La troisième griffe de Dieu – Adam-Troy Castro

Classique, prévisible, mais particulièrement bien réalisé et très prenant

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse fourni par Albin Michel Imaginaire : merci à l’éditeur et à Gilles Dumay !

Le 2 juin 2021, paraîtra La troisième griffe de Dieu, second tome du cycle Andrea Cort, après le très bon Émissaires des morts (clic et clic). Comme ce dernier, il s’agit en fait d’un recueil qui comprend, outre le roman éponyme, une novelette, Un coup de poignard, qui se place entre les romans 2 et 3. Ce qui est amusant, c’est que si, sur certains points, ma critique de ce second tome pourrait être identique à celle de son prédécesseur (en terme de prévisibilité, principalement, mais aussi de qualité globale), j’ai, cette fois, eu une impression complètement inverse sur un plan précis : autant, dans le recueil Émissaires des morts, j’avais trouvé qu’Adam-Troy Castro était plus pertinent dans la forme courte que dans la longue, autant là j’ai eu un sentiment totalement opposé, ayant trouvé le roman La troisième griffe de Dieu proprement dit à la fois très maîtrisé et très réussi, mais m’interrogeant, par contre, sur l’utilité de la nouvelle Un coup de poignard, que j’ai trouvée assez anecdotique (elle sert apparemment à introduire un personnage récurrent dans une demi-douzaine d’autres textes courts de l’auteur).

Précision importante : Castro fait un rappel, (très habilement) intégré au texte, des événements relatés dans le roman et les nouvelles précédentes, ce qui fait que théoriquement, vous pourriez presque lire ce tome 2 de façon isolée. Mais (parce qu’il y en a un, et un gros) vous y perdriez une partie de ce qui fait l’intérêt du nouveau bouquin, à savoir mesurer l’évolution psychologique et sociale considérable de Cort. Je vous conseille donc vraiment de lire l’intégralité du cycle, et dans l’ordre.

The fire of love is dead and cold *

* When it comes to you, Dire Straits, 1991.

Bon, avant de commencer ma critique proprement dite, je vais faire quelque chose que je ne fais jamais (si c’est ma chronique de La troisième griffe de Dieu qui vous intéresse, vous pouvez passer directement à la section suivante). Ce blog n’est pas conçu pour que l’éditeur machin ou bidule, même ceux avec qui je suis pote, vende ses bouquins. Ce n’est pas une vitrine publicitaire, pas un moyen de promotion occulte. J’ai descendu, au fil des années, et parfois dans les grandes largeurs, assez de romans desdits éditeurs amis pour que ma sincérité (qui est de toute façon une vertu cardinale sur le Culte) ne puisse pas être mise en doute. Ceci étant posé, pour une fois, je vais vous proposer de dépenser vos sesterces durement acquis dans les deux premiers tomes du cycle (au moins dans le premier, pour commencer), et ce pour une raison bien simple : le tome 3 du cycle Andrea Cort est en vrai danger. D’après ce que Gilles Dumay en a dit, dans l’état actuel des choses, soit la traduction ne se fera pas, soit, si elle est réalisée, ce sera au mieux dans… trois ans. Pourquoi ? Mais parce que les ventes (celles de la version physique, du moins) du tome 1 sont catastrophiques. Pas parce que le bouquin est mauvais (90% des critiques réalisées suite aux SP d’Émissaires des morts étaient positives), mais parce qu’il n’a bénéficié, apparemment, que de peu d’écho auprès de la presse et des libraires, que son prix en version papier dissuaderait certains acheteurs, ou pour d’autres raisons obscures. Pour tout dire, nous sommes un certain nombre à rester profondément dubitatifs devant un tel insuccès, tant il ne s’explique pas vraiment, surtout en comparaison de livres beaucoup plus mineurs qui, eux, se vendent sans problème.

