Luna – Lune montante – Ian McDonald

12

Montante, vous êtes sûr ? 

luna_3Luna – Lune montante est le troisième roman du cycle Luna, par Ian McDonald, après Luna et Luna – Lune du loup. Pour autant, il ne s’agit pas du dernier texte prévu dans cet univers, puisque une novella, The menace from Farside, débarquera dans un peu moins de deux mois (et sera critiquée sur ce blog).

Le tome 1 avait été une claque absolue, l’équivalent sur le plan du Planet Opera lunaire de ce qu’à proposé Kim Stanley Robinson pour Mars, mais avec de puissants personnages et une tension permanente en plus. J’avais trouvé le 2 à peine moins bon, et j’avais donc, légitimement, des attentes élevées pour son successeur. Et ce d’autant plus que classiquement, le dernier tome d’une trilogie est rarement le moins bon. Et là, c’est le drame. Parce que loin d’être montante, la lune de McDonald est en contraire en chute libre dans ce roman poussif, convenu, qui n’intéresse vraiment (et encore…) que dans ses cent dernières pages, et multiplie les maladresses. Reste donc à espérer que le roman court prévu en novembre remettra les choses d’aplomb ! Lire la suite

Un paradis d’enfer – David Marusek

5

Frustrant

paradis_d_enfer_marusekDavid Marusek est un écrivain américain, auteur de quatre romans et d’une douzaine de textes courts, dont L’enfance attribuée, qui sort le 29 août dans la collection Une heure-lumière du Belial’. Cette novella a été intégrée (en tant que première partie -13% du livre-), sous une forme révisée, au roman Un paradis d’enfer (le seul de Marusek à avoir été traduit -par les Presses de la cité-), qui est le sujet de cet article. Je ne vais pas vous parler en détails de cette première phase du bouquin, vu que j’ai lu sa version UHL pour Bifrost (vous pourrez découvrir ma recension dans le prochain numéro du magazine, aux côtés de celle d’Acadie de Dave Hutchinson, autre sortie du 29 août dans la collection). Je vous dirais simplement que si j’ai enchaîné aussi tôt que possible avec la « suite », c’est-à-dire avec Un paradis d’enfer, c’est que je lui ai trouvé un intérêt que vous pouvez facilement imaginer important. Hélas, les 87 autres % ne se sont pas vraiment révélés être du même tonneau, comme je vais bientôt vous l’expliquer. Attention, toutefois, de se garder de tout jugement hâtif : en effet, l’auteur a sorti, quatre ans après ce roman, un autre, qui, loin d’en être simplement une « suite », doit vraiment en être considéré comme la seconde partie, qui boucle les nombreux arcs narratifs laissés ouverts. On a ainsi affaire à un diptyque plus qu’à une suite, un peu comme pour La chute d’Hypérion de Dan Simmons, qui résout la majorité de ce qui avait été laissé en suspens par Hypérion, et doit donc vraiment en être considéré comme la seconde moitié et pas comme le tome 2 d’un cycle.

Malheureusement pour le lecteur uniquement francophone, cette seconde partie, Mind over ship, n’a, elle, jamais été traduite. Vu que Un paradis d’enfer n’est pas disponible (en VF) en version électronique, et que lire un diptyque (ou un cycle) dans deux langues différentes est en général très pénible (et j’en parle en connaissance de cause), j’ai choisi de le lire en VO, sous le nom de Counting Heads (qui, d’ailleurs, rend bien mieux compte du point clef de l’intrigue). Vu que Mind over ship est réputé bien meilleur, je vous en proposerai donc aussi la critique sur ce blog, histoire de ne pas rester sur une impression mitigée et de voir si ladite réputation est justifiée. Lire la suite

Children of ruin – Adrian Tchaikovsky

28

Partez à, hum, l’Aventure ! 

children_of_ruinSorti il y a tout juste une semaine, Children of ruin est à la fois le dernier texte en date signé Adrian Tchaikovsky (plus pour longtemps : le suivant, la novella Walking to Aldebaran, sort dans cinq jours -nous en reparlerons à ce moment là-), et surtout la suite de Children of time, plus connu en France sous le nom Dans la toile du temps. Ce dernier étant, à mon sens, un des livres de SF les plus marquants sortis ces dernières années, la barre était donc placée haut, ne serait-ce que pour faire aussi bien. Eh bien Tchaikovsky a réussi l’exploit de faire encore mieux. Si, si.

