Autrefois les ténèbres – R. Scott Bakker

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Everest littéraire

autrefois_les_ténèbresR(ichard) Scott Bakker est un auteur canadien de Fantasy, qui avait initialement envisagé de publier une trilogie appelée The second apocalypse. Cependant, il avait tellement de personnages, de thèmes et d’événements à développer qu’il a décidé de faire de chacun des trois tomes son propre sous-cycle. Le premier a donc donné une trilogie traduite en français sous le nom Le prince du néant, dont Autrefois les ténèbres, dont je vais vous parler aujourd’hui, est le premier tome. Le second roman du projet initial devait lui aussi être transformé en trilogie, mais son troisième tome était si gros qu’il a été coupé en deux volumes, ce qui fait donc un total de quatre livres. Ce second sous-cycle (The Aspect-Emperor) n’a, lui, pas été traduit en français du tout (apparemment, si les deux premiers tomes sont bons, ce n’est pas du tout le cas des deux autres). Le troisième et dernier sous-cycle reste à écrire au moment où je rédige ces lignes.

Dans chaque genre des littératures de l’imaginaire, il y a des œuvres hors-normes, du fait de leur richesse (thématique ou celle de leur univers), de leur complexité, de leur degré d’exigence ; la SF a (par exemple) ses Anatèm, ses Diaspora, ses Trop semblable à l’éclair ; la Fantasy, elle, a son Livre des martyrs, ses Instrumentalités de la nuit et… le (sous-)cycle dont je vais vous parler aujourd’hui. Car clairement, au niveau univers, personnages, sous-intrigues et degré d’exigence, la trilogie de R. Scott Bakker joue dans la même division qu’Erikson et Cook. Autrefois les ténèbres va donc se mériter, nécessiter une lecture attentive et sur le laps de temps le plus court possible, mais vous pouvez me croire, grande sera la récompense, tant on tient là un roman véritablement exceptionnel sur de nombreux plans, à commencer par des protagonistes extrêmement soignés et une écriture de toute beauté. Lire la suite

La guerre du pavot – R.F. Kuang

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Un fond pertinent, une forme qui ne l’est pas du tout

guerre_du_pavot_kuangD’habitude, quand je vous fais ce genre de rappel de sortie de romans que j’ai déjà eu l’occasion de lire en VO, le but premier est de vous dire « attention, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais à telle date sort un super roman, que je vous conseille vivement ». Eh bien dans le cas de La guerre du pavot de R.F. Kuang, que j’ai pour ma part lu en anglais sous le titre The poppy war et qui sort (théoriquement, vu que la date a déjà été repoussée au moins deux fois, si j’ai bien tout suivi) le 1er juillet, je vous conseille surtout de lire la critique très détaillée que j’ai consacrée à la VO, histoire de bien comprendre dans quoi vous allez vous engager et dans quoi vous allez investir vos vingt-quatre euros. D’une façon plus générale, entre ce titre et l’épouvantable Sandremonde chroniqué (ou plutôt atomisé) par le camarade Cid Vicious dans le dernier Bifrost, je ne peux m’empêcher de remarquer que pour l’instant, le virage vers la Fantasy pris par la collection Exofictions n’est, en restant charitable, pas franchement convaincant.