Je ne suis pas en train de vous dire qu’il vous faut absolument l’acheter : vous faites ce que vous voulez de votre argent, et je ne suis certainement pas un prescripteur d’opinion. Ce que je vous dis en revanche, c’est que les deux tomes déjà parus sont un (New) Space Opera d’excellente facture, qu’il y a beaucoup de représentants de ce genre qui paraissent (chez les anglo-saxons, du moins) mais que peu sont de cette qualité, que la protagoniste qui donne son nom au cycle est tout à fait fascinante, et qu’il serait dommage que le tome 3 ne paraisse jamais en français (ou seulement aux Calendes grecques) parce que ces livres vous intéressaient mais qu’ils vous sont sortis de le tête ou autres raisons triviales. Et si le prix du tome 1 est un frein, en version physique (ce que je peux comprendre : rappelez-vous que pour un blog à 400 000 vues par an, je ne reçois qu’un nombre grotesquement bas de SP, en raison de ma très grande « popularité » auprès de certaines maisons, ce qui fait que moi aussi, j’achète mes livres, le plus souvent), souvenez-vous que la version électronique est, elle, proposée à un prix qui correspondra sans doute plus à votre budget.

Après, vous lisez et achetez ce que vous voulez : je ne tolèrerai, pour ma part, aucune injonction d’un gourou me « forçant » à acquérir tel ou tel bouquin, donc je ne suis certainement pas dans cette démarche. Mais bon, il n’en reste pas moins qu’il faut sauver le soldat Castro, ça urge, là. Car ce que je ne vous ai pas dit est que la décision de faire / ne pas faire / quand faire le tome 3 va se prendre, par Albin et Michel (^^), en… juin. En juin de cette année, hein ! Et pour une fois, je prêche un peu pour ma propre paroisse : je serais normalement capable de lire le tome 3 en VO… sauf que je n’ai réussi à le trouver qu’en version audio, et que je n’audiolis pas. Donc go go traduction du tome 3, hein ^^ Surtout que personne n’a envie que celle-ci ne se fasse pas : ni AMI (qui hériterait d’une image à la Bragelonne / Eclipse de maison qui ne finit pas les cycles entamés), ni vous, ni moi. D’ailleurs, si vous êtes blogueuse ou blogueur (ou bookstagrameuse ou booktubeuse, on n’est pas raciste), n’hésitez pas à relayer l’appel à sauver le soldat Castro  😉

I want the money for nothing, and the chicks for free *

* Money for nothing, Dire Straits, 1985 (si un jour, il y a un Apo-dcast, le riff de début de cette chanson sera sa musique d’introduction !)

Un an après les événements du tome 1 (rappelés, comme je l’ai précisé en introduction, de manière fort efficace), nous retrouvons Andrea Cort, qui vient d’arriver dans le système de Xana, le siège de la Manufacture de munitions Bettelhine, une corporation qui, comme son nom l’indique, est spécialisée dans l’armement et est dirigée par la famille Bettelhine (au passage, Castro explique qu’il leur arrive de fournir les moyens de ravager une planète, puis de la reconstruire : des sociétés US comme KBR ne fonctionnent pas autrement, fournissant d’un côté des services logistiques et des contractors à l’armée américaine, puis d’autres services, en matière de construction ou d’exploitation pétrolière, par exemple, au gouvernement civil local une fois le conflit terminé). Et d’ailleurs, corporation est un terme trompeur : la taille de la boite est telle qu’elle a la puissance, la richesse, le poids politique interstellaire d’une nation, et le système quasi-monarchique qui va avec, les Bettelhine servant de famille « royale ».

Cort est flanquée des Porrinyard, qui lui servent de (redoutablement efficaces) bras droits / assistants, en plus d’être ses (ou plutôt devrais je dire son) amants… et ses seuls vrais amis. Elle a acquis, suite aux événements du roman précédent et grâce aux IAs-Source, un statut totalement inédit : celui de Procureure Extraordinaire du Corps Diplomatique. Ce qui signifie en réalité qu’elle ne reçoit plus d’ordre de personne, ni au sein du Corps, ni de la Confédération, qu’elle choisit elle-même ses propres missions, et n’a de compte à rendre à aucun supérieur. De fait, c’est un peu comme si elle était devenue un chef d’état ou sa propre branche autonome du gouvernement de la Confédération Homsap. Bref, elle a du pognon sans rien foutre, et les filles à l’œil (<– ça a un vague rapport avec l’illustration musicale, hein ^^).

