toute vitesse et avec un plaisir quasiment coupable, tellement qu’on regretterait presque (presque…) qu’il n’ait pas été plus étoffé ou que les deux auteurs ne soient pas revenus dans cet univers. Ce n’est pas le point d’orgue de leur carrière, ni celui de leur collaboration, ce n’est pas non plus un livre qui vous retournera le cerveau, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande, et ce qu’il fait, il le fait très bien.

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Silversands – Gareth L. Powell

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Classique mais efficace

Lorsque je lis un texte qui ne me convainc pas émanant d’un auteur que, pourtant, je connais déjà et apprécie, je n’aime pas rester sur une mauvaise impression. Ayant très récemment lu Light Chaser, novella co-écrite par Peter Hamilton et Gareth L. Powell qui ne m’a guère séduit, j’ai voulu explorer un peu plus la bibliographie du plus jeune des deux auteurs, et ai décidé de le lire dans la forme courte, ce que je n’avais pas fait jusqu’ici. Ce qui m’a permis, au passage, de faire un peu plus le tri dans ce qui clochait et « à cause » de qui dans Light Chaser. J’ai donc lu Silversands, le premier (court) roman de Powell, sorti en 2010 et réédité plusieurs fois (parfois avec une nouvelle en bonus) depuis (d’où les deux couvertures différentes servant à illustrer le présent article, au passage ; j’aurais, par ailleurs, pu en reproduire encore deux autres, puisqu’il y en a quatre différentes en tout, mais elles sont bien moins esthétiques que les deux choisies).

Je pourrais faire de cette novella la même critique (dans tous les sens du terme) que celle des deux autres romans de l’auteur que j’ai lus : c’est une bonne SF, très classique, fort agréable à lire, qui ne révolutionnera pas le genre mais se révèle bien plus valable et plaisante à lire que l’écrasante majorité de ce qui sort aujourd’hui en Science-Fiction anglo-saxonne, mais qui a le défaut de s’inspirer un peu trop visiblement d’auteurs plus anciens ; alors que Braises de guerre avait un très puissant parfum de Iain M. Banks, on sent ici plutôt l’influence de Peter Hamilton (tiens, tiens…), de Frederik Pohl, voire de Stargate SG-1 (je vais en reparler, parce qu’il y a des choses intéressantes à dire sur le sujet des ressemblances et inspirations). Ce que vous devez retenir, c’est que si vous cherchez une novella de SF sympathique et qui tient la route, vous ne perdrez pas votre temps avec Silversands, même si ça ne mérite pas forcément un prix et que ça ne révolutionnera certainement pas le genre. Sans compter que sur certains points (mais pas tous), c’est fort prévisible. Lire la suite

Inhibitor Phase – Alastair Reynolds

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Tell me who’s that writin’ ? Alastair the revelator ! 

