Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) Gunpowder / Flintlock Fantasy

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ApophisIl s’agit du premier article du Guide de lecture des littératures de l’imaginaire que je vous propose, après la présentation du concept et le point de départ (souvenez-vous que les articles ne seront pas écrits dans l’ordre présenté mais en fonction de ce qui est le plus pratique pour moi). Le suivant ne sera publié qu’à la fin de l’été. Pourquoi un tel écart ? Parce que le présent article doit me servir de plate-forme de test afin d’avoir des retours sur la présentation et le fond et de corriger le tir pour les suivants si besoin. 

Vous avez entendu parler d’une Fantasy mêlant armes à feu, mondes imaginaires, magie et créatures fantastiques, et souhaitez découvrir ce style de romans, ou bien vous perfectionner et aller au-delà des livres de base ? Cet article est fait pour vous ! 

Quelques définitions

J’ai rédigé, en 2017, un article sur la Fantasy à mousquets, je vous invite donc à vous y reporter si vous voulez avoir un aperçu complet de ce qui caractérise ce sous-genre. Je vais toutefois vous en donner une définition simple et rapide, pour ceux qui ne ressentent pas le besoin d’approfondir : chez les anglo-saxons, les termes Gunpowder (fantasy de la poudre à canon / noire) et Flintlock (fantasy à mousquets) désignent des romans de Fantasy se passant (typiquement) dans un monde secondaire (imaginaire, qui n’est pas la Terre), où la magie et / ou les races non-humaines (elfes, dragons, etc) existent, et où en même temps le niveau d’évolution technologique dépasse celui du moyen-âge (ultra-majoritaire en Fantasy) sans pour autant dépasser celui de l’ère de la vapeur (faute de quoi on a affaire à d’autres sous-genres, comme l’arcanepunk).

Certains utilisent indifféremment les deux termes (Gunpowder / Flintlock) pour désigner le même type de romans, tandis que je fais partie de ceux qui font une distinction entre les deux : pour moi, Flintlock Fantasy désigne spécifiquement des romans inspirés principalement par la période 1789-1815, voire jusqu’à 1860 dans certains cas. C’est donc une littérature fantastique proposant un équivalent de la Révolution ou de l’épopée Napoléonienne dans un monde imaginaire.

Pourquoi est-ce que ça peut m’intéresser ? 

La Gunpowder / Flintlock Fantasy peut vous intéresser si :

  • Vous souhaitez voir ce que donne le mélange entre elfes, dragons, mousquets, canons et magie.
  • Vous connaissez déjà significativement la Fantasy et en avez assez des mondes médiévaux qu’elle propose classiquement.
  • Vous êtes passionné par l’histoire de la Révolution française ou de l’aventure Napoléonienne et souhaitez en voir une allégorie dans un monde imaginaire.
  • Vous êtes un amateur de Fantasy militaire et / ou épique et souhaitez entendre le fracas des canons et le claquement sec des mousquets plutôt que le sifflement des épées et des flèches.

Qu’est-ce que je dois lire pour découvrir ou me perfectionner dans ce domaine ? 

Concernant la définition des profils de lecteurs, je vous renvoie à l’article introductif du guide de lecture. Tout d’abord, une remarque préliminaire : l’écrasante majorité des romans les plus significatifs de la Flintlock Fantasy n’a jamais été traduite en français ou bien l’a été mais n’est aujourd’hui plus disponible, que ce soit sous forme papier ou électronique. Si vous voulez vraiment vous investir dans ce sous-genre, la lecture en anglais sera donc indispensable (et je vous rappelle que c’est à la portée de la plupart d’entre vous).

Attention, les listes qui suivent sont conçues pour rassembler les livres les mieux adaptés à chaque profil de lecteur et les plus emblématiques de la Gunpowder / Flintlock, pas forcément pour être exhaustives à tout prix et recenser n’importe quel livre où on trouve des mousquets, même s’ils ne jouent finalement qu’un rôle accessoire dans le monde ou l’intrigue.

J’attire aussi votre attention sur le fait que je classe la Fantasy de Cape & d’épée (Swashbuckling Fantasy) à part, et que vous n’en retrouverez donc pas dans la liste qui suit. Remarque également valable pour la Gaslamp Fantasy (« Steampunk » dans un monde secondaire à forts éléments surnaturels) ou l’Uchronie de Fantasy à la Téméraire (bien que certains classent aussi ce cycle en Flintlock, ou du moins comme un précurseur de ce sous-genre).

