Rejoice – Steven Erikson

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Erikson ferait mieux de s’en tenir à la Fantasy ! 

rejoicePour ceux d’entre vous qui ont vécu dans une grotte jusqu’ici, Steven Erikson est l’auteur mondialement célèbre du Livre des martyrs, un des cycles de Fantasy les plus importants parus ces vingt dernières années. Après deux faux-départs, la traduction de cette décalogie a été reprise depuis le mois de mai par les éditions Leha, qui ont l’ambition de la mener à terme.

Cependant, Erikson a publié d’autres œuvres, que ce soit sous son pseudonyme le plus connu ou sous son vrai nom, Steve Lundin. Il s’est essayé à la Science-Fiction, notamment avec le cycle Willful Child, qui compte actuellement deux volumes. Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui, Rejoice, relève également de cette SF humoristique, au moins partiellement, même s’il tente de développer des thèmes d’une grande profondeur. Clairement, avec ce que propose Erikson en Fantasy et l’idée de départ, on aurait pu obtenir un grand livre, l’équivalent du meilleur de ce qu’un David Brin a pu écrire ; cependant, il semblerait qu’Erikson ait énormément de mal à retrouver, en SF, les qualités d’écriture qui le caractérisent dans son cycle Malazéen, et au final Rejoice est un ballon qui se dégonfle relativement rapidement, et un roman qui laisse une très nette impression de gâchis et d’inachevé. Clairement, vu la réception de ses livres (sur Goodreads, par exemple) de SF, l’écrivain canadien ferait mieux de s’en tenir à la Fantasy.  Lire la suite

Les étoiles sont légion – Kameron Hurley

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Frustrant, encore une fois

etoiles_legion_hurleyJe vous ai déjà parlé de Kameron Hurley, et je vous en reparlerai en 2019, lorsque je critiquerai Mirror empire et The light brigade. Pour tout dire, je pourrais presque reprendre la conclusion de ma critique d’Elephants and corpses mot pour mot et l’appliquer à Les étoiles sont légion, titre faisant partie de la deuxième vague du lancement d’Albin Michel Imaginaire et sortant le 31 octobre 2018. Car si je devais résumer mon sentiment sur ce roman, j’emploierais le mot « frustrant ». Du worldbuilding à l’intrigue, l’auteure ne va jamais au bout de sa démarche, et, au moins pour le premier, les remerciements nous apprennent que c’est tout à fait intentionnel. Bref, je vais laisser à Kameron Hurley une dernière chance de me convaincre avec sa Fantasy et sa SF militaire,  mais clairement, si l’impression reste la même, j’irais voir ailleurs si l’herbe est plus verte. Vous aurez donc compris que je ne vais pas me joindre au concert de louanges émanant des lecteurs de la VO ou de ceux, encore plus précoces que moi, de la VF.

Gilles Dumay présente ce livre comme « un space opera féministe ». Mouais. Déjà, pour moi on est plus sur du Planet Opera, si même on est sur de la SF (malgré la couverture -impeccable- très marquée par le genre signée Manchu). Parce qu’en terme d’ambiance, de décors ou de péripéties, j’ai souvent eu l’impression d’être… dans de la Fantasy. Pas sur des critères taxonomiques (encore que…) mais du fait de l’atmosphère générée et du gros manque d’explications scientifiques. Et pour ce qui est du côté féministe, je dirais que je pense ce roman certes taillé pour un lectorat féminin… mais qu’il risque cependant de le dégoûter en raison de son esthétique très particulière et du véritable viol institutionnalisé qui est un des points clefs de son worldbuilding. Bref, quel que soit l’angle d’analyse, j’en viens toujours à la même conclusion : ce roman en fait toujours trop ou pas assez, et ne trouve jamais le juste milieu, peinant ainsi à me convaincre. Enfin, au moins, voilà qui va un peu revitaliser mon cycle SF biologiqueLire la suite

