The haunting of Tram Car 015 – P. Djeli Clark

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Le Caire des merveilles

tram_car_015P. Djèli Clark est un auteur américain né à New York mais ayant passé sa jeunesse dans le pays d’origine de ses parents, Trinité-et-Tobago, avant de revenir s’installer aux U$A. Exerçant dans la forme courte, il a publié sa prose dans divers magazines et anthologies, et surtout via Tor, que ce soit sous forme de novella (The black god’s drums) ou de nouvelle (A dead djinn in Cairo, dont je vous reparlerai dès demain). La novella dont je vous parle aujourd’hui s’inscrit d’ailleurs dans le même univers que ce dernier texte, uchronique tout comme l’était celui de The black god’s drums (mais la nature de la divergence est différente). En effet, le contexte de A dead djinn in Cairo s’est révélé si populaire que l’auteur a reçu une forte demande pour y revenir, dont acte. Il faut dire qu’il a un charme fou : le Caire d’un 1912 parallèle, où magie et technologie cohabitent tout comme le font Djinns et humains.

Au final, je ressors enchanté par la balade (il faut dire qu’il était temps, je viens d’enchaîner la pire série d’abandons -ou de « mises en pause » indéfinies- de l’histoire du Culte d’Apophis…), à un point tel que comme dit plus haut, je poursuis directement mon exploration de cet univers avec l’autre nouvelle. On pourrait d’ailleurs penser que j’aurais dû faire l’inverse, mais je voulais voir si Tram Car 015 était lisible sans rien savoir de son texte parent (ce qui est le cas). Pour finir, remarquons que les deux textes sont liés d’une sympathique façon : à la fin de celui-ci, l’héroïne de la nouvelle initiale rend visite au protagoniste de Tram Car, et lui raconte les détails (classifiés) de l’intrigue dont elle fut au centre. On peut donc se dire que paradoxalement, lire A dead djinn in Cairo après cette novella postérieure n’est donc pas si dépourvu de sens que cela ! Lire la suite

The ingenious – Darius Hinks

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Un world- et magic-building très original

the_ingeniousLe britannique Darius Hinks a un profil plutôt atypique : avant de devenir l’auteur d’une grosse douzaine de romans (dont certains s’inscrivant dans l’univers Warhammer 40 000 et dont le premier, Warrior Priest, a obtenu le David Gemmell Morningstar Award), il a été le guitariste du groupe de Grunge Cable, avant le split de ce dernier (apparemment à cause d’une sale bataille juridique). Son dernier « opus », si j’ose dire, est donc The ingenious, une Fantasy plutôt atypique mais travaillée, évocatrice et efficace, à l’exception peut-être d’une fin un peu en demi-teinte. Il faut cependant retenir le world- et le magic-building qui, avec les deux protagonistes, constituent le très gros point fort du bouquin. Et une couverture de fou furieux, bien entendu. Au passage, ce roman est édité chez Angry Robot, la même maison qui nous a récemment proposé Time’s children, autre fantasy où on se balade dans l’espace-temps et qui brise en petits morceaux les codes traditionnels d’un genre très sclérosé. Bref, pour ma part, cet éditeur devient, du moins en Fantasy (en SF, c’est moins brillant), un de ceux à suivre de près. Lire la suite

Articulated restraint – Mary Robinette Kowal

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Un texte à la fois Hard SF et profondément humain

articulated_restraint_kowalArticulated restraint est une nouvelle signée Mary Robinette Kowal, qui s’inscrit entre le tome 1 et le tome 2 de son cycle Lady Astronaut. Elle est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Elle ne met pas en scène Elma York mais une autre femme astronaute, Ruby, qui est également médecin. Si ce texte est peut-être le plus Hard SF du cycle pour l’instant, il n’en reste pas moins qu’il fait aussi partie de ses moments les plus empreints d’humanité, une combinaison qui peut étonner dans un sous-genre vu par beaucoup comme très axé sur la technique plus que sur l’humain, et donc très froid. Eh bien cette nouvelle est un excellent exemple du contraire. Et si vous avez aimé le film ou l’histoire d’Apollo 13, vous allez adorer ! Bref, si vous lisez l’anglais, pas de raison de vous en priver, d’autant plus que le niveau dans cette langue est accessible et que c’est gratuit. Lire la suite