Boum badaboum, en cette fin d’été et ce début d’automne 2021, les auteurs de la vieille garde font un retour tonitruant sur le devant de la scène, un come-back qui claque autant qu’une mandale assénée par Belmondo : alors qu’on attend très prochainement (en VO) de nouveaux Benford et Baxter, c’est Alastair Reynolds qui sort, sous vos yeux ébahis, un roman inédit de son fameux cycle des Inhibiteurs. Si, si. Fini le Solarpunk de la trilogie Les enfants de Poséidon, fini le quasi-Young Adult de Vengeresse, le gallois en revient (enfin !) à son univers le plus connu, celui qui a fait sa gloire et lui a permis de signer son fabuleux contrat « 10 ans, 10 romans, 1 million de livres sterling » avec Gollancz. Pour autant, il n’en oublie pas celles et ceux d’entre vous qui débutent en SF et ne connaissent ni L’espace de la révélation, La cité du gouffre, L’arche de la rédemption ou Le gouffre de l’absolution : ce nouveau roman, Inhibitor Phase, a été spécifiquement conçu pour être aussi lisible de façon isolée par quelqu’un qui n’aurait aucune connaissance de cette saga et de cet univers. Bien sûr, les vieux de la vieille décoderont les allusions et comprendront quel est le vrai nom du Gobe-Lumen John the revelator ou du Porcko Pinky, saisiront l’importance de la référence à telle planète, faction, événement ou personnage. Mais, pour n’avoir rien lu dans le cycle depuis… longtemps, je peux attester qu’on peut aborder ce nouveau tome sans aucun problème même en ne connaissant pas cet univers ou en ayant des souvenirs flous et lointains des tomes précédents. D’ailleurs, l’auteur en personne fournit, à l’usage des néophytes, un résumé des fondamentaux de ce contexte et surtout de sa chronologie (quasiment au bout de laquelle se place ce nouveau roman, à l’exception de quelques aperçus d’un futur encore un peu plus lointain donnés dans Le gouffre de l’absolution). Signalons qu’il explique également que les événements de ce tome peuvent sembler contredire, justement, la chronologie de ce dernier roman ainsi que celle de Galactic North, mais que ce n’est pas grave, parce qu’on peut expliquer la chose de telle ou telle façon (très… non-euclidienne), donc ça va. Mouais… Précisons, enfin, que Reynolds explique que si ce tome partage certains éléments avec les autres, il ne les divulgâche pas (donc : vous pouvez lire celui-là d’abord, et les autres ensuite sans problème, même si personnellement, je ne crois pas que ce soit très pertinent).

Les fans du cycle des Inhibiteurs tout comme les néophytes ne le connaissant pas mais appréciant d’autres pans de l’œuvre de Reynolds, ou bien les lectrices et lecteurs toujours à la recherche d’un bon roman de SF, doivent se demander ce que vaut Inhibitor Phase. La réponse est complexe : c’est un bon livre de science-fiction, un Alastair Reynolds bien plus enthousiasmant que nombre des bouquins sortis dans le cadre de son contrat « 10 ans, 10 romans, 1 million de livres sterling » avec Gollancz, mais de mon point de vue, on reste relativement loin des meilleurs moments du cycle. Sans compter que le livre est très inégal, le début et la fin étant très bons, tandis que les parties sur Yellowstone et pire encore, Ararat, présentent (de mon point de vue) longueurs et / ou faiblesses. Bref, un bilan, pour ma part, en demi-teinte. On est loin des claques qu’ont été L’arche de la rédemption ou, dans d’autres pans de la bibliographie du gallois, House of suns, mais on est aussi au moins un bon cran au-dessus de la plupart de sa production récente. Lire la suite

La ville dans le ciel – Chris Brookmyre

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Un mélange de polar et de SF extrêmement convaincant

Le 15 septembre 2021, paraîtra dans la collection Lunes d’encre des éditions Denoël (qui ont eu l’amabilité de citer votre serviteur sur la quatrième de couverture, ce dont je les remercie) un roman appelé La ville dans le ciel, par Chris Brookmyre. Un nom qui, convenons-en, ne dira sans doute rien à la majorité des lectrices et des lecteurs de SF, mais qui, pourtant, est très loin d’être inconnu : Christopher Brookmyre est un écrivain écossais (et vous verrez que la précision n’est pas anecdotique) de polars et de thrillers, qui a, excusez du peu, publié une trentaine de romans et vendu, rien qu’au Royaume-Uni, un million d’exemplaires de son cycle Jack Parlabane. Depuis quelques années, il s’essaye au mélange des genres, un précédent livre (Bedlam) ayant même été apprécié, en son temps, par feu Iain Banks en personne. Aussi, quand, fin 2017, est sorti (en VO) son nouveau roman, Places in the darkness, une SF fortement teintée de polar noir (ou peut-être l’inverse, vu que Brookmyre est auteur de crime fiction avant tout), je me suis empressé de le lire. Et bien m’en a pris, car l’ouvrage s’est révélé extrêmement convaincant, et ce sur tous les plans (le fin connaisseur de SF s’apercevra que la thématique centrale a déjà été traitée par d’autres, mais même sur le strict plan science-fictif, l’écossais ne fait finalement pas beaucoup moins bien que ses devanciers, qu’il dépasse de toute façon largement sur ceux de l’intrigue ou des personnages).

