Mage de bataille – tome 1 – Peter A. Flannery

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Plaisir coupable

mage_de_bataille_AMIMage de bataille (divisé en deux tomes dans son édition française – cette critique ne concernant que le premier-) est un des trois romans faisant partie du lancement d’Albin Michel Imaginaire, le 26 septembre 2018 (il faut aussi remarquer que des titres annoncés jusqu’ici par l’éditeur, c’est le seul qui relève de la Fantasy. Mais j’y reviendrai). Gilles Dumay a un discours très clair à propos des titres qui seront publiés en 2018 : Les étoiles sont légion est un space opera féministe, Anatèm une SF de haut-vol destinée à des amateurs éclairés, American Elsewhere du Fantastique grand public et Mage de bataille, donc, une Fantasy d’initiation, destinée aux débutants dans le genre. Et le moins qu’on puisse dire est que la description faite par l’éditeur est, pour une fois (ses petits camarades devraient d’ailleurs s’en inspirer plutôt que de raconter souvent n’importe quoi en quatrième : nous en avons récemment eu un spectaculaire exemple, avec un bouquin qui fait partie d’un cycle et relève du Young Adult… alors que ce n’est indiqué nulle part dans sa présentation !), rigoureusement exacte : les schémas utilisés dans Mage de bataille sont tellement éculés qu’il a plus l’air d’avoir été écrit en 1985 que dans les années 2010, ce qui fait que, théoriquement, il devrait faire fuir tout lecteur ayant un minimum vital d’expérience en Fantasy, sauf à la rigueur le fanatique de High Fantasy.

Eh bien croyez-le ou non, mais la réalité est un peu plus complexe que cela : vu mon niveau d’expérience et mon aversion pour ce sous-genre et le roman initiatique, cette lecture aurait dû relever du calvaire, et pourtant j’y ai pris un étonnant plaisir. Oh je ne vais certainement pas vous dire qu’il s’agit du bouquin de Fantasy de l’année, ou de vous ruer dessus. Je vous dis en revanche que la personne qui a déclaré à son sujet que AMI faisait « les poubelles de Bragelonne » exagérait quelque peu. Et puis après tout, ce roman bénéficie de l’excellente note de 4.48 (sur plus de 3000 notations) sur Goodreads, donc tant de gens ne peuvent se planter complètement, pas vrai ?  Lire la suite

Bloody Rose – Nicholas Eames

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Et de deux !

bloody_rose_eamesBloody Rose est le deuxième opus (je pense que ce terme, d’habitude employé pour des disques, n’est ici en rien usurpé) du cycle The Band, par Nicholas Eames. C’est la suite du formidable Kings of the Wyld, dont je vous disais il y a un peu plus d’un an le plus grand bien et que j’ai hâte de voir débarquer en français (il a été acheté par Bragelonne : source). Le tome 3, lui, est prévu pour 2019 (vivement !). Kings of the Wyld proposait un univers qui était, paradoxalement, à la fois extrêmement classique (notamment du fait de sa filiation assumée avec celui de Donjons & Dragons) et complètement novateur : le point central de sa construction était en effet que les compagnies d’aventuriers et de mercenaires étaient structurées comme des groupes de Rock et adulées comme eux. Ce qui faisait son énorme charme était aussi le cocktail unique, à la fois épique, humoristique et plein d’émotion, que Nicholas Eames avait su créer.

Dès lors, deux questions se posaient à propos de sa suite : l’auteur allait-il réussir à maintenir l’intérêt de son lecteur une fois l’effet de surprise du premier tome passé, et pourrait-il maintenir l’équilibre parfait entre les ingrédients précédemment cités dans un second roman ? Eh bien si l’on prend Bloody Rose dans sa globalité, la réponse est oui, même si son premier tiers peut faire un peu douter et si l’ambiance est bien plus sombre que dans le livre précédent (ce qui n’empêche pas les scènes humoristiques !). Au final, cependant, ce tome 2 s’est avéré être plus qu’à la hauteur de son prédécesseur et de mes attentes, et ne devrait pas décevoir celles des fans de SagaLire la suite

