Opexx – Laurent Genefort

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Impressionnant

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un SP fourni par le Bélial’. Un grand merci à Olivier Girard et Erwann Perchoc !

Le 26 mai 2022, paraîtront deux nouveaux titres de la collection Une heure-lumière, à savoir Un an dans la Ville-Rue de Paul Di Filippo et Opexx de Laurent Genefort. J’ai lu le premier pour le compte de Bifrost (vous pourrez retrouver ma critique dans le numéro 107 du magazine, à paraître début juillet), et ne vous en dirai donc rien (sous peine de décapitation sauvage -Olivier Girard a besoin d’un quickening de temps en temps-), sinon que c’est un excellent livre, à la traduction impressionnante de qualité (signée Pierre-Paul Durastanti -who else ?-) mais peut-être pas tout à fait destiné à tous les profils de lecteurs. Dans la suite de cet article, je vais donc plutôt vous parler de la novella de Laurent Genefort.

Sans doute inspiré par ses activités au sein de la Red Team, Genefort, à mon sens un des meilleurs écrivains de SF français en activité, donne un cadre militaire à sa nouvelle production, reprenant le sigle bien connu OPEX (Opérations Extérieures -sous-entendu au territoire métropolitain français) utilisé par notre Armée et lui ajoutant un « x » de plus, pour marquer le fait que dans son roman, lesdites opérations sont carrément extérieures à la planète Terre. Et, nom de moi-même, qu’il est agréable de voir 1/ un auteur progressiste qui ne fait pas preuve d’un antimilitarisme primaire, et 2/ un éditeur qui n’hésite pas à publier ce sous-genre de la SF (c’est de plus en plus rare).

À la lecture, je me suis longtemps demandé où Genefort voulait en venir. J’avais échafaudé une hypothèse, qui s’est révélée fausse (le narrateur aurait été un alien envoyé pour étudier l’espèce humaine mais ne le saurait pas lui-même parce que sa mémoire a été éditée), et c’est seulement en approchant de la fin que j’ai compris l’angle adopté par l’auteur pour son roman. Que j’ai trouvé très proche d’un légendaire film sorti à la fin des années 80, un long-métrage qui a marqué toute une génération et qui n’a strictement rien à voir avec la SFFF. En repensant à Opexx sous ce prisme d’analyse, beaucoup de choses ont fait sens. J’ignore si monsieur Genefort a intentionnellement « réécrit » cette histoire dans une perspective SF ou si il s’agit d’une coïncidence fortuite, mais dans ce dernier cas, je serais curieux de savoir ce qu’il pense de l’analogie, qui me semble absolument frappante. Je suis aussi curieux de savoir ce que les autres lecteurs vont en penser, et si eux aussi vont faire le même parallèle.

Quoi qu’il en soit, et comme nous allons le voir, même s’il n’est pas tout à fait dépourvu de tropes, voire de clichés, Opexx est un excellent (si j’osais, je dirais même un exxcellent  😀 ) court roman, qui prouve une fois encore, s’il en était besoin, tout le talent de l’homme, notamment en matière de worldbuilding et dans sa capacité à toujours mettre l’humain au centre de ses univers. Lire la suite

Le marteau de dieu – Arthur C. Clarke

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Clarke a trop utilisé son marteau sur sa propre tête !

Une version modifiée de cette critique est sortie dans le numéro 102 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Publié en 1993, le roman Le marteau de Dieu est une version étendue d’une nouvelle parue dans le magazine Time l’année précédente. Et le moins que l’on puisse dire est que le procédé est douloureusement visible et très maladroitement réalisé ! L’intrigue est supposée parler de la menace pour toute vie sur Terre que constitue Kali, un astéroïde détecté en 2109 par le programme de surveillance Spaceguard (un postulat de base qui rappelle franchement celui de Rendez-vous avec Rama, ce à quoi il convient d’ajouter deux éléments recyclés de 2001 et 2010), ainsi que de la mission menée par le capitaine Singh pour le dévier de sa trajectoire, mais le roman débute en nous parlant du passé du protagoniste, l’astéroïde n’étant abordé, quand on y pense, que de façon presque marginale durant les deux premières parties du livre. Il faut même attendre plus du tiers de ce dernier pour que l’histoire de la découverte de Kali soit relatée. On a la nette impression que l’astéroïde n’est pas le principal sujet de l’ouvrage, un comble !

