The ingenious – Darius Hinks

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Un world- et magic-building très original

the_ingeniousLe britannique Darius Hinks a un profil plutôt atypique : avant de devenir l’auteur d’une grosse douzaine de romans (dont certains s’inscrivant dans l’univers Warhammer 40 000 et dont le premier, Warrior Priest, a obtenu le David Gemmell Morningstar Award), il a été le guitariste du groupe de Grunge Cable, avant le split de ce dernier (apparemment à cause d’une sale bataille juridique). Son dernier « opus », si j’ose dire, est donc The ingenious, une Fantasy plutôt atypique mais travaillée, évocatrice et efficace, à l’exception peut-être d’une fin un peu en demi-teinte. Il faut cependant retenir le world- et le magic-building qui, avec les deux protagonistes, constituent le très gros point fort du bouquin. Et une couverture de fou furieux, bien entendu. Au passage, ce roman est édité chez Angry Robot, la même maison qui nous a récemment proposé Time’s children, autre fantasy où on se balade dans l’espace-temps et qui brise en petits morceaux les codes traditionnels d’un genre très sclérosé. Bref, pour ma part, cet éditeur devient, du moins en Fantasy (en SF, c’est moins brillant), un de ceux à suivre de près. Lire la suite

Never Die – Rob J. Hayes

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Une fin extraordinaire

never_dieRob J. Hayes est un auteur britannique auto-édité (et expérimenté : treize livres au compteur !), et comme chacun le sait, je ne lis quasiment jamais de romans qui ne passent pas par le circuit traditionnel de l’édition. Sauf quand ledit auteur a gagné l’édition 2017 du Self-Published Fantasy Blog-Off, un prix littéraire piloté depuis 2015 par Mark Lawrence, et qui doit justement mettre en lumière le meilleur de ce que l’auto-édition anglo-saxonne a à offrir. Car il se trouve que j’ai lu le bouquin du lauréat 2016, The Grey Bastards de Jonathan French, et que j’ai passé un bon moment avec. J’ajoute que la couverture très pro et très esthétique a joué (je ne lirai jamais un bouquin juste pour l’illustration, mais si elle est réussie c’est toujours un plus très agréable, à mon sens), et que le résumé était carrément intrigant, ce qui a contribué à faire pencher encore plus la balance.

Le verdict ? Eh bien non seulement c’est carrément excellent (bien meilleur que le bouquin de French, au passage), mais en plus ça coche beaucoup de cases que j’aime : Fantasy non-européenne, à poudre, au scénario qui n’est pas du mille fois vu, etc.  Lire la suite

Full fathom five – Max Gladstone

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Une nouvelle phase du cycle

full_fathom_fiveFull fathom five est le troisième roman du cycle The craft sequence dans l’ordre de publication, et le cinquième (sur six) dans celui de sa chronologie interne. Il en marque aussi une nouvelle phase : alors que Three parts dead et Two serpents rise utilisaient un lieu de l’action (dans le même univers fictif) et des protagonistes différents, et que les trois autres livres reprennent soit des lieux, soit des personnages déjà croisés (en terme de protagonistes), quand ce ne sont pas les deux à la fois, Full fathom five est un cas intermédiaire entre ces différentes phases de la saga ; s’il se déroule dans un coin inédit de la planète, et que ses deux protagonistes sont inconnus du lecteur, ce n’est pas le cas de trois personnages secondaires d’importance. En effet, Ms. Kevarian et Cat étaient deux des protagonistes de Three parts dead, et Teo était un des personnages secondaires de Two serpents rise. Signalons d’ailleurs que la première fait également partie du casting de Last first snow, qui sera (normalement) critiqué sur ce blog en février.

Si ce troisième roman de The craft sequence reste une lecture hautement recommandable, c’est, peut-être, celui des trois sur lequel je serais le plus « mitigé », bien que le mot soit sans doute trop fort et mal adapté. Dans ma critique de Two serpents rise, je disais que son seul vrai défaut était probablement son intrigue, mais que tout le reste était excellent ; dans le cas de Full Fathom Five, je dirais qu’à part le world-/magic-building, l’intrigue est le seul point qui ne m’ait pas posé un problème, même modeste. Les deux romans sont donc profondément différents l’un de l’autre. Lire la suite

Two serpents rise – Max Gladstone

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Quelle intensité !