Malgré le fait qu’elle ne cache pas son profond mépris, voire sa haine, pour les marchands d’armes Bettelhine, qui sont, pour elle, l’incarnation de tout ce qui est mauvais dans cette Humanité qu’elle a rejetée via sa misanthropie affichée (puis trahie), elle est intriguée par l’invitation (et surtout par le fait que les IAs-Source la pressent de l’accepter, la qualifiant d’importante), dont le motif reste mystérieux, et le restera jusqu’à la fin du bouquin (si vous ne devinez pas avant, du moins -voir plus loin).

Where do you think you’re going, don’t you know it’s dark outside *

* Dire Straits, 1979.

La planète Xana dispose d’un ascenseur spatial (au passage, je me dis que Castro doit adorer Clarke : après le pseudo-Rama du tome 1, voilà l’ascenseur spatial), et dès que Cort débarque sur la station orbitale d’ancrage, Indolente, ça part en cou….. enfin en vrille, quoi. Elle subit une tentative d’assassinat par des Bocaïens (le peuple de la planète où elle a commis son fameux massacre) à l’aide d’une ancienne arme de poing extraterrestre aux effets particulièrement crades (je vous laisse découvrir ça dans le bouquin), surnommée la Griffe de Dieu. Le timing et la source des fuites sur le voyage de Cort interrogent : comment les Bocaïens ont-ils pu planifier cela ? À cette occasion, Cort s’aperçoit que même de hauts responsables de l’administration Bettelhine ne savent pas pourquoi elle a été invitée par le Boss en personne, Hans Bettelhine, et elle finira même par se rendre compte que certains membres du Cénacle, le « cercle intérieur » de la dynastie, n’en connaissent pas, eux non plus, les raisons. Au passage, une remarque du chef de la sécurité de la station va provoquer un premier changement de paradigme chez Cort, remettant en cause tout ce qu’elle croyait savoir. Il y en aura un second, à la fin du roman, encore bien plus radical. 

Cort, les Porrinyard, un érudit Boccaïen, trois Bettelhine du Cénacle et quelques-uns de leurs employés de haut rang vont embarquer dans le « Carrosse Royal », une cabine de luxe qui va descendre le câble de l’ascenseur spatial en direction de la surface de Xana. Sauf que très rapidement, l’appareil va connaître un arrêt brutal, entraînant une rupture totale des communications… y compris avec les IAs-Source. Mais ce n’est pas le plus grave : sur ces entrefaites, un meurtre a lieu… et le tueur / la tueuse n’a pu aller nulle part. Et devinez qui va mener l’enquête ?

Private investigations *

* Dire Straits, 1982.

Commence alors un whodunit (que j’aime à « traduire » en kicékilafait) très classique, mais extrêmement bien réalisé, que ce soit dans la façon dont Castro multiplie les fausses pistes, bâtit des personnages complexes, intéressants ou attachants (j’ai beaucoup aimé Jelaine et Dejah, ainsi que l’histoire de la Fugue de Magrison), gère le rythme des révélations ou donne les explications pas à pas (c’est un vrai plaisir de guetter les petits détails anodins en apparence et qui n’en sont en réalité pas. Dans le même registre, une anecdote racontée sera justement l’objet du tome 3 -s’il est traduit-). Le scénario est, ainsi, très astucieux, des tas de petits éléments dispersés s’emboitant de façon remarquable au fur et à mesure que l’intrigue se déroule.