Redemption’s blade – Adrian Tchaikovsky

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Le seigneur des anneaux IV : Après la guerre

redemption_s_bladeBien que le public français connaisse désormais la partie SF de l’oeuvre d’Adrian Tchaikovsky (via Dans la toile du temps et la traduction prochaine de Dogs of war), c’est en fait surtout un auteur de Fantasy, genre dont relève l’écrasante majorité de sa production. Et c’est aussi là qu’il faut classifier son tout dernier roman, Redemption’s blade, qui s’inscrit dans un cycle appelé After the war (en fait un univers partagé).

Le point central non pas tellement de l’intrigue mais plutôt des thématiques développées est le suivant : le Sauron local, le Kinslayer (le fratricide), a été vaincu. C’est très bien, tout le monde est content, mais si lui est mort, ses armées sont toujours là, certaines de ses forteresses encore debout, et les artefacts de pouvoir créés ou amassés par lui n’ont pas disparu. Comment les races élevées pour lui servir de soldats ou mises en esclavage vont-elles vivre dans le « monde d’après » ? Comment réparer les dommages, qu’ils soient physiques ou psychologiques, infligés au reste du monde, plongé dans un véritable stress post-traumatique géant ? C’est de l’héroïne qui a abattu le demi-dieu maléfique que viendra un début de réponse !  Lire la suite

Ravencry – Ed McDonald

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Encore meilleur que le tome 1, si, si !

ravencryRavencry est le second tome du cycle qui s’appelle Raven’s mark en VO et Blackwing en VF, après Blackwing (VO) / La marque du corbeau (VF). L’auteur a déclaré que pour l’instant, trois romans étaient prévus (le dernier, Crowfall, sortira lors de l’été 2019), mais qu’il n’excluait pas d’en écrire d’autres, situés dans le même univers mais mettant en jeu un personnage différent.

Le livre précédent ayant reçu un accueil ma foi fort enthousiaste (surtout pour un premier roman), les attentes étaient donc fortes concernant sa suite. Et ce d’autant plus que certains lecteurs avaient été un poil déstabilisés par le détachement du personnage principal par rapport à ce qui arrivait (un sentiment que je ne partage pas vraiment, pour ma part). Que ces gens là se rassurent, cependant : cette fois, Ryhalt est carrément ultra-concerné par ce qui arrive, et ce non pas sur un, mais plusieurs plans ! Certes, ce tome 2 a quelques petits défauts sur la fin (mais rien de rédhibitoire), mais globalement, il a repris avec succès la recette de son prédécesseur, en l’améliorant encore. Plus d’action, plus de Désolation, plus d’immersion, plus d’émotion. Bref, vivement le tome 3 ! Lire la suite

Les jardins de la Lune – édition Leha – Steven Erikson

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Une lecture incontournable ! 

mbotf_1_LehaLe 18 Mai, sortira en français (pour la troisième fois…), sous la bannière des éditions Leha cette fois, Les jardins de la lune, le premier tome du cycle phare de Steven Erikson (rebaptisé pour l’occasion Le livre des martyrs), une des œuvres majeures de la Fantasy sortie ces vingt dernières années, et très probablement de toute l’histoire du genre. Je ne saurais donc trop vous conseiller de vous y intéresser, et vous propose de (re)découvrir la critique que j’avais écrite il y a quelques années d’une des traductions antérieures (parue à l’époque chez Calmann-Lévy). Si cette recension reste valable sur le fond, je vous ferais cependant remarquer qu’elle ne peut pas se prononcer sur la qualité de la nouvelle traduction (signée Emmanuel Chastellière) qui est présentée par Leha comme très supérieure à celle des deux éditions françaises antérieures, offrant une expérience de lecture largement améliorée. Je ne vous proposerai de critique de la version Leha qu’à partir du tome 3, donc l’année prochaine (si le programme de l’éditeur est mené à bien, chaque tome paraîtra six mois après le précédent).