two_serpents_riseTwo serpents rise est le second roman du cycle The craft sequence, par Max Gladstone, et ce à la fois dans l’ordre de publication et dans la chronologie interne de l’univers. Il faut en effet savoir que l’auteur a écrit sa saga « dans le désordre », publiant d’abord trois romans présentant des lieux et des personnages, avant d’en publier un autre revenant sur des événements du passé desdits lieux / protagonistes (Last first snow nous parle de ceux d’un personnage secondaire de Two serpents rise ET d’un personnage principal de Three parts dead, le tout dans la ville qui sert de décor au livre dont je vais vous parler aujourd’hui), puis de proposer la suite du premier roman publié, et enfin celle du troisième. Pour aider les lecteurs qui souhaiteraient lire le cycle dans un ordre compatible avec sa chronologie interne, il a eu une idée simple mais très efficace : à l’exception du sixième livre du cycle (de toute façon le dernier à lire dans tous les cas), les autres ont un chiffre dans leur titre, qui correspond à l’ordre de lecture en suivant la chronologie interne et pas l’ordre de publication. Ainsi, Last first snow, quatrième publié, doit se lire en premier (« first ») pour qui veut suivre la chronologie interne.

Pour ma part, j’ai fait le choix de lire ces livres dans leur ordre de publication, afin de mesurer l’évolution de l’auteur. Et bien m’en a pris, car celle-ci a été spectaculaire, alors qu’une seule année sépare la sortie de Three parts dead et de Two serpents rise. Si l’univers, le magicbuilding et l’originalité de la Fantasy post-médiévale (ici de l’Arcanepunk) proposée étaient les gros points forts de Three parts dead, j’avais mis du temps pour apprécier les personnages et l’intrigue à leur juste valeur, n’y parvenant que dans la dernière partie du roman. Rien de tel ici : j’ai tout de suite accroché au scénario et aux protagonistes / antagonistes. J’ajoute que l’auteur propose un roman très prenant, à l’intensité totalement hors-norme, que ce soit en terme de pyrotechnie, de relation entre les personnages, ou de… eh bien sense of wonder, un terme d’habitude employé en SF et pas en Fantasy, et qui me paraît ici tout à fait valable. Alors certes, il reste quelques défauts au bouquin, comme des rebondissements prévisibles ou une base de l’intrigue calquée sur celle du tome 1 (mais cette fois poussée jusqu’au bout). Mais franchement, pas de quoi nuire à l’intérêt de Two serpents rise, qui achève pour moi de placer ce cycle dans le panthéon de la Fantasy dans son ensemble (et pas seulement dans ceux de l’Arcanepunk ou des Fantasy post-médiévales). Et, ô joie, ô bonheur, il me reste encore quatre tomes à lire, sans compter les textes, courts ou longs, réputés à venir chez Tor. Lire la suite

City of broken magic – Mirah Bolender

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Démineurs + SOS Fantômes + Alien + Lovecraft = City of broken magic

city_broken_magicCity of broken magic est le premier roman de l’américaine Mirah Bolender, ainsi que le tome inaugural d’un cycle appelé Chronicles of Amicae. Et le moins que l’on puisse dire est que pour sa première publication, la jeune femme n’a pas choisi la voie de la facilité : au lieu de nous resservir l’éternelle quête de l’élu dans un monde médiéval-fantastique d’inspiration européenne, Miss Bolender nous place dans un monde d’inspiration (vaguement) japonaise (ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait qu’elle a voyagé dans ce pays), avec une bestiole au croisement de Lovecraft et d’Alien, dans une nation dont le niveau de technologie n’est pas celui du Moyen-âge mais plutôt des années 1910, et non pas dans les pas de l’élue de la prophétie mais d’une employée banale d’une brigade de « déminage »… magique. Bref, elle nous propose de l’Arcanepunk, sous-genre qui est en train de recevoir un sérieux coup de booster ces derniers temps avec cette publication ou celles de War Cry de Brian McClellan ou encore de Ravencry d’Ed McDonald. Au passage, si elles ne sont évidemment pas encore majoritaires, les sorties qui ne sont inspirées ni de l’Europe, ni de la période médiévale, sont de plus en plus nombreuses.