Never Die – Rob J. Hayes

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Une fin extraordinaire

never_dieRob J. Hayes est un auteur britannique auto-édité (et expérimenté : treize livres au compteur !), et comme chacun le sait, je ne lis quasiment jamais de romans qui ne passent pas par le circuit traditionnel de l’édition. Sauf quand ledit auteur a gagné l’édition 2017 du Self-Published Fantasy Blog-Off, un prix littéraire piloté depuis 2015 par Mark Lawrence, et qui doit justement mettre en lumière le meilleur de ce que l’auto-édition anglo-saxonne a à offrir. Car il se trouve que j’ai lu le bouquin du lauréat 2016, The Grey Bastards de Jonathan French, et que j’ai passé un bon moment avec. J’ajoute que la couverture très pro et très esthétique a joué (je ne lirai jamais un bouquin juste pour l’illustration, mais si elle est réussie c’est toujours un plus très agréable, à mon sens), et que le résumé était carrément intrigant, ce qui a contribué à faire pencher encore plus la balance.

Le verdict ? Eh bien non seulement c’est carrément excellent (bien meilleur que le bouquin de French, au passage), mais en plus ça coche beaucoup de cases que j’aime : Fantasy non-européenne, à poudre, au scénario qui n’est pas du mille fois vu, etc.  Lire la suite

Full fathom five – Max Gladstone

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Une nouvelle phase du cycle

full_fathom_fiveFull fathom five est le troisième roman du cycle The craft sequence dans l’ordre de publication, et le cinquième (sur six) dans celui de sa chronologie interne. Il en marque aussi une nouvelle phase : alors que Three parts dead et Two serpents rise utilisaient un lieu de l’action (dans le même univers fictif) et des protagonistes différents, et que les trois autres livres reprennent soit des lieux, soit des personnages déjà croisés (en terme de protagonistes), quand ce ne sont pas les deux à la fois, Full fathom five est un cas intermédiaire entre ces différentes phases de la saga ; s’il se déroule dans un coin inédit de la planète, et que ses deux protagonistes sont inconnus du lecteur, ce n’est pas le cas de trois personnages secondaires d’importance. En effet, Ms. Kevarian et Cat étaient deux des protagonistes de Three parts dead, et Teo était un des personnages secondaires de Two serpents rise. Signalons d’ailleurs que la première fait également partie du casting de Last first snow, qui sera (normalement) critiqué sur ce blog en février.

Si ce troisième roman de The craft sequence reste une lecture hautement recommandable, c’est, peut-être, celui des trois sur lequel je serais le plus « mitigé », bien que le mot soit sans doute trop fort et mal adapté. Dans ma critique de Two serpents rise, je disais que son seul vrai défaut était probablement son intrigue, mais que tout le reste était excellent ; dans le cas de Full Fathom Five, je dirais qu’à part le world-/magic-building, l’intrigue est le seul point qui ne m’ait pas posé un problème, même modeste. Les deux romans sont donc profondément différents l’un de l’autre. Lire la suite

Edge of infinity – Collectif

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Un meilleur niveau moyen que dans l’anthologie précédente, mais moins de nouvelles vraiment marquantes

edge_of_infinityEdge of Infinity est la seconde des sept anthologies de Hard SF du projet Infinity, mis en place par Jonathan Strahan, un maître dans l’exercice. Cette fois, les nouvelles concernées tournent autour d’un thème commun, à savoir la conquête du système solaire.