Pour celles et ceux d’entre vous qui ne veulent pas lire la critique complète de la VO et souhaitent un résumé rapide, voilà quelle était la conclusion de cette dernière : ce roman, le premier de son autrice et le tome inaugural d’une trilogie, a pour ambition, via une allégorie dans un monde secondaire, de dénoncer les crimes de guerre (génocide, viol, utilisation d’armes bactériologiques et chimiques, femmes de réconfort, expérimentations humaines, etc) de l’armée japonaise dans les années trente-quarante, tout en mêlant cela à du Shamanisme, un monastère d’arts martiaux et à la façon dont un dictateur « naît ». Noble ambition, hélas lourdement gâchée par un propos qui tarde terriblement à être nuancé (il faut attendre la toute fin du livre) et frôle de fait la propagande anti-japonaise, par une manipulation de l’Histoire pas forcément très pertinente (on met sur le dos des pseudo-japonais l’introduction en Chine de l’opium, dont ils ne sont pas responsables dans notre Histoire) sur un plan éthique pour une Historienne de formation, et, sur un plan bassement matériel, par une construction schizophrène qui alterne une première moitié relevant du roman d’apprentissage sur un ton quasi-Young adult (et qui plus est, lourdement pompée sur Le nom du vent) et une seconde qui donne dans une Fantasy historico-militaire hardcore et hyper-grimdark (à tel point que Kuang elle-même déconseille la lecture de son bouquin à certaines personnes !). Et c’est là que résidera le souci pour la majorité des lecteurs : trop ceci pendant une moitié du roman et pas assez cela pendant l’autre, ou inversement pour d’autres types de lecteurs, cette oeuvre a hélas des chances de finir par laisser tout le monde sur le bord de la route. Et ceci malgré un bon accueil dans le lectorat anglo-saxon qui, comme on le sait, n’a pas forcément les mêmes attentes que celui de l’Hexagone. On conseillera aux gens intéressés par le sujet des exactions japonaises, mais qui cherchent quelque chose de plus solide sur le plan littéraire et de plus nuancé dans la façon de traiter un thème délicat sans stigmatiser, de se tourner vers L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu, autrement plus pertinent. Bref, pour moi, si le fond (la dénonciation des crimes de guerre) est pertinent, la forme ne l’est pas, ne poussant jamais les curseurs au bon endroit ou quasiment.

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Chasing Graves – Ben Galley

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Apophis Fantasy !

chasing_gravesBen Galley est un auteur britannique de Fantasy et de Weird West résidant au Canada et plutôt prolifique, avec une douzaine d’ouvrages au compteur en à peine une décennie. Bien qu’il travaille aussi avec le circuit traditionnel de l’édition, c’est surtout un expert en matière d’auto-publication, un domaine dans lequel il conseille d’ailleurs d’autres auteurs. Alors que son roman le plus connu, The written, était inspiré par les mythes nordiques, sa trilogie Chasing Graves (qui présente la particularité d’avoir été entièrement écrite avant même que le premier livre ne sorte) est, elle, bâtie sur des fondations égyptiennes, ce qui, quand on a comme pseudonyme Apophis, ne peut qu’attirer l’œil. J’avais donc acheté le tome inaugural et éponyme et avait prévu de le lire tranquillement début 2021, quand, il y a quelques jours, l’auteur a décidé très généreusement d’offrir l’intégralité de la trilogie en version électronique. J’ai donc décidé d’avancer ma lecture du tome 1 puisque du coup, disposant des deux autres, s’il me plaisait je pouvais envisager de boucler le cycle assez rapidement. Je vous signale d’ailleurs que si ce dernier n’est plus gratuit au moment où je rédige ces lignes, c’est tout comme : on la trouve en version dématérialisée à… 0.99 euros. Pour les trois livres, soit 1052 pages !

Ce tome 1 s’étant révélé très prometteur, je vous proposerai la critique au minimum du tome 2 à l’avenir. Et je suis d’autant plus curieux de connaître la suite que Chasing graves se termine sur une énorme révélation concernant un des trois protagonistes et un gros cliffhanger concernant un autre. Lire la suite

Queen of the conquered – Kacen Callender

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Un contexte très original, une grande richesse thématique, une fin très réussie… mais un roman poussif

queen_of_the_conqueredKacen Callender est un auteur de fiction et de Fantasy qui écrit aussi bien de la littérature jeunesse que Young Adult et, à compter du roman dont je vais vous parler aujourd’hui, Queen of the conquered, adulte. Vous le savez, je suis extrêmement méfiant envers ces auteurs avant tout YA qui décident de passer à la Fantasy ou la SF adulte, car au moins au début, les scénarios, les univers, les personnages ou le ton manquent, selon mes critères, de solidité. Rien de tel ici, ce qui n’est pas si étonnant puisque apparemment, même dans les registres jeunesse / YA, Callender proposait déjà, par exemple, des personnages franchement nuancés et des situations non dépourvues de dramaturgie.

