Man of war – Heidi Ruby Miller

0

Une suite peu crédible

Je vous ai récemment parlé de Deux Faucons de l’autre Terre, roman de Philip José Farmer mettant en scène un héros haut en couleur, Two Hawks. Il se trouve qu’après avoir écrit, pour une des nombreuses anthologies rendant hommage à l’écrivain disparu en 2009, une nouvelle mettant en scène ledit personnage, l’autrice Heidi Ruby Miller a reçu l’autorisation des héritiers de Farmer d’écrire une suite en bonne et due forme, à la dimension d’une novella, des rocambolesques aventures de l’américain d’origine iroquoise. Cette suite, Man of war (A Two Hawks adventure), a été publiée en 2017. La nouvelle Dakota’s Gate de Miller s’y intègre, servant de prologue.

Si le roman de Farmer avait ses défauts, notamment certains points demandant un degré conséquent de suspension de l’incrédulité, sa suite rédigée par Miller n’est pas du même niveau de qualité. Elle fait longtemps illusion, faisant un peu grincer des dents, sonnant plus Pulp qu’autre chose, mais restant assez plaisante à lire, jusqu’à des scènes finales bancales sur le plan scientifique et offrant une révélation finale non seulement assez grotesque (quoique pas dénuée de sense of wonder, en un sens), mais venant, en plus, contredire un point capital du livre de Farmer. Bref, si vous êtes anglophone, avez lu avec plaisir le bouquin de Farmer et vous demandez s’il est pertinent de lire sa « suite », à mon humble avis vous pouvez vous dispenser sans regret de son achat et de sa lecture, même si ce court roman n’est pas franchement onéreux et est très vite lu. Lire la suite

Unity – Elly Bangs

8

Un concurrent sérieux au titre de roman SF de l’année !

Elly Bangs est une autrice américaine basée à Seattle dont j’avais déjà lu la nouvelle Dandelion, qui nous offrait un incroyable voyage émotionnel, beaucoup d’humanité et une fin grandiose. Inutile de dire, donc que quand j’ai appris qu’elle sortait son premier roman, Unity, mi-avril, je me suis empressé de l’inscrire dans mon programme de lecture, même si divers facteurs ont fait que je n’ai pas pu le lire aussi près de sa parution que possible. Après l’avoir achevé, je suis absolument sidéré que ce livre n’ait pas eu plus d’écho que cela, car c’est, et de très loin, une de mes meilleures lectures SF récentes. J’imagine que, comme nous le verrons, il a peut-être pâti d’une première moitié qui ne reflète absolument pas la qualité (hallucinante) de la seconde, d’un manque de visibilité ou de notoriété de son autrice. Quoi qu’il en soit, j’espère que ma critique incitera les anglophones, parmi vous, à lire ce bouquin, et surtout l’édition française à s’y intéresser, tant il mériterait vraiment d’être traduit ! Car à nouveau, Bangs mêle Sense of wonder, émotion, humanité et une (pré-) fin très réussie en un mélange magistral (si on prend en compte la totalité du livre), qui plus est très en prise avec les préoccupations progressistes actuelles sans être non plus (trop) agressivement militant.

Inutile de dire qu’après deux textes (un court, puis un long) aussi réussis, je vais me jeter, à l’avenir, sur tout ce que publiera l’autrice, et ce d’autant plus qu’elle me sort, ainsi, d’une série de lectures VO qui ont rarement été enthousiasmantes. Lire la suite

Dans les profondeurs du temps – Adrian Tchaikovsky

13

Aussi sidérant que cela paraisse, Tchaikovsky fait ENCORE MIEUX qu’avec Dans la toile du temps !

Profondeurs_temps_TchaikovskyLe 9 juin 2021, paraîtra dans la collection Lunes d’encre des éditions Denoël le très attendu Dans les profondeurs du temps, suite de l’excellent Dans la toile du temps. Avec ce dernier, Adrian Tchaikovsky avait placé la barre très haut, et rien que le fait de proposer un tome 2 d’aussi bonne qualité aurait déjà été méritoire. Eh bien croyez-le ou non, mais le britannique a fait mieux. Et pas dans de petites proportions, qui plus est. Si vous avez aimé le tome 1 de ce cycle, je vous conseille vraiment de vous ruer sur cette suite, qui étend beaucoup cet univers (et sa fin vertigineuse promet de très belles choses pour le tome 3 !).