Complet débutant (n’a jamais lu de Fantasy… du tout !)

Même si je suis persuadé que la Fantasy post-médiévale (Flintlock, Gaslamp, Arcanepunk, etc) est l’avenir du genre, je ne conseillerai cependant pas à un complet débutant de commencer sa découverte de la Fantasy par celle à mousquets. Pourquoi ? Mais tout simplement parce que l’écrasante majorité du genre est actuellement d’inspiration médiévale, ce qui fait que, du coup, cette première lecture lui donnerait une image de la Fantasy qui ne correspond pas à ce qu’elle est typiquement. Je pense que pour mieux apprécier la révolution que constitue la Fantasy à mousquets, il faut avoir lu une base médiévale avant.

Si vous souhaitez malgré tout que votre tout premier roman de Fantasy comprenne des mousquets, on vous conseillera de vous tourner vers L’empire du Léopard d’Emmanuel Chastellière (voir plus loin), qui a l’avantage à la fois d’être facilement disponible en français et d’être adapté à un complet débutant, que ce soit en Gunpowder ou en Fantasy tout court.

Novice (connaît les bases de la Fantasy, veut découvrir plus spécifiquement la Gunpowder / Flintlock Fantasy)

Vous connaissez déjà un peu de Fantasy, mais pas celle à mousquets. Si vous souhaitez découvrir ce sous-genre, les romans suivants seront un bon point de départ :

L’empire du Léopard – Emmanuel Chastellière

empire_leopardSi le roman d’Emmanuel Chastellière n’est probablement pas l’oeuvre majeure de la Flintlock / Gunpowder Fantasy (des titres de gloire que se disputeront celles de McClellan, Wexler, Dickinson et Weeks), il a, en revanche, deux avantages décisifs sur l’écrasante majorité de ses concurrents : il est facile d’accès, d’une part, présentant un (riche) univers certes imaginaire, mais constituant une allégorie d’une réalité que tout le monde connaît (la colonisation des Amériques par les Conquistadors espagnols), lisible même par un complet débutant en Fantasy, et il est tout simplement… à la fois disponible (vous n’aurez aucune difficulté à vous le procurer, ce qui ne sera malheureusement pas le cas d’autres livres, surtout si vous ne lisez pas l’anglais) et qui plus est en français. Il me paraît donc être une porte d’entrée idéale pour qui cherche à découvrir la Fantasy à poudre.

Si vous souhaitez plus de détails sur ce roman, je vous invite à vous reporter à ma critique.

La promesse du sang – Brian McClellan

promesse_du_sangPour moi, il y a deux romans absolument incontournables en Flintlock Fantasy : La promesse du sang de Brian McClellan, ainsi que Les mille noms de Django Wexler (traduit par… Emmanuel Chastellière !). Outre leur qualité générale, leurs personnages d’une facture puissante, leur système de magie original, etc, ils sont vraiment au cœur de ce que la Flintlock doit être : la description de la Révolution et de ses conséquences, ainsi que l’aventure militaire d’un pseudo-Napoléon. Si la valeur globale des deux cycles est la même, chacun des deux aura son charme propre : celui de McClellan aura, à mon avis, le système de magie et les personnages les plus intéressants (bien que, sur ce dernier plan, son concurrent se défende vraiment très bien lui aussi), tandis que celui de Wexler sera plus détaillé (notamment pour tout ce qui concerne la Révolution). D’ailleurs, si les deux proposent à la fois cette dernière ainsi que les combats d’une allégorie de Napoléon (Tamas chez McClellan, Janus chez Wexler), le dosage n’est pas le même : si McClellan passe très vite sur la Révolution pour se concentrer sur ses conséquences, en revanche Wexler commence son cycle avant la Révolution (dans une allégorie d’une Campagne d’Égypte qui se serait déroulée avant 1789), avant de décrire cette dernière sur tout un tome, puis la Terreur dans le troisième, la Campagne de Russie dans le quatrième avant par contre de proposer un final moins ancré dans l’Histoire réelle dans le cinquième et dernier tome.

Quoi qu’il en soit, La promesse du sang est un excellent roman, de Flintlock bien sûr, mais aussi de Fantasy tout court. Si vous souhaitez en savoir plus, consultez ma critique. Son seul problème est qu’il a été publié, à l’origine, par un éditeur qui n’a pas assez fait de pédagogie et de publicité autour de son livre, et qu’il n’en existe aucune version électronique française. Vous pouvez encore en trouver des exemplaires d’occasion, faute de quoi vous serez condamné à le lire en anglais (sachant que celui employé par l’auteur n’a rien de compliqué).