Si ce second tome reprend certains des fondamentaux et des influences (principalement David Brin) de son prédécesseur, il ajoute ou développe d’autres thématiques, ou encore des concepts créés par d’autres auteurs, le principal étant Greg Bear. De plus, au cours du livre, et particulièrement à la fin, il étend les limites de cet univers de façon de plus en plus vertigineuse. Ainsi, tout en se plaçant dans la continuité de Dans la toile du temps, il constitue aussi un roman qui, en terme d’atmosphère, de thèmes et de tropes, en est également parfois sensiblement différent. Une véritable prouesse !

Au final, si vous avez aimé le premier tome de ce qui est désormais un cycle (il semblerait que l’auteur ait « quelques idées » pour une suite potentielle -et la fin de ce tome 2 est un tel teasing que pour moi, il ne peut en être autrement-), vous devez absolument lire cette suite, dont la parution en français n’est clairement qu’une question de temps. Lire la suite

Painless – Rich Larson

14

Une grande réussite, une fois encore

painless_larsonAprès Meat and salt and sparksThe ghost ship Anastasia et Extraction request (lu mais non chroniqué), je poursuis mon exploration de l’oeuvre de Rich Larson avec une autre nouvelle, disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor.com, Painless. De fait, ce nouveau texte mélange l’aspect biotechnologique de la seconde nouvelle citée plus haut avec le cadre militaire de la troisième, mais en plaçant non pas l’action dans l’espace ou sur une lointaine planète mais sur Terre, dans un futur assez proche.

Si j’ai apprécié, à des degrés divers, les trois autres textes, celui-ci est, à mon sens, le plus réussi et surtout le plus marquant, et ce sur deux plans : l’ambiance, d’une part, et la révélation finale, d’autre part. Bref, si vous lisez la langue de Shakespeare, je vous conseille vivement de vous intéresser non seulement à cette nouvelle (disponible, je le répète, gratuitement) mais aussi, par extension, à l’ensemble de l’oeuvre de l’auteur, qui mérite vraiment d’être découverte. Lire la suite

Terminus – Tom Sweterlitsch

25

Un roman d’une rare qualité, extrêmement prenant, qui établit un nouveau standard en SF temporelle / des univers parallèles

TerminusLe 24 avril 2019 sortira chez Albin Michel Imaginaire Terminus de Tom Sweterlitsch, un roman que j’ai pour ma part lu en anglais peu après sa sortie sous son titre original, The gone world. Si vous voulez plus de détails à son sujet, je vous conseille la lecture de ma critique complète, mais je peux le résumer de la façon suivante : Terminus est un impressionnant roman mélangeant voyage vers le futur (et les univers possibles) avec une enquête menée par un agent du NCIS visant à retrouver un soldat faisant jadis partie du programme spatio-temporel (mais présumé mort) ayant sans doute massacré sa famille avant de disparaître, seule sa fille aînée restant introuvable. En parallèle, le Terminus, la fin de tous les futurs possibles, menace la Terre, et se rapproche de plus en plus du présent, c’est-à-dire de l’année 1997. Ce sera à Shannon Moss de régler toutes ces sous-intrigues, qui se retrouveront liées à elle d’une façon très habile, qui se dévoilera petit à petit au cours du récit.

J’ai été bluffé par la maîtrise de l’auteur, que ce soit en matière de worldbuilding (à la fois original, prodigieusement riche mais restant à la portée de tous à condition d’y mettre un peu du sien), d’intrigue (complexe et très habile mais jamais difficile à comprendre), de style, de rythme, d’atmosphère, de personnages (l’héroïne est un bijou en terme de personnalité et de background), bref de pratiquement tout. Il y a bien 2-3 points mineurs qui m’ont un peu dérangé, mais franchement rien d’important. Au final, voilà un livre d’une rare qualité, extrêmement prenant (qui se dévore avidement plus qu’il ne se savoure à petites gorgées décontractées) et qui établit sans conteste un nouveau standard en matière de voyage temporel et d’univers parallèles, un domaine où on aurait pu croire que tout avait été dit. Eh bien non !

Bref, voilà un achat que je vous recommande vivement. Et si, en plus de vous faire plaisir, vous souhaitez soutenir le blog, et que vous êtes client d’Amazon, passez par un des liens affiliés suivants, vous ne dépenserez rien de plus mais donnerez quelques piécettes au Culte :

Acheter en version papier

Acheter en version Kindle

Si vous lisez sur Kindle, vous pouvez également soutenir le blog en vous inscrivant pour un essai gratuit de l’abonnement Kindle, via ce lien.

