Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) SF militaire

59

ApophisBien moins monolithique qu’on ne l’imagine souvent, la Science-Fiction militaire rassemble en réalité des romans très différents, qui, à part un cadre qui concerne les forces armées et une intrigue qui met en scène des soldats, ne partagent pas forcément beaucoup de points communs : certains (rares), sont antimilitaristes, certains se déroulent sur Terre et dans un futur proche alors que d’autres nous projettent, des siècles ou des millénaires dans le futur, dans de grands conflits interstellaires, certains mettent l’emphase sur les amiraux à la tête de vastes forces spatiales tandis que d’autres se concentrent sur les Marines ou soldats de base, qui font le sale boulot au sol ou en abordant les astronefs ennemis en apesanteur, et ainsi de suite.

Cependant, par souci de simplicité, je vais traiter toute la SF militaire dans un seul article synthétique, vous signalant pour chaque livre ce qui fait sa singularité ou son intérêt en particulier.  Lire la suite

The citadel of weeping pearls – Aliette de Bodard

6

Encore une réussite !

weeping_pearls_de_bodardThe citadel of weeping pearls est une deuxième novella faisant partie du vaste cycle de textes courts s’inscrivant dans l’univers Xuya, dont je vous parlais il y a peu dans cette critique. Et une fois encore, une enquête est au centre du récit, menée par un trio constitué par deux humains et un Mindship (je vous invite, pour l’ensemble de la critique, à vous référer à celle mise en lien plus haut pour avoir la signification / explication de certains termes spécifiques à ce contexte). Alors que le Dai Viet est sous la menace d’une invasion, la scientifique qui aurait pu lui donner les moyens de se défendre a brusquement disparu. Un Général, ancien amant de l’impératrice, sera chargé de la retrouver. Sauf qu’en fait, la source des armes recherchées par la disparue était en fait la Citadelle où s’était retranchée la fille aînée rebelle de la souveraine, une installation spatiale qui s’est évanouie il y a trente ans. Et le retour potentiel de l’héritière du trône ne semble pas plaire à tout le monde, ce qui fait que les suspects sont nombreux !

Deuxième novella dans l’univers de Xuya pour moi, et nouveau très bon moment de lecture, à vrai dire encore plus que la première fois ! Bref, c’est un cycle auquel je reviendrai avec plaisir à l’avenir. Surveillez aussi l’excellent blog de l’ami FeydRautha, il chronique également pas mal de textes de l’auteure !  Lire la suite

Prador Moon – Neal Asher

19

Blowing the bastards to Bouillabaisse

prador_moonPrador Moon est un des seize romans (publiés au moment où je rédige ces lignes) de l’énorme cycle Polity, par Neal Asher. S’il est loin d’être le premier livre de la saga si on se réfère à l’ordre de parution, en revanche, dans la chronologie interne de cet univers, il doit théoriquement être lu en premier. Toutefois, étant donné que les sous-cycles ou stand-alone ont la réputation de pouvoir se lire indépendamment, j’ai personnellement commencé par… le seizième et dernier en date (ainsi que dans la chronologie interne), à savoir The soldier. Et comme j’ai beaucoup aimé à la fois l’écriture de l’auteur et son univers, j’ai eu envie de reprendre les choses du début, en attendant le tome 2 du sous-cycle Rise of the Jain, et ai donc suivi l’ordre de lecture recommandé.

Prador Moon, donc, nous montre la première rencontre entre la civilisation humaine (dirigée par les IA) appelée Polity (une société post-pénurie où le luxe est standard et la pauvreté un choix, un style de vie) et des extraterrestres ultra-agressifs nommés Prador (une déformation du mot « Predator », ce que sont ces bestioles sur leur monde d’origine). Comme à son habitude, Neal Asher ne perd pas de temps, brossant de façon rapide et efficace un succinct tableau de son univers avant de vous projeter en plein dedans. Car dès la scène d’ouverture, tout espoir de coexistence pacifique est annihilé par les Prador, qui non seulement massacrent la délégation diplomatique humaine, mais en plus la mangent ! Suivra alors un roman assez court, extrêmement nerveux, au carrefour de la SF militaire et horrifique, avec une petite touche de Hard-SF vraiment très bien faite. Bref, deuxième bouquin du cycle Polity, et deuxième très bon moment de lecture pour moi ! Lire la suite