Pendant ce temps, l’auteur s’étend à n’en plus finir sur l’existence (pas franchement passionnante) de son protagoniste, et tente de nous dépeindre les changements sociétaux, technologiques ou autres qui ont eu lieu au XXIe siècle et au début du XXIIe. Autant le dire, c’est un échec : ce qui n’est pas du cent fois vu, en mieux qui plus est, chez Clarke ou d’autres, nécessite parfois un considérable degré de suspension de l’incrédulité, comme avec l’hypothèse de départ rien moins qu’absurde de la formation d’un syncrétisme chrétien / islamique. Ce qui est d’autant plus grave qu’il a un rôle non négligeable à jouer dans l’intrigue ! Les parties spécifiquement consacrées à l’astéroïde sont d’une faiblesse intolérable pour un auteur de Hard SF du calibre de Clarke, sans compter une absence quasi-totale de dramaturgie inacceptable dans ce genre de SF apocalyptique (les problèmes se règlent pratiquement aussi vite qu’ils apparaissent !).

La structure inutilement bavarde et aérée de l’ensemble (bien des chapitres sont ridiculement courts et / ou n’apportent rien à l’histoire, manière d’augmenter artificiellement le nombre de pages de l’ouvrage, tout comme le fait de le découper en une quantité excessive de parties) se conjugue à un patchwork de chapitres n’ayant rien à voir avec ceux qui forment l’intrigue principale et insérés n’importe comment entre eux, ainsi qu’à la faiblesse de tous les aspects traités, pour donner un roman dont on se passera aisément, surtout chez un romancier comme Clarke, qui a produit tant d’autres livres intéressants, voire incontournables. Et ce d’autant plus que dans la thématique de l’astéroïde tueur, d’autres (à commencer par Benford / Rostler avec Shiva le destructeur, dont on se demande d’ailleurs si Clarke ne s’en est pas inspiré) ont fait bien mieux.

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La cité et les astres – Arthur C. Clarke

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Surévalué

Une version modifiée de cette critique est sortie dans le numéro 102 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Paru en VO en 1956, La cité et les astres est une version étendue et révisée du premier roman de Clarke, Against the fall of night, publié en 1951 et qui était déjà lui-même une version allongée et retravaillée d’une novella sortie dans Startling Stories en 1948. Le but de cette ultime version était de montrer les progrès faits par Clarke dans l’art de l’écriture. C’est raté ! S’inscrivant dans le registre de la SF de la Terre Mourante, comme certaines œuvres de Vance ou de Moorcock (entre autres), ce roman nous projette plus d’un milliard d’années dans le futur. L’Homme a jadis conquis les étoiles, avant d’en être chassé par de mystérieux Envahisseurs extraterrestres et d’être confiné sur son monde d’origine, où les effets des éons ont arasé les montagnes et fait évaporer les océans. Il ne reste plus qu’une seule cité, Diaspar, capable de s’autoréparer en permanence et donc libérée de la tyrannie du Temps, tout comme ses dix millions d’habitants, stockés dans des mémoires informatiques inaltérables et qui ne sont incarnés, par petits contingents, que toutes les quelques dizaines de millénaires. Sauf que parfois, un Unique apparaît, quelqu’un qui n’a jamais vécu avant, qui n’est pas soumis à la compulsion de rester au sein des limites de Diaspar. Quelqu’un qui se pose des questions, notamment sur le fait que l’Histoire de sa race est quasiment oubliée Quelqu’un chez qui ni la curiosité, ni l’ambition qui étaient jadis le propre de l’Homme ne semblent avoir été excisées. Le jeune Alvin est l’un d’eux.