***

Retour à la page d’accueil

The light brigade – Kameron Hurley

22

Glissement de temps sur Mars

light_brigade_hurleyLes lecteurs non-anglophones ont pu découvrir Kameron Hurley avec la publication en fin octobre 2018 de son roman Les étoiles sont légion, paru chez Albin Michel Imaginaire. Son nouveau livre, The light brigade, relève d’un registre différent, au carrefour du Postcyberpunk, des SF militaire et dystopique, du Post-apocalyptique, ainsi (et c’est plus surprenant) que du Time Opera. Et ces différentes couches ne sont pas apparentes d’emblée, mais se dévoilent de façon séquentielle : si le début est une pure science-fiction martiale et post-apocalyptique qui lorgne fortement du côté de Robert Heinlein (presque jusqu’à la parodie -bien que je m’empresse de préciser que le ton du roman de Hurley est très grave-), au fur et à mesure que le monde se dévoile on s’aperçoit que nous sommes sur une Terre dystopique, dominée par des corporations toutes-puissantes, dans la lignée du Cyberpunk mais en encore plus extrême. Après la phase d’entraînement classique dans toute SF militaire, une ultime strate va se dévoiler : une technologie de téléportation (pour simplifier, c’est un peu plus compliqué que ça) subit un dysfonctionnement (mais en est-ce un ?) qui envoie le narrateur (je vais y revenir), Dietz, dans une variante assez originale d’une boucle temporelle.

Sur le papier, ce livre, qui est une charge sans merci tout à la fois contre le militarisme, le fascisme, le capitalisme, les démocraties, Donald Trump, les medias, le pouvoir par la peur, l’inaction des gens de bien, etc, et j’en passe, est intéressant, ou du moins le serait s’il n’était pas affligé d’un ventre mou et de certains choix assez surprenants. Songez en effet qu’il faut attendre les deux tiers du texte pour connaître avec certitude le sexe de Dietz et… 99% pour connaître son prénom ! (et un temps étonnamment long pour simplement avoir son nom de famille… Il est assez rare que pendant un temps significatif de lecture, vous ne sachiez même pas qui vous fait le récit des événements !). Ceci est certes assez anecdotique, mais n’est qu’un exemple emblématique d’une façon de faire où, par exemple, un nombre effarant d’explications n’est donné que dans les trois derniers %, alors que le lecteur vient d’en passer des dizaines qui auraient aisément pu être raccourcis. Bref, le rythme des révélations est mal maîtrisé, tout comme l’est le nombre de pages alloué à chaque phase de l’intrigue.  Lire la suite

The ghost ship Anastasia – Rich Larson

7

Délicieusement dégueulasse ! 

clarkesworld_124Après avoir lu Meat and salt and sparks du très prolifique Rich Larson, j’ai clairement eu envie de découvrir plus de nouvelles signées par l’auteur (et il y en a beaucoup). L’un des aponautes ayant eu la gentillesse de me diriger vers les textes les plus marquants, j’ai donc décidé de commencer par The ghost ship Anastasia, qu’il m’avait décrit comme dans la même veine que Les étoiles sont légion de Kameron Hurley, roman qui m’avait beaucoup déçu du fait d’un aspect strictement science-fictif très maigre (qui n’était d’ailleurs qu’un problème parmi d’autres, mais passons). Rien de tel ici : je suis venu pour voir de la SF à vaisseaux vivants, et je n’ai pas perdu mon temps ! Car tout ce que le bouquin de Hurley avait de percutant (le côté « salement organique »), la nouvelle de Larson le fait mieux, et tout ce qui était bancal dans Les étoiles sont légion (l’intrigue, le worldbuilding, etc) est ici magistralement traité. Outre la longueur, la différence essentielle entre les deux textes étant que Larson laisse de côté l’aspect féministe / social qui est au centre du roman d’Hurley.