Le style très agréable de Castro n’est d’ailleurs pas étranger au plaisir ressenti, que ce soit en terme de fluidité, de construction ou de dialogues remarquablement écrits (et heureusement, vu qu’ils sont omniprésents ou presque, notamment via les nombreux interrogatoires). On saluera d’ailleurs le travail très méritoire du traducteur, Benoit Domis, ainsi bien sûr que celui de Manchu pour sa très esthétique couverture. C’est en fait tellement bien fait et plaisant que même pour un vieux de la vieille du polar (y compris de SF) ET pour quelqu’un qui a tout deviné (très) longtemps à l’avance (seul le coup de théâtre quasi-final m’a échappé, alors que rétrospectivement, il était complètement logique), comme votre serviteur, ce roman se révèle tout spécialement prenant, avec une forte envie d’y revenir. Je ne dis pas que j’étais sur le rythme de lecture d’un Honor Harrington, mais presque. Dans mon cas, c’est très significatif de l’intérêt de la chose. 

Notez que ça ne m’avait pas forcément frappé jusqu’ici, vu que les influences de Banks, Clarke et surtout Simmons me paraissaient prépondérantes, mais il y a un certain côté Paula Myo (en bien plus mal élevée; p 249, Andrea déclare : « Madame, vos états d’âme, je me torche avec »), donc Peter Hamilton, chez Cort qui ne m’avait jamais sauté aux yeux jusque là. 

Mais bon, il faut tout de même l’avouer : c’était déjà le cas dans Émissaires des morts (aussi bien le roman éponyme que certaines nouvelles intégrées dans le recueil du même nom), et ça l’est ici aussi (mais en pire), Castro est tout de même un écrivain de SF terriblement prévisible, au moins pour une lectrice ou un lecteur qui a une certaine expérience dans ce genre littéraire. Chose amusante, d’ailleurs, un point clef du récit était très important également dans l’univers d’un autre roman de Science-Fiction, émanant d’un écrivain différent, publié postérieurement à celui de Castro dans l’édition anglo-saxonne mais antérieurement en VF… et également chez AMI (au passage, ce n’est également pas tout à fait sans rapport avec une certaine nouvelle de Paul Di Filippo, voire avec Asimov). Ce qui fait que ceux qui l’auront lu avant devraient avoir leurs antennes qui frétillent fortement à un certain moment. Mais bon, il n’en reste pas moins que pour proposer des livres aussi prenants même pour un vieux de la vieille et même en étant aussi prévisible dans une SF d’enquête (tout de même un peu sur les bords basée sur le mystère, hein), il faut un sacré talent (ce qui est indubitablement le cas de Castro) et / ou assurer sur d’autres plans. Et justement…

You did not desert me, my brothers in arms *

* Brothers in arms, Dire Straits, 1985.

L’enquête, et les révélations qu’elle entraîne, sont intéressantes, mais ne constituent pas le seul point à retenir : avant tout, il me faut parler de l’évolution de Cort, aussi bien sociale que psychologique. Ayant subi une « chirurgie psychiatrique » de la part des IAs-Source, ayant trouvé pour la première fois de vrais amis en la personne des Porrinyard, ayant été libérée de la tutelle du Corps Diplomatique, Andrea s’est (un peu) socialisée, un peu humanisée (ce qui ne lui convient d’ailleurs pas vraiment; elle déclare, p 126 : « Peut-être que je n’étais pas seulement en train de m’adoucir. Peut-être que je perdais la main ». La chose amusante étant qu’au début du dernier film en date qui lui est consacré, Richard Riddick en personne dit le même genre de chose  😀 ). Elle a toujours des blessures mentales, mais ce ne sont plus les mêmes : ce n’est plus une écorchée vive, mais le fait de bosser pour les IAs-Source a créé d’autres plaies que celles qui ont été guéries. Et cette évolution, visible dès le début du roman, n’est rien par rapport à celle qu’elle subira à la fin, mais de celle-là, je ne peux parler sans divulgâcher. Vous verrez ça quand vous lirez ce bouquin. Les Porrinyard se révèlent tout à fait fascinants également, aussi bien dans ce qu’ils apportent en matière affective à Cort que dans le domaine professionnel. Leurs capacités uniques lui permettent en effet de réaliser des choses impossibles autrement.

