The quantum garden – Derek Künsken

Presque aussi bon que Le magicien quantique, mais dans un genre légèrement différent

the_quantum_gardenThe quantum garden est la suite du Magicien Quantique (qui sera publié en français par Albin Michel Imaginaire en 2020) et le second tome du cycle The quantum evolution. Je ne sais pas si ce dernier est une trilogie ou si d’autres romans sont prévus, mais d’après Goodreads, l’auteur aurait vendu un autre roman de Hard SF à son éditeur (Solaris). Et de toute façon, vu la façon dont ce tome 2 finit, une suite paraît tout à fait possible, sinon certaine.

J’avais adoré Le magicien quantique, sorte d’Ocean’s Eleven réécrit par Greg Egan (mais en plus accessible que la prose de l’australien). Si cette suite est presque d’aussi bonne qualité, et si on garde une partie des personnages du premier tome, le scénario est différent, et le ton plus grave (même si l’humour reste présent). L’aspect Hard SF et le sense of wonder étaient déjà solides dans The quantum magician, et ils ne font que se renforcer dans son successeur, qui propose quelques très beaux moments dans ce domaine. Mais surtout, le worldbuilding et la psychologie de certains personnages secondaires s’étoffent, ce qui fait que même si je placerais The quantum garden un poil en-dessous du Magicien quantique, ce livre en est une digne suite et un roman de (Hard) SF de qualité. Ce qui n’était pas évident parce qu’avec un début de cycle aussi monstrueux, faire (presque) aussi bien (et sans faire du copier-coller, qui plus est) n’avait rien d’évident.

Situation *

* Gangland, Iron Maiden, 1982.

(ce résumé a été conçu pour en dévoiler le moins possible sur l’intrigue du tome 1, que la plupart d’entre vous n’aura pas lu au moment où je rédige ces lignes).

Signalons que l’auteur fait un rappel très efficace des événements qui se sont déroulés dans Le magicien quantique ainsi que des fondamentaux de son univers, à un point tel que The quantum garden pourrait presque se lire comme un stand-alone.

L’action démarre trois semaines après la fin du tome 1. Le Congregate vénusien, ivre de rage après les événements de ce dernier, finit par découvrir l’implication d’un Homo Quantus et veut se venger. Un de ses vaisseaux de guerre, commandé par un Scarecrow (épouvantail ; des IA militarisées dans un corps robotique, dont la conscience est modelée sur celle d’un humain -un peu comme chez Neal Asher-), expédie donc une tête nucléaire sur l’astéroïde qui sert d’habitat à cette variante génétique de l’humain de base. Il faut dire que de curiosité scientifique n’ayant pas d’utilité pratique, elle est devenue au mieux une ressource militaire, au pire une menace, et en tout cas, selon le Renseignement Vénusien, du bio-armement !

Belisarius et Cassie assistent au drame de loin, et mettent au point un plan non pas pour sauver les rares survivants, mais bel et bien tous les habitants du lieu. Un plan impliquant non pas un mais deux voyages dans le temps, la coopération de Stills (l’Homo Eridanus) et de Saint Matthew (l’IA qui se prend pour un saint chrétien, comme son nom l’indique), mais aussi celle de Iekanjika et de l’Union. Car le second déplacement temporel va conduire nos héros sur le planétoïde où tout a commencé, trente-neuf ans auparavant, quand la Sixième Force Expéditionnaire a découvert l’artefact qui lui a permis ses avancées technologiques révolutionnaires, mais aussi quand les divisions internes (et la présence d’officiers politiques et d’espions vénusiens) ont failli l’anéantir. Et Belisarius va y croiser une étrange forme de vie végétale intelligente, à nulle autre pareille dans l’univers !

Au passage, vous remarquerez qu’alors que le tome 1 était essentiellement centré sur les trous de ver, donc sur l’espace, et la façon de franchir une frontière militarisée, ce tome 2, lui, est plus centré sur le temps. Vous remarquerez aussi que cette fois, l’action n’est pas confinée au système d’Epsilon Indi, mais en visite plusieurs autres.

