Eifelheim – Michael J. Flynn

Sidérant anonymat

EifelheimCeci n’est pas une critique du roman Eifelheim de Michael J. Flynn. Enfin, pas seulement. Considérez que c’est aussi un épisode de plus de L’œil d’Apophis, cette série d’articles où je tente de remettre en lumière des romans qui sont passés inaperçus ou bien n’ont pas eu la réception commerciale ou critique qu’à mon avis (les goûts et les couleurs mis à part) ils méritaient. Eh bien avec ce livre, on est en plein dedans. Cela faisait des années que je voulais le lire, essentiellement parce qu’il constitue une curiosité taxonomique (sur laquelle s’étend d’ailleurs Gérard Klein dans sa préface -qui, comme tous les textes de ce genre émanant de l’illustre directeur de collection, doit se lire en fait en tant que postface pour éviter de se voir divulgâcher l’ensemble de l’intrigue), mais je n’avais pas pris la mesure du bijou que constituait ce roman dans son ensemble.

Maintenant que c’est fait, je suis absolument sidéré qu’il n’ait pas eu plus d’écho en France lors de sa sortie (et on peut même se demander comment le Hugo a pu lui échapper, même si, avec entre autres Rainbow’s end de Vernor Vinge -le lauréat- et Vision aveugle -bientôt réédité par le Belial’- de Peter Watts, cette année là, c’était vraiment très concurrentiel et que le verdict ne pouvait donc faire que des déçus), et je croise les doigts très fort pour que, maintenant que Klein a fait de la nécromancie sur son Ailleurs & Demain en catalepsie dans son sarcophage (N’est pas mort ce qui à jamais dort, etc), il ait la bonne idée de rééditer ce bijou (et puis deux-trois autres trucs, hein, du genre L’aube de la nuit, notamment), si possible avec une couverture pas conçue sous LSD et pas aussi émétique que la dernière fois, merci (la preuve). Même si, comme nous allons le voir, oui, c’est une pépite, mais non, elle ne sera sans doute pas destinée à tous les profils de lectrices et de lecteurs. Quand on voit, en 2020, des adultes qui lisent à 99% du YA (ce qui est toutefois leur droit, ce n’est pas la question) et qui trouvent les romans de SFFF les plus basiques « difficiles », on imagine sans mal l’effet (laisser tomber le livre concerné par terre) qu’un bouquin vraiment exigeant peut produire sur eux !

Un dernier mot : il est impossible d’analyser de façon décente Eifelheim sans dévoiler une partie de son intrigue, et ce d’autant plus que c’est la connaissance desdits éléments qui peut vous inciter à lire ce roman… ou pas. Soyez donc averti que si vous ne voulez rien savoir de plus sur lui que « c’est un livre inhabituel, génial mais exigeant et peut-être pas fait pour moi », vous devez stopper votre lecture de cet article ici-même.

Contexte, base de l’intrigue, personnages principaux, structure *

* O virtus sapientiae, Hildegard von Blingin’ (l’avatar de cette chanteuse / youtubeuse, ainsi que son pseudonyme, valent leur pesant d’or !), 2020.

Outre une minuscule prolepse en ouverture du récit, celui-ci alterne entre deux périodes et deux lieux : un village de la Forêt Noire, Oberhochwald (situé dans ce qui est aujourd’hui compris au sein des frontières allemandes mais qui faisait jadis partie du Margraviat de Bade), en 1348-1349, et l’Amérique (et l’Allemagne dans le tout dernier chapitre), « de nos jours » (en fait dans un futur proche, mais cela n’a pas vraiment d’importance dans l’intrigue, à part quelques détails comme ceux qu’on trouve en page 553 ou 661). Les parties contemporaines correspondent en fait à un texte publié en 1986 dans Analog, tandis que les parties médiévales, très majoritaires, ont été écrites pour s’insérer entre elles et raconter en détails ce qui y est peu à peu dévoilé. Notez que l’assemblage des deux fait qu’une partie de l’avant-dernier chapitre peut transitoirement laisser planer un doute sur la réalité des faits extraordinaires décrits, une explication plus terre-à-terre étant donnée, mais que le dernier chapitre ôte tout doute sur la question.