Celles et ceux d’entre vous qui souhaitent en savoir plus pourront se référer à ma très complète critique de la VO. Il me faut d’ailleurs vous avertir : elle évite soigneusement de dévoiler la nature d’une des espèces impliquées dans l’intrigue, mais cela ne sera pas le cas de toutes les chroniques de la version anglaise qui sont déjà présentes sur le net (ou de celles de la VF qui vont débarquer via les SP dans les tout prochains jours). Lire certaines recensions sur ce roman est donc à vos risques et périls si vous souhaitez garder le maximum de surprises ! Lire la suite

Le magicien quantique – Derek Künsken

14

Ocean’s Eleven revu par Greg Egan

magicien_quantiqueLe 26 février 2020, sortira en français chez Albin Michel Imaginaire Le magicien quantique de Derek Künsken, premier tome d’un cycle appelé The quantum evolution (mais roman qui se suffit aussi à lui-même et peut tout à fait s’envisager comme un one-shot). Je l’ai, pour ma part, lu en anglais (vous pouvez retrouver ma critique complète sur cette page), et à vrai dire, j’ai même lu… sa suite. Sur Le culte d’Apophis, vous trouverez donc tous les éléments vous permettant de savoir si Le magicien quantique peut vous intéresser, que ce soit tout court, en tant que one-shot ou que début de cycle !

Pour celles et ceux qui ne voudraient pas lire ma critique complète, on peut résumer simplement ce livre par la formule suivante : c’est Ocean’s Eleven revu par Greg Egan (le bouquin relève en effet de cette SFF « de casse » qui a été particulièrement à la mode ces dernières années). Non, non, ne fuyez pas à la mention de « Hard SF » ou de Greg Egan, ce livre n’est ni aussi exigeant, ni aussi aride (l’humour y est très présent) que ceux de l’australien, et il est donc accessible (avec un peu de bonne volonté) à chacun d’entre vous, tout en étant capable de satisfaire le vrai aficionado de ce genre littéraire : un vrai tour de force ! Il propose une intrigue passionnante, servie par une écriture fluide, agréable et efficace, des personnages complexes et crédibles, un humour occasionnel mais ravageur, un univers d’une richesse surprenante (principalement sur le plan de la description de plusieurs variantes de l’humain de base créées par génie génétique) pour un aussi petit ouvrage (moins de 400 pages en VO), ainsi qu’une réflexion d’une grande profondeur, qui là aussi, étonne dans un bouquin de petite taille. Bref, pour son premier roman, Derek Künsken, jusqu’ici spécialisé et reconnu dans la forme courte, signe un véritable coup de maître, que je ne saurais trop vous conseiller de découvrir.

Si vous décidez d’acheter ce livre, que vous êtes client d’Amazon et souhaitez soutenir le Culte, passez par un des liens affiliés suivants, cela n’entraînera aucun frais supplémentaire pour vous !

Acheter en version papierAcheter en version Kindle

***

Retour à la page d’accueil

Focus trilogie Rifteurs – Peter Watts

5

Ma première participation au magazine

Bifrost_93Je vous propose aujourd’hui le premier papier que j’ai rédigé pour Bifrost, lorsque j’ai intégré l’équipe de chroniqueurs du magazine en septembre 2018. Il s’agissait d’un article synthétique portant sur la trilogie Rifteurs de Peter Watts, pour le dossier qui était consacré à l’auteur canadien dans le numéro 93, paru en janvier 2019. Sachez qu’à l’avenir, vous pourrez retrouver toutes les critiques et articles écrits pour le périodique sous le tag Publié dans Bifrost (il y en aura notamment une autre début février).