L’auteur est originaire de l’île de Saint-Thomas, une des trois qui constituent les îles Vierges des États-Unis, dans les Antilles. La précision n’a rien d’anecdotique, car cette caractéristique a eu un impact capital sur l’écriture de son roman : dans notre Histoire réelle, cet archipel a été colonisé par les Danois et n’a été vendu aux USA qu’en 1917 ; dans le monde imaginaire créé par Callender, un archipel de claire inspiration caribéenne a été colonisé par les Fjern, transparente allégorie des danois. La seule différence est que, voulant dénoncer l’esclavage en plus du colonialisme, l’auteur a remplacé les populations caribéennes natives par des noirs.

Un mot sur la couverture, puisqu’on m’en a parlé même avant la publication de cette critique : elle est certes esthétique (dans le même registre, je signale aussi que la carte de l’archipel est très réussie), mais elle a surtout été conçue de façon très astucieuse ; en effet, on y voit quatre éléments qui ont une importance capitale dans l’intrigue, à savoir une femme noire, vêtue de blanc, avec des fleurs et un serpent. Si je vous précise que le blanc est réservé aux dirigeants Fjern, qui sont normalement tous caucasiens, vous commencez à vous douter que du coup, l’héroïne de couleur de Callender est bien peu banale. Et vous aurez raison !

Si, donc, sur le plan de l’originalité de l’univers et de la profondeur des thématiques, ce roman est admirable, sur un pur plan littéraire, en revanche, le résultat est nettement moins convaincant, hélas, au moins sur certains plans. Cela ne m’empêchera pas de lire la suite (ce n’est que la première partie d’un diptyque, Islands of blood and storm, dont la seconde sort début décembre 2020), mais cela devrait vous interpeller si vous hésitez à le lire : si c’est pour le fond et l’exotisme de l’univers par rapport aux standards de la Fantasy, vous pouvez y aller, sinon je vous recommande de lire attentivement ma critique ou celles des anglo-saxons avant de vous lancer. Lire la suite

Race the sands – Sarah Beth Durst

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Cœur de lionne

race_the_sandsJe vous parle souvent, sur ce blog, de premiers romans d’écrivains anglo-saxons de Fantasy, qui appartiennent le plus souvent à des trilogies / cycles. Eh bien aujourd’hui, ce n’est pas du tout le cas, car Sarah Beth Durst, autrice de Race the sands, signe un livre qui est à la fois un stand-alone et son vingtième ouvrage, si j’ai bien compté (parmi eux, on trouve à part égale des bouquins pour adultes, adolescents et enfants). Vu cette toute dernière information, vous devez donc vous demander si Race the sands relève du YA ou pas : la réponse n’est pas évidente, car si il y a effectivement un parfum de ce registre littéraire qui flotte sur ce livre, notamment dans l’évolution de l’intrigue (extrêmement prévisible) et des personnages (la plupart, du moins), cela ne doit pas occulter un worldbuilding très soigné et inhabituel et peut-être surtout une inoubliable protagoniste principale, Tamra. Ce roman m’en rappelle un autre, à savoir Les dragons de sa majesté de Naomi Novik, dans le fait qu’on puisse éventuellement le classer en YA mais que ça n’enlève pas son intérêt (et sa lisibilité) pour un lecteur adulte / habitué à la Fantasy adulte.