On pourrait faire, en moins sévère (quoique…) la même remarque pour ce roman que pour Le marteau de Dieu : le texte original semblait fonctionner correctement, sa version allongée et retravaillée… moins. On voit vite où Clarke veut nous conduire, et si ses réflexions sont souvent pertinentes (sur un hyper-conservatisme qui fossilise une société, sur l’ouverture nécessaire aux autres cultures et sur l’extérieur en général, sur la manipulation du récit Historique, l’élan salvateur de la jeunesse, l’importance du non-conformisme, etc.), elles auraient surtout facilement pu rester condensées dans un roman qui aurait fait un bon tiers de pages de moins que celui qui nous est proposé. Au bout d’un moment, l’auteur tourne quasiment en rond, ne surprend plus, et le ton dépassionné de l’ensemble peine à captiver. On met parfois La cité et les astres sur le même plan que les chefs-d’œuvre de Clarke, les 2001 et autre Rendez-vous avec Rama : c’est clairement une erreur. Ce roman d’apprentissage, qui ne séduira ou ne surprendra qu’un débutant ou un nostalgique de la SF de l’âge d’or, est somme toute mineur et indigne d’être placé sur un tel piédestal. Et ne parlons même pas du suspect parfum Asimovien qui plane sur un nombre non-négligeable d’éléments de construction du monde ou de l’intrigue !

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Le courage de l’arbre – Leafar Izen

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Ta gueule, c’est botanique !

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse fourni par AMI. Un grand merci à l’éditeur et en particulier à Gilles Dumay !

Moins de deux ans après La marche du Levant, Leafar Izen revient, le 20 avril 2022, avec un deuxième roman publié chez Albin Michel Imaginaire, cette fois intitulé Le courage de l’arbre (titre assez incompréhensible, même une fois le livre achevé, et pour tout dire vaguement ridicule). Je pourrais faire de ce nouveau livre quasiment la même critique que pour son prédécesseur, à savoir qu’il est absolument plein à ras bord d’emprunts, hommages ou, pourquoi pas, de convergences fortuites avec des œuvres plus anciennes et surtout bien plus prestigieuses, que taxonomiquement, il est flou (il est au mieux Soft SF, et à mon avis relève plus de la Science Fantasy, en raison d’un point à la fois inexpliqué et quasiment « magique » du worldbuilding -et le problème est qu’il s’agit du point central de ce dernier- sous des oripeaux vaguement Hard SF qui ne résisteront pas une minute face à quelqu’un qui maitrise ce sous-genre / la vraie science -je vais en reparler-), que la fin se veut un twist énorme (un peu comme dans La marche du Levant) alors que personnellement, j’avais vu venir certaines choses dès la deuxième page, et qu’en fin de compte, c’est nettement plus taillé pour séduire les débutants et / ou ceux qui n’ont pas lu leurs classiques (et ce n’est pas tout à fait la même chose : on peut avoir énormément lu de SF mais pas forcément les classiques concernés) que pour des gens comme votre serviteur.

Toutefois, il y a plusieurs nuances à apporter à cette comparaison entre les deux romans SF de l’auteur : tout d’abord, la première moitié du Courage de l’arbre est bien plus enthousiasmante que pratiquement toute La marche du Levant, la fin exceptée (malheureusement, la suite est bien plus bancale…) ; ensuite, les personnages sont encore moins bons (si, si !) que ceux de La marche du Levant ; néanmoins, le style d’Izen s’est amélioré, ou disons plutôt qu’il s’est « allégé », et il donne moins dans l’emphatique. On peut cependant conclure que globalement, Le courage de l’arbre séduira probablement le même type de public (celui qui ne décodera pas les influences et donc ne devinera pas l’histoire 400 pages à l’avance, littéralement) et fera lever les yeux au ciel des vieux briscards dans le genre de votre serviteur. À ceci près que l’effet de surprise, de découverte d’un nouvel auteur dans le champ des littératures de l’imaginaire, n’est plus là : je ne suis pas certain que les gens ayant eu un avis mitigé sur La marche du Levant vont être aussi enclins à dépenser une vingtaine d’euros pour un livre qui, à quelques détails près, n’a pas vraiment tiré de leçons de la réception de son prédécesseur. Au bout d’un moment, il va falloir, notamment, qu’Izen développe SON univers plutôt qu’aller faire son marché chez les autres. Surtout que, hein, comme je le disais, les clichés / emprunts commencent dès la deuxième page ! Lire la suite

