Les chroniques de Méduse – Stephen Baxter / Alastair Reynolds

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Gestion des problèmes de voisinage via l’ingénierie planétaire et stellaire, mode d’emploi

chroniques_meduseDepuis une vingtaine d’années, Stephen Baxter, un des maîtres de la Hard SF (genre de prédilection de ce blog), s’est lancé le défi de donner une suite à quelques textes majeurs de la Science-Fiction, dont La machine à explorer le temps et La guerre des mondes de H.G. Wells. Il était donc logique qu’Alastair Reynolds, autre pape de ce sous-genre qui a eu envie de rayer le mot « fin » en conclusion de la nouvelle Face-à-face avec Méduse d’Arthur C. Clarke, fasse appel à Baxter pour écrire ce qui se passait ensuite à quatre mains (et ce d’autant plus que Baxter avait co-écrit plusieurs livres avec le Maître -non, pas Federer-).

Les chroniques de Méduse sont donc le fruit de cette excitante collaboration. Si la lecture préalable de la nouvelle de Clarke n’est pas strictement indispensable, elle est en revanche utile pour mieux saisir certaines allusions. Attention toutefois : ne lisez ni la quatrième de couverture, ni ma critique si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire la nouvelle ET que vous avez l’intention de le faire. Si vous n’avez pas l’intention de lire le texte de Clarke, en revanche, la quatrième et ma recension peuvent être lues sans danger de vous spoiler.  Lire la suite

The A(pophis)-Files – épisode 6 : A la dérive – épaves et vaisseaux errants en SF

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afiles_3Dans ce sixième épisode de la série des A-Files (des articles de fond consacrés aux grandes thématiques et éléments emblématiques de la SFFF), nous allons parler de vaisseaux. Oui, je sais, encore. Normalement, ce numéro 6 aurait dû être consacré à la place des races fantastiques en Fantasy (mais ce n’est que partie remise), mais il se trouve que le sujet des épaves spatiales et des vaisseaux à la dérive est récemment redevenu d’actualité via certaines théories entourant Oumuamua. Celui-ci est un petit (230 par 35 mètres) astéroïde dont la vitesse et la trajectoire prouvent sans conteste qu’il n’est pas originaire de notre système solaire mais d’un autre (sa provenance exacte demeurant inconnue). Or, étant donné son mouvement tournant et sa forme de cigare, certains ont fait un rapprochement avec le fameux Rama du livre d’Arthur C. Clarke, et d’autres ont franchi ce pas supplémentaire qui consiste à dire qu’il ne s’agit peut-être pas d’un banal rocher mais… d’un vaisseau extraterrestre à la dérive. Sans totalement écarter cette hypothèse d’un revers de main, je n’y souscris tout de même pas, mais cela m’a toutefois donné envie de parler de la place qu’occupent les astronefs crashés ou dérivant dans l’espace en Science-Fiction.  Lire la suite

House of suns – Alastair Reynolds

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Un roman qui explose toutes les (dé)mesures ! 

house_of_sunsAlastair Reynolds est un auteur Gallois qui, avant de se consacrer à plein temps à l’écriture (à partir de 2004), faisait partie d’une subdivision de l’ESA (l’Agence spatiale européenne) en tant qu’astrophysicien. Au vu de son expertise scientifique, et de son attitude qui consiste à dire qu’il ne peut utiliser, dans sa science-fiction, un procédé auquel il ne croit pas (le déplacement supraluminique, par exemple), à moins qu’il n’apporte un élément indispensable à l’intrigue, vous ne serez pas surpris d’apprendre (si vous ne le savez pas déjà) qu’il exerce son art dans le registre de la Hard SF, sous-genre dont il est considéré comme un des plus grands maîtres avec des écrivains comme Greg Egan, Stephen Baxter ou Arthur C. Clarke (liste évidemment non-exhaustive). Son cycle des Inhibiteurs, notamment, fait référence, mais le livre dont je vais vous parler aujourd’hui n’en fait pas partie : c’est un roman indépendant, développé à partir d’une novella antérieure, Thousandth night (dont il s’écarte d’ailleurs sans complexe à certains moments, faisant par exemple intervenir des personnages qui y sont morts).

House of suns partage par contre une constante avec le reste de l’oeuvre de Reynolds, à savoir cette conquête spatiale « à la dure », sans moteur hyperspatial, une SF ayant à la fois la vastitude des contextes multi-planétaires du (New) Space Opera, le côté sombre du roman noir et, donc, un certain réalisme dans l’existence (ou pas) des technologies futures, qui restent cohérentes avec les lois de la physique telles qu’on les comprend aujourd’hui (sauf si cela sert, à l’extrême rigueur, un point capital de l’intrigue). Personnellement, j’aime beaucoup cette ambiance, cette idée qu’on ne traverse pas une galaxie en un après-midi en passant en « vitesse-lumière » et en n’y prêtant aucune attention tant la chose est banale, routinière. Mais, dans ce roman, l’auteur va bien, bien plus loin que dans son cycle phare des Inhibiteurs, puisqu’il dilate l’espace humain a la dimension… de la galaxie ! L’univers (et sa démesure !) sont le très, très, très gros point fort de House of suns, même si le roman est par ailleurs critiquable (ou plutôt améliorable) sur quelques points finalement assez mineurs.  Lire la suite

2010 – Odyssée deux – Arthur C. Clarke

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Le Sense of wonder à son apogée