Ce qui est intéressant est que ces parties se répondent parfois l’une l’autre, quand la contemporaine donne des détails sur le sort de certains personnages qui ne sont pas donnés dans la partie médiévale. Notez aussi qu’il n’y a pas d’alternance systématique passé / présent : les chapitres situés au quatorzième siècle étant largement majoritaires, ils se suivent le plus souvent les uns les autres, même si ça peut aussi arriver pour deux chapitres se déroulant dans le présent (notamment les deux derniers).

Pendant 115 pages, vous n’allez pas forcément comprendre où l’auteur veut en venir : d’un côté, il vous parle de la vie des habitants, et particulièrement celle du Pasteur, Dietrich, d’Oberhochwald, à l’été 1348, alors qu’ils sont témoins d’étranges phénomènes qu’en termes modernes, nous qualifierions d’électriques (je vais revenir sur la question du langage employé dans le livre, d’ailleurs) ; de l’autre, il nous parle de Tom et de Sharon, le premier étant Cliologue (historien et mathématicien analysant l’Histoire sous l’angle statistique, notamment pour tirer des enseignements sur la façon dont les villes se construisent ou sont peuplées) et la seconde Cosmologiste, spécialisée dans une théorie de la vitesse de la lumière variable. J’en profite d’ailleurs pour dire que ces parties-là ont un fort parfum de Hard SF qui peut entraîner de violents mouvements de gymnastique mentale quand vous passez de la vie médiévale aux branes, aux dimensions repliées sur elles-mêmes, aux constantes non-constantes (!) et toutes ces sortes de choses. Et justement, Tom a remarqué qu’il y a un village de la Forêt Noire qui a été mystérieusement abandonné à l’époque de la Grande Peste, et qui n’a jamais été repeuplé depuis (ce qui est une totale anomalie, qui n’arrive statistiquement jamais et nulle part). Un village surnommé Eifelheim, corruption de Teufelheim (« la maison du diable »).

Arrivé à la page 115, le roman prend un tour tout à fait inattendu (si vous n’avez pas eu l’occasion de lire la quatrième ou une critique qui vous aura spoilé) : les perturbations électriques et les mystérieuses apparitions furtives d’êtres étranges qui affectent Oberhochwald sont dues à un vaisseau extraterrestre qui vient de se crasher à proximité, manœuvré par une race insectoïde avancée, les Krenken. Oui, vous avez bien lu, Roswell-en-Forêt-Noire, en… 1348 ! Tout le reste de l’intrigue médiévale (et une partie de la contemporaine) va donc tourner autour des relations qui s’établissent entre les aliens et les habitants du village médiéval.

Sachez qu’il y a de très nombreux protagonistes et figurants (le dramatis personae fait quatre pages), essentiellement dans la partie médiévale (il y en a quatre à retenir dans la partie contemporaine, dont un qui n’apparaît qu’au début et à la fin), y compris des personnages historiques, qu’ils apparaissent en personne ou soient simplement mentionnés, dont (entre beaucoup d’autres) Guillaume d’Occam (le professeur et mentor de Dietrich quand celui-ci était étudiant en scolastique à Paris) et Hildegarde von Bingen.

Taxonomie et tropes

Pris individuellement, aucun genre littéraire ou trope dont relève ou qui est présent dans ce roman n’est original. L’Histoire secrète ? Du déjà vu. Le crash d’un vaisseau alien et la relation / réaction des locaux à la révélation d’une vie extraterrestre ? Idem. La propulsion supraluminique ? Tellement rabâchée que j’ai pu écrire un article entier dessus. La façon d’établir une communication entre nous et les extraterrestres ? De Ian Watson à Ted Chiang, il y a de quoi faire. Les naufragés de l’espace qui tentent de réparer leur astronef avec les ressources et la maigre technologie locale ? Idem (au passage, il y a une formidable série d’épisodes de Capitaine Flam / Futur qui montre la recréation complète de la technologie de A à Z pour réaliser pareil exploit -et c’est passionnant-).