Les mille noms – Django Wexler

mille_nomsSi, à mon sens, les cycles de McClellan et de Wexler sont de valeur à-peu-près égale, il n’en est pas tout à fait de même pour leurs tomes 1 respectifs : La promesse du sang me paraît franchement supérieur aux Mille noms, le cycle The shadow campaigns (voir plus loin) n’acquérant réellement ses lettres de noblesse qu’à compter du tome 2. Cela ne fait pas du livre de Wexler un mauvais roman, bien au contraire : il a, par rapport à celui de McClellan, l’avantage de proposer à la fois un cadre non-européen assez rare en Fantasy (une allégorie de l’Égypte du début du XIXe siècle) et un traitement des thématiques coloniales qui le rend plus profond ou intéressant que le bouquin de Fantasy lambda (un sous-genre -la Colonial Fantasy- qu’on retrouvera dans d’autres romans évoqués dans cet article). Je le recommanderais plus à quelqu’un qui veut se concentrer sur l’aspect « mousquets et canons en Fantasy », sans forcément que la magie n’intervienne à forte dose, que La promesse du sang, plus spécifiquement révolutionnaire et où la sorcellerie joue d’emblée un rôle majeur (ce qui n’arrivera, dans Les mille noms, qu’à la toute fin).

Au final, le seul vrai « défaut » de ce livre est que, publié par le même éditeur que celui de McClellan, il en a hélas subi le même sort : sous-marketé, dépourvu de version électronique française (qui a cependant existé, puisque j’ai été capable de l’acquérir sur Amazon il y a deux ans environ), et disponible seulement d’occasion en version papier VF. Une fois de plus, le recours à la VO sera donc malheureusement la solution la plus simple. Pour plus de détails sur ce roman, lisez ma critique.

Le coeur du corbeau, Le cavalier de l’orage – David Gemmell

rigante_3C’est reconnu par des millions de personnes, David Gemmell était un écrivain de Fantasy majeur. Alors qu’il est, à la base, connu pour d’autres sous-genres, il a pourtant un rôle de précurseur en matière de Fantasy à mousquets : en 2001 et 2002 (je parle de VO, bien sûr), il publiait les tomes 3 et 4 de son cycle Rigante, qui, en réalité, avaient des liens plutôt minces avec les deux précédents, tout simplement du fait que s’il s’agissait du même univers, l’action se déroulait… huit siècles plus tard. A une époque où les armes à feu font leur apparition. Alors certes, on peut discuter du classement de ces deux romans (qui, du fait de l’écart temporel avec les tomes 1 et 2, peuvent à mon avis se lire de façon indépendante) mais si on cherche à voir ce que donnent des mousquets dans un univers imaginaire sans se préoccuper de subtilités taxonomiques, il me paraît difficile de faire l’impasse sur un romancier aussi doué que Gemmell. De plus, son style fluide, évocateur, prenant et agréable me paraît être une excellente porte d’entrée pour quelqu’un qui en est encore à découvrir la Fantasy en général et celle à armes à feu en particulier.

Amateur (a une bonne base en Fantasy en général et a déjà lu un peu de Flintlock / Gunpowder Fantasy)

Si vous souhaitez aller au-delà des livres incontournables ou de base, ou bien voulez vous attaquer à des romans qui soit brassent plus de thèmes / sous-genres / sources d’inspiration, soit qui s’éloignent plus des codes standards de la Flintlock / Gunpowder Fantasy, je vous suggère les lectures suivantes :

La souveraine des ombres – Chris Evans

souveraine_des_ombresPremier tome d’une trilogie, La souveraine des ombres (traduit par… Emmanuel « Flintlock » Chastellière !) propose un monde de Flintlock Fantasy qui ajoute une dimension exotique (l’action se passe dans un analogue de l’Inde), des thématiques coloniales et surtout quelque chose qui n’est finalement pas si répandu dans le domaine, à savoir des elfes et des orcs. En effet, les cycles phares, ceux de McClellan et de Wexler, ont pour particularité de ne mettre en scène que des humains, sans races ou bestioles fantastiques. Sur le papier, ça a l’air génial. En réalité, le roman n’atteint pas tout à fait son potentiel, même s’il reste fort intéressant. C’est pour cela que j’estime qu’il ne devra pas être lu en premier, comme contact initial avec le genre, à la fois parce qu’il n’en est pas le meilleur livre mais aussi parce qu’il n’en est pas le plus représentatif, que ce soit du fait de son cadre ou de ses races exotiques. Si vous souhaitez avoir plus de détails à son sujet, vous pouvez utilement lire ma critique.