Lune rouge – Kim Stanley Robinson

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Un planet opera décevant, une brillante anticipation de la Chine future, un roman globalement bancal sur le pur plan littéraire

Le 6 avril 2022 sortira chez Bragelonne Lune rouge, roman de Kim Stanley Robinson (KSR pour les intimes) publié en VO en 2018 et avant-dernier livre de l’auteur en date (précédant The ministry for the future, à venir lui aussi chez le même édi… enfin chez la même subdivision d’Hachette, quoi). Celles et ceux d’entre vous qui connaissent et apprécient KSR sont déjà en train de compter leurs euros durement gagnés et de prévoir de passer chez leur libraire mercredi, sachant à quel point chaque nouvelle parution de l’américain est (presque) toujours un événement. Les autres ont de la chance, puisque dans son infinie miséricorde, Olivier Girard a décidé que le Bifrost 106, qui paraîtra dans quelques semaines à peine, sera consacré à cet écrivain fondamental dans de nombreuses subdivisions des littératures de l’imaginaire (Cli-Fi, Planet Opera et Hard SF, bien sûr, mais aussi Uchronie, Post-apocalyptique, Solarpunk, et j’en passe). L’occasion, pour les aponautes qui le connaissent mal, voire pas du tout, d’en prendre la mesure.

Aux fans de KSR, voyant « Lune » dans le titre et s’imaginant « forcément » avoir un équivalent sélénite de l’œuvre incroyable qu’est la Trilogie martienne, je dis toutefois de tempérer leurs ardeurs. Il se trouve que j’ai lu ce roman en anglais il y a trois ans, pour le numéro 95 (le spécial Lune) de Bifrost, et que son intérêt et sa focale sont clairement ailleurs que sur son aspect Planet Opera et lunaire : il s’agit en fait d’une anticipation (bluffante) de la Chine de 2047 plutôt qu’un récit de la colonisation de notre satellite comme pouvait l’être la Trilogie pour Mars. S’il y a un mot qu’il faut retenir dans le titre, c’est clairement « rouge » et pas « Lune », et ce d’autant plus que sur l’aspect lunaire, KSR se fait battre à plate couture par quelqu’un comme Ian McDonald, par exemple. Toutefois, l’aspect chinois à lui seul aurait pu donner une œuvre enthousiasmante (ou du moins plus enthousiasmante qu’elle ne l’est) si ladite œuvre n’était pas affligée de défauts de plus en plus récurrents dans la prose de l’auteur, comme (entre autres) des longueurs, problèmes de rythme et, ici, une fin particulièrement abrupte, sans parler d’un aspect technique et d’un timing de la colonisation lunaire qui laissent le lecteur dubitatif. Mais KSR, son intelligence, son érudition, son talent, étant ce qu’ils sont, Lune rouge reste tout de même recommandable (au moins pour une certaine partie du fandom) à la condition impérative d’avoir parfaitement conscience du genre de livre où on met les pieds. En cela, ma recension consacrée à Red Moon devrait vous aider à y voir plus clair.

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Loin de la lumière des cieux – Tade Thompson

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Un roman qui porte (hélas…) bien son nom !

Le 16 mars 2022 sortira dans la collection Nouveaux millénaires, chez J’ai Lu, le roman (assez court, à peine 256 pages) Loin de la lumière des cieux, signé Tade Thompson, l’auteur, entre autres, des excellentes novellas du cycle Molly Southbourne (clic et clic), publié, lui, par le Bélial’. Ayant beaucoup apprécié ces dernières, c’est évidemment avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai lu Far from the light of heaven, la version originale de cette nouvelle sortie, quand elle est parue en novembre dernier. Tade Thompson qui fait de la SF spatiale, il y avait de quoi être séduit, pas vrai ? Inutile, donc, de dire que je suis tombé de très, très haut. L’auteur a voulu se lancer dans de la science-fiction classique en envoyant balader ses codes, et a voulu la mêler à un mystère en chambre close sans en maîtriser du tout les fondamentaux. Pire que ça, il a cru faire original alors que ce qu’il pensait être une déclinaison inédite et extrême de ce dernier domaine avait été faite en encore plus radical et en bien mieux avant lui, par Fritz Leiber, notamment. Et cerise sur le gâteau, si j’ose dire, à ce ratage sur les fondamentaux s’est ajouté un message idéologique plus que balourd. Bref, on est ici très loin de la qualité, de l’intelligence et de la subtilité manifestées par Thompson dans ses autres livres. Si vous souhaitez en savoir plus, ma critique complète de la VO est à votre disposition.