Très sincèrement, j’avais abandonné l’idée de voir ce livre traduit un jour. Aussi, quelle n’a pas été ma surprise de voir surgir le patronyme de Brookmyre dans la liste des romans à paraître en français ! Comme me l’a expliqué le (très) sympathique camarade Godbillon, directeur de collection de Lunes d’encre (et Folio SF), il serait disponible depuis l’année dernière, déjà, si ce satané Covid ne s’en était pas mêlé. Vu que la rentrée littéraire 2021 est exceptionnellement chargée, je ne voudrais surtout pas que vous ratiez cette sortie, et attire donc votre attention dessus. Celles et ceux d’entre vous qui voudront en savoir plus sur La ville dans le ciel pourront se reporter à ma critique détaillée de la VO, ou au résumé qui suit (en partie repris sur la quatrième de couverture) : rédigé par un des maîtres du roman noir écossais (le fameux mouvement Tartan Noir), ce mélange de polar / SF / techno-thriller se révèle extrêmement convaincant, même si, sur le strict plan science-fictif, ce n’est pas tout à fait de l’inédit. L’intrigue est très solide (tout comme le contexte) et menée avec une grande habileté, les deux protagonistes féminins se révèlent très intéressants, l’aspect presque hard-SF franchement crédible et le côté polar (évidemment, vu le calibre de l’auteur) un sans-faute. Bref, j’ai passé un vrai bon moment avec La ville dans le ciel, et je relirai d’autres titres SF de Chris Brookmyre (Bedlam, par exemple) sans souci.

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Vision aveugle – Peter Watts

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La réédition tant attendue d’un chef-d’œuvre absolu !

Depuis plusieurs années (la preuve), je vous parle de Vision aveugle de Peter Watts, qui est, immédiatement après Hypérion, le livre de SF le plus important dans mon panthéon personnel. Ceux d’entre vous qui me connaissent savent que ce n’est pas le genre de « distinction » que j’attribue à la légère, ce qui devrait vous situer le niveau de l’ouvrage. Qui n’était plus disponible depuis, oh, plus que ça, mais que Monsieur Bélial’ a l’excellente initiative de rééditer le 23 septembre 2021, dans une nouvelle mouture à la couverture dessinée par Manchu (la plus fidèle aux descriptions faites dans le roman et à son ambiance qu’il m’ait été donné de voir, éditions françaises ou anglo-saxonnes confondues), dotée d’une demi-douzaine d’illustrations intérieures signées Thomas Walker (le tout étant esthétiquement superbe), préfacée par l’auteur en personne et agrémentée d’une nouvelle supplémentaire. Le fait que mon deuxième roman de science-fiction préféré ne bénéficie pas sur le Culte d’une critique en bonne et due forme aux standards actuels de ce blog étant une anomalie, j’ai décidé de la corriger et de vous donner, je l’espère (vraiment !) envie de découvrir ce livre incroyable.

Je viens de lire ce roman pour la troisième fois, et même en connaissant les tenants et les aboutissants, eh bien ça a été à nouveau la claque. Là aussi, ça vous situe le niveau. Et cette relecture a été riche en nouveaux éléments d’analyse, car ayant lu la trilogie Rifteurs depuis la précédente (qui avait eu lieu un peu avant la sortie d’Échopraxie), j’ai pu percevoir des parallèles Vision Aveugle / Rifteurs qui m’avaient évidemment échappé avant. Mais de façon plus générale, je pense que, d’une part, un roman, quel qu’il soit, ne s’apprécie vraiment qu’à la relecture, et que d’autre part, Vision aveugle est d’une telle richesse et flamboyance que, ébahi et émerveillé par tant d’intelligence (j’y reviendrai) lors de la lecture initiale, la remarque est doublement valable pour les bouquins de sa trempe (la trilogie Martienne de Kim Stanley Robinson, etc). Bref, à lire… et à relire ! Lire la suite

Unity – Elly Bangs

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Un concurrent sérieux au titre de roman SF de l’année !