Mais, en revanche, c’est le contexte entourant ces tropes et la façon dont ces genres / sous-genres littéraires sont mélangés qui fait qu’Eifelheim est un roman très inhabituel : le crash de vaisseau spatial extraterrestre ne se fait pas dans le présent ou le futur, mais dans le passé ; ledit passé va apporter certaines clés au présent dans la réalisation d’un autre trope ; le récit mélange une Hard SF contemporaine à de la SF médiévale et à des pages entières qui relèvent en fait d’un pur roman Historique ; la communication et les relations humains / extraterrestres défient tous les précédents établis jusque là ou presque (pour l’image du diable ou des démons en fait dérivée du physique d’extraterrestres, on pensera par exemple au film Les monstres de l’espace de Roy Ward Baker ainsi bien entendu qu’aux Enfants d’Icare d’Arthur C. Clarke), et ainsi de suite.

Bref, à partir d’un assemblage de clichés (mais nous verrons qu’il en combat bien d’autres, tout au contraire), Michael Flynn a forgé un roman à nul autre pareil (ou presque). L’originalité de la chose est donc sa première qualité, mais nous verrons que ce n’est pas la seule !

Style, souci du détail et excellence de la traduction

La première chose qui frappe est l’extrême minutie de la reconstitution des mentalités, du mode de vie, des personnages et des événements historiques. Comme le précisent les annexes, à quelques ajustements près, ces derniers sont tous authentiques. Et c’est d’une étourdissante immersion dans la vie quotidienne, les croyances, la philosophie, la géopolitique, les mentalités, les relations entre seigneurs et serfs, vilains, villageois, jusqu’aux petites histoires d’amour, même, et la façon de les mener, dont il s’agit. J’ose à peine imaginer la quantité extraordinaire de recherches que pareille précision, pareil sentiment d’authenticité, a dû demander. En SFFF, à part chez des gens comme Guy Gavriel Kay ou Dan Simmons, on a rarement vu ça. Un véritable tour de force.

Qui dit premier contact avec des extraterrestres dit forcément que des termes techniques modernes devront, à un moment ou un autre, être employés. L’auteur s’en est tiré avec des périphrases dans certains cas, ou via des termes latins ou grecs issus de la vaste érudition du protagoniste principal, Dietrich (un personnage tout à fait fascinant, au passage, notamment du fait de son lourd passé), et qui, comme c’est pratique, sont justement à l’origine de termes modernes comme électricité ou microscope, par exemple. C’est d’ailleurs tellement « pratique » que j’ai vu passer des avis qualifiant le procédé de facilité, à ajouter à ce qui est perçu par les mêmes critiques comme un ensemble concordant d’autres facilités, scénaristiques cette fois, comme le fait que l’astronef tombe pile à côté du seul prêtre à des dizaines, voire des centaines de kilomètres à la ronde, qui possède les connaissances scolastiques nécessaires pour qu’un certain degré d’échange théorique et technique puisse avoir lieu. Pour ma part (et j’en reparlerai plus loin), je vois mal comment Flynn aurait pu développer certains des axes principaux de son roman sans cela : ce ne sont pas des facilités, mais des conditions nécessaires.

Un mot de la traduction, maintenant : j’ai déjà souvent eu l’occasion de dire à quel point j’admirais le travail de Jean-Daniel Brèque, mais là, il touche au sublime. Sa traduction est d’une incroyable élégance (et je pèse mes mots), et ce d’autant plus qu’avec l’abondance de termes médiévaux, religieux ET relevant de la cosmologie (plus des termes en allemand), on imagine aisément que ce travail a dû être vraiment très demandeur (rien que pour retrouver à chaque fois à quel passage de la Bible correspondait telle citation religieuse, par exemple). Je m’incline donc bien bas devant le camarade JDB.