Indomptable – Jack Campbell

18

À l’ancienne

indomptable_campbellJack Campbell est le pseudonyme de John G. Hemry, écrivain américain publiant principalement de la SF militaire mais aussi de plus en plus de Fantasy. C’est d’ailleurs un auteur prolifique, tout à fait capable de sortir deux romans par an sur une période prolongée. Il est principalement connu pour son cycle La flotte perdue, dont Indomptable est le premier tome et qui a engendré trois sous-cycles annexes (dont un dont je vous reparlerai dans les semaines qui viennent). La saga, inspirée, du propre aveu de l’auteur, par l’Anabase de Xénophon (qui décrit la retraite de mercenaires grecs très profondément enfoncés en territoire perse), montre le lent et périlleux retour d’une armada qui a tenté une frappe de décapitation sur la planète-mère ennemie, qui est tombée dans un piège, et qui tente de rentrer dans son espace d’origine. Vous remarquerez, au passage, que cette saga n’est pas la seule, en SFFF militaire, à être inspirée par l’Anabase, puisque David Weber et John Ringo, par exemple, l’ont également prise pour modèle.

La flotte perdue, c’est l’autre cycle majeur de la SF militaire sortie durant le dernier quart de siècle, avec bien entendu la saga d’Honor Harrington écrite par David Weber. Toutefois, à titre personnel, je ne mettrais pas les deux sur le même plan, les aventures de la Salamandre étant, à mon avis, (nettement) supérieures à celles de Black Jack Geary, pour des raisons que je vais maintenant vous exposer.  Lire la suite

The soldier – Neal Asher

18

La Culture de Banks passe du côté obscur ! 

the_soldier_v2_asherJe vous ai déjà un peu parlé de Neal Asher dans le tout premier épisode de l’œil d’Apophis, mais cet auteur anglais de science-fiction est si prolifique que je n’ai même pas commencé à aller au-delà de la surface de sa bibliographie. Prolifique, mais très peu traduit : seulement trois romans sur une vingtaine. Outre Voyageurs, qui n’a rien à voir avec le cycle qui nous occupe aujourd’hui, deux autres romans en faisant partie l’ont été par Fleuve Noir : L’écorcheur (le premier tome du sous-cycle Spatterjay) et Drone, un des stand-alone.

Car ce livre, bien qu’il soit le premier d’un cycle, Rise of the Jain, est en fait le seizième (si, si) d’un énorme meta-cycle, Polity (démarré sous forme de nouvelles il y a vingt ans), qui compte trois autres cycles et quatre stand-alone, tous se déroulant dans le même univers. The soldier étant, dans la chronologie interne de ce contexte, le plus avancé.

Vous vous demandez probablement si The soldier est lisible sans avoir lu aucun des quinze autres romans, et la réponse est oui : l’auteur vous fournit tous les éléments pour suivre son histoire même sans rien savoir de la Polity. Qu’on pourrait résumer en une phrase : la Polity, c’est la Culture de Iain M. Banks, mais dans une version sombre, Hard SF, extrêmement militarisée (avec des combats violents et spectaculaires), nerveusement rythmée et conservatrice au lieu de progressiste. Et ça dépote !  Lire la suite

Hardfought – Greg Bear

33

La guerre éternelle… en mieux ! 