Analyse et ressenti *

* Joy Joy, Kinga Glyk, 2019.

La narration suit trois lignes, à partir d’un certain point : la première concerne le Scarecrow, et nous montre la genèse de ce sinistre personnage, ainsi qu’une partie des événements selon son point de vue ; la seconde (et la plus importante en terme de taille dans le livre et de poids dans l’intrigue) suit Belisarius et Iekanjika trente-neuf ans dans le passé ; la troisième suit Cassie et Stills, qui les épaulent mais ont leurs propres ennuis en parallèle.

Le premier point à retenir est le changement d’ambiance : alors qu’une bonne partie du Magicien Quantique (mais pas tout) suivait un certain esprit bon enfant de film de casse à la Ocean’s Eleven (et les facéties -néanmoins explosives- de Marie Phocas ou la grossièreté hilarante de Stills n’étaient pas étrangères à l’affaire), ici le ton est beaucoup plus grave (sauf quand Stills, à la tête d’une escadrille de chasseurs, nomme les différents éléments qui la composent de façon très… imagée : Cock, Balls, etc). Belisarius se bat pour sauver son peuple, va provoquer un drame sans le vouloir, tandis que Iekanjika doit à la fois éviter tout paradoxe temporel et consentir un horrible sacrifice pour ce faire. Bref, même s’il y a toujours de l’humour, l’atmosphère est assez différente. Il n’est donc pas tout à fait certain que quelqu’un qui aurait apprécié le tome 1 sur certains plans accroche autant à son successeur. Même si, comme nous allons le voir, il y a d’autres motifs de réjouissance possibles !

En effet, le worldbuilding s’étoffe sensiblement, puisqu’on en apprend pas mal sur le Congregate et surtout énormément sur l’Union et sur l’histoire de la Sixième Force Expéditionnaire. De ce point de vue là, ce second tome est à la fois la suite du Magicien Quantique, et, grâce au voyage dans le temps, aussi, en quelque sorte, son prélude. De même, on en apprend beaucoup sur Iekanjika et Rudo, et les motivations ou le comportement des uns ou des autres apparaissent sous un jour nouveau. Et enfin, on commence à comprendre la véritable étendue de l’Axis Mundi, le réseau de trous de ver artificiels d’origine extraterrestre exploité par l’humanité. Rappelons que le nombre de ces raccourcis dans l’espace-temps contrôlé par chaque nation spatiale conditionne à la fois sa puissance ainsi que son statut : Patron ou simple Client (vassal). Au passage, alors que dans le tome 1, on en était réduit aux hypothèses, on sait désormais exactement quand l’action a lieu : en fin février 2515 pour Le magicien quantique, à la mi-mars pour The quantum garden.

Autre point différent : le côté Hard SF et le sense of wonder (SoW). J’ai lu sur Goodreads que certains lecteurs anglophones trouvaient ce tome 2 plus aisé à comprendre, sur le plan scientifique, que le premier (pour être honnête, à condition d’y mettre un peu de bonne volonté, Le magicien quantique n’est pas vraiment difficile à comprendre ; au pire, le seul passage vraiment exigeant peut être sauté sans dommages, ou un blog comme le mien est là pour vous donner, dans ma critique de ce livre, facilement les clefs manquantes). Je ne suis pas tout à fait d’accord, pour ma part : je trouve certains passages consacrés à l’espèce végétale intelligente indigène plus pointus (et rappelant pas mal, au passage, deux romans de Greg Egan -mais avec un twist, évidemment-), même si, globalement, ce tome 2 est effectivement sans doute plus digeste pour le lecteur non-scientifique / non féru de Hard SF. Quoi qu’il en soit, niveau SoW, le bouquin envoie du lourd : Grand Mur d’Hercule-Couronne Boréale (la plus vaste structure de l’univers connu : 10 milliards d’années-lumière de long !), forme de vie dont l’intelligence ne doit rien aux neurones ou à la chimie, qui fait voyager de l’information génétique dans le temps et dont le « présent » couvre deux décennies, intrication quantique, espace à 22 dimensions, paradoxes temporels, pulsar, trous de ver, causalité non-linéaire, armes à antimatière, IA, naine brune où les nuages et la pluie sont faits de Vanadium, toute la quincaillerie propre à donner des orgasmes à l’amateur de SF scientifique du vertige et de l’émerveillement est convoquée, et avec brio, qui plus est.