On y trouve, comme dans Engineering Infinity, un mélange d’auteurs très connus et d’autres qui le sont beaucoup moins sous nos latitudes (même si la part des premiers est supérieure à ce qu’elle était dans l’anthologie précédente). On retrouve d’ailleurs certains écrivains qui étaient déjà présents dans le premier opus : Stephen Baxter, Kristine Kathryn Rusch, John Barnes, Gwyneth Jones, Hannu Rajaniemi. Ce qui était, pour moi, une bonne nouvelle pour le premier et le dernier, moins pour les trois autres dont je n’avais pas forcément apprécié les textes jusque là. Mais comme nous allons le voir, j’ai eu quelques surprises, et quelques certitudes ébranlées, dans un sens ou dans l’autre !  Lire la suite

Two serpents rise – Max Gladstone

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Quelle intensité !

two_serpents_riseTwo serpents rise est le second roman du cycle The craft sequence, par Max Gladstone, et ce à la fois dans l’ordre de publication et dans la chronologie interne de l’univers. Il faut en effet savoir que l’auteur a écrit sa saga « dans le désordre », publiant d’abord trois romans présentant des lieux et des personnages, avant d’en publier un autre revenant sur des événements du passé desdits lieux / protagonistes (Last first snow nous parle de ceux d’un personnage secondaire de Two serpents rise ET d’un personnage principal de Three parts dead, le tout dans la ville qui sert de décor au livre dont je vais vous parler aujourd’hui), puis de proposer la suite du premier roman publié, et enfin celle du troisième. Pour aider les lecteurs qui souhaiteraient lire le cycle dans un ordre compatible avec sa chronologie interne, il a eu une idée simple mais très efficace : à l’exception du sixième livre du cycle (de toute façon le dernier à lire dans tous les cas), les autres ont un chiffre dans leur titre, qui correspond à l’ordre de lecture en suivant la chronologie interne et pas l’ordre de publication. Ainsi, Last first snow, quatrième publié, doit se lire en premier (« first ») pour qui veut suivre la chronologie interne.

Pour ma part, j’ai fait le choix de lire ces livres dans leur ordre de publication, afin de mesurer l’évolution de l’auteur. Et bien m’en a pris, car celle-ci a été spectaculaire, alors qu’une seule année sépare la sortie de Three parts dead et de Two serpents rise. Si l’univers, le magicbuilding et l’originalité de la Fantasy post-médiévale (ici de l’Arcanepunk) proposée étaient les gros points forts de Three parts dead, j’avais mis du temps pour apprécier les personnages et l’intrigue à leur juste valeur, n’y parvenant que dans la dernière partie du roman. Rien de tel ici : j’ai tout de suite accroché au scénario et aux protagonistes / antagonistes. J’ajoute que l’auteur propose un roman très prenant, à l’intensité totalement hors-norme, que ce soit en terme de pyrotechnie, de relation entre les personnages, ou de… eh bien sense of wonder, un terme d’habitude employé en SF et pas en Fantasy, et qui me paraît ici tout à fait valable. Alors certes, il reste quelques défauts au bouquin, comme des rebondissements prévisibles ou une base de l’intrigue calquée sur celle du tome 1 (mais cette fois poussée jusqu’au bout). Mais franchement, pas de quoi nuire à l’intérêt de Two serpents rise, qui achève pour moi de placer ce cycle dans le panthéon de la Fantasy dans son ensemble (et pas seulement dans ceux de l’Arcanepunk ou des Fantasy post-médiévales). Et, ô joie, ô bonheur, il me reste encore quatre tomes à lire, sans compter les textes, courts ou longs, réputés à venir chez Tor. Lire la suite

Gridlinked – Neal Asher

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Le (perfectible) début d’une énorme saga

gridlinked_asherSi, dans la chronologie interne de l’univers, Gridlinked est le troisième livre de la saga Polity à lire (après Prador Moon et Drone), c’est à la fois le premier à avoir été publié (en 2001) et le premier roman à proprement parler de l’auteur (il n’avait écrit que des textes courts, nouvelles ou novellas, avant ça). C’est, enfin, le tome inaugural du sous-cycle Agent Cormac, qui en compte cinq. Sachant tout cela, je me doutais que l’écriture de Neal Asher ne serait probablement pas aussi efficace que dans les bouquins ultérieurs, et ma lecture a confirmé cette prédiction : sans être mauvais, Gridlinked ne saurait se comparer à la plupart de ses successeurs. À un point tel que Neal Asher s’est d’ailleurs senti obligé, bien plus tard, d’entièrement réécrire une fin à la fois relativement cryptique et assez peu satisfaisante (vous pourrez lire cette conclusion « étendue » ici une fois que vous aurez achevé la lecture du roman : comme vous le verrez, elle est très supérieure à la version initiale).