hardfought_bearEtant donné que j’ai de la demande pour des critiques de Greg Bear, j’ai décidé de vous proposer quelque chose qui sortait des sentiers battus concernant cet auteur (un peu laissé sur le bord de la route par l’édition française ces dernières années, malgré une production assez prolifique -mais à forte orientation militaire, ceci expliquant sans doute cela-) en vous parlant de Hardfought, une de ses novellas, qui a obtenu le prix Nebula dans cette catégorie de textes en 1984. Il s’agit d’un roman court à la fois très ambitieux, très exigeant et prodigieusement intéressant, montrant le combat interminable et absurde dans lequel sont englués les humains et une race extrêmement ancienne. Car aussi ahurissant que cela puisse paraître, les deux civilisations sont en guerre depuis trente ou quarante mille ans, mais n’ont jamais tenté de communiquer entre elles. Un postulat qui rappelle évidemment La guerre éternelle de Joe Haldeman, sauf qu’ici nous sommes sur quelque chose d’encore plus pointu, dystopique et intelligent. Et clairement, ce texte est tellement hardcore qu’il ne se destinera certainement pas à tous les publics. Sans compter une densité, pour une novella, proprement exceptionnelle : j’ai pris autant de notes pour préparer cette critique que je le fais d’habitude pour un roman trois ou quatre fois plus grand !  Lire la suite

L’ombre de la liberté – David Weber

3

La FLS en PLS ! *

saganami_3* La Flotte de la Ligue Solarienne en Position Latérale de Sécurité (position dans laquelle un secouriste vous place si vous êtes inconscient mais que vous respirez).

L’ombre de la liberté est le troisième tome du cycle Saganami, dérivé du cycle principal d’Honor Harrington. Notez que le quatrième, L’ombre de la victoire, sortira le 21 juin. Ce tome 3 est très atypique, car c’est le seul roman de l’Honorverse post-Pavillon de l’exil que l’Atalante a été en capacité de publier en un volume unique (de 542 pages), soit en gros la moitié de la plupart des livres récents de Weber. On aurait donc pu croire à un livre beaucoup plus nerveux que les autres, ce qui se révèle dans les faits majoritairement (mais pas totalement, cependant) exact. Il faut aussi signaler qu’à ce stade du meta-cycle, l’entrelacement entre les trois cycles (principal / Saganami / La couronne des esclaves) est de plus en plus étroit, ce qui fait, par exemple, que la bataille contre la force Solarienne qu’on nous faisait miroiter à la fin du tome 2 n’a pas lieu ici, mais a eu lieu dans le cycle principal. De plus, sont évoqués à plusieurs reprises des événements montrés dans les tome 2 et 3 de La couronne des esclaves. Il paraît donc de plus en plus malaisé de suivre pleinement toute la meta-intrigue en ne lisant que certains des trois cycles et pas les autres, même si ce n’est pas totalement impossible (Weber a trop d’habileté et d’intelligence pour cela). Surtout quand, comme moi, vous êtes sorti de l’ordre de lecture recommandé et vous auto-spoilez sur les événements des tomes 12-13 du cycle principal, qui se passent à la même époque que L’ombre de la liberté.
Lire la suite

Le revenant – Jamie Sawyer

19

Un final trépidant

lazare_3Le revenant (signalons d’ailleurs que son titre est -doublement- mieux choisi que celui de la VO, Origins, pour des raisons que vous comprendrez mieux en le lisant) est le troisième et dernier roman du cycle Lazare en guerre, par Jamie Sawyer. Toutefois, il ne marque pas la fin de l’exploration de cet univers par l’auteur, puisque ce dernier a lancé un second cycle, The eternity war (qui compte déjà un livre, le second étant attendu dans six mois), qui se déroule dans le même contexte et reprend un personnage que nous connaissons déjà. Espérons d’ailleurs que l’Atalante en assurera la traduction.