Mais là où le livre brille le plus, c’est dans les dilemmes et les tourments moraux ou éthiques dans lesquels se retrouvent plongés, pour des raisons différentes, Belisarius et Iekanjika à cause de leur voyage dans le temps. La seconde, notamment, comprend que toute sa vie a été un vaste mensonge, et doit payer un terrible tribut pour éviter à tout prix un paradoxe du grand-père qui annihilerait les gains acquis par l’Union dans le tome 1. Ses questionnements, s’ils occasionnent parfois certaines longueurs ou baisses de rythme (de ce point de vue là, Le magicien quantique était nettement plus nerveux), n’en restent pas moins intéressants (et rassurez-vous, Stills assure quand-même un minimum vital d’action échevelée !). Car la Sixième Force se retrouve divisée en factions antagonistes, qui se combattent virtuellement à la manière de gangs mafieux : si, dans le présent, l’Union se méfie des étrangers, quatre décennies en arrière ce sont ses propres membres qui se défient les uns des autres.

Belisarius, lui, doit faire face à une erreur aux conséquences tragiques, mais aussi aux changements disons… psychologiques (pour ne pas spoiler ceux qui n’ont pas lu le tome 1) subis à la fin du roman précédent. Le premier de ces deux axes de développement ou changement psychologique est d’autant plus intéressant qu’il ne ressent rien, au début du roman, pour les morts ou les pertes matérielles causées par sa double-arnaque dans Le magicien quantique (il faut dire que ses altérations génétiques l’en empêchent, à sa décharge).

La fin est très intéressante, car elle fait subir à cet univers un changement d’échelle, disons, comme on n’en a pas vu en SF depuis le cycle / la série The Expanse. Elle donne aussi un aperçu (d’une frustrante brièveté) d’une seconde forme de vie résolument autre, et ménage un coup de théâtre inattendu qui promet pas mal pour un éventuel tome 3. De même qu’un possible changement de paradigme pour les chiens fous qui forment le peuple de Stills. On en salive d’avance ! (au passage, on peut se demander si le Congregate mènera à bien son projet de faire de l’ingénierie inverse sur l’Homo Quantus, se lançant ainsi dans une course aux armements d’un nouveau genre, surtout pour lui qui ne développait pas de variantes génétiques de l’humain de base jusque là).

Je termine cet article sur une anecdote amusante : l’auteur emploie parfois des mots en français (car le Congregate vénusien est formé de gens originaires de la Belle Province), et il le fait rarement de manière adéquate (ça sent la traduction automatique et pas le pote francophone). Ce qui donne des passages involontairement folkloriques, voire hilarants, comme le grade militaire de « major » qui devient « majeur » ou, pire encore, « just like that ? » qui se transforme en « juste de même ? » On dirait le fameux « Juste fais-le » pour le « Just do it » de Nike  😀

Niveau d’anglais : facile (c’est plus une partie du contenu Hard SF qui peut éventuellement poser problème -et encore…- que le niveau de langue utilisé).

Probabilité de traduction : très élevée. Tout dépendra de la façon dont Le magicien quantique marchera (j’en profite pour signaler que ceux d’entre vous qui ne le liront pas seront excommuniés de l’Apophisme, merci de votre compréhension), mais logiquement, AMI devrait traduire ce tome 2 également.

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