Bref, vous risquez de voir pas mal de critiques de Rich Larson sur ce blog dans les mois à venir, car quel que soit le registre émotionnel dans lequel l’auteur opère, il fait preuve d’une impressionnante maîtrise et offre des nouvelles de grande qualité. Si vous voulez lire, vous aussi (en anglais), The ghost ship Anastasia, vous pouvez le faire gratuitement sur cette page du site de Clarkesworld (elle est parue dans le numéro 124 du magazine, en janvier 2017). Lire la suite

The line of Polity – Neal Asher

8

Trop long et avec trop de points de vue, mais ça reste tout de même fort intéressant ! 

line_of_polity_asherThe line of Polity est le second tome du cycle Agent Cormac, lui-même un sous-cycle de l’énorme saga Polity, dont le dix-septième roman, The warship, paraîtra le 2 Mai (c’est, et de très loin, la parution que j’attends avec le plus d’impatience en 2019). C’est aussi le troisième livre publié par Neal Asher, qui, après Gridlinked, a écrit L’écorcheur (un des très rares composants de Polity à avoir été traduit en français). Dans la chronologie interne de l’univers, il doit être lu en quatrième position, après Prador MoonDrone et évidemment Gridlinked.

Si Neal Asher n’atteint pas encore dans ce tome l’efficacité redoutable dont il fera preuve par la suite, The line of polity m’a paru plus ambitieux que Gridlinked, un peu trop pour son propre bien d’ailleurs : trop long et utilisant trop de points de vue, ainsi, parfois, que des scènes non pas inintéressantes, mais dispensables (à la Peter F. Hamilton), le roman est clairement perfectible. Cependant, Asher nous en met aussi plein les yeux, propose un worldbuilding convaincant, et si les points de vue sont trop nombreux, ils concernent des personnages, protagonistes ou antagonistes, attachants et / ou intéressants. Et sur le plan de la SF militaire, ça reste franchement valable. Bref, si le bilan est contrasté, il reste encore et toujours positif, même si on sent que les tomes suivants (particulièrement les 4 et 5) risquent d’être largement au-dessus, ayant été écrits plus tard, à un moment où le style de l’auteur britannique avait presque atteint son plein potentiel. Lire la suite

Meat and salt and sparks – Rich Larson

21

Une nouvelle d’une redoutable efficacité

meat_salt_spark_larsonRich Larson est un grand voyageur, mais il est actuellement basé en Alberta. Spécialisé dans les nouvelles de SF, cet auteur est extrêmement prolifique (c’est le recordman du nombre de publications dans ce domaine en 2015), mais très peu traduit en français (deux seulement, dont une cette année). Celle dont je vais vous parler aujourd’hui est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Et croyez-moi, mais si vous lisez la langue de Shakespeare, vous ne perdrez vraiment pas votre temps avec ce texte, qui commence comme une « banale » science-fiction d’enquête dans un univers Biopunk (également inspiré par David Brin), avant de virer à une SF transhumaniste de très grande qualité sur la fin. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de remarquer que Meat and salt and sparks était un des textes gratuits les plus mis en favoris (et de loin) par les visiteurs du site, ce qui en dit long sur sa qualité. Lire la suite

Vigilance – Robert Jackson Bennett

25

Salutaire, indispensable et magistral

vigilance_bennettOn ne présente plus, je pense, Robert Jackson Bennett au public SFFF français (du moins celui qui suit un minimum l’actualité), vu qu’il vient d’être publié chez AMI (American Elsewhere) et qu’il le sera à nouveau en 2020 (Foundryside). Il sort aujourd’hui un petit roman (208 pages) ou une très longue novella, c’est comme vous voulez, appelé Vigilance. Clairement, si Foundryside, par exemple, n’était pas dépourvu de pistes de réflexion, ce livre était en revanche nettement plus orienté divertissement (et jeu entre les codes de la SF et de la Fantasy) qu’autre chose. Rien de tel avec Vigilance, qui n’est que réflexion d’un bout à l’autre, chaque ligne dégoulinant littéralement d’intelligence et d’habileté.

Stéphane Marsan déclarait récemment dans un podcast que pour lui, l’auteur n’était pas à la hauteur de la hype qu’il y avait autour de lui. Malgré tout le respect que j’ai pour le patron de Bragelonne, je pense que la sortie d’aujourd’hui apporte un démenti incontestable à cette opinion. Tant, à mon sens, on tient là un texte majeur, et probablement un des meilleurs d’une année 2019 qui s’ouvre donc sous les meilleurs auspices. Car outre la pertinence du traitement des thématiques liées aux armes à feu, à l’autonomie grandissante de nos auxiliaires informatiques ou aux médias / aux fake news, Vigilance se révélera plutôt surprenant à la fin, même si d’un autre côté, certains points restent très (trop ?) prévisibles.  Lire la suite