Pour être tout à fait complet, la VF électronique n’existe pas et la version papier n’est plus disponible que d’occasion, et ce pour les trois tomes. Reste, bien entendu, la VO.

Les monarchies divines – Paul Kearney

kearney_hawkwoodLe voyage d’Hawkwood est le premier tome d’une pentalogie (où, pour une fois, tous les romans sont 1/ disponibles et 2/ en français mais hélas 3/ pas en version électronique -sauf en VO, évidemment-). A ce stade de découverte des sous-genres auxquels est consacré cet article, c’est un très bon exemple pour se rendre compte que toute Gunpowder n’est pas de la Flintlock, bref que toute fantasy à poudre ne prend pas les périodes de la Révolution ou du règne de Napoléon comme modèles. En effet, ce cycle, Les monarchies divines, est certes post-médiéval mais s’inspire plus de la Renaissance que de la fin du XVIIIe / du début du XIXe siècle. Et évidemment, les armes à feu ou canons utilisés sont moins perfectionnés que ceux employés en Flintlock. Cela prouve donc que la Fantasy à poudre peut s’inscrire dans d’autres territoires temporels et technologiques que ceux qu’ont choisi les McClellan, Wexler et Evans. Cette saga a, de plus, l’avantage de donner une large place a quelque chose qui, à mon goût, est beaucoup trop négligé en Fantasy à mousquets, à savoir l’aspect maritime (ce qui est un comble lorsqu’on connaît la popularité des Horatio Hornblower et autre Jack Aubrey !). Et ce n’est pas la moindre de ses qualités, comme vous le prouvera l’excellente critique écrite par l’ami Lutin.

Guns of the dawn – Adrian Tchaikovsky

guns_of_the_dawnAvec son inspiration se baladant quelque part entre la Révolution, Jane Austen et Autant en emporte le vent, Guns of the dawn propose une Flintlock Fantasy qui se démarque sur plusieurs plans des œuvres majeures du genre, notamment par un côté antimilitariste prononcé. C’est d’ailleurs parce qu’il est atypique que je ne conseille pas de découvrir la Flintlock via ce livre. Par contre, si vous avez déjà eu un premier contact avec elle, le roman de Tchaikovsky est largement aux standards de qualité habituels de l’auteur, c’est-à-dire élevés.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce livre, je vous en propose une critique détaillée ici. Malheureusement, il n’est pour le moment disponible qu’en VO, même si la traduction récente ou à venir prochainement de deux ouvrages de l’auteur laisse un certain espoir de VF pour celui-ci aussi.

Soul of the world – David Mealing

soul_of_the_worldCe livre de David Mealing, le premier d’un cycle, mêle une High Fantasy 2.0 à une Fantasy légèrement pré-Flintlock, prenant son inspiration dans la Guerre de sept ans, donc quelques décennies avant l’épopée Révolutionnaire et Napoléonienne. Il s’inscrit également, comme La souveraine des ombres, Les mille noms ou The traitor Baru Cormorant, par exemple, dans une thématique coloniale, puisqu’il se déroule dans un équivalent très fantastique d’une Amérique du Nord colonisée par les puissances du Vieux Monde. Très intéressant sur l’aspect militaire, très solide sur le plan du Magicbuilding, proposant certains personnages très attachants et une thématique centrale épique que ne renierait pas Steven Erikson en personne, Soul of the world est très recommandable, même si la multitude de sous-genres dont il relève en fait un représentant un peu atypique de la Flintlock / Gunpowder Fantasy. D’où le fait que je le conseille plutôt dans une deuxième phase de découverte de ces sous-genres plutôt que comme porte d’entrée.

Ce roman n’a pour l’instant pas été traduit en français (et je doute fortement qu’il le soit, en raison de sa taille, notamment), et vous en trouverez une critique détaillée ici.

The shadow campaigns tomes 2-5 – Django Wexler

Si vous avez lu et apprécié Les mille noms, vous avez tout intérêt à lire ses suites (malheureusement jamais traduites). Et si vous avez lu et pas apprécié Les mille noms, vous avez aussi intérêt à lire au moins le tome 2, qui est à mon avis deux divisions au-dessus. Car même si je trouve la trilogie de Brian McClellan légèrement supérieure à la pentalogie écrite par Django Wexler, cette dernière est, pour moi, le représentant le plus pur de ce qu’est ou doit être la Flintlock Fantasy, dans sa dimension Révolutionnaire et Napoléonienne. Le tome 2 décrit par le menu les mécanismes et le déroulement de l’insurrection, le 3 est une allégorie de la Terreur, le 4 de la Campagne de Russie menée par le conquérant, tandis que le 5 boucle de façon épique tous les arcs narratifs du cycle.