Et puis bien sûr, il y a les thématiques de fond : là encore, je ne peux parler de certaines choses sans divulgâcher, mais je peux toutefois mentionner les questions éthiques et morales liées aux fabricants d’armes comme les Bettelhine. On s’aperçoit qu’ils peuvent faire preuve d’une surprenante éthique, en ne mettant pas, d’eux-mêmes, certains systèmes d’armes sur le marché, car trop dangereux si laissés en de mauvaises mains (un cynique dirait qu’ils ne veulent pas tuer le marché via un trop grand nettoyage par le vide). Cort s’en veut presque de ressentir de la compassion quand certains membres de cette dynastie, qu’elle exècre au plus haut point, sont dans la peine, la douleur. Il y a aussi une réflexion sur le caractère cyclique de l’Histoire, qui enchainerait des périodes de tyrannie avec des phases d’anarchie meurtrières avant qu’un nouveau tyran potentiel ne s’érige lui-même en libérateur du peuple des griffes des forces-du-Bien-mais-qui-emploient-des-méthodes-pas-meilleures-qu’avant. Et ainsi de suite. Sauf chez une race qui a su se sortir de ce cycle infernal de dogmes antagonistes. Je n’en dis pas plus, vu que c’est en partie lié à un point clef de l’intrigue. Et il y a une question quasiment philosophique que je trouve vertigineuse, et sur laquelle j’entrerai encore moins dans les détails, à propos du bonheur. Vous comprendrez mieux en lisant le bouquin. 

Bref, quel que soit l’angle sous lequel on prenne le roman La troisième griffe de Dieu proprement dit, il reste extrêmement prenant, de très bonne qualité, même si sa grande prévisibilité pourra en gêner certain(e)s (ce qui n’a pas vraiment été mon cas : je la constate, je ne la déplore pas vraiment). A vrai dire, mes souvenirs du roman Émissaires des morts sont un poil flous (je l’ai lu en VO il y a un an et demi), mais j’ai eu le sentiment de plus apprécier ce deuxième tome que son prédécesseur, et ce de façon assez nette. 

Toutefois, outre la prévisibilité, Castro garde un défaut qui, s’il est assez mineur, m’agace profondément : sa capacité à très souvent s’auto-contredire. Ainsi, selon les textes, on a l’impression que l’histoire de l’univers de la Confédération Homsap se déroule entre un siècle et plusieurs millénaires dans notre futur, il est sous-entendu dans certains textes (comme Avec du sang sur les mains) que Cort a tué plusieurs fois certains de ses congénères alors que La troisième griffe de Dieu dit qu’elle n’a tué des humains qu’une fois, et ainsi de suite. C’est d’autant plus étonnant que le moindre apprenti-auteur auto-édité chez nous utilise ne serait-ce qu’un cahier pour faire une « bible » de ses univers / intrigues / personnages, ce qui évite précisément ce genre de boulette. Mais bon, pas de quoi transformer le bouquin en cale ou en allume-barbecue non plus. 

Un coup de poignard *

* Six blade knife, Dire Straits, 1978.

Cette novelette (près de 75 pages, tout de même), se déroule, d’après l’éditeur, entre les tomes 2 et 3, et fait d’ailleurs fortement mention des événements du premier des deux. Elle se place cette fois d’un point de vue extérieur, puisque Cort et les Porrinyard sont vus par les yeux d’un autre personnage, le fameux Draiken dont je parlais dans l’introduction de cet article. L’action se déroule à la Nouvelle-Londres (la station spatiale mise en scène dans certaines des nouvelles du premier recueil), et donne d’ailleurs un rôle à un personnage secondaire que nous connaissons déjà, Tasha (celle de la nouvelle Une défense infaillible). On y voit un ancien espion / assassin occasionnel surveiller Cort et les Porrinyard, mais il va être pris à son propre piège, et bien que ses motifs paraissent, au début, au mieux ambigus, au pire sinistres, les choses vont se révéler beaucoup plus complexes qu’on l’imaginait de prime abord, six personnages participant à une danse complexe dont on ne sait qui la mène, en réalité.