D’habitude, ce type de rappel de sortie en français est fait pour vous informer qu’un excellent bouquin que j’ai lu en VO est sur le point de paraître dans la langue de Molière, et donc de vous dire que vous ne perdrez ni votre temps, ni votre argent en en faisant l’acquisition. Vu le respect que j’avais jusqu’ici pour l’œuvre de Mr Thompson, il m’est donc pénible de dire que cette fois ci, nous sommes sur le cas inverse : il s’agit d’un achat clairement dispensable, et vous risquez bien plus d’être cruellement déçu(e) qu’autre chose. Après, les goûts et les couleurs… Mais bon, le camarade Feydrautha étant sur la même longueur d’onde que votre serviteur, je pense qu’on peut dire qu’il s’agit plus de défauts structurels que d’une simple question d’affinité personnelle. Mais pour nuancer, terminer sur une note d’espoir, et éviter la PLS à monsieur Eliroff, directeur de collection de Nouveaux Millénaires, souvenons-nous des mots éternels de Gilles Dumay : « Quand Feydrautha et Apophis détestent, on peut être sûrs que le grand public va adorer ! ».

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Les villes nomades – intégrale – James Blish

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Un cycle majeur de la SF ? Hmmm…

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 101 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Chez Mnémos comme en SF, on est friand des Histoires du futur. Après celles d’Heinlein, de Smith ou de Niven, l’éditeur publie celle créée par James Blish dans les années 50 et 60 dans les quatre tomes du cycle Les villes nomades. Certains sont des fix-ups, d’autres des romans écrits d’une traite, l’un d’eux a été rédigé des années après les autres et inséré entre les deux premiers tomes de la trilogie initiale, et tous ont subi des révisions en réponse à des points soulevés par les lecteurs. Aux hommes les étoiles décrit un 2018 où la Guerre Froide est toujours d’actualité, et où, pour combattre l’URSS, les USA se sont transformés à leur tour en un état policier et totalitaire ; pour préserver la culture occidentale, une cabale initie un projet scientifique secret, notamment un « pont » dans l’atmosphère de Jupiter devant permettre de valider certaines théories scientifiques alternatives ; dans Villes nomades, l’aboutissement du projet a permis, mille ans plus tard, à des villes entières de s’arracher de la surface de la Terre pour proposer leurs compétences industrielles ailleurs, sur le modèle des Okies, travailleurs migrants de l’Oklahoma des années 20 et 30 ; dans La Terre est une idée, on suit les aventures intergalactiques de New York, une des plus prestigieuses de ces villes nomades, menée de main de maître par le (très Asimovien) maire Amalfi ; enfin, dans Un coup de Cymbales, Blish va au terme de ses 2000 ans d’Histoire future et au bout de celle de l’univers !

La préface se plaît à souligner la solidité scientifique de l’ensemble (Blish était un critique à la dent dure, et en reprochait l’absence à certains de ses collègues auteurs) et le fait qu’il s’agit d’un cycle majeur de la SF, « même s’il fait son âge ». La prétendue solidité de la chose doit être nuancée, car ce qui n’a pas été invalidé depuis les années 50/60 est parfois employé de façon abracadabrante, notamment en cosmologie et dans le premier et le dernier roman, où on a plus du technobabillage que de la vraie science, même de son époque. Pour ce qui est du statut de cycle majeur, on est loin des autres Histoires du futur, d’autant plus que des quatre romans, seul le troisième présente un réel intérêt : le premier est poussif pour le peu qu’il a à raconter (qui plus est résumé en quelques paragraphes dans les autres tomes), le second est un roman d’apprentissage trop classique (même si son protagoniste est attachant), et le dernier est trop bancal sur le plan scientifique pour convaincre. Malgré tout, on mettra au crédit de l’ensemble de cette saga un incroyable Sense of wonder, et un excellent troisième tome.