20102010 est la suite de 2001, L’odyssée de l’espace, et comme lui, il a fait l’objet d’un film (qui, là encore, présente certaines différences avec le roman sur lequel il est basé), cette fois réalisé par Peter Hyams (également aux commandes sur les excellents Capricorn one et Outland), qui, s’il n’atteint évidemment pas la perfection de celui de Kubrick, n’en est pas moins honorable en lui-même (sur un pur plan SF : par contre, il ajoute un sous-texte politique absent du livre et plutôt maladroit), avec des effets spéciaux pas dégueulasses pour l’époque (mais certains décors épouvantables) et un casting fort sympathique (Roy Scheider, Helen Mirren, John Lithgow). S’il n’atteint pas tout à fait le degré de poésie qui caractérisait son prédécesseur, ce roman arrive à égaler, voire même à dépasser, la quantité pourtant déjà prodigieuse de Sense of wonder et d’interrogations à portée philosophique que celui-ci distillait. Plus chaleureux (notamment au niveau des personnages -moins dans le film, cependant-), il donne aussi au lecteur de 2001 les clefs manquantes pour enfin tout comprendre (ou presque) sur les activités et les buts des bâtisseurs de Monolithes, le sort de Bowman et la cause de la psychose de qui vous savez (ceci est un dispositif anti-spoiler destiné à ceux qui n’ont pas encore lu 2001).

Bref, pour moi, il s’agit plus d’un diptyque que de deux romans « indépendants » faisant juste partie d’un même cycle. Et d’ailleurs, au sujet de ce dernier, je précise tout de suite que vous pouvez vous dispenser sans regret de lire 2061 et 3001, qui se baladent entre le « bof » et le carrément mauvais, et n’ont absolument pas la dimension, l’envergure, de leurs deux illustres prédécesseurs.  Lire la suite

L’œil d’Apophis – Numéro 8

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Eye_of_ApophisAprès le hors-série de Noël, voici le huitième numéro de la série d’articles l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète, quoique, pour ce numéro, on peut presque se poser la question 😀 ) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, mal promus par leur éditeur, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois livres : aujourd’hui, il s’agit de Roma Aeterna de Robert Silverberg, de Au tréfonds du ciel de Vernor Vinge et d’Inversions de Iain M. Banks.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt le tag (Roman) Culte d’Apophis). Lire la suite

L’univers captif – Harry Harrison

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Un texte de Soft-SF magistral

captive_universeSi le nom d’Harry Harrison n’a pas, pour le « grand public » de la SF, la résonance de ces patronymes prestigieux que sont Clarke ou Asimov, cet auteur américain (1925 – 2012) a pourtant produit une quantité impressionnante de livres marquants : Soleil vert (adapté au cinéma avec Charlton Heston dans le rôle principal), une référence de la Dystopie (si vous ne connaissez pas certains noms de sous-genres, voyez mes articles), le cycle de Deathworld (saga majeure du Planet Opera), ceux de Bill le héros galactique et surtout du Rat en acier inox (deux séries de SF humoristique -satirique- emblématiques). Et malgré tout cela, il n’a jamais reçu le moindre prix de SF d’envergure (rejoignant, en cela, d’autres écrivains majeurs, comme Iain M. Banks par exemple).

Notez que même si l’illustration de couverture ci-dessus correspond à une édition en langue anglaise (celle dans laquelle j’ai lu ce roman court), ce texte existe en français (vous pouvez le trouver d’occasion), mais seulement en version physique. De fait, j’ai eu beaucoup de mal à choisir, parmi les différentes éditions, quelle image j’allais utiliser pour illustrer cet article : la VF a une couverture particulièrement inesthétique, et si celle d’une des VO est superbe, elle a aussi le très gros inconvénient de dévoiler le point central de cette novella, son grand secret, d’un seul coup d’œil. Car tel va être mon très, très gros problème avec cette critique : il est pratiquement impossible d’analyser correctement ce livre… sans spoiler. Je me suis même posé la question de savoir si j’allais proposer ladite critique ou pas, ce qui est une première sur ce blog. Mais bon, d’après les stats, c’est le 300e article du Culte, alors… Et puis cette novella est tout simplement magistrale, donc il me fallait absolument en dire un mot, même nébuleux. Lire la suite

2001 – L’odyssée de l’espace – Arthur C. Clarke

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Ainsi parlait Apophis (ce livre tu liras !)

2001Bon, bon, bon, j’étais parti pour vous parler de 2001 et 2010 de Clarke dans le neuvième numéro de l’œil d’Apophis (pas le suivant, celui d’après), mais finalement j’y ai jeté à nouveau plus qu’un vague coup d’œil (^^) ces derniers jours et j’ai préféré vous proposer des critiques complètes (celle de 2010 suivra dans quelques jours). Car si, paradoxalement, Clarke et le film de Kubrick sont très connus, combien d’entre vous ont lu 2001 ? Pas grand-monde, j’en mettrais ma main au feu… D’ailleurs, le dit film, s’il est reconnu comme un chef-d’oeuvre du cinéma (de SF, mais pas que), a paradoxalement probablement fait beaucoup de mal au roman, qui a été développé en parallèle (et qui présente d’ailleurs quelques différences avec sa contrepartie, ainsi qu’avec sa propre suite, 2010) à partir d’une nouvelle antérieure, La sentinelle (où le Monolithe est remplacé par une pyramide). Les gens qui ont tenté le visionnage en sont, pour beaucoup, ressortis dubitatifs, tant le début et la fin de l’intrigue ont pu leur paraître obscurs. Ayant lu le livre avant, pour ma part j’ai pu apprécier le film à sa juste valeur. D’ailleurs, 2001 a une place vraiment à part dans mes lectures, puisque c’est le premier livre de science-fiction que j’ai lu (suivi de 2010 et de Fondation, excusez du peu !) lorsque j’avais environ dix ans. Et même trente-trois ans plus tard, cela reste pour moi un des meilleurs. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.
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