En un mot : bof. Ce n’est pas un mauvais texte, mais le bouquin aurait à mon avis pu s’en passer sans en souffrir. À moins qu’AMI ait l’intention de traduire d’autres nouvelles où il entre en scène, et que le but unique soit, dans ce cas, d’introduire le personnage de Draiken. Sinon, c’est plaisant, mais ça n’a certainement pas la valeur du roman qui le précède.

En fin de compte, même si le roman n’est pas dépourvu de défauts (le principal étant sa prévisibilité), il reste extrêmement agréable à lire et vraiment recommandable, surtout si vous avez lu le premier recueil et que donc, vous serez à même de mesurer l’évolution de la psychologie et de la situation de Cort. La nouvelle Un coup de poignard qui complète ce recueil ne s’imposait sans doute pas (sauf si Draiken refait une apparition dans l’hypothétique tome 3), de mon point de vue, mais n’en est pas un mauvais texte pour autant, surtout qu’il est bien plus riche en action que le roman. 

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce recueil, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de Gromovar, celle de Yuyine, du Nocher des livres, du Chien critique, de Xapur, de Fourbis et têtologie, de Célinedanaë, de Feydrautha,

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35 réflexions sur “La troisième griffe de Dieu – Adam-Troy Castro

  1. Je l’achèterai. Déjà parce que j’ai suffisamment apprécié le premier tome pour avoir envie de lire la suite, et aussi parce qu’il faut sauver le soldat Castro ! le problème de cohérence que tu soulignes était déjà présent dans le premier volume. Il me semble, si je me souviens bien, que l’auteur avait d’ailleurs apporté quelques corrections au texte pour lisser les choses. (ou je confonds avec un autre cycle, je sais plus)

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  2. Hello, tu as oublié « follow me home » pour t’adresser à Andrea Cort avec qui je suis devenu très copain. Peut-être à cause de sa part sombre que l’on peut retrouver profondément ancrée dans notre inconscient. On s’identifie facilement au personnage par rapport à notre société hyper-individualiste où il ne faut compter que de plus en plus sur… soi-même.
    Je prendrai à nouveau la version Kindle.. ma participation même si elle semble moindre que d’acheter en papier.
    Merci pour tes critiques, devenues indispensables dans mes lectures SF.
    Jack

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    • @Jack
      D’un point de vue strictement comptable, l’éditeur « marge » plus sur l’édition numérique. Ceci précisé, les chiffres de vente de l’édition papier restent quand même le mètre-étalon du succès ou de l’échec (à moins de faire un compte d’exploitation exhaustif).
      Nous espérerons que le voyage vous plaira.

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      • Bonsoir M. Dumay. Concernant la sortie du 3ème tome ne serait-il pas envisageable, en cas de doute sur la rentabilité, de le faire pré financer par les futurs lecteurs impatients de lire la fin (je n’ai pas encore lu le 2 mais je n’ai aucun doute que j’aurai envie de lire le 3 et que je serais très frustré pour ne pas dire plus si le 3 ne sortait jamais!) ?

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  3. C’est marrant j’ai acheté le premier tome hier, sans connaître les enjeux sur la sortie du 3. Je regrette pas du coup !
    J’ai juste lu la première nouvelle, et j’ai vraiment bien accroché, je pense bien prendre ce tome 2 à sa sortie.
    Puis, c’est agréable de lire quelque de plus « facile » quand on sort d’un marathon de plusieurs mois consacré à Baxter (Exultant miam !) et Egan 🙂

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    • Exultant est un des romans de SF les plus hallucinants qui existe. L’histoire de la vie dans l’univers, et de la naissance des Xeelees, notamment, est un monument. C’est d’ailleurs marrant que tu en parles, vu que je comptais justement le remettre en avant dans le prochain Œil d’Apophis.