Notez aussi qu’outre un worldbuilding aussi peu inspiré que possible par l’Europe médiévale, ce roman a un autre intérêt : il me paraît être un très bon exemple d’Hopepunk, ce courant ayant émergé en 2017 et qui se veut être un anti-Grimdark, à savoir une SFFF positive. Au final, si on passe outre une intrigue honteusement prévisible (ce qui ne généra de toute façon qu’un lecteur adulte et / ou expérimenté) et un ton parfois à l’extrême limite du mièvre, on se retrouve avec un bouquin tout à fait recommandable, même pour quelqu’un d’aussi exigeant que votre serviteur, et en tout cas plus qu’un livre qui opère dans un registre similaire, Empire of sand. Lire la suite

Des horizons rouge sang – Scott Lynch

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Un solide tome 2

horizons_rouge_sang_lynchDes horizons rouge sang est le second des sept tomes (prévus) du cycle Les salauds gentilshommes, après l’excellent Les mensonges de Locke Lamora. Rappelons que les deux premiers romans sont sortis à un an d’écart l’un de l’autre (en VO, 2006 et 2007), puis qu’il a fallu attendre un peu plus de six ans pour avoir la suite, à savoir La république des voleurs. Alors que l’auteur, Scott Lynch, commençait à faire concurrence à G.R.R. Martin et Patrick Rothfuss au palmarès des plus gros procrastinateurs, il a récemment enfin rendu le manuscrit du tome 4, The thorn of Emberlain, à son éditeur. Pour sa publication, cependant, il va falloir patienter, puisque les sites marchands annoncent (probablement un peu au hasard, surtout compte tenu de la situation sanitaire actuelle) une sortie (anglo-saxonne) dans un éventail allant de… l’automne 2021 à l’été 2022. Plus inquiétant encore, avec sept ou huit ans d’écart entre deux livres, le tome 7 pourrait ne paraître que dans les années 2040  😀  Autant dire, donc, que la seconde heptalogie envisagée jadis par Lynch relève désormais plus de l’utopie que d’une réalité un tant soit peu probable, sauf changement radical de sa capacité à écrire de façon régulière.

Même si j’ai vraiment adoré le tome 1, je n’étais pas spécialement pressé de lire ses deux suites actuellement parues, et ce pour deux raisons : d’abord, leur réputation de ne pas tutoyer les mêmes sommets (surtout pour le tome 3), ensuite la volonté d’attendre que la sortie du tome 4 se précise pour ne pas devoir subir un écart de je ne sais combien d’années entre la lecture de deux tomes. La sortie de The thorn of Emberlain étant désormais une certitude, le moment m’a donc paru opportun pour poursuivre cette heptalogie. Si tout se déroule comme prévu, je devrais aussi vous proposer la critique de La république des voleurs avant la fin de l’année, histoire d’être à jour.

Réputation d’être inférieur au (prodigieux) tome 1 ou pas, je dois dire que j’ai passé un très bon moment de lecture avec Des horizons rouge sang, et que j’ai particulièrement apprécié trois de ses aspects (entre autres), à savoir un worldbuilding qui s’étoffe, un important aspect maritime et une fin extrêmement réussie. C’est donc avec plaisir que j’entamerai prochainement la lecture du tome 3. Lire la suite

Le saint des lames – Conn Iggulden

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Les six mercenaires

saint_des_lames_igguldenLe saint des lames est le dernier tome de la trilogie entamée avec Darien et poursuivie avec Shiang. L’éditeur a donc proposé en français 1/ l’ensemble du cycle et 2/ en moins d’un an, ce dernier point étant à saluer car il est bien agréable d’entamer le tome n en ayant encore en tête les éléments du tome n-1, au lieu d’avoir lu ce dernier x années auparavant.

J’anticipe un peu sur ma conclusion, mais si ce tome 3 reste toujours aussi agréable à lire, il montre tout de même quelques défauts du cycle, dont un worldbuilding flou et assez léger, une répétitivité des mécanismes utilisés pour l’intrigue, ainsi que des fins de romans un peu abruptes (et c’est tout spécialement le cas pour celui-ci). La trilogie reste parfaitement recommandable (et une incursion incontestablement réussie dans le domaine de la Fantasy pour Conn Iggulden, une des stars du roman Historique en Angleterre), mais il n’en reste pas moins que cela reste perfectible sur certains points.