On l’aura compris, City of broken magic est original, mais est-ce un bon livre ? Globalement, la réponse est oui, même s’il est affligé d’un côté relativement (et faussement, en réalité) décousu et d’un rythme sur courant alternatif qui pourra gêner certains lecteurs. Je préfère, pour ma part, retenir l’intensité des scènes d’action, l’excellence de l’univers et des personnages très travaillés. Lire la suite

Empire of sand – Tasha Suri

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Quand t’es dans le désert, depuis trop longtemps… *

empire_of_sand_suri* Jean-Patrick Capdevielle, 1979.

Tasha Suri est une autrice (et libraire) britannique d’origine Pendjabi, installée à Londres. Empire of sand est son premier roman et le tome inaugural du cycle The books of Ambha. Ce dernier comprendra au moins un autre livre, Realm of ash (consacré au personnage d’Arwa, devenu adulte), et les différents opus seront lisibles comme des stand-alone, même s’ils se déroulent dans le même monde (ils en visiteront d’ailleurs différentes parties) et partagent parfois des protagonistes communs.

Ce livre a plusieurs particularités, mais la plus évidente est qu’il propose un univers et une magie inspirés par l’Inde, particulièrement celle de la période Moghole. Il a donc au moins le mérite d’offrir au lecteur féru de Fantasy une ambiance radicalement différente de celle, européenne, celtique / romaine / nordique à laquelle il est habitué. Ceci, conjugué au talent de conteur de l’auteure, ainsi qu’à vingt-cinq premiers % enthousiasmants, aurait donc dû en faire une lecture de qualité. Malheureusement, les trois autres quarts sombrent brusquement dans une romance à l’eau de rose, un rythme d’une lenteur géologique et tiennent plus du pensum que du chef-d’oeuvre. Je ne dirais pas que nous tenons là ma déception de l’année (le simple fait que je prenne la peine d’écrire une critique sur ce livre montre 1/ que je l’ai fini et 2/ qu’il y a tout de même quelque chose à y sauver), mais en tout cas j’avoue que rien ne présageait une dégringolade pareille dans un bouquin qui, au début, me faisait penser à… la Trilogie de l’empire de Feist / Wurts ! Lire la suite

The monster Baru Cormorant – Seth Dickinson

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The fall of Baru Cormorant ?

monster_baru_cormorantThe monster Baru Cormorant est le second tome du cycle également nommé d’après ce personnage, et fait suite à The traitor Baru Cormorant, sans aucun doute une de mes lectures les plus marquantes en 2017. Mais comme le dit si bien l’expression, plus on s’élève, et plus dure sera la chute. En effet, ce deuxième livre concentre et amplifie tous les défauts de son prédécesseur, sans pour autant proposer les quinze premiers et derniers % extraordinaires qui faisaient tout son intérêt (et pourtant, de bonnes fées se sont penchées sur son berceau : Kameron Hurley, Max Gladstone, Yoon Ha Lee et même la multi-primée Ann Leckie). La déception est donc cruelle, même si certaines révélations de la fin font que je n’exclue pas totalement de lire le tome suivant. Il faut en effet savoir que Seth Dickinson a soumis à son éditeur un manuscrit si colossal (1104 pages !) que celui-ci a décidé de le couper… en trois. De diptyque, le cycle s’est donc (à ma connaissance) transformé en tétralogie.

J’attire votre attention sur le fait que la moindre ligne de ce qui suit est un énorme spoiler sur la fin du tome 1 : si vous n’avez pas lu celui-ci, je vous conseille donc de passer directement à la conclusion (oui, j’aime passer trois heures à rédiger des critiques que 99% des gens ne pourront donc pas lire…).  Lire la suite

Time’s children – D.B. Jackson

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Un mélange d’éléments très classiques et d’autres plus novateurs, pour un résultat assez unique

time_s_children_jacksonD.B. Jackson est le pseudonyme de David B. Coe, écrivain américain de Fantasy (jusqu’ici principalement épique, urbaine et Historique -voire Historique / Urbaine, à la Marie Brennan-) auteur d’une vingtaine de romans (traduits dans une douzaine de langues, excusez du peu !), dont certains publiés chez Tor (un gage de qualité, à mon sens). Sa nouvelle trilogie, The Islevale Cycle, explore des territoires à la fois nouveaux pour lui et probablement pour une grosse partie de ses lecteurs (nous allons en reparler). Le tome 1, Time’s Children, est sorti en début de mois, le second, Time’s Demon, est prévu pour mai 2019, tandis que le travail sur le troisième, Time’s Assassin, a déjà commencé.