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  4. Ping : Première critique française de La Troisième griffe de Dieu d'Adam-Troy Castro - Albin Michel Imaginaire

  5. Je viens de faire ma commande.
    L’achat était prévu pour le mois de juillet (anniversaire) mais j’avais vraiment bien accroché avec la nouvelle offerte (“Avec du sang sur les mains”) alors si ça permet d’avoir tout le cycle je peux accélérer le mouvement.

    Merci pour le petit rappel en début de critique. C’est sympa aussi de voir comment marche et les besoins de l’industrie du livre.

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  6. J’avais bien apprécié ma lecture du 1er tome, la caractère prévisible ne m’a pas gêné mais je lis assez peu de policier donc je me fais facilement avoir par les auteurs. L’univers proposé et sa galerie de personnage (et notamment Andrea) m’ont beaucoup plu et ça se lit très bien je trouve. J’irai donc acheter rapidement sa suite, en espérant que la traduction se fasse !

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  7. C’est étonnant que le premier tome n’ait pas plus de succès alors que les critiques sont unanimes, où est donc passé le pouvoir de prescription des blogueurs ? Ahem, je trolle, c’est mal.
    Je vais commencer ce tome (merci GD) et je n’ai pas de doute sur sa qualité, ça m’embêterait vraiment que l’on n’ait pas le troisième. En tout cas, tu fais bien d’être fidèle à Castro^^.
    Et bravo pour le spécial Dire Straits même si mon morceau préféré est Sultans of Swing pour son solo de fin mémorable. A quand l’Apo-dcast ?

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    • Je viens tout juste de me remettre au Havane (fuck les cardiologues !), donc je suis fidèle à tous les Castro ! ^^ 😀
      La question est : est-ce qu’il y a un mauvais morceau chez Dire Straits ? (ou dans la carrière solo de Mark Knopfler, d’ailleurs).
      Maman, mais tu veux ma mort, je dors déjà quatre heures par nuit, alors un podcast, mais c’est le décès assuré en six mois…

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  8. J’avais lu le message de l’éditeur (Gilles Dumay) sur le forum du Bélial à propos des ventes et des interrogations qu’il avait sur la suite de la saga, puis les réactions des membres du forum souhaitant tout faire pour soutenir les ventes. Et j’avais pensé : Oh non, encore un autre éditeur qui arrêterait les séries en cours de route ? Quelle misère !
    A ce moment-là, je m’étais dit qu’il faudrait que je le lise très vite, même si mon blog a une audience extrêmement modeste (euphémisme), et même si je ne peux pas savoir à l’avance si j’apprécierai l’auteur comme vous tous. Mais si je peux mettre ma petite pierre dans le jardin, je ne vais pas m’en priver.
    Le temps a passé, je gère ma PAL au hasard et selon l’humeur du moment… et donc je ne l’ai toujours pas lu.
    Merci pour cette chronique et ce rappel : le tome 1 est le prochain titre que je lis. Promis !

    Aimé par 2 personnes

  9. Ping : La troisième griffe de Dieu, Adam-Troy CASTRO – Le nocher des livres

  10. Ping : Pollen from a future harvest – Derek Künsken | Le culte d'Apophis

  11. Acheté.
    En toute franchise, je comptais attendre l’édition de poche… mais c’est apparemment mal barré.
    Sauvons le soldat Castro !!!
    De la bonne sf, que je classe dans ma catégorie perso à moi-même comme de l’ « entertainment ».
    Mais aussi dans cette littérature qui tape pile poil dans la création d’un archétype féminin.
    AMI fait du trop bon boulot pour les laisser se planter sur un auteur qui ne va pas assurer les ventes parce ce qu’en France Novella et nouvelles ne sont pas dans notre culture.
    Rappelons, quand même, que la réputation d’une maison spécialisée dans un style littéraire particulier, se fait sur sa capacité à éditer des auteurs de best sellers, et des auteurs acclamés par les critiques et les lecteurs compulsifs (dont je fais partie) , qui peuvent faire sur le moment peu de vente.
    Il faut un équilibre dans la stratégie commerciale.
    Un auteur comme Castro avec son format particulier typiquement anglo saxon, fait partie de cet équilibre.
    L’éditer peut coûter sur le moment, mais sera rentable pour l’image de marque de la maison.
    Un investissement marketing, en fait….
    Un achat d’un auteur que je ne connais pas se fait sur la capacité de la maison d’édition à publier des ouvrages « risqués », la 4eme de couv’, et la lecture de quelques pages entre la 10eme et la 30 eme (je suis sensible au style).