Malgré tout, cette lecture n’est pas désagréable, introduit, si vous lisez les romans dans l’ordre de publication, un univers fascinant (et un James Bond de l’espace), et, peut-être surtout, permet de se rendre compte du chemin parcouru par Asher, jusqu’à atteindre, dans les derniers romans de Polity en date, une efficacité stylistique absolument impressionnante. Au final, une lecture tout à fait valable, donc, même si pas toujours enthousiasmante. Je vais donc continuer à enchaîner, en vous proposant prochainement une critique de The line of Polity, le second tome des aventures de Cormac (le troisième en comptant Drone). Lire la suite

Planetside – Michael Mammay

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Surprenant

planetside_mammayMichael Mammay est un auteur de SF et de Fantasy qui, de son propre aveu, met le plus souvent en vedette des personnages militaires (et son propre passé dans l’Armée -c’est un vétéran de la première guerre du Golfe, de la Somalie, de l’Irak et de l’Afghanistan- n’y est sûrement pas étranger). Son roman Planetside, le premier d’un cycle (le second, Spaceside, sort fin août 2019), ne déroge pas à la règle, puisqu’on y suit le Colonel Carl Butler, envoyé sur une lointaine planète, où les humains affrontent des insurgés indigènes, pour y retrouver le fils d’un gros ponte, dont on a perdu la trace. Ou comment mélanger Avatar (mais avec un gros twist…) avec les classiques de l’enquête militaire, que ce soit au cinéma (Presidio, Des hommes d’honneurLe déshonneur d’Elisabeth Campbell, A l’épreuve du feu, etc) ou à la télévision (JAG, NCIS, etc), plus un petit bout de Au coeur des ténèbres (ou d’Apocalypse Now, c’est la même chose).

Au vu du résumé, si je m’attendais à un roman sympa, je n’étais cependant préparé ni au fait qu’il soit aussi prenant, ni à une fin très particulière (qui ouvre de fascinantes perspectives sur la suite). Au final, et même s’il ne s’agit certainement pas du livre de SF de l’année, cette lecture s’est avérée excellente, et je lirai la suite avec un grand plaisir. Lire la suite

Empire of sand – Tasha Suri

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Quand t’es dans le désert, depuis trop longtemps… *

empire_of_sand_suri* Jean-Patrick Capdevielle, 1979.

Tasha Suri est une autrice (et libraire) britannique d’origine Pendjabi, installée à Londres. Empire of sand est son premier roman et le tome inaugural du cycle The books of Ambha. Ce dernier comprendra au moins un autre livre, Realm of ash (consacré au personnage d’Arwa, devenu adulte), et les différents opus seront lisibles comme des stand-alone, même s’ils se déroulent dans le même monde (ils en visiteront d’ailleurs différentes parties) et partagent parfois des protagonistes communs.

Ce livre a plusieurs particularités, mais la plus évidente est qu’il propose un univers et une magie inspirés par l’Inde, particulièrement celle de la période Moghole. Il a donc au moins le mérite d’offrir au lecteur féru de Fantasy une ambiance radicalement différente de celle, européenne, celtique / romaine / nordique à laquelle il est habitué. Ceci, conjugué au talent de conteur de l’auteure, ainsi qu’à vingt-cinq premiers % enthousiasmants, aurait donc dû en faire une lecture de qualité. Malheureusement, les trois autres quarts sombrent brusquement dans une romance à l’eau de rose, un rythme d’une lenteur géologique et tiennent plus du pensum que du chef-d’oeuvre. Je ne dirais pas que nous tenons là ma déception de l’année (le simple fait que je prenne la peine d’écrire une critique sur ce livre montre 1/ que je l’ai fini et 2/ qu’il y a tout de même quelque chose à y sauver), mais en tout cas j’avoue que rien ne présageait une dégringolade pareille dans un bouquin qui, au début, me faisait penser à… la Trilogie de l’empire de Feist / Wurts ! Lire la suite