On notera la beauté de la couverture, qui fait que pour une fois, je regrette presque d’avoir acheté ce livre, pour des raisons d’économie et de manque d’espace de rangement, en version électronique. On notera aussi que j’ai du mal à comprendre le titre. La traduction n’est pas en cause, puisque c’est strictement celle du titre de la VO, mais elle tendrait à prouver qu’Hondo est au centre du propos, alors que ce n’est pas vraiment le cas (et ce même si c’est un des deux personnages les plus sympathiques du livre). Il aurait été plus pertinent, à mon sens, d’appeler ce roman « Tellius » (vous comprendrez pourquoi si vous le lisez). Mais bon, j’ergote. Lire la suite

Olangar – Clément Bouhélier

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Une excellente Fantasy post-médiévale

olangar_1Cette recension est initialement parue dans le numéro 93 du magazine Bifrost

Voici donc la première des recensions que j’ai écrites pour le cahier critique du magazine Bifrost (par opposition au dossier thématique qui est compris dans pratiquement chacun de ses numéros), celle des deux volumes d’Olangar de Clément Bouhélier. À l’époque de sa rédaction, je n’ai malheureusement pas eu le temps d’en écrire une « version longue » plus conforme aux chroniques publiées sur le Culte (et je ne l’ai hélas pas non plus cette semaine), mais j’ai conservé mes nombreuses notes et je n’exclus pas de « remastériser » (comme on dit dans l’industrie musicale) cet article un jour. Je signale d’ailleurs que certains autres livres lus pour Bifrost seront dans le même cas, tandis que pour d’autres, j’ai eu de meilleures disponibilités, et j’ai donc pu écrire deux versions de la critique, la « courte » pour le magazine et la « longue » pour le Culte (sachant que la version magazine entraîne ses propres contraintes ou difficultés et est donc bien plus longue à écrire que sa taille réduite ne pourrait le laisser penser : il faut, après tout, fournir une vision la plus pertinente possible du livre concerné en à peine quelques milliers de signes). Je précise aussi que Critic est devenu un des leaders (avec Bragelonne) en matière de Fantasy (à monde secondaire) post-médiévale, avec les parutions ultérieures à celle d’Olangar de (entre autres) L’empire du léopard ou de La piste des cendres (que je suis également en train de terminer pour Bifrost, et dont vous pourrez retrouver la recension dans le numéro 98 du périodique).

Sachez aussi qu’une suite, Une cité en flammes, paraîtra le 7 mai 2020 toujours chez Critic. Mais place maintenant à la Critic… euh la critique ! Lire la suite

Le dernier vœu – Andrzej Sapkowski

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Sympathique à défaut d’être inoubliable

witcher_1_V2Aussi étonnant que cela puisse paraître, étant donné l’aura des livres du cycle Sorceleur (The Witcher dans la version anglaise) et des jeux vidéos qui en ont été tirés (j’en profite pour préciser que contrairement à une croyance répandue, les bouquins ne sont pas des novélisations des jeux mais les précèdent), je n’avais jamais, jusqu’ici, lu une seule ligne de cette saga. C’est encore plus singulier quand on sait que je suis très curieux vis-à-vis de toute SFFF qui ne provient ni de la Francophonie, ni du monde anglo-saxon (et il y a du bon dans le lot : Liu Cixin, Javier Negrete, etc), et que je suis de la même origine (polonaise, par mon père) qu’Andrzej Sapkowki, le créateur de cet univers, ce qui fait que j’aurais dû y jeter au moins un coup d’œil. Mais alors que la série télévisée arrive (le 20 décembre) et qu’on sait déjà qu’elle est renouvelée pour une deuxième saison, il était plus que temps de réparer cette lacune.