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Blackwing – La marque du corbeau – Ed McDonald

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Une brillante Dark Fantasy post-médiévale et post-apocalyptique

blackwing_1_VFLe 18 avril 2018 sortira en français Blackwing tome 1 : La marque du corbeau, par Ed McDonald, que j’ai, pour ma part, lu l’année dernière en anglais et trouvé à la fois original et très intéressant, avec un univers qui sort des sentiers battus, une puissante ambiance, un personnage central très travaillé et une excellente intrigue. Je vous invite donc à lire ma critique de la VO, sachant que je ne peux évidemment pas juger la qualité de la traduction, de la relecture, de l’édition, etc. On remarquera toutefois que dans la langue de Shakespeare, La marque du corbeau (Raven’s mark) est le nom du cycle, pas celui du premier tome, qui s’appelle simplement Blackwing. Au passage, je vous reparlerai très bientôt du tome 2, Ravencry, qui sort (en VO) en juin.

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The infernal battalion – Django Wexler

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Un peu déçu

infernal_battalion_wexlerThe infernal battalion est le cinquième et ultime tome du cycle The shadow campaigns, une des deux références absolues de la Flintlock Fantasy. Des cinq romans, c’est celui qui s’éloigne le plus de l’Histoire pour aller vers une pure intrigue Fantasy (rappelons que le tome 1 était un équivalent de la Campagne d’Égypte de Napoléon, le 2 de la Révolution, le 3 de la Terreur et le 4 de la Campagne de Russie). C’est peut-être d’ailleurs ce qui m’a manqué : malgré sa note de 4.4 sur Goodreads, malgré le fait que ce soit un bon roman et qu’il offre une conclusion satisfaisante à cette pentalogie, j’en sors un peu déçu et frustré. J’ai été décontenancé par certaines parties, j’ai trouvé que le côté vraiment épique de la chose arrivait très tard, et globalement, j’ai moins été dans l’émotion qui prend aux tripes que pour la fin des Poudremages (l’autre saga de référence dans ce sous-genre), par exemple. Il n’en reste pas moins que, dans son ensemble, The shadow campaigns reste un cycle hautement recommandable, en Flintlock bien sûr, mais plus généralement en Fantasy.

Toute la question est maintenant de savoir ce que l’auteur va proposer ensuite : un nouvel univers, ou un second cycle dans le même, comme l’a fait McClellan par exemple ? Personnellement, j’ai trouvé que la fin de ce tome 5, si elle concluait tous les arcs scénaristiques de la pentalogie, ouvrait deux perspectives très, très intéressantes pour un éventuel spin-off. J’avoue que j’ai hâte de voir ce que Wexler va publier prochainement !  Lire la suite

Of gods and men – Stephen Aryan

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Aryan est aussi à l’aise sur la forme courte que sur la longue

of_gods_and_men_aryanOf gods and men est une nouvelle de 70 pages écrite par Stephen Aryan, constituant un prélude à sa trilogie L’âge des ténèbres mais donnant aussi des éléments relatifs au cycle qui suit cette dernière, The age of dread (dont le premier volume, Mageborn, est pour l’instant inédit en français). Elle met en vedette le personnage le plus mystérieux et fascinant de Mage de guerre, Vargus. Elle n’est disponible, comme c’est en général le cas pour ce genre de texte court complétant une série de romans, que sous forme audio ou électronique.