Vous trouverez des critiques de la totalité de ces ouvrages sur Le Culte d’Apophis : tome 2, tome 3tome 4 et tome 5.

The powder mages trilogy tomes 2-3 + nouvelles – Brian McClellan

Le raisonnement est un peu le même pour la trilogie des Poudremages, dont, là aussi, seul le premier tome a été traduit. Ce cycle constitue, lui, le plus bel exemple de mélange de poudre et de magie, poussant même le vice jusqu’à proposer une forme de magie basée sur la poudre ! Il est d’autant plus important de terminer cette première trilogie que l’auteur en a démarré une seconde, d’une qualité encore supérieure, si difficile que cela puisse paraître tant le niveau de la première était déjà élevé.

Je vous propose des critiques du tome 2, du tome 3, ainsi que d’une dizaine de nouvelles éclairant certains aspects ou personnages de cet univers, ici et ici.

Vétéran / Expert (cherche à s’attaquer aux livres les plus riches en Gunpowder / Flintock Fantasy ou à des sous-cycles faisant suite à d’autres)

Les livres qui suivent sont, pour deux d’entre eux, atypiques en matière de Gunpowder Fantasy, et particulièrement exigeants dans leur aspect Hard Fantasy (déclinaison plus réaliste -prenant en compte les aspects économiques et politiques, proposant un système de magie extrêmement détaillé, etc- du genre). Le troisième, lui, ne peut pleinement s’apprécier que si vous avez lu trois romans et une nouvelle écrits par le même auteur. On les réservera donc à des lecteurs qui sont significativement avancés dans la découverte de la Gunpowder / Flintlock Fantasy, voire de la Fantasy tout court.

Le prisme noir – Brent Weeks

prisme_noirPremier tome d’un cycle, Le prisme noir propose un univers de Gunpowder Fantasy (qui n’a RIEN à voir avec la période 1789-1815 de notre propre Histoire et illustre donc très bien la différence entre Flintlock et Gunpowder) qui mêle de façon épique mousquets, canons et une magie de très, très haute volée, sans doute un des exemples de Magicbuilding les plus aboutis qu’il m’ait été donné de voir en-dehors de ce que propose Brandon Sanderson. Comme pour La promesse du sang, si ce qui vous intéresse est le mélange entre sorcellerie et poudre noire, vous trouverez votre bonheur dans cet ouvrage. La différence est que le roman de Weeks est, à mon avis, beaucoup plus exigeant que ne l’est celui de McClellan, car sa magie a une base scientifique et utilise beaucoup de termes nouveaux qu’il faudra du temps et des efforts pour assimiler. De plus, si le bouquin de McClellan est intéressant d’emblée, celui de Weeks va se mériter, car il est à la fois très long et lent à se mettre en route. A réserver à des lecteurs ayant une certaine expérience, donc.

Ce roman (ainsi que ses suites) est disponible en français, en version papier et électronique. Vous en trouverez une critique sur ce blog ici.

The traitor Baru Cormorant – Seth Dickinson

baru_cormorantComme celui de Brent Weeks, le roman de Seth Dickinson va vous en demander beaucoup (bien que sur des plans différents), mais vous en donner encore plus. Cette véritable Fantasy dystopique décrit un monde de cauchemar, où un état policier, technocratique et méritocratique pratique sans complexe et à une immense échelle l’endoctrinement, le conditionnement mental, l’eugénisme, la stérilisation, la lobotomie, la guerre bactériologique et chimique, et j’en passe. Ce qui est très intéressant, c’est que s’il ne propose ni mousquets, ni canons, il montre une utilisation massive de mines navales et de roquettes incendiaires, qui ont un rôle clef dans son aspect militaire. Il représentera donc très bien ce que peut être une fantasy à poudre mais pas à mousquets / canons (et prouvera que l’un n’est pas forcément synonyme de l’autre). Toutefois, son rythme très lent dans ses 70% centraux, ainsi que le degré très élevé de détails économiques, politiques et logistiques et bien entendu l’extrême noirceur de l’ensemble, seront sans doute mieux appréciés par des lecteurs expérimentés que par ceux qui en sont au stade où c’est plutôt l’aventure, le dépaysement et l’émerveillement qu’ils recherchent.