Mais laissez-moi vous résumer ce roman inaugural : un jeune homme doit voyager dans le temps parce que la nation qu’il sert est en train de perdre une guerre sur deux fronts. En remontant quatorze années en arrière, il doit apaiser certaines tensions et faire en sorte que le conflit n’éclate jamais. Malheureusement, sa mission échoue, et l’Histoire est réécrite, générant une uchronie dystopique du monde tel qu’il le connaissait. Coincé dans le passé parce que l’appareil qui lui permet de voyager dans le temps a été endommagé, il se retrouve, en plus, avec une compagne de voyage bien encombrante sur les bras. Vous êtes probablement en train de vous dire : « Mouais, du Time Opera classique, rien de nouveau sous le soleil ! ». Sauf que, cher lecteur, tu es parti sur une hypothèse erronée, car il ne s’agit pas de SF… mais de Fantasy !  Lire la suite

Bloody Rose – Nicholas Eames

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Et de deux !

bloody_rose_eamesBloody Rose est le deuxième opus (je pense que ce terme, d’habitude employé pour des disques, n’est ici en rien usurpé) du cycle The Band, par Nicholas Eames. C’est la suite du formidable Kings of the Wyld, dont je vous disais il y a un peu plus d’un an le plus grand bien et que j’ai hâte de voir débarquer en français (il a été acheté par Bragelonne : source). Le tome 3, lui, est prévu pour 2019 (vivement !). Kings of the Wyld proposait un univers qui était, paradoxalement, à la fois extrêmement classique (notamment du fait de sa filiation assumée avec celui de Donjons & Dragons) et complètement novateur : le point central de sa construction était en effet que les compagnies d’aventuriers et de mercenaires étaient structurées comme des groupes de Rock et adulées comme eux. Ce qui faisait son énorme charme était aussi le cocktail unique, à la fois épique, humoristique et plein d’émotion, que Nicholas Eames avait su créer.

Dès lors, deux questions se posaient à propos de sa suite : l’auteur allait-il réussir à maintenir l’intérêt de son lecteur une fois l’effet de surprise du premier tome passé, et pourrait-il maintenir l’équilibre parfait entre les ingrédients précédemment cités dans un second roman ? Eh bien si l’on prend Bloody Rose dans sa globalité, la réponse est oui, même si son premier tiers peut faire un peu douter et si l’ambiance est bien plus sombre que dans le livre précédent (ce qui n’empêche pas les scènes humoristiques !). Au final, cependant, ce tome 2 s’est avéré être plus qu’à la hauteur de son prédécesseur et de mes attentes, et ne devrait pas décevoir celles des fans de SagaLire la suite

War cry – Brian McClellan

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Machine-gun & Sorcery

war_cryBrian McClellan est un auteur américain qui a produit le meilleur cycle de la jeune histoire de la Flintlock Fantasy (voir mon article), les Poudremages. Il sort aujourd’hui un roman court qui n’y est pas lié et propose un tout nouvel univers. Comme vous pouvez vous en douter avec un écrivain qui semble avoir, comme votre serviteur, développé une profonde lassitude envers le médiéval-fantastique, ce nouveau contexte ne s’inspire pas tout à fait de l’Europe, et certainement pas du Moyen Âge. On aurait pu penser que McClellan allait, comme Adrian Tchaikovsky avant lui (dans Guns of the dawn), placer son histoire dans un cadre rappelant la Guerre de Sécession, mais il a en fait décidé de sauter une étape, et, grimpant dans les branches de l’arbre taxonomique, de passer de la Flintlock Fantasy à l’Arcanepunk, dont il devra désormais être considéré comme un des maîtres, à l’égal de Max Gladstone. Car War cry rappelle la Seconde Guerre mondiale… mais dans un monde secondaire (imaginaire) où la sorcellerie existe ! Bref, après la sword & sorcery, il faudra désormais aussi parler de machine-gun (ou de bomber) & sorcery !

Même si je lui ai trouvé quelques facilités sur la fin, il n’en reste pas moins qu’une fois de plus, McClellan nous offre un texte magistral, plein d’émotions variées, au rythme haletant et à l’univers totalement hors-norme dans un genre, la Fantasy, ultra-sclérosé.  Lire la suite