Elly Bangs est une autrice américaine basée à Seattle dont j’avais déjà lu la nouvelle Dandelion, qui nous offrait un incroyable voyage émotionnel, beaucoup d’humanité et une fin grandiose. Inutile de dire, donc que quand j’ai appris qu’elle sortait son premier roman, Unity, mi-avril, je me suis empressé de l’inscrire dans mon programme de lecture, même si divers facteurs ont fait que je n’ai pas pu le lire aussi près de sa parution que possible. Après l’avoir achevé, je suis absolument sidéré que ce livre n’ait pas eu plus d’écho que cela, car c’est, et de très loin, une de mes meilleures lectures SF récentes. J’imagine que, comme nous le verrons, il a peut-être pâti d’une première moitié qui ne reflète absolument pas la qualité (hallucinante) de la seconde, d’un manque de visibilité ou de notoriété de son autrice. Quoi qu’il en soit, j’espère que ma critique incitera les anglophones, parmi vous, à lire ce bouquin, et surtout l’édition française à s’y intéresser, tant il mériterait vraiment d’être traduit ! Car à nouveau, Bangs mêle Sense of wonder, émotion, humanité et une (pré-) fin très réussie en un mélange magistral (si on prend en compte la totalité du livre), qui plus est très en prise avec les préoccupations progressistes actuelles sans être non plus (trop) agressivement militant.

Inutile de dire qu’après deux textes (un court, puis un long) aussi réussis, je vais me jeter, à l’avenir, sur tout ce que publiera l’autrice, et ce d’autant plus qu’elle me sort, ainsi, d’une série de lectures VO qui ont rarement été enthousiasmantes. Lire la suite

Jack Four – Neal Asher

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Survivor

Jack Four est le dernier roman en date de Neal Asher, sorti le 10 juin 2021. Il s’inscrit au sein du vaste cycle Polity, mais n’est pas lié à un de ses sous-cycles : c’est un standalone, comme Prador Moon, Drone (bien que, pour ma part, je considère ce dernier comme le tome 0 du sous-cycle Agent Cormac), Hilldiggers et The technician (ces deux derniers seront critiqués sur ce blog avant fin 2022, normalement. Et en général, pour ce qui est des romans de Neal Asher, que je lis toujours avec grand plaisir, ces prédictions sont respectées). Ce qui veut dire que vous pouvez vous lancer dedans sans avoir rien lu d’autre, l’auteur expliquant d’ailleurs succinctement mais efficacement les bases de son univers (Prador – Polity – virus Spatterjay).

Après l’énormissime The human, sans nul doute le chef-d’œuvre d’Asher, je me demandais comment ce dernier allait pouvoir faire aussi bien, et je m’attendais donc « forcément » à quelque chose de moins bon. Si Jack Four n’est « évidemment » pas aussi bon, il reste tout de même très prenant (surtout dans sa première moitié, comme nous allons le voir), bien qu’à mon avis un peu trop long sur la fin, trop surchargé en combats dans sa deuxième moitié, et avec une révélation finale téléphonée. Pourtant, dans mon panthéon personnel, l’auteur britannique a su se faire une place au sein de mes valeurs sûres, aux côtés des David Weber et autres Peter Hamilton, des auteurs auxquels je reviens toujours avec plaisir et en toute confiance en sachant que même un roman « moyen » émanant de leur plume va me faire passer un très bon moment. Et cela a été le cas ici. Lire la suite