Vous pouvez lire ma critique ici.

Sins of empire et The Mad Lancers – Brian McClellan

sins_of_empireAprès avoir achevé sa première trilogie des Poudremages, Brian McClellan en a mis en chantier une seconde, dont le tome 1 atteint un niveau pour le moins stratosphérique (4.46 sur 4700 notes sur Goodreads !). Même si, théoriquement, vous pourriez directement commencer votre découverte de l’auteur par ce cycle, des tas d’allusions ne seront pleinement comprises que si vous avez lu ses trois romans précédents auparavant (en plus de nouveaux personnages, nous retrouvons pas mal de ceux de la saga précédente), voire éventuellement la nouvelle The Mad Lancers. C’est donc à un roman pour vétéran de la Flintlock que nous avons affaire, d’où son classement dans cette ultime catégorie. Vous trouverez les critiques de ces deux textes ici et ici.

Pour aller encore plus loin

Les titres que je viens de vous présenter me paraissent être les plus indispensables en matière de Flintlock / Gunpowder Fantasy, et l’ordre dans lequel je les ai classés le plus logique et graduel pour découvrir le genre. Toutefois, à partir du moment où vous avez lu au moins un des livres de la catégorie « Novice » (et où, donc, vous avez pris contact en douceur avec ces sous-genres), il y a d’autres romans ou cycles (le plus souvent en anglais) mettant en jeu des canons ou des mousquets que vous pourriez vouloir découvrir (liste évidemment non-exhaustive) :

  • cycle Lays of Anuskaya – Bradley P. Beaulieu.
  • The Cerberus rebellion – Joshua Johnson.
  • cycles d’Île-Rien / La chute d’Île-Rien – Martha Wells.
  • Death’s angels – William King.
  • At the Queen’s command – Michael Stackpole.

51 réflexions sur “Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) Gunpowder / Flintlock Fantasy

  1. Pingback: Guide de lecture SFFF – Concept et point de départ | Le culte d'Apophis

  2. Superbe premier article d’une, je l’espère, grande série d’articles ! Bravo pour le travail, je ne connais absolument pas ces genres et ça me permet de m’y projeter en douceur (catégorie novice^^)

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    • Merci 🙂 La série est prévue pour s’étaler sur (au moins ?) trois ans, donc il reste du boulot, d’autant plus que celui-là était probablement un des plus simples à écrire pour moi 😀 Pour d’autres sous-genres, je ne m’attends pas à finir l’article en deux jours (plutôt un bon mois…).

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    • Merci. Je suis rassuré que tu qualifies ça d’abordable, le côté didactique était essentiel pour moi. Je ne voulais surtout pas que quelqu’un qui ignorait tout de la Gunpowder avant de commencer l’article se sente largué dans un truc très technique qu’il aurait du mal à savoir par quel bout prendre.

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  3. Un bien bel article, très intéressant ^^
    J’avoue que je n’aurais jamais pensé à classer le Chris Evans et le Paul Kearney ici. Tout simplement parce que j’en ai trop peu entendu parler pour me faire une idée de ce qu’ils contiennent principalement.
    Du coup je les note si un jour je suis en manque de lecture dans le genre (même si je vais devoir avancer les poudremages avant).

    J’ai vu que tu n’a pas du tout cité Dragon Blood de Anthony Ryan alors que tu l’as chroniqué et qu’il est dispo en français (ou c’est simplement parce que tu n’a pas pu tout mettre ce qui est normal, finalement il y en a pas mal).
    J’ai aussi rencontré des armes à feu dans Imager Portfolio de L.E. Modesitt que j’ai testé récemment et bien accroché mais qui à mon avis ne te plaira pas du tout :p

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    • Merci 🙂 C’est parce que je classe Dragon Blood dans la Gaslamp Fantasy et que je le garde en stock pour un autre article 😉
      Je n’ai pas lu grand-chose de Modesitt (Elyseum, une SF qui était sortie en Ailleurs & Demain il y a bien longtemps). Pourquoi tu penses que ça ne me plaira pas ?