Les cercueils – Robert Reed

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Renaissance

coffins_reedJe vous ai souvent parlé, sur ce blog, de Robert Reed (notamment dans les numéros deux et dix de L’œil d’Apophis) : s’il n’est pas le plus littéraire ou le plus doué des écrivains de SF américains, il y a toutefois quelque chose dans sa prose qui me pousse à toujours y revenir, notamment un Sense of wonder souvent assez vertigineux (sans atteindre toutefois ce qu’on peut trouver chez Rajaniemi, Egan et Baxter, voire Ken Liu sur certains textes). Or, je me suis récemment aperçu que l’auteur, que je connaissais surtout pour ses romans, était aussi un nouvelliste plutôt prolifique (sans atteindre les hauteurs Silverbergiennes, n’exagérons rien !). Et que dans ces textes courts, certains avaient soit été nominés, voire primés, à des prix prestigieux, et que d’autres piquaient franchement ma curiosité. Je vais donc vous proposer, à partir de maintenant, d’explorer peu à peu ce gisement, en commençant par la nouvelle Les cercueils (en anglais : Coffins), disponible en français dans le recueil Chrysalide ou bien en VO sous forme électronique au prix d’un café (et encore, ça dépend où vous allez le boire !). C’est certes un texte très court (moins de vingt pages), mais prenant et vertigineux. Il a initialement été publié (en anglais) en décembre 1992. Lire la suite

The snow of Jinyang – Zhang Ran

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Un des précurseurs du Silkpunk

clarkesworld_117_zhang_ranAlors que sort La grâce des rois de Ken Liu, il est temps de reparler sur ce blog du Silkpunk, ce sous-genre à la fois du Steampunk et de la Fantasy dont les contours ont été définis par l’auteur sino-américain. Définis, certes, mais pas créés : il avoue lui-même que plusieurs textes antérieurs au sien peuvent être, rétroactivement, classés dans le Silkpunk, et celui dont je vais vous parler aujourd’hui en fait partie selon lui (même si en fait, il relève plus, à mon sens, d’un autre genre, dont je vais soigneusement éviter de trop vous parler). Il s’agit de la nouvelle The snow of Jinyang, signée par Zhang Ran (selon les conventions asiatiques, Ran est son prénom et Zhang son nom de famille), auteur chinois, ancien journaliste et analyste qui tient désormais un café dans le sud de son pays. Ce texte est disponible gratuitement (en anglais) via le site du magazine Clarkesworld (une traduction dans la langue de Shakespeare depuis le mandarin a été publiée dans son numéro 117 -la version originale a été publiée en Chine en janvier 2014-), soit sous forme écrite (clic), soit sous forme audio (clic). Lire la suite

The quantum magician – Derek Künsken

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A ce stade, ce n’est plus une baffe, c’est Mjöllnir dans ta face !

quantum_magicianDerek Künsken est un auteur canadien de SF, Fantasy et d’Horreur, jusqu’ici spécialisé (et reconnu) dans la forme courte, qui, avec The quantum magician, signe son premier roman proprement dit. Et quel début ! S’inscrivant principalement dans les registres de la Hard SF et de la SF post-humaniste, ce livre impressionne par sa solidité, son ambition, son originalité et par une intrigue qui pourrait être un Ocean’s Eleven revu par Greg Egan (si l’australien s’investissait plus dans ses intrigues et ses personnages). Il est de plus en plus rare que je sois à ce point pris ou impressionné par un premier roman de SF (en Fantasy, ça m’arrive plus souvent, alors que ce n’est pas mon genre de prédilection, pourtant), mais tel a été le cas ici.  Lire la suite

Rétrograde – Peter Cawdron

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A fuir ! 

retrograde_VFLe 11 octobre sortira chez Denoël, dans la collection Lunes d’encre, le roman Rétrograde de l’auteur australien Peter Cawdron. Sur ce blog, je tente d’habitude de vous conseiller le meilleur de ce que les littératures de genre ont à offrir, mais là, autant être clair, on en est très, très loin. Je ne saurais donc trop vous déconseiller l’achat de ce livre, l’ayant lu en VO (ma critique) et l’ayant trouvé mauvais de la première à la dernière page. Mais la VF va encore plus loin : en effet, la couverture montre un champignon atomique sur Mars… alors qu’aucune explosion nucléaire n’a lieu sur cette planète dans le roman ! Bref, certains ont de la chance que les Razzies n’existent plus…

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Retour sur Titan – Stephen Baxter