Notez que je me suis fié à la numérotation adoptée par Bragelonne, basée sur la chronologie interne de l’univers et pas sur l’ordre de parution polonais. J’ai donc commencé ma découverte du cycle par Le dernier vœu, un fix-up de six nouvelles reliées par des intermèdes servant de fil rouge, et pas par le premier roman publié, Le sang des elfes.

Je ressors de cette lecture assez étonné par la réputation de ce cycle, qui, sur la base de la lecture de ce premier tome, doit plus tenir à la qualité des jeux que des livres. Le dernier vœu n’est pas mauvais, hein, mais entre un bouquin passable et un chef-d’oeuvre, il y a un gouffre. Et pourtant, on peut, je pense, difficilement me qualifier d’élitiste en matière de Fantasy, étant plutôt bon public. Par contre, c’est sans doute moins stéréotypé qu’on a pu le dire, et ça reste un moment de lecture agréable, à défaut d’être inoubliable. Même s’il faut se garder des jugements hâtifs : si j’étais, par exemple, resté sur mon impression de Premier sang de Joe Abercrombie, j’aurais sans aucun doute eu une appréciation du cycle dont il fait partie très différente de celle obtenue en lisant les deux autres tomes. Lire la suite

The Black Hawks – David Wragg

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Surprenant

black_hawks_wraggAvant d’entamer une longue série de lectures SF (ou plus généralement non-Fantasy), je vais vous parler aujourd’hui de The Black Hawks, qui est à la fois le premier roman de l’auteur britannique David Wragg ainsi que le tome inaugural d’un cycle appelé Articles of faith. Mais pour vous parler de ce livre, il me faut vous expliquer de quelle manière je choisis mes futures lectures, ou plutôt la façon dont je fais le tri entre ce que je considère comme prioritaire et ce que je remets à plus tard (et ceux qui suivent le blog depuis longtemps savent que parfois, « plus tard » peut signifier plusieurs années). À la lecture du résumé (hop ; attention toutefois, je trouve qu’il en dévoile beaucoup), j’ai été interpellé par autant de points positifs que négatifs, les premiers venant surtout de la comparaison avec Abercrombie et Lynch, les seconds étant constitués par la mention d’un « morveux de prince » et d’un énième ersatz de La Compagnie Noire. J’étais donc prêt à repousser cette lecture aux calendes grecques quand j’ai vu qu’Ed « Blackwing » McDonald en avait écrit une critique franchement positive sur Goodreads. J’ai donc entamé cette lecture peu après la sortie du roman.

Au final, si je n’en ressors pas aussi convaincu que lui, et si cette lecture ne sera pas parmi mes plus marquantes en Fantasy cette année, elle ne s’est pour autant révélée ni désagréable, ni catastrophique, et en tout cas, elle a eu le mérite de s’avérer constamment surprenante. Il faut dire que la quatrième donne du bouquin une image relativement distordue, qui ne correspond pas vraiment à sa réalité. De plus, ça tient bien moins de la Compagnie Noire que d’une Fantasy politico-religieuse (certes Dark), et si les premières dizaines de pages m’ont presque conduit à abandonner l’ouvrage, la suite s’est avérée plus intéressante, et la fin assez étonnante m’a convaincu de lire la suite quand elle sortira. Et puis j’ai apprécié d’être constamment pris à contre-pied, chaque changement de cap du scénario s’avérant soit imprévisible, soit faussement prévisible, ce qui est presque plus intéressant. Bref, ce n’est pas un chef-d’oeuvre, c’est une (Low) Fantasy classique qui ne révolutionnera pas le genre, ni en terme taxonomique, ni via un worldbuilding qui se contente de faire le job et un magicbuilding totalement absent, mais si vous êtes à court de romans cultes en Fantasy, celui-ci n’est pas un mauvais candidat en tant que prochaine lecture potentielle. Lire la suite