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      • Ok je vois 😛
        La distinction est difficile à faire des fois et du tout je ne saurais pas vraiment dire si imager est en Gaslamp ou en gunpowder, vu qu’il y a un développement industriel (mais qui touche très peu le pays ou se passe l’action), tout en ayant tout de même déjà des fusil sniper et des canons. On connait pas mal la chimie (d’ailleurs la magie du monde l’utilise énormément parce que c’est justement à base de matériaux et de création pure d’éléments)…

        Je pense que ce qui peux ne pas te plaire c’est que c’est très clinique et hyper détaillé comme fantasy, du coup c’est très très lent.
        On suis le personnage (qui est adulte, heureusement, on nous épargne l’éternel enfant/ado) qui fait son apprentissage limite au jour le jour en suivant avec lui tout ses cours. Du coup on aborde un coté scolaire magique (que ça soit au niveau philosophique, rhétorique, éthique, ou autre..) mais il ne se passe quasiment rien d’autre. En fait l’intrigue se résume à son avancée dans ce premier tome et si j’ai trouvé ça ingénieux pour nous faire connaitre le monde ça ne convient pas à tout le monde.
        En plus en dehors de la magie qui est un peu originale sans être transcendante (pour son coté création chimique, en fait elle est limite plus utilisée en tant que science) le reste reste hyper classique vu que ça se base sur la France du 19ième siècle.

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  4. Encore du beau travail et une belle documentation.
    Pour être franc, je n’ai que survolé l’article, je ne suis pas du tout la cible de ce genre. Je vais attendre la fin de l’été pour voir si le prochain sujet m’intéressera plus 😉

    Je suis épaté par ta culture et ta facilité à la partager. Respect.

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  5. J’ai beaucoup aimé quand tu as fait les articles pour nous présenter divers sous-genres de la SFFF, et j’aime tout autant découvrir des titres comme c’est le cas ici. Merci pour toutes ces idées de lecture =)

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  6. Bel article.
    Par contre, pourquoi limites tu la période d’inspiration de 1789 à 1815 alors que les armes à feu de type « flintlock » se sont généralisées plus d’un siècle auparavant ?

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    • Merci.

      Je ne la limite pas vraiment, je dis plutôt que la période Révolution / Empire est le cœur de la Flintlock. Si tu regardes bien, Soul of the world est inspiré par la guerre de sept ans (donc des décennies avant 1789), et Guns of the dawn atteint presque le niveau (et l’ambiance) de la guerre de sécession (donc presque un demi-siècle après 1815).

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  7. Je me rend compte que j’ai déjà noté la plupart de ces références, ça veut dire que je suis attentive à ce que tu prescris ^^ Et je plussoie pour Rigantes et surtout Les Monarchies divines, une série que j’ai trouvé vraiment excellente (mais lu il y a malheureusement trop longtemps pour pouvoir en faire une critique décente^^)

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    • Ah ben il y en a au moins une qui m’écoute un peu, ça fait plaisir 😀

      Oui, Rigante a été une grosse baffe pour moi, et il faut que je me mette sérieusement à Kearney, il y a du lourd dans sa bibliographie.

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  8. 1er commentaire sur ce site (alors que je vous suis depuis plusieurs mois) pour vous remerciez pour cet article très sympa et complet 🙂
    la flintlock est un genre qui me fait de l’oeil depuis pas mal de temps et j’avais prévu de le découvrir via l’empire du léopard, si jamais cela me plait, je pense revenir zyeuter l’article afin d’y trouver de nouvelles idées de lecture^^

    en tout cas bravo pour votre travail tant sur les chroniques que sur les articles 😉

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  9. Très bon article, vil tentateur, il y a beaucoup de titres qui donnent envie là-dedans.
    Et ça tombe bien, puisque je vais commencer bientôt L’Empire du léopard d’Emmanuel Flintlock 😉

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  10. Eh ! Moi aussi j’avais déjà repéré pas mal de ces titres sur ton blog, moi aussi chuis attentive… *boude*

    Du coup je me note mentalement de lire d’autres trucs avant « Le prisme noir » (que j’ai acheté récemment : il était à 3€99, pas pu résister… Alors que j’ai déjà le 1er tome de « L’ange de la nuit » à lire, tss, tsss). Je pense me pencher sur « Guns of the dawn » (déjà dans ma liste VO), du coup, avant le Weeks.

    Sinon, ton article me paraît parfaitement clair et tout, mais étant habituée de ton blog et déjà initiée aux termes techniques que tu peux utiliser, mon retour ne t’aide pas beaucoup.
    Ah si, un petit truc niveau « esthétique » : ne pourrais-tu pas faire ressortir les titres « novice », « amateur », etc. qui sont au même niveau (même taille, …) que les titres de livres ? Ça reste lisible et clair, hein, c’est plus mon côté « chipoteuse » que ça enquiquine.