Thématiques

Ce qui est très intéressant, outre tout ce que je viens d’évoquer (mélange des genres, Roswell-en-1348, souci du détail et succès de la reconstitution médiévale, etc), est que les thématiques de fond vont bien au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer : premier point, Flynn bat en brèche la vision répandue selon laquelle le Moyen Âge était une époque d’obscurantisme où tout n’était que superstition (même si cette dernière joue tout de même un rôle non négligeable dans les événements), un âge obscur qui aurait été suivi par les lumières de la Renaissance ; bien au contraire, il montre que ce milieu de quatorzième siècle était une époque marquée, pour les lettrés scolastiques du moins, par le règne de la Raison et un fort intérêt pour la technique (je n’ose parler de technologie), qui, à cette époque, connaît d’importants développements. Ce qui conduit donc à ce personnage de prêtre qui peut communiquer avec un extraterrestre tentant de lui apprendre des rudiments de Relativité, de Cosmologie et de mécanique quantique sans balayer tout cela d’un revers de la main en criant à l’hérésie. Au passage, notre époque de demeurés platistes ou autres adeptes de l’obscurantisme ferait bien de revenir à la Raison médiévale, il y a urgence, là.

Il est toutefois amusant de voir que les paradigmes des deux interlocuteurs sont tellement différents que malgré tous leurs efforts (et l’assistance de l’incontournable Traducteur Universel, trope des tropes en SF), ils ne se comprennent pas vraiment : il y a plusieurs exemples où Dietrich parle du Seigneur qui conduit les croyants au Ciel, et où les Krenken prennent ça au pied de la lettre, croyant à un être postphysique (à la Arthur C. Clarke) capable de les conduire sur leur planète (ou un quelconque monde technologiquement avancé) malgré les avaries de leur vaisseau (on se souviendra aussi de l’effroyable interprétation de « Ceci est mon corps »…). À l’inverse, quand un des extraterrestres tente d’expliquer au pasteur des notions d’astronomie inaccessibles à une technologie médiévale, celui-ci s’écrie qu’il comprend, alors qu’il décode en fait cela selon quelque chose qui tient plus de la cosmogonie que de la cosmologie ou de l’astrophysique, selon des notions désuètes d’épicycles ou autres ou selon un prisme religieux chrétien sans objet dans ce cas. En allant plus loin, on s’aperçoit, surtout sur la fin, que ce ne sont non pas deux mais trois paradigmes qui sont confrontés dans ce roman, celui de notre époque contemporaine et technologique étant le dernier : un passage très significatif explique qu’on ne peut aujourd’hui lire les écrits des maîtres à penser de Dietrich comme Occam ou Jean Buridan car nous sommes incapables de les comprendre, faute de percevoir les choses selon le même paradigme qu’eux. Malgré tout, et le roman est tout à fait clair sur ce point, la Raison permet tout de même de jeter un pont entre ces trois mondes.