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Le meilleur UHL à ce jour, avec L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu

retour_sur_titan_baxterOn ne présente plus sur ce blog Stephen Baxter, membre de ma, hum, Sainte Trinité de la Hard SF, avec Greg Egan et Peter Watts. Retour sur Titan est une novella signée par le britannique et qui s’inscrit, comme le signale la deuxième de couverture, dans le fameux (meta-)cycle des Xeelees de l’auteur (pour en apprendre plus à son sujet, je vous conseille fortement l’excellent article du camarade Perchoc sur le blog Bifrost). Si vous ne l’avez pas du tout lu, ou pas entièrement (je n’en ai lu qu’une partie, pour ma part, honte à moi), rassurez-vous, Baxter résume efficacement les fondamentaux de son univers, et vous ne serez jamais perdu, même si au moins trois clins d’œil vont vous échapper (dont celui de la dernière page). Autre précision importante, ce texte n’a rien à voir avec le roman Titan également signé Baxter. La couverture, comme d’habitude esthétique et efficace d’Aurélien Police, emploie à mon sens très justement des tons que je qualifierais de cryogéniques.

La collection Une heure-lumière (UHL), dont ce roman court fait partie, a réussi à intéresser à la SF de haut vol des gens qui n’en lisaient pas ou peu (ou plus…) jusqu’ici. Certains de ces lecteurs achètent les nouveaux titres de la collection sans forcément savoir grand-chose sur eux, ce qui, à mon sens, est un signe de la qualité d’UHL et de la confiance que les consommateurs lui portent. Attention toutefois, cette sortie là se démarque des autres : si ce n’est pas la première novella classifiable en Hard SF qui y sort (on peut citer Cookie MonsterLe sultan des nuages ou encore -bien que dans ce cas-là, la classification soit contestable- Cérès et Vesta), c’est en tout cas à mon sens la seule qui reflète pleinement à la fois le sense of wonder (sentiment de vertige / émerveillement / sidération associé aux merveilles de l’univers ou aux progrès d’une science ultra-avancée) et l’exigence scientifique qui caractérisent les meilleurs ouvrages de ce sous-genre, ce qui distingue par exemple Greg Egan ou Hannu Rajaniemi de leurs petits camarades. Je ne vous dis pas que cette lecture va forcément être trop ardue pour vous (les premiers retours, même ceux émanant de gens qu’on ne peut pas qualifier d’aficionados de la Hard SF, montrent qu’avec un peu de bonne volonté, c’est lisible par tous), mais je vous préviens en revanche qu’elle est très orientée science et va vous en demander plus, si la SF n’est pas forcément votre genre de prédilection, que les autres UHL. Il n’en reste pas moins que nous avons là un texte indispensable pour l’amateur de Hard SF et, pour moi, le meilleur texte de la collection à ce jour avec L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu.  Lire la suite

Dandelion – Elly Bangs

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Bienvenue dans l’ascenseur émotionnel, vous montez ou vous descendez ?

clarkesworld_144_elly_bangsTout d’abord, rendons au neveu du Baron Harkonnen ce qui lui appartient, c’est l’ami FeydRautha qui m’a menacé d’un séjour de deux ans dans les amplificateurs de douleur, pardon, fait découvrir ce texte (signé Elly Bangs, autrice basée à Seattle) présent au sommaire du 144e numéro du magazine Clarkesworld. Fondé il y a quasiment douze ans jour pour jour au moment où je rédige ces lignes, ce mensuel propose des nouvelles de Fantasy et de SF, dont celles émanant d’écrivains désormais bien connus des adeptes du Culte, comme (par exemple) Elizabeth Bear, Kij Johnson, Caitlin R. Kiernan ou Peter Watts.

Vous pouvez lire gratuitement (en anglais) Dandelion, soit sous forme classique en ligne (clic), soit sous forme audio (clic). Lire la suite

American Elsewhere – Robert Jackson Bennett

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Cyclopéen ! 