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    • Voui, c’est vrai, tu es la plus fidèle de tous mes adorateurs/trices. après tout, tu es la seule à faire des dessins à ma gloire, ce dont Boudicca ne peut certainement pas se vanter !

      Non, pas possible. Les novice, amateur et compagnie sont en titre 3, j’avais descendu les noms de livres en titre 4 mais ça ne ressemblait plus à rien. Donc j’ai préféré tout mettre en titre 3, même si ça ne me plaît pas non plus.

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  11. je reviendrai commenter plus amplement demain. Je viens d’achever Guns et c’est un beau coup de cœur pour moi. Je suis tout à fait d’accord avec Autant en emporte le vent. C’est vraiment au roman de Margaret Mitchell que j’ai pensé, davantage que Jane Austen. Même les marais me faisait penser à Baton Rouge et les batailles de la guerre là-bas. Entre autre.
    A demain! 🙂

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  12. On va rajouter « la voie de la colère » d’Antoine Rouaud.
    Je crois qu’il y a aussi « le soleil des hommes » de Julie Limoges aussi chez les auteurs français.

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  13. Très bon article, comme toujours 🙂
    Je me demandais un truc, une série comme Les lames du cardinal tu le classes en quoi? il y a de la poudre, des dragons, bon le monde c’est quasi le notre mais je me demandais.
    Même question pour la série précédente de Pevel, la trilogie de Wieldstatd qui a à peu près les mêmes caractéristiques mais se passe en Allemagne.

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    • Merci 🙂

      Ces deux cycles se baladent entre la fantasy historique, l’uchronie de fantasy et la swashbuckling fantasy (de cape & d’épée). Mais bon, rien que le fait que ça se passe dans le monde réel les exclut du champ de la flintlock / gunpowder, qui se passe dans un monde secondaire / imaginaire.

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  14. Mon astéroïde préféré, tu sais que ton article est musique à mes oreilles, miel à mon cœur. J’adore la flintlock/gunpowder fantasy pour les différents points que tu soulignes ainsi que pour la maturité du propos (pas unique, je le sais). Contrairement au genre en général, c’est une constante.
    J’en ai lu quelques uns comme tu le sais, et je compte poursuivre AU MOINS avec les wexler, forcément Son of Empire, les monarchies divines (suite), Soul of the world; les Brent Weeks et enfin Chris Evans.
    Tout un programme, mais quand on aime, n’est-ce pas, on e compte pas.
    De toutes façons, cette influence a réellement ma préférence avec la dark Fantasy,
    Un excellent article comme tu sais nous en écrire. Chapeau!

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    • Merci ! Et quelle poésie dans l’introduction 🙂

      Si ça peut te rassurer, il me reste du boulot aussi : deux tomes des elfes de fer, du Kearney, plus les tomes 2+ des séries en cours qui arrivent dans les mois qui viennent. Bref, les amateurs de Flintlock / Gunpowder comme toi vont encore avoir quelques belles critiques à se mettre sous la dent !

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  15. Lol, je ne pensais pas connaître ce sous-genre (j’avais vaguement déjà entendu le terme, mais je ne savais pas trop ce qu’il y avait derrière) mais je m’aperçois qu’en fait je suis actuellement en train d’en lire (Chastellière) et que j’en ai même déjà lu (Weeks) !

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    • C’est un des buts de cette série d’articles : permettre aux gens de faire le lien entre des termes qu’ils connaissent parfois peu, des romans qu’ils ont déjà eu l’occasion de lire et qui appartiennent au sous-genre en question, ainsi que des livres du même style s’ils avaient envie d’en lire plus.

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  16. Un grand merci à toi, Apo, pour cet article très intéressant. L’empire du léopard me dit bien. Et sinon, je suis en train de lire Les pirates de l’escroc-griffe de Jean-Sébastien Guillermou. L’inspiration est plutôt XVIIIème siècle. Tu le classerais dans la Flintlock fantasy?

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  17. Pingback: Brèves de comptoir #176 « Encres & Calames

    • Merci ! Là, il y avait relativement peu de matière sur laquelle travailler, vu que ce sont encore des sous-genres jeunes et peu développés. Mais je pense que, par exemple, l’article sur la Hard SF sera beaucoup plus développé, en raison du nombre plus élevé d’auteurs, de livres, de sous-divisions, etc.

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  18. Pingback: L’empire du léopard – Emmanuel Chastellière | Le culte d'Apophis

  19. Pingback: The poppy war – R.F. Kuang | Le culte d'Apophis

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