Une autre thématique importante, et un autre beau pied de nez aux clichés, réside dans la structure sociale des deux peuples : on aurait pu croire qu’une espèce technologiquement avancée comme les Krenken serait aussi plus évoluée, sur le plan social, que ces frustres hommes du Moyen Âge, pas vrai ? Eh bien non, et c’est là que le fait d’avoir choisi des aliens insectoïdes prend toute son importance : Flynn décrit une société… j’allais dire de castes, mais ce n’est pas vraiment cela. Disons plutôt une structure où les hiérarchies sont non seulement ultra-rigides, mais où elles ne vont que dans un seul sens (je vais y revenir très bientôt), et qui sont codées jusque dans les gènes pour devenir de véritables atavismes. Si la société médiévale a des seigneurs et des gens qui sont sous leur commandement / protection / responsabilité, il ne faut pourtant pas oublier que les obligations, les (réseaux de) serments, vont dans les deux sens (sans compter le fait qu’ils sont basés sur la raison, pas sur des atavismes), ce qui n’est pas le cas chez les Krenken : celui qui a le pouvoir en use, celui qui ne l’a pas obéit. Point. Et malheur a celui qui tente de ruer dans les brancards : la violence est naturelle, atavique, là aussi. Tolérance et pardon relèvent de la faiblesse et de la folie. On méditera aussi sur la nature de l’espèce qui, la première, exerce ladite violence sur l’autre : c’est bel et bien un Krenken, issu d’une civilisation « avancée », qui bat Dietrich, représentant d’une culture que le lecteur moyen considérera spontanément comme « arriérée » (donc prompte à une violence aveugle) en une occasion, au tout début de leurs relations, comme il punirait tout naturellement un de ses subordonnés.

Et pourtant, la remise en cause de l’ordre social plus ou moins rigide est au cœur d’Eifelheim : elle se fait par la violence chez les Armleder humains (paysans, serfs, etc, se révoltant par la force contre les seigneurs locaux), et par la… conversion au Christianisme de certains Krenken. Oui, vous avez bien lu, des « sauterelles de l’espace » qui prient Jésus ! Et cette conversion a d’énormes conséquences, car elle implique des valeurs de charité, de piété, qui sont totalement contraires à la culture krenken traditionnelle. Elle implique également de tordre le cou à un autre cliché sous-jacent dont nous, lecteurs, pourrions être victimes : la religion, même dans son interprétation rigoriste médiévale (ici nuancée par le statut de scolastique du protagoniste), peut accueillir des extraterrestres sans automatiquement y voir des êtres divins / démoniaques, juste des créations de Dieu venues d’ailleurs, tandis qu’à l’autre extrémité du spectre, une civilisation technologiquement avancée, qui a suffisamment décodé les secrets de l’univers pour franchir le mur de la lumière, n’est pas incompatible avec la foi (à nuancer là aussi avec tous les quiproquos liés à une interprétation transhumaine / technologique de la théologie) !

Autre thème, et non des moindres : la tolérance, le racisme, la coexistence. La date à laquelle se déroule l’action n’a certainement pas été choisie au hasard. C’est en effet la période où se déroulent d’importantes persécutions contre les Juifs, dont le Pogrom de Strasbourg, plus connu sous le nom de Massacre de la Saint-Valentin. L’antisémitisme imprègne toutes les couches de la société médiévale, y compris parmi les Lettrés (sans compter qu’il s’exerce même… entre juifs, parfois jusqu’à l’extermination, notamment contre les Samaritains ou les Maïmonidiens). Même le tolérant et érudit Dietrich n’y échappe pas, quand il déclare (p 461 de l’édition poche) n’avoir jamais considéré un juif comme un homme : « Un juif était un juif, et puis c’est tout ». Et ce n’est qu’un exemple des racismes, des intolérances, montrées dans ce roman : les Krenken en sont aussi victimes de la part de la population d’Oberhochwald. Ce qui fait d’Eifelheim un livre humaniste et progressiste au message d’ouverture, de tolérance, prônant le vivre-ensemble d’autant plus important dans le contexte actuel. Ce qui ne rendrait donc sa réédition chez A&D que plus pertinente. Je doute que Dieu (alias Gérard Klein) lise ces lignes, mais qui sait, certains de ses prophètes…

Bref, en un mot comme en cent, vous devez lire Eifelheim, et… Comment ? Il y a des gens qui n’aiment pas ? D’autres à qui il ne plaira sûrement pas ? Mais, mais…

Oui, mais…

Oui, mais les violents sauts d’ambiance médiévaux / futuristes / contemporains peuvent déstabiliser certaines lectrices et lecteurs. Sans parler du mélange des genres et des sous-genres.