american_elsewhereAmerican Elsewhere est le troisième titre faisant partie du lancement d’Albin Michel Imaginaire, le 26 septembre. aux côtés des tomes 1 d’Anatèm et de Mage de bataille. Gilles Dumay le présente comme « un thriller Kingien / Lovecraftien, lisible par le grand public, peut-être un peu mainstream pour un lectorat hardcore » (la presse US évoquait également Neil Gaiman, au passage). De plus, le livre est plus ou moins rangé sous l’étiquette « Fantastique », à laquelle les gens rattachent de toute façon tout ce qui est lié à Lovecraft (ce qui est absurde : ce dernier a balayé tous les genres, du pur Fantastique au Weird, la SF et la Fantasy). Je ne suis que partiellement d’accord avec cette présentation : oui, c’est « lisible » (et de façon très fluide et agréable, qui plus est) par le grand public, mais clairement, ce dernier va rater des tonnes de clins d’œil à Lovecraft et risque, de plus, d’être un peu décontenancé par les éléments science-fictifs qui ont une importance capitale dans l’intrigue. Lisible, donc, par le lecteur lambda, qui ne sort pas de l’imaginaire mainstream d’habitude, mais disons que celui-là va perdre une partie de la… Pandimensionnalité de l’ensemble (il faudra lire ce roman pour saisir la blague :D) et ne va voir que les ombres sur la paroi de la caverne, pas cette dernière.

Car American Elsewhere relève, à mon sens, bel et bien du Weird / New Weird, ce genre hybride popularisé par Lovecraft puis, plus près de nous, par des gens comme Miéville, Ligotti ou VanderMeer. Ou de la SF un peu barrée et cachée sous des oripeaux Fantastiques à la Stephen King, à la rigueur. Quoi qu’il en soit, même un lecteur peu expérimenté dans les littératures de l’imaginaire (même « mainstream », comme King) devrait vraiment apprécier cette lecture, car ce thriller horrifique s’avère, malgré sa longueur qui peut faire peur (pas loin de 800 pages), extrêmement prenant, et il se lit à une vitesse folle. Et c’est clairement passionnant, on tourne les pages avec fièvre pour savoir le fin mot de l’histoire et le devenir de son héroïne ! Et pour ce qui est du « peut-être trop mainstream pour un lectorat hardcore », clairement pas non plus, car je pense pouvoir sans problème m’inclure dedans et je n’ai pas trouvé ça trop grand public. Je dirais même plus : même pour un amateur éclairé de Néo-Lovecrafteries, ça se place à mon avis clairement dans le haut du panier, et est donc, dans ce registre, à lire et non pas à écarter d’un revers de main car trop orienté vers les gros bataillons du lectorat.

Au passage, c’est le deuxième livre signé Bennett que je lis en quelques semaines, et les deux fois, ça a été une claque magistrale. Attention cependant, je placerais American Elsewhere deux bons crans au-dessus de Foundryside en terme de qualité, et l’atmosphère, voire même le style d’écriture, sont largement différents, même si à la base, l’idée est un peu la même : la Réalité est malléable.  Lire la suite

Hors-série 2018 – Une heure-lumière

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Un premier hors-série proposant une nouvelle de Ken Liu absolument extraordinaire

HS1_UHLLa collection Une heure-Lumière (UHL), créée par le Belial’, s’est imposée, en à peine trois ans, comme un vrai succès commercial et critique (si j’en juge par le nombre de réimpressions de certains titres et par ce que je vois passer dans la blogosphère ou sur Babelio, par exemple), attirant vers les littératures de l’imaginaire (ou y faisant revenir) des lecteurs qui, jusqu’ici, n’en lisaient pas, ou en tout cas pas des textes du calibre de ceux proposés. Il était temps de tirer un certain bilan, et de récompenser la fidélité des plus acharnés des lecteurs, ceux qui se ruent sur toute nouvelle parution, ce que fait un hors-série de 96 pages. L’ouvrage est distribué gratuitement par les libraires participants, ainsi que sur le site de l’éditeur, pour tout achat de deux UHL, parmi les seize existant actuellement, effectué entre le 6 septembre et le 31 octobre (sauf à la FNAC, où l’opération se termine le 25 septembre). Histoire de vous aider à faire votre choix, si vous voulez pouvoir lire ce numéro collector, je vous propose en fin d’article des liens vers les critiques des UHL que j’ai eu l’occasion de chroniquer.

Le contenu de ces cent pages est divers mais invariablement intéressant. Ce qui fait l’intérêt de ce petit livre est, outre la splendide couverture signée Aurélien Police (ma préférée avec celle de Poumon Vert au sein de la collection), la nouvelle de Ken Liu proposée, qui sera une baffe monumentale pour tout amateur de SF qui se respecte.  Lire la suite