La guerre contre le Rull – A.E. van Vogt

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Combattre le feu par le feu, c’est prendre le risque de s’y brûler

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 98 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag

la_guerre_contre_le_rull_van_VogtS’il n’a pas l’aura des plus grands livres ou cycles de van Vogt, La guerre contre le Rull est tout de même considéré comme une de ses œuvres importantes. Comme l’écrasante majorité des publications de l’auteur dans les années cinquante, ce n’est pas un roman à proprement parler mais un fix-up (terme et concept inventés par l’auteur), l’assemblage de six nouvelles initialement indépendantes publiées entre 1940 et 1950, avec l’ajout de matériel pour faire le lien entre elles (les chapitres 5 et 20) et donner à l’ensemble un minimum de cohérence. Même si les coutures se voient parfois franchement, le résultat est cependant bien plus honorable que dans d’autres ouvrages de l’auteur, comme Quête sans fin, par exemple. Le principal défaut de cet assemblage est ici sa répétitivité : plusieurs des nouvelles mettent en scène soit le héros, soit un de ses antagonistes, soit le héros et l’un d’eux, qui se retrouvent échoués sur une planète hostile et n’ont souvent pas d’autre choix, pour survivre, que de coopérer avec leur pire ennemi. Lire la suite

The last watch – J.S. Dewes

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Jon Snow chez les romains de l’espace

The_last_watchJ.S. Dewes est une autrice américaine, dont The last watch est à la fois le premier roman (mais la dame a un background dans l’écriture pour l’audiovisuel, apparemment) et le tome inaugural d’un cycle appelé The Divide. Le tome 2 arrive d’ailleurs très, très vite, puisque alors que The last watch n’est sorti que le 20 avril 2021, sa suite, The exiled fleet, débarquera dès le 17 août !

Alors qu’il est présenté comme un mélange entre The Expanse (ce qui est faux) et Game of thrones (ce qui est vrai, du moins sur un point très précis), ce livre doit en fait beaucoup à d’autres sagas ou sous-genres de la SFFF, et la présentation fait, à mon avis, complètement l’impasse sur deux éléments qui hissent ce récit au-dessus de la concurrence : un grand sens de l’humain et surtout un énorme, monstrueux, gigantesque Sense of wonder dans sa dernière partie (dans les 15 derniers %, en gros). Ce n’est certainement pas un bouquin parfait (c’est une première œuvre, après tout, et ça se sent parfois nettement), mais dans la masse de NSO ou de SF militaire publiée chez les anglo-saxons, ça s’élève au-dessus du niveau de l’eau de la tête et des épaules. Je ne lui décernerais donc pas le titre (envié, si, si) de (roman) Culte d’Apophis, mais en tout cas, ça a été une rudement bonne surprise, tant le début était relativement moyen (bien que poussant à en lire sans cesse un petit peu plus) mais tant le bouquin n’a fait que prendre de l’ampleur au fur et à mesure que j’avançais. Je m’attendais à un roman sympa mais mineur, et finalement, sans en faire un monument, je suis sincèrement motivé pour lire la suite. Lire la suite

Le Janissaire – Olivier Bérenval

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La justice du Janissaire

janissaire_bérenvalOlivier Bérenval est un auteur de SF français dont Le Janissaire est le troisième roman. Il se déroule dans le même univers que le second, Nemrod, mais peut se lire de façon tout à fait indépendante et sans aucune connaissance de ce dernier (ce qui était mon cas). Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez que je suis nettement plus porté vers la Science-Fiction anglo-saxonne que francophone, mais pourtant, il arrive que je trouve dans cette dernière des autrices et des auteurs de grande qualité, les Genefort, Lehman, Lucazeau et autre Pleynet. Ce sont les avis positifs de certains de mes camarades de la blogosphère qui m’ont incité à lire Le janissaire (je signale aussi une couverture de toute beauté), et je dois dire que je n’ai pas de motif majeur de me plaindre de cette lecture, même si j’ai eu quelques points de crispation.

Comme beaucoup d’auteurs de SF (qui tiennent la route…), Bérenval est un fan et un connaisseur du genre, et comme l’écrasante majorité de ceux qui sont encore en début de carrière, il a tendance à rendre hommage aux écrivains qui l’ont inspiré. C’était déjà apparemment le cas dans Nemrod, et c’est également le cas ici. Pour autant, son univers a sa propre personnalité et une atmosphère assez unique et fort agréable. La preuve qu’on peut s’inspirer d’une autre œuvre sans donner dans la copie servile et sans âme ! Lire la suite

La fabrique des lendemains – Rich Larson

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Enfin !

fabrique_lendemains_larsonCela fait maintenant plus d’un an et demi que sur ce blog, je vous parle, ou bien nous parlons avec les aponautes en commentaires, de Rich Larson, vingt-huit ans mais… 200 nouvelles au compteur. Si, si. Et outre sa faramineuse, Silverbergienne productivité, le jeune auteur peut se prévaloir d’une qualité moyenne de chaque texte extrêmement élevée. Et je pèse mes mots. Bref, on parle aujourd’hui de lui comme d’un écrivain de SF du calibre des Egan, Liu ou Chiang, un auteur comme on n’en voit typiquement émerger qu’une fois par décennie, au mieux. Et d’ailleurs, ce qui est fascinant, c’est que quelque part, comme le souligne très justement la préface du recueil dont je vais vous parler dans les lignes qui suivent, Larson est la fusion, la synthèse, la quintessence, du vertige scientifique du premier et de la profonde dose d’humanité injectée dans sa prose par le second.

Mais vu que tout le monde n’a pas la chance d’être anglophone, natif de la Belle Province (les Québecois ont réalisé quelques traductions) ou de lire assidument certains magazines de SF (ou des sites comme Tor ou celui de l’auteur), Larson était jusqu’ici resté inconnu du grand public français. Heureusement, Olivier Girard, les Quarante-Deux et Pierre-Paul Durastanti ont conjugué leurs talents et leurs efforts pour vous proposer un recueil de vingt-huit nouvelles (de 2 à 42 pages chacune), La fabrique des Lendemains (qui n’est pas le reflet de son homonyme anglo-saxon, cependant, mais un assemblage original -les deux n’ont que dix nouvelles en commun-). Qui est un fort dangereux concurrent pour