Cet article constitue une meta-analyse de l’ensemble du cycle. Il a été conçu pour spoiler le moins possible, mais j’attire votre attention sur le fait qu’il s’agit d’une analyse et pas d’une chronique sans spoilers. Sa lecture est donc à vos risques et périls. Lire la suite

βéhémoth – Peter Watts

10

Une fin de cycle assez décevante

behemoth_wattsβéhémoth est l’ultime roman de la trilogie Rifteurs, et il présente une particularité plutôt rare : alors que l’édition française a tendance a couper en deux volumes des livres publiés en un seul chez ses confrères anglo-saxons, ici c’est l’inverse qui a eu lieu. En effet, en VO, il a été scindé en deux (βehemoth : β-Max et βehemoth : Seppuku), mais pas en VF, où il se présente sous la forme d’un volume unique. La réception par le lectorat anglo-saxon de Seppuku a été relativement mitigée, les lecteurs reprochant notamment à Watts une fin un peu facile et un côté trop prolixe des scènes de torture. L’auteur en est d’ailleurs conscient, puisqu’en postface d’un de ses autres romans, il prédisait que celui-ci serait probablement sa plus grosse gamelle depuis βéhémoth. 

Pour ma part, je ressors vraiment mitigé de cette lecture : elle n’est pas à proprement parler mauvaise, mais ce tome 3 n’est en tout cas pas à la hauteur de ses deux prédécesseurs, particulièrement de Starfish, qui constitue pour moi le sommet du cycle et le meilleur roman du canadien après Vision aveugleLire la suite

Starfish – Peter Watts

26

Fish-tre, c’est noir, mais c’est bien ! 

starfish_wattsOn ne présente plus, sur ce blog, Peter Watts, mais précisons tout de même que le canadien est biologiste marin de formation, ce qui, comme nous allons le voir, a fortement influé sur le roman dont nous allons parler aujourd’hui. Premier livre publié par Watts (en VO ; en VF, il n’est sorti qu’après Vision Aveugle), Starfish est basé sur une nouvelle datant de 1990, Une niche (qui est d’ailleurs reprise en intégralité après le prologue, avec quelques modifications). C’est le tome inaugural d’une trilogie appelée Rifteurs (le tome 3 ayant été coupé en deux en VO mais existant sous forme unique en VF).

Starfish substitue aux profondeurs de l’espace celles de l’océan, et propose un huis-clos à l’atmosphère oppressante, et pas seulement en raison de l’endroit où l’intrigue se déroule : en effet, ses personnages vraiment très particuliers achèvent d’en faire une expérience assez unique pour le lecteur. De plus, le roman est construit comme un jeu de miroirs, et l’un d’eux consiste à brouiller les cartes avant que le vrai enjeu de l’intrigue se développe. Au final, Starfish est une lecture d’une très grande qualité (finalement pas si loin que ça de Vision aveugle, mais en plus accessible), même si sa noirceur extrême ne le destinera manifestement pas à tous les publics.  Lire la suite

Children of ruin – Adrian Tchaikovsky

36

Partez à, hum, l’Aventure ! 

children_of_ruinSorti il y a tout juste une semaine, Children of ruin est à la fois le dernier texte en date signé Adrian Tchaikovsky (plus pour longtemps : le suivant, la novella Walking to Aldebaran, sort dans cinq jours -nous en reparlerons à ce moment là-), et surtout la suite de Children of time, plus connu en France sous le nom Dans la toile du temps. Ce dernier étant, à mon sens, un des livres de SF les plus marquants sortis ces dernières années, la barre était donc placée haut, ne serait-ce que pour faire aussi bien. Eh bien Tchaikovsky a réussi l’exploit de faire encore mieux. Si, si.

Si ce second tome reprend certains des fondamentaux et des influences (principalement David Brin) de son prédécesseur, il ajoute ou développe d’autres thématiques, ou encore des concepts créés par d’autres auteurs, le principal étant Greg Bear. De plus, au cours du livre, et particulièrement à la fin, il étend les limites de cet univers de façon de plus en plus vertigineuse. Ainsi, tout en se plaçant dans la continuité de Dans la toile du temps, il constitue aussi un roman qui, en terme d’atmosphère, de thèmes et de tropes, en est également parfois sensiblement différent. Une véritable prouesse !