P.-S. : L’auteur a, par contre, écrit des recueils ou romans bien plus dignes, de mon point de vue, d’intérêt, à commencer par le fondamental, dans le domaine de la Panthropie, voire en SF dans son ensemble, Semailles humaines.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cet ouvrage, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de Xapur,

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Le jardin quantique – Derek Künsken

16

Braquer… le Temps !

Le 2 mars 2022 sortira chez Albin Michel Imaginaire Le jardin quantique de Derek Künsken, suite de l’excellent Le magicien quantique et deuxième tome du cycle The quantum evolution (pour l’anecdote, au tout début, The quantum magician était présenté comme un stand-alone  😀 ). Le tome 3, The quantum war, a été publié (en anglais) le 12 octobre 2021, et l’auteur a indiqué que le quatrième et dernier, The quantum temple, paraîtra en 2024. Sachez par ailleurs qu’il a aussi précisé que la suite du magistral The house of Styx, sans conteste possible le meilleur Planet Opera vénusien jamais écrit, sortira fin 2023, s’appellera The house of saints et conclura le cycle Venus Ascendant, situé dans le même univers que Le magicien quantique. Tant que j’y suis, j’en profite pour rappeler l’existence de la novelette Pollen from a future harvest, qui prend place dans le même lieu où se déroule une bonne partie du Jardin quantique et explique une partie des événements du début du Magicien quantique.

J’ai, pour ma part, lu Le jardin quantique en VO, à sa sortie en octobre 2019, et j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une digne suite du Magicien quantique, bien que dans un genre légèrement différent. Si on garde une partie des personnages du premier tome, le scénario n’est pas le même, et le ton est plus grave (même si l’humour reste présent). L’aspect Hard SF et le sense of wonder étaient déjà solides dans The quantum magician, et ils ne font que se renforcer dans son successeur, qui propose quelques très beaux moments dans ce domaine. Mais surtout, le worldbuilding et la psychologie de certains personnages secondaires s’étoffent de façon significative. Celles et ceux d’entre vous qui voudront en savoir plus peuvent se référer à ma critique complète de la VO.

Un dernier mot : Le magicien quantique, sorti en 2020 un peu avant le premier confinement, n’a pas eu, de ce fait, la carrière qu’il aurait dû avoir, comme un certain nombre d’autres livres pourtant fort enthousiasmants (je pense à Olangar – Une cité en flammes de Clément Bouhélier, par exemple). Ce qui fait que si ce tome 2 ne marche pas, la traduction des deux suivants ou de House of Styx devient de plus en plus hypothétique. Bref, si ce cycle vous intéresse, ne temporisez pas, et il sera probablement sauvé comme l’a été celui d’Andrea Cort écrit par Adam-Troy Castro (même si ce dernier peut également remercier les excellents résultats d’un certain monsieur Lucazeau). Après, je ne suis pas un prescripteur d’opinion, vous faites ce que vous voulez de votre argent (et je n’ai pas d’actions chez AMI non plus  😀 ).