Oui, mais certains passages purement historiques (et il y en a) peuvent laisser dubitatifs ceux qui sont là pour les extraterrestres. J’en connais des tas que la géopolitique de la Rhénanie, de l’Alsace et de la Suisse du quatorzième siècle ne va certainement pas intéresser, pas plus que la vie quotidienne d’un bourg médiéval perdu dans la Forêt Noire.

Oui, mais il ne faut pas être allergique aux bondieuseries, même si c’est plutôt mon cas (un comble pour un type qui a un pseudonyme divin et qui a ouvert un blog non pas culturel, mais cultuel) et que c’est relativement bien passé ici. Il faut dire qu’il y a tellement de choses passionnantes dans ce roman qu’elles excusent bien des crispations toutes personnelles, et que le traitement nuancé adoucit la pilule.

Oui, mais justement, certains n’excusent pas. C’est long, disent-ils, trop sans doute. On va dire que ce n’est pas dénué d’un fond de vérité, mais le récit est plus souvent pertinent qu’autre chose, surtout sur la fin.

Oui, mais l’auteur a sans doute fait une erreur en donnant des noms germaniques aux Krenken, parce que des fois, on finit par ne plus savoir (malgré le Dramatis personae) qui est humain ou Krenken, à part pour les figures de proue ou quand le texte est parfaitement clair sur ce point (ce qu’il n’est pas toujours).

Oui, mais ça s’écharpe entre ceux qui pensent que Le grand livre de Connie Willis, qui présente certaines similitudes avec le bouquin de Flynn, est bien meilleur, et d’autres qui pensent exactement le contraire. Notamment sur l’émotion dégagée par la partie sur la Peste (que j’ai trouvée extrêmement émouvante pour ma part dans Eifelheim, notamment du fait de l’attachement pour les personnages patiemment construit et généré par Flynn, mais passons). Mouais. Pour moi, il n’y a pas photo, Eifelheim met deux claques au bouquin de Willis, mais bon, les goûts et les couleurs, hein…

Bref, Eifelheim est typiquement un livre qui est un putain de chef-d’œuvre, (c’est ma position, j’ai beau respecter celle des autres mais je l’assume et la clame), MAIS qui n’est pourtant vraiment pas taillé pour plaire à tout le monde. Comme à mon habitude, je vous ai fourni tous les éléments nécessaires pour faire le choix de le lire… ou pas. S’il plaira sans nul doute à une Aelinel ou une Boudicca, ce ne sera certainement pas le cas pour certaines et certains d’entre vous. Je conclurai cependant par ces paroles de sagesse : « En l’Apophisme et en Gérard Klein, ta confiance tu placeras ! ».

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Bifrost, celle de Nébal, de Gromovar,

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30 réflexions sur “Eifelheim – Michael J. Flynn

  1. J’ai dû lire ce roman il y a sept ou huit ans et j’en ai gardé le souvenir d’une excellente reconstitution médiévale, très précise et minutieuse. En fait c’est clairement cet aspect historique qui m’a marqué plus que l’aspect SF.
    Je viens d’aller vérifier sur Babelio : seulement une quarantaine de lecteurs… Heureusement que tu es là pour mettre en valeur ce genre de perle méconnue !

    Aimé par 1 personne

  2. Tombée sur ce titre je ne sais plus comment, pourquoi, où… Passons sur la couverture mais le résumé m’avait bien plu. Déniché d’occasion et dévoré dans la foulée le mois dernier. Un régal !

    Aimé par 1 personne

    • C’est sûr que c’est un livre très particulier. Hard SF contemporaine d’un côté, récit médiéval très religieux et philosophique de l’autre, ce n’est clairement pas taillé pour plaire à tout le monde. Moi-même je m’étonne presque d’avoir à ce point aimé 😀

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