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    • Merci pour votre soutien au soldat Castro !
      Au niveau des novellas et nouvelles, la situation s’est améliorée depuis 2016, je trouve, même s’il reste encore du chemin à faire pour faire les changer les mentalités.

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  12. Moins déçue que toi par la nouvelle Un coup de poignard mais tout à faire d’accord sur le roman. Il est prévisible mais terriblement addictif. Et l’évolution des personnages de texte en texte est un vrai régal.

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  13. Merci pour nous avoir fait découvrir Troy Castro et son héroïne atypique. J’ai beaucoup aimé Emissaire des morts , les nouvelles bonus sont la cerise sur le gateau. J’ai immédiatement acheté le Tome 2 (en numérique). Continue de nous ouvrir les yeux (et les oreilles).

    Aimé par 1 personne

  14. Ping : La Troisième Griffe de Dieu – Adam-Troy Castro – Les Lectures de Xapur

  15. Ping : Andrea Cort T.2 – La Troisième Griffe de Dieu – Fourbis & Têtologie

  16. Ping : La troisième griffe de dieu de Adam Troy-Castro – Au pays des cave trolls

  17. Ping : Le Cycle d’Andrea Cort [3/4] : La Troisième Griffe de Dieu – Adam-Troy Castro – L'épaule d'Orion

  18. Hello !
    Après avoir découvert le premier grâce à toi (et t’en avoir déjà remercié…), je me suis jeté sur le deuxième il y à quelques semaines, et n’est vraiment pas déçu par cette suite !
    … Qui m’a emmené fort-fort tard dans la nuit pour la deuxième moitié…
    Andréa est attachante par son caractère et son évolution, l’énigme et son contexte raisonnablement prévisibles, mais passionnante dans son traitement, et pour ma part, la révélation finale sur sa présence à Xana, je ne l’ai pas vu arriver !
    … Mais je suis bon public, et ce n’est pas la première fois que je me fais avoir…
    Ouiiiiii, la novelette suivante est anecdotique, mais personnellement, je la vois comme un petit plaisir de l’auteur qui s’est amusé avec ses personnages sous forme d’un petit « crossover » que le vieil amateur de comics que je suis ne peut qu’approuver avec un sourire.
    D’autant que ce n’est pas une première ! Procédé déjà éprouvé par Catherine L. Moore ou Edmond Hamilton et Leigh Brackett…
    Pour l’anecdote, lorsque je l’ai acheté, j’ai voulu ré-investir dans le premier et l’offrir à un ami… et bien la (très) grande librairie de ma ville était en rupture !
    Je suis donc un rien dubitatif quand aux mauvaises ventes qui remettrait en cause la sortie du troisième… Et ce qui vaudrait de ma part à AMI un harcèlement régulier ponctué de noms d’oiseaux pour lesquels je mettrai un point d’honneur sur la créativité !
    Cela peut paraitre un tantinet agressif, mais moi, les séries abandonnées en traduction en cours de route, je commence à en avoir un peu ras l’étagère !
    Donc, tous derrière Castro & Andréa !
    … A moins que ce ne soit un coup des rebelles IAs-source…

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    • Concernant les mauvaises ventes qui remettent en cause la sortie du troisième, je t’invite à aller faire un tour sur le forum du Bélial’, où Gilles Dumay (le directeur de collection) est très, mais alors très loin de se montrer optimiste :
      https://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=8&t=9671&start=30
      Même en admettant que depuis les cinq semaines où il a posté son message, les ventes aient été supérieures aux retours, le tome 3 est encore très loin d’être une certitude.

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