Si j’avais trouvé que le premier tome était un mélange bluffant de SF « intelligente » et de divertissement / action, j’avais en revanche été un peu déçu par son successeur, qui était « juste » un bouquin de SF militaire et n’offrait pas une réflexion aussi poussée sur des thématiques profondes. Qu’en est-il du tome 3, donc ? Eh bien il poursuit dans la veine martiale / horrifique, mais pousse le potar jusqu’à onze, pour nous offrir un final trépidant, où le rythme et la tension ne faiblissent quasiment jamais, et qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. Dans l’ensemble, le cycle Lazare en guerre s’impose donc comme un des meilleurs représentants de la SF militaire sortie ces dernières années, sans atteindre toutefois les hauteurs cyclopéennes d’un David Weber ou d’un Jack Campbell.  Lire la suite

L’ennemi dans l’ombre – David Weber

13

Les Solariens, enfin ! 

ennemi_ombre_1_weberL’ennemi dans l’ombre est le second livre du cycle Saganami (il s’agit d’une tétralogie -le quatrième roman, L’ombre de la victoire, étant prévu pour juin-), après L’ombre de Saganami. Comme la plupart des ouvrages rattachés à l’univers d’Honor Harrington, il est divisé en deux tomes d’environ 460 pages chacun. Ce livre 2 montre des événements compris entre mars et décembre 1921 Post-Diaspora, soit vingt ans après Mission Basilic et sur une période qui correspond à une partie des événements finaux de L’ombre de Saganami, à Torche de la liberté (et pas Plaies d’honneur, comme le stipule improprement la quatrième de couverture -ce roman se déroulant plusieurs années avant L’ennemi dans l’ombre-), Coûte que coûte et qui donne un aperçu de ce qui va advenir dans En mission. La préface de David Weber est très intéressante : il explique la conception des deux sous-cycles (voir plus loin) et précise qu’ils ne doivent pas être vus comme des sagas séparées se déroulant dans le même univers mais comme une seule et même histoire dont des petits bouts sont insérés dans chacun des trois cycles (le troisième étant celui d’Honor Harrington). Ce qui explique aussi pourquoi certains livres reprennent des scènes déjà vues dans d’autres cycles, en adoptant un point de vue différent. Je suis moyennement convaincu par la pertinence du procédé, personnellement, surtout qu’il finit par coûter cher et est riche en possibilités de spoil (notamment, ici, sur l’opération Baie des huîtres).

Mais bon, je suis sans doute allé un peu vite en besogne : si vous êtes beaucoup plus nombreux à avoir découvert l’Honorverse (du fait de la -re-sortie des premiers tomes des aventures d’Honor en poche -made in l’Atalante et pas J’ai lu, cette fois-) depuis la dernière fois où j’ai publié une critique d’un roman signé ou co-signé David Weber, tout le monde n’a peut-être pas pris conscience de la structure tortueuse du meta-cycle d’HH. Allez hop, c’est parti pour un peu de pédagogie !  Lire la suite

La dernière trouée du Cumberland – H. Paul Honsinger

10

200 premières pages haletantes, suivies par 150 autres laissant plus le lecteur sur sa faim

honsinger3.inddLa dernière trouée du Cumberland est le troisième roman du cycle De haut bord. Pour l’anecdote, la fin du tome 2 annonçait que son successeur s’appellerait « Un dernier haut fait », titre tout de même plus évocateur et sonnant mieux mais qui n’a au bout du compte pas été retenu. Curieuse discordance entre l’annonce imprimée et le choix final ! Quoi qu’il en soit, ce livre met un terme (très) provisoire à la saga, puisque l’auteur avait annoncé vouloir écrire des suites et un prélude, ce dont il a été empêché par des problèmes de santé en chaîne (diabète mal équilibré, narcolepsie, infection touchant une jambe, apnée du sommeil, etc) ces deux dernières années. Il annonce toutefois un nouveau roman pour 2018, To stations my lads, ainsi qu’une novella qui voit un jeune Max transporté par les Vaaachs à 14 000 années-lumière de la Terre, dans le bras Croix-Centaure de la galaxie, The hunters of vermin.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un mot sur la couverture, de nouveau signée Gene Mollica, et encore une fois absolument superbe, avec des visages criants de vérité (et un Max qui a un vague air de Juan-Martin Del Potro !). J’aime beaucoup cet illustrateur, et même si je m’attends à des merveilles à chaque fois, je suis invariablement époustouflé par le résultat. Bravo l’artiste !  Lire la suite