Au final, si vous avez aimé le premier tome de ce qui est désormais un cycle (il semblerait que l’auteur ait « quelques idées » pour une suite potentielle -et la fin de ce tome 2 est un tel teasing que pour moi, il ne peut en être autrement-), vous devez absolument lire cette suite, dont la parution en français n’est clairement qu’une question de temps. Lire la suite

The quantum magician – Derek Künsken

54

A ce stade, ce n’est plus une baffe, c’est Mjöllnir dans ta face !

quantum_magicianDerek Künsken est un auteur canadien de SF, Fantasy et d’Horreur, jusqu’ici spécialisé (et reconnu) dans la forme courte, qui, avec The quantum magician, signe son premier roman proprement dit. Et quel début ! S’inscrivant principalement dans les registres de la Hard SF et de la SF transhumaniste, ce livre impressionne par sa solidité, son ambition, son originalité et par une intrigue qui pourrait être un Ocean’s Eleven revu par Greg Egan (si l’australien s’investissait plus dans ses intrigues et ses personnages). Il est de plus en plus rare que je sois à ce point pris ou impressionné par un premier roman de SF (en Fantasy, ça m’arrive plus souvent, alors que ce n’est pas mon genre de prédilection, pourtant), mais tel a été le cas ici.  Lire la suite

Retour sur Titan – Stephen Baxter

59

Le meilleur UHL à ce jour, avec L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu

retour_sur_titan_baxterOn ne présente plus sur ce blog Stephen Baxter, membre de ma, hum, Sainte Trinité de la Hard SF, avec Greg Egan et Peter Watts. Retour sur Titan est une novella signée par le britannique et qui s’inscrit, comme le signale la deuxième de couverture, dans le fameux (meta-)cycle des Xeelees de l’auteur (pour en apprendre plus à son sujet, je vous conseille fortement l’excellent article du camarade Perchoc sur le blog Bifrost). Si vous ne l’avez pas du tout lu, ou pas entièrement (je n’en ai lu qu’une partie, pour ma part, honte à moi), rassurez-vous, Baxter résume efficacement les fondamentaux de son univers, et vous ne serez jamais perdu, même si au moins trois clins d’œil vont vous échapper (dont celui de la dernière page). Autre précision importante, ce texte n’a rien à voir avec le roman Titan également signé Baxter. La couverture, comme d’habitude esthétique et efficace d’Aurélien Police, emploie à mon sens très justement des tons que je qualifierais de cryogéniques.

La collection Une heure-lumière (UHL), dont ce roman court fait partie, a réussi à intéresser à la SF de haut vol des gens qui n’en lisaient pas ou peu (ou plus…) jusqu’ici. Certains de ces lecteurs achètent les nouveaux titres de la collection sans forcément savoir grand-chose sur eux, ce qui, à mon sens, est un signe de la qualité d’UHL et de la confiance que les consommateurs lui portent. Attention toutefois, cette sortie là se démarque des autres : si ce n’est pas la première novella classifiable en Hard SF qui y sort (on peut citer Cookie MonsterLe sultan des nuages ou encore -bien que dans ce cas-là, la classification soit contestable- Cérès et Vesta), c’est en tout cas à mon sens la seule qui reflète pleinement à la fois le sense of wonder (sentiment de vertige / émerveillement / sidération associé aux merveilles de l’univers ou aux progrès d’une science ultra-avancée) et l’exigence scientifique qui caractérisent les meilleurs ouvrages de ce sous-genre, ce qui distingue par exemple Greg Egan ou Hannu Rajaniemi de leurs petits camarades. Je ne vous dis pas que cette lecture va forcément être trop ardue pour vous (les premiers retours, même ceux émanant de gens qu’on ne peut pas qualifier d’aficionados de la Hard SF, montrent qu’avec un peu de bonne volonté, c’est lisible par tous), mais je vous préviens en revanche qu’elle est très orientée science et va vous en demander plus, si la SF n’est pas forcément votre genre de prédilection, que les autres UHL. Il n’en reste pas moins que nous avons là un texte indispensable pour l’amateur de Hard SF et, pour moi, le meilleur texte de la collection à ce jour avec L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu.  Lire la suite