J’attendais beaucoup de ce texte, car je me demandais ce que valait l’auteur sur la forme courte : je dois dire que je n’ai pas été déçu, il est finalement aussi intéressant via cette nouvelle que dans ses romans. Ce qui me fait d’ailleurs penser qu’il faudrait peut-être que je m’intéresse à Mageborn, vu que je n’ai pas eu d’échos d’une éventuelle traduction française par Bragelonne pour le moment.  Lire la suite

Malice – John Gwynne

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Retour vers le futur

Malice_gwynneJohn Gwynne est un auteur britannique vivant dans l’East Sussex. Malice est son premier roman, ainsi que le tome inaugural d’une tétralogie à succès (les romans 2 à 4 se baladent entre 4.37 et… 4.47 sur Goodreads, ce qui situe tout de suite le niveau), The faithful and the fallen, achevée en 2016. Le premier tome d’un nouveau cycle (Of blood and bone) situé dans le même univers vient tout juste de paraître. Je voyais souvent revenir le nom de Gwynne lors de mes recherches de livres de Fantasy de valeur à lire en VO, mais le fait que ce soit apparemment de la High Fantasy m’avait un peu refroidi. Heureusement, un article de l’Ours Inculte m’a convaincu que je ratais sans doute quelque chose : étant donné que c’est un des deux critiques dont je suis le plus proche au niveau des ressentis sur nos lectures communes (l’autre étant Boudicca), c’est en toute confiance que je me suis lancé dans la lecture de ce tome 1. Et le constat est là : ce n’est pas encore cette fois que lui et moi serons en désaccord !

Malice, donc, est certes, à la base, de la High Fantasy, combat du bien contre le mal, prophéties, élu et tout le tralala, mais (et c’est un très gros « mais ») revisitée en (petite) partie à la sauce G.R.R. Martin et surtout, dans un style d’écriture et une atmosphère qui ont un fort parfum de… David Gemmell ! Cela aurait pu donner un gloubi-boulga insipide, mais au contraire je viens de lire un des romans qui, globalement (je vais y revenir) est un des plus prenants lus depuis… oh, plus que ça. J’ai retrouvé là-dedans des sensations que la Fantasy avait été en grande majorité incapable de me faire éprouver depuis l’époque bénie des Elric, Princes d’Ambre et autres Seigneur des anneaux de mon adolescence. Gwynne a un éclatant talent de conteur, est un grand créateur de personnages, et malgré la taille du pavé, on en redemande et ça se lit tout seul une fois passé un premier quart un poil laborieux. Certes, ça reste une Fantasy très classique, loin des aspects novateurs de l’Arcanepunk ou de la Flintlock, mais c’est extrêmement efficace, et c’est tout ce qui compte !  Lire la suite

The Guns of empire – Django Wexler

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Je finis l’année 2017 en beauté !

guns_of_empireThe guns of empire est le quatrième et avant-dernier roman du cycle The shadow campaigns, par Django Wexler. Il suit la tendance constatée chez ses prédécesseurs, à savoir le fait d’être (au moins) un peu meilleur que le tome précédent, qui lui-même était (au minimum) un (très) bon livre. C’est d’ailleurs parfaitement reflété dans la progression des notes sur Goodreads pour les tomes 1-4, respectivement 4.04, 4.12, 4.26 et 4.31 (pour vous donner un point de comparaison, les trois tomes des Poudremages sont à 4.16, 4.35 et 4.35). Autre constante dans l’évolution entre les tomes : celle de suivre méthodiquement les étapes de l’épopée Napoléonienne, le personnage de Janus étant (plus ou moins) un analogue de l’illustre personnage. Le tome 1 est donc un équivalent de la Campagne d’Égypte, le 2 montre la Révolution, le 3 la Terreur, ce qui fait que, logiquement, ce tome 4 aurait dû nous montrer le Consulat et éventuellement la proclamation de l’Empire. Or, l’auteur a, cette fois, choisi de diverger un petit peu par rapport au modèle historique : c’est en fait la Campagne de Russie, très postérieure, qu’il met en scène.

Sachez que la lecture des deux Novellas The penitent damned et The shadow of Elysium est un plus non négligeable pour mieux saisir certains points dans ce roman, même si elle n’est évidemment pas indispensable. En effet, l’auteur fait intervenir leurs deux protagonistes, Abraham et (surtout) Alex, ce qui fait que 1/ vous saurez ce qu’il est advenu d’eux et 2/ vous saisirez mieux les tenants et les aboutissants des événements les concernant.  Lire la suite