Dans un monde parallèle, ce sont des UHL, mais ici…

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Normalement, si vous fréquentez ces lieux, vous connaissez la collection Une heure-lumière du Bélial’, lancée en 2016 et qui, dans le sillage de son incontestable succès commercial et critique, a impulsé un engouement inédit pour le format court dans une bonne partie de l’édition SFFF française. Ladite collection rassemble des textes primés et plus généralement de très grande qualité, au format novella selon la nomenclature des prix littéraires anglo-saxons (donc entre 100 et 200 K signes, espaces comprises). Toutefois, parce qu’ils sont sortis avant la création d’UHL chez d’autres éditeurs, ou parce qu’ils sont sortis après mais n’ont pas su retenir l’attention ou satisfaire aux critères du Bélial’, certains textes, qui auraient pu, voire parfois, à mon sens, en faire partie, n’y ont pas été inclus. Si, dans certains cas, la chose pourrait hypothétiquement se faire (je n’ai pas d’infos allant dans ce sens, je m’empresse de le préciser), si les droits devenaient disponibles, dans d’autres, ces UHL hypothétiques relèveront à jamais du domaine du « Et si… » et des mondes parallèles ou uchroniques (ce qui n’est pas tout à fait la même chose).

Rien ne m’empêche, cependant, de vous en dresser une liste (on pourrait y inclure d’autres textes, évidemment), d’où j’ai retiré un nom puisque d’après ce qui m’a été dit, celui-là sera publié à un moment ou un autre. Elle pourra servir à ceux qui ont lu tous les UHL (ou du moins tous ceux dont le résumé ou les critiques disponibles les séduisaient) et / ou qui n’ont pas été convaincus par les ersatz de la collection lancés par la concurrence et qui cherchent des courts romans, rapides à lire mais de qualité et ambitieux, par exemple sur la plage (c’est de saison).

Metallica, s’inspirant de Lovecraft, chanta jadis « The Thing that should not be » : découvrez avec moi « The OLH (One Light-Hour) that should have been » ! (et non, on ne pourra pas dire : « Pas de Robert Charles Wilson : liste nulle », puisque ce bon vieux Robert est cité -ma rouerie est sans limite, MOUAHAHA). Lire la suite

Opexx – Laurent Genefort

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Impressionnant

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un SP fourni par le Bélial’. Un grand merci à Olivier Girard et Erwann Perchoc !

Le 26 mai 2022, paraîtront deux nouveaux titres de la collection Une heure-lumière, à savoir Un an dans la Ville-Rue de Paul Di Filippo et Opexx de Laurent Genefort. J’ai lu le premier pour le compte de Bifrost (vous pourrez retrouver ma critique dans le numéro 107 du magazine, à paraître début juillet), et ne vous en dirai donc rien (sous peine de décapitation sauvage -Olivier Girard a besoin d’un quickening de temps en temps-), sinon que c’est un excellent livre, à la traduction impressionnante de qualité (signée Pierre-Paul Durastanti -who else ?-) mais peut-être pas tout à fait destiné à tous les profils de lecteurs. Dans la suite de cet article, je vais donc plutôt vous parler de la novella de Laurent Genefort.

Sans doute inspiré par ses activités au sein de la Red Team, Genefort, à mon sens un des meilleurs écrivains de SF français en activité, donne un cadre militaire à sa nouvelle production, reprenant le sigle bien connu OPEX (Opérations Extérieures -sous-entendu au territoire métropolitain français) utilisé par notre Armée et lui ajoutant un « x » de plus, pour marquer le fait que dans son roman, lesdites opérations sont carrément extérieures à la planète Terre. Et, nom de moi-même, qu’il est agréable de voir 1/ un auteur progressiste qui ne fait pas preuve d’un antimilitarisme primaire, et 2/ un éditeur qui n’hésite pas à publier ce sous-genre de la SF (c’est de plus en plus rare).