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Dead silence – S.A. Barnes

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Atmosphère, atmosphère…

Selon la présentation de son tout nouveau roman, Dead silence, sur Amazon, S.A. Barnes est une américaine, responsable de CDI dans un lycée, qui a publié « de nombreux autres livres dans différents genres ». En cherchant un peu plus, on découvre sur Goodreads que « S.A. Barnes » n’en a pourtant qu’un seul à son actif… qui est justement ledit Dead Silence. L’explication est très simple : en fait, il ne s’agit que d’un pseudonyme, et les autres bouquins de l’autrice sont publiés sous le nom de Stacey Kade. Et les « autres genres » mentionnés sont essentiellement… de la romance et du Young Adult. Alors outre le fait que prendre un (autre ?) pseudonyme pour se donner une crédibilité 1/ en SFFF 2/ adulte me paraît être un procédé assez douteux (même si, d’après ce que je constate, il a tendance à se généraliser chez les auteurs de YA), si j’avais su que ce soi-disant « Shining rencontre le Titanic« , « L’ultime histoire de maison hantée… mais dans l’espace » émanait d’un profil pareil, je n’aurais sans doute jamais lu ce livre (au passage, la couverture est du grand n’importe quoi : il ne s’agit ni d’un salvage crew -c’est précisément ce qui le démarque en bien des tonnes de space op’ récents justement basés sur des équipages de vaisseaux de récupération d’épaves, voire de SAR- et encore moins d’unspeakable horrors, comme nous le verrons). Préjugés, me direz-vous. Sauf que… si ce n’est pas un mauvais livre, en revanche il est trop limité, sur le plan littéraire, pour vraiment convaincre une lectrice ou un lecteur expérimenté(e). Et les comparaisons que fait l’éditeur avec Stephen King, voire Andy Weir pour un point précis de l’histoire, sont clairement folkloriques, tant on est loin de ces références.

Moralité : à part un lectorat venant lui-même du YA, on voit mal quel profil ayant un minimum de bouteille en SF horrifique / Horreur sera impressionné par ce bouquin. Il est plutôt « agréable » (si on peut parler de ce genre de livre avec ce type de vocabulaire), mais presque aussi vite oublié qu’il est lu. Lire la suite

L’œil d’Apophis – HS 5 – Toujours pas traduit, toujours pas réédité, que fait l’édition française ?

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Eye_of_ApophisEn décembre 2018 et 2020, j’ai publié des articles mettant en lumière le fait que certains cycles ou romans mériteraient soit une traduction, soit une réédition. Douze mois de plus se sont écoulés, et si le cas de certains de ces livres est réglé (leur traduction a été annoncée, par exemple), celui de la plupart des autres reste identique. Il était d’autant plus temps de faire un point sur la situation que dans l’intervalle, d’autres livres de grande envergure se sont ajoutés à la liste. Enfin, dans cette édition 2021, je vais aussi dire un mot de livres qui ont été annoncés, parfois depuis longtemps, voire très longtemps… et que nous attendons toujours. Sans parler du fait qu’annoncer, puis publier effectivement, c’est bien, mais qu’il faut ensuite que la qualité de traduction et de correction suive. Et c’est loin d’être toujours le cas !

Alors certes, le Covid et les confinements sont passés par là, certes, il y a une incontestable surproduction, certes, les éditeurs ne peuvent pas tout traduire, certes, il y a parfois des questions épineuses de droits, oui, certaines fois le directeur de collection veut mais son supérieur ne veut pas, oui, certains livres sont peut-être dans les tuyaux mais les annonces n’ont pas été faites (pas à votre serviteur, en tout cas), certes, une partie de ces livres est toujours disponible d’occasion, certes, pour quelques-uns d’entre eux, le public (ou le libraire…) ne suivra peut-être pas, et certes, mes goûts (ou ceux des blogueuses et blogueurs sur la même longueur d’onde que moi) ne sont clairement pas ceux de nombre de maisons françaises, et si la qualité de certains cycles n’est mise en cause par personne, leur coût de traduction serait apparemment « prohibitif dans l’état actuel du lectorat SFFF ».

Certes. D’un autre côté, quand on voit ce que publient certaines des personnes nous sortant ce genre d’excuses, on est en droit de se dire que ça va, merci, il y a bien assez de Young Adult / de Fantasy initiatique / de Big Commercial Fantasy / de dystopies – post-apo / de SFFF militante / de SF « éblouichiante » (copyright Ours Inculte) pour que DE TEMPS EN TEMPS, on insère AUSSI dans le programme de parution un truc choisi pour ses qualités littéraires (oui, je sais, quelle drôle d’idée, hein) et pas parce qu’il coche les bonnes cases, qu’elles soient marketing ou autres. Lire la suite