À la lecture, je me suis longtemps demandé où Genefort voulait en venir. J’avais échafaudé une hypothèse, qui s’est révélée fausse (le narrateur aurait été un alien envoyé pour étudier l’espèce humaine mais ne le saurait pas lui-même parce que sa mémoire a été éditée), et c’est seulement en approchant de la fin que j’ai compris l’angle adopté par l’auteur pour son roman. Que j’ai trouvé très proche d’un légendaire film sorti à la fin des années 80, un long-métrage qui a marqué toute une génération et qui n’a strictement rien à voir avec la SFFF. En repensant à Opexx sous ce prisme d’analyse, beaucoup de choses ont fait sens. J’ignore si monsieur Genefort a intentionnellement « réécrit » cette histoire dans une perspective SF ou si il s’agit d’une coïncidence fortuite, mais dans ce dernier cas, je serais curieux de savoir ce qu’il pense de l’analogie, qui me semble absolument frappante. Je suis aussi curieux de savoir ce que les autres lecteurs vont en penser, et si eux aussi vont faire le même parallèle.

Quoi qu’il en soit, et comme nous allons le voir, même s’il n’est pas tout à fait dépourvu de tropes, voire de clichés, Opexx est un excellent (si j’osais, je dirais même un exxcellent  😀 ) court roman, qui prouve une fois encore, s’il en était besoin, tout le talent de l’homme, notamment en matière de worldbuilding et dans sa capacité à toujours mettre l’humain au centre de ses univers. Lire la suite

Abrégé de Cavorologie – Laurent Genefort

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Making of et worldbuilding de compétition !

L’information est apparemment passée assez inaperçue, mais Albin Michel Imaginaire (AMI) a sorti hier un texte, format novella (mais voyez plus loin tout de même), sous forme numérique et qui, surtout, est gratuit (vous pouvez le télécharger sur cette page). Sur la couverture, vous constaterez qu’un certain Hippolyte Corégone, professeur au Collège de France, est supposé en être l’auteur. Il ne s’agit en réalité à la fois que d’un personnage et d’un pseudonyme de Laurent Genefort. Et cet Abrégé de Cavorologie a été, comme il l’avoue lui-même dans la postface (joliment dénommée « Note de l’auteur derrière l’Auteur »), conçu pour donner une base à son uchronie. Celle-ci étant examinée dans le roman Les temps ultramodernes, à paraître chez AMI le 5 janvier 2022. L’Abrégé est donc, comme c’est souvent le cas avec ce département éditorial, une mise en bouche gratuite pour un livre à paraître quelques semaines plus tard. Sauf que d’habitude, en pareil cas, l’éditeur propose une ou deux nouvelles, pas un ouvrage de 112 pages !

Sachez, par ailleurs, qu’un second éditeur vous proposera bientôt un autre texte (une nouvelle, cette fois, appelée Cavorite) vous permettant de découvrir l’univers des Temps ultramodernes si vous aviez quelque hésitation à acquérir ce roman : en effet, Genefort figurera aussi à l’affiche du numéro 105 de Bifrost, à paraître fin janvier. Or, il se trouve qu’au moment où je rédige ces lignes, je me trouve dans une position très singulière : participant à la relecture des épreuves du magazine, j’ai déjà lu ladite nouvelle, et je viens d’achever L’Abrégé de Cavorologie ; je suis donc en mesure de vous dire que si la novella et la nouvelle sont très différentes dans leur ton et leur structure, elles se complètent en revanche très bien, et toutes deux donnent franchement envie de lire le roman. Lire la suite

Sur la route d’Aldébaran – Adrian Tchaikovsky

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Sur la route de brique jaune

Le 18 novembre 2021 marquera la sortie, dans la collection Une heure-lumière des éditions du Bélial’, d’une novella d’Adrian Tchaikovsky, Sur la route d’Aldébaran. Si l’auteur a déjà été plusieurs fois traduit en France (par Denoël) dans la forme longue (cf Dans la toile du tempsDans les profondeurs du temps et Chiens de guerre), c’est en revanche la première fois qu’il bénéficie d’une publication en français dans la forme courte et par la maison d’édition mammésienne.

Si vous suivez ce blog depuis quelques années, vous savez que la production de l’auteur est à la fois pléthorique et d’une qualité de plus en plus variable : l’excellent (Dans la toile / Dans les profondeurs du temps), pour ne pas dire indispensable, y côtoie, hélas de plus en plus souvent, des textes au mieux passables, au pire complètement dispensables (j’ai abandonné le roman Shards of Earth au bout de quelques dizaines de pages et ne cherche même plus à lire systématiquement, comme je le faisais à une époque, les 3-5 sorties annuelles de Tchaikovsky). Sur la route d’Aldébaran, s’il n’atteint pas le niveau stratosphérique du cycle Dans la toile du temps, reste cependant un court roman de très grande qualité, parfaitement recommandable et tout à fait digne de traduction.

Une tendance de fond, ces dernières années, des livres de Tchaikovsky est de remettre au goût du jour d’anciens sous-genres, thématiques ou tropes de la SF (c’est particulièrement visible dans Cage of souls), sans parler de nombreux hommages ou références à des œuvres science-fictives emblématiques. Avec Sur la route d’Aldébaran, il réussit l’incroyable mélange du Magicien d’Oz, du mythe grec du Labyrinthe, de Cube 2 : Hypercube, de La grande porte de Frederik Pohl, de L’homme dans le Labyrinthe de Robert Silverberg, de la SF à Big Dumb Objects et du thème du « Piège cosmique », et peut-être surtout des chemins Silfens de Peter Hamilton. Très référencé, le livre cite ou évoque Frank Zappa, le Capitaine Kirk, Alien2001, Lovecraft, Blade runner et Star Wars. Même s’il joue sur le registre de l’Horreur, qu’elle soit cosmique ou gore, il n’est pourtant pas dépourvu d’humour, même s’il est parfois bien noir. On aurait pu craindre qu’une novella si pleine de références et d’hommages à des livres / films / séries antérieurs soit trop peu originale pour convaincre : il n’en est rien. Tchaikovsky a déjà prouvé qu’il pouvait écrire des textes qui devaient beaucoup à des auteurs antérieurs et qui, pourtant, sublimaient ces influences, allaient plus loin que ces inspirateurs. C’est aussi le cas ici. Le rythme des révélations est très bien dosé, il y a des pièges qui vous conduisent à penser telle chose alors que, si vous avez effectivement raison, c’est votre chronologie des événements qui est mauvaise, et certains twists finaux ne se voient pas forcément venir (même s’il y a des indices pour les gens très attentifs). C’est aussi un texte très immersif car nous plaçant vraiment dans la tête du narrateur, en plus (le récit à la première personne du singulier aidant aussi bien sur ce plan là).

Bref, si vous aimez la Science-Fiction à l’ancienne (ou qui en a le parfum, du moins) et l’Horreur en science-fiction, je vous conseille très vivement la lecture de cette novella de SF horrifique. Je l’ai, pour ma part, lue à sa sortie en anglais, il y a deux ans et demi, et celles et ceux d’entre vous qui voudront en savoir plus à son sujet pourront se référer à ma critique complète de la VO.

Au passage, si la thématique « Vers une autre étoile, en marchant » vous fascine, j’en ai récemment parlé dans un mini-guide intégré dans cet article.

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Silversands – Gareth L. Powell

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Classique mais efficace

Lorsque je lis un texte qui ne me convainc pas émanant d’un auteur que, pourtant, je connais déjà et apprécie, je n’aime pas rester sur une mauvaise impression. Ayant très récemment lu Light Chaser, novella co-écrite par Peter Hamilton et Gareth L. Powell qui ne m’a guère séduit, j’ai voulu explorer un peu plus la bibliographie du plus jeune des deux auteurs, et ai décidé de le lire dans la forme courte, ce que je n’avais pas fait jusqu’ici. Ce qui m’a permis, au passage, de faire un peu plus le tri dans ce qui clochait et « à cause » de qui dans Light Chaser. J’ai donc lu Silversands, le premier (court) roman de Powell, sorti en 2010 et réédité plusieurs fois (parfois avec une nouvelle en bonus) depuis (d’où les deux couvertures différentes servant à illustrer le présent article, au passage ; j’aurais, par ailleurs, pu en reproduire encore deux autres, puisqu’il y en a quatre différentes en tout, mais elles sont bien moins esthétiques que les deux choisies).

Je pourrais faire de cette novella la même critique (dans tous les sens du terme) que celle des deux autres romans de l’auteur que j’ai lus : c’est une bonne SF, très classique, fort agréable à lire, qui ne révolutionnera pas le genre mais se révèle bien plus valable et plaisante à lire que l’écrasante majorité de ce qui sort aujourd’hui en Science-Fiction anglo-saxonne, mais qui a le défaut de s’inspirer un peu trop visiblement d’auteurs plus anciens ; alors que Braises de guerre avait un très puissant parfum de Iain M. Banks, on sent ici plutôt l’influence de Peter Hamilton (tiens, tiens…), de Frederik Pohl, voire de Stargate SG-1 (je vais en reparler, parce qu’il y a des choses intéressantes à dire sur le sujet des ressemblances et inspirations). Ce que vous devez retenir, c’est que si vous cherchez une novella de SF sympathique et qui tient la route, vous ne perdrez pas votre temps avec Silversands, même si ça ne mérite pas forcément un prix et que ça ne révolutionnera certainement pas le genre. Sans compter que sur certains points (mais pas tous), c’est fort prévisible. Lire la suite

Light chaser – Peter Hamilton / Gareth Powell

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Success chaser

Lorsque j’ai vu, il y a quelques mois, que Peter Hamilton allait sortir une novella co-écrite avec Gareth L. Powell (l’auteur de Braises de guerre), ma première pensée a été : « Aïe… ». En effet, si l’histoire de la SF nous enseigne quelque chose, c’est que lorsqu’un auteur qui a atteint au moins la soixantaine (ce qui est le cas d’Hamilton) ET dont les derniers livres sont décevants (ce qui est le cas des Portes de la délivrance) s’associe avec un écrivain plus jeune et moins réputé, le résultat est rarement mémorable. D’ailleurs, de mon point de vue, pour qu’un roman écrit à quatre mains soit bon, il faut que tout un tas de conditions soient réunies, à commencer par avoir deux écrivains qui se valent. Et sans vouloir faire injure à Gareth L. Powell, il n’est pas au niveau qu’à atteint Hamilton au cours de sa carrière (comme vous le prouvera mon guide de lecture consacré à ce dernier). Et pourtant, je n’ai pas l’impression que Powell ait été le maillon faible dans Light chaser, leur œuvre commune, parce que ce qui cloche dedans vient très clairement d’Hamilton, qui ressasse ici des concepts présents dans ses romans quasiment depuis le début en nous en demandant beaucoup, et sans doute beaucoup trop (au moins pour moi) en terme de suspension d’incrédulité. Sans compter que j’ai eu l’impression que ce court roman cherchait à surfer sur le thème à la mode en SFFF ces dernières années de « l’amour par-delà le Temps ».

Bref, de mon point de vue, la baisse de qualité des bouquins d’Hamilton se poursuit (ce qui, franchement, me désole, tant il a proposé, ces trente dernières années, des univers d’un intérêt considérable), et même l’aide de Gareth L. Powell n’a pas suffi à faire remonter le niveau. Sans être non plus complètement mauvais, Light Chaser n’est, en effet, pas digne de ce qu’à pu produire un des maîtres du New Space Opera, et l’auteur a intérêt à remettre son imagination en marche d’urgence pour son prochain cycle ou stand-alone, afin de proposer à la fois quelque chose de plus original et de plus solide. Et la déception est d’autant plus grande dans le cas précis de cette novella du fait que Hamilton, connu pour sa maîtrise de la forme ultra-longue, s’est aussi (et ça beaucoup de gens ne le savent pas) montré fort efficace dans la forme courte, que ce soit avec le magistral court roman En regardant pousser les arbres ou, récemment, avec l’excellente novelette Genesong (dont j’aimerais BEAUCOUP qu’elle soit traduite, voire la traduire). Lire la suite

Man of war – Heidi Ruby Miller

Une suite peu crédible

Je vous ai récemment parlé de Deux Faucons de l’autre Terre, roman de Philip José Farmer mettant en scène un héros haut en couleur, Two Hawks. Il se trouve qu’après avoir écrit, pour une des nombreuses anthologies rendant hommage à l’écrivain disparu en 2009, une nouvelle mettant en scène ledit personnage, l’autrice Heidi Ruby Miller a reçu l’autorisation des héritiers de Farmer d’écrire une suite en bonne et due forme, à la dimension d’une novella, des rocambolesques aventures de l’américain d’origine iroquoise. Cette suite, Man of war (A Two Hawks adventure), a été publiée en 2017. La nouvelle Dakota’s Gate de Miller s’y intègre, servant de prologue.

Si le roman de Farmer avait ses défauts, notamment certains points demandant un degré conséquent de suspension de l’incrédulité, sa suite rédigée par Miller n’est pas du même niveau de qualité. Elle fait longtemps illusion, faisant un peu grincer des dents, sonnant plus Pulp qu’autre chose, mais restant assez plaisante à lire, jusqu’à des scènes finales bancales sur le plan scientifique et offrant une révélation finale non seulement assez grotesque (quoique pas dénuée de sense of wonder, en un sens), mais venant, en plus, contredire un point capital du livre de Farmer. Bref, si vous êtes anglophone, avez lu avec plaisir le bouquin de Farmer et vous demandez s’il est pertinent de lire sa « suite », à mon humble avis vous pouvez vous dispenser sans regret de son achat et de sa lecture, même si ce court roman n’est pas franchement onéreux et est très vite lu. Lire la suite

À dos de crocodile – Greg Egan

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Le sense of wonder fait un retour tonitruant dans la collection Une heure-lumière ! 

à_dos_de_crocodile_eganEn cinq ans d’existence, la collection Une heure-lumière (UHL) du Bélial’ a connu ce que l’on pourrait appeler un triomphe critique et commercial, lançant un vrai engouement pour la forme (semi-)courte dans l’édition française, puisqu’un certain nombre d’autres maisons se sont découvert un, hum, intérêt soudain pour ce format. Pourtant, il y manquait quelque chose : les textes à fort sense of wonder y étaient vraiment très rares (on peut citer Retour sur Titan et Le sultan des nuages), ce qui est d’autant plus paradoxal quand on connaît la ligne éditoriale de la maison mammésienne. Bien conscient de cette lacune, le Bélial’ Suprême a donc décidé de la réparer, en publiant, le 20 mai 2021, la traduction de Riding the crocodile, longue nouvelle de Greg Egan faisant partie du cycle dit de l’Amalgame.

Le problème avec Greg Egan est que la grande majorité des lectrices et lecteurs connaît mal son œuvre (et le fait qu’elle est subdivisée en différentes branches ou époques aux degrés d’exigence extrêmement différents), et s’en fait donc de fausses idées : ceux qui n’ont rien compris à Diaspora sont persuadés que la prose de l’australien est trop difficile pour eux (ce qui est faux, vu que la majorité de ses textes -surtout les plus récents- est plus accessible, même si certains d’entre eux sont bien plus ardus que DiasporaSchild’s ladder, voire Dichronauts-), tandis que ceux qui n’ont lu que Cérès et Vesta ou pire, Zendegi, peuvent penser que tous ses romans / textes courts sont aussi accessibles, ce qui n’est pas forcément vrai. Que les deux catégories de lectrices et de lecteurs se rassurent : À dos de crocodile est franchement lisible par toutes et par tous, surtout pour du Egan old school. Et vous auriez vraiment, mais alors vraiment tort de vous en priver, tant on ne croise pas souvent ce genre d’univers à forte ambition en Science-Fiction de nos jours !

En effet, À dos de crocodile fait partie de cette SF qui brasse les dizaines de milliers d’années-lumière et les millénaires comme d’autres parlent de kilomètres et de jours, de cette science-fiction de l’émerveillement, ambitieuse, qui atomise toutes les limites, qui, de mon point de vue, manque terriblement au genre (du moins sa partie écrite / traduite en France, hein) aujourd’hui. Proche du très regretté Iain M. Banks et peut-être surtout du formidable House of suns d’Alastair Reynolds, ce nouvel Egan (le second dans la collection UHL) n’en oublie pas pour autant l’humain… bien au contraire. Ce n’est en rien un texte froid, mais le récit d’un acte de foi et d’amour tout à fait extraordinaire. Inutile, donc, de dire que je vous conseille de ne surtout pas passer à côté de cette sortie, tant vous feriez une énorme erreur en ne lisant pas ce titre, je le répète très accessible pour du Egan. On espère aussi que l’éditeur a prévu de traduire d’autres textes de l’Amalgame !

Celles et ceux qui voudront en savoir plus pourront se référer à ma critique complète de la VO.

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Seven of infinities – Aliette de Bodard

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Un Arsène Lupin féminin dans un empire vietnamien de l’espace !

seven_of_infinities_kindleLes aponautes les plus anciens s’en souviennent peut-être, je vous ai parlé, il y a deux ans et demi, de l’univers Xuya de l’autrice Aliette de Bodard, un contexte de space opera inspiré non pas par la civilisation occidentale mais par la vietnamienne, et comprenant une trentaine de textes courts, essentiellement des nouvelles mais aussi plusieurs novellae, dont The tea master and the detective (à la critique duquel je vous invite à vous référer pour connaître les fondamentaux de cet univers) et The citadel of weeping pearls. Le 31 octobre 2020, est sorti le tout nouveau court roman s’inscrivant dans Xuya, Seven of infinities, d’abord dans une édition papier limitée (et signée), superbe mais au prix prohibitif (35.60 euros !), avant, heureusement, que cette novella ne sorte en version électronique (à un tarif plus de dix fois inférieur !), avec une couverture différente, qui plus est, le 9 décembre 2020. C’est évidemment dans cette dernière version que je l’ai lu.

Si The tea master and the detective était une évidente transposition de Sherlock Holmes dans l’univers Xuya, Seven of infinities utilise le même procédé, mais pour Arsène Lupin cette fois (c’est déjà assez clair à la lecture du texte, mais la fin des remerciements ôte tout doute éventuel sur ce point). Ce qui n’est d’ailleurs qu’une des nombreuses réutilisations de mécanismes déjà abordés dans les autres novellae qui font que cette fois-ci, le texte n’a pas vraiment fonctionné sur moi, sans pour autant que je puisse le qualifier de mauvais. Ces fameux remerciements montrent d’ailleurs qu’un nombre tout à fait ahurissant de bonnes fées aux noms connus se sont penchées sur son berceau. Lire la suite

L’écart des missiles – Charles Stross

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Disco volante

missile_gap_strossJ’ai déjà parlé, sur ce blog (dans la critique de A colder war), du projet Exoglyphes, qui s’est donné pour mission (pour ne pas dire sacerdoce) de traduire les « causes perdues » de la SFFF, les textes qui, bien que de grande valeur, n’intéressent pas les éditeurs (ou ne sont pas jugés potentiellement rentables, difficilement traduisibles, etc). Et en 2020, les membres d’Exoglyphes ont pour ambition d’en ajouter une belle à leur tableau de chasse, déjà bien fourni, à savoir le formidable Ribofunk de Paul Di Filippo, dont je n’ai jamais compris pourquoi il n’avait pas bénéficié d’une VF, tant c’est un recueil fondamental dans les domaines du Biopunk et plus généralement du Postcyberpunk. Si je vous reparle de tout cela aujourd’hui, c’est qu’Exoglyphes met à disposition gratuitement et en français la version électronique d’une novella de Charles Stross, appelée Missile Gap en VO et L’écart des missiles en VF, que vous pourrez récupérer ici.

Ce court roman réunit plusieurs motifs récurrents chez Stross : le sense of wonder spatio-temporel, les barbouzes (y compris, parfois, de l’occulte) et la Guerre Froide revue selon le prisme de la SFFF. Il aborde un nombre considérable de thèmes science-fictifs, dans une perspective semblant mêler Robert Charles Wilson et Arthur C. Clarke (pour ce dernier, on pense à un texte précis, même si je ne peux vous en parler sans divulgâcher la fin). Et émerveillement, il y a : rien que le contexte / le postulat de départ sont époustouflants, sans parler de certains éléments du reste du texte (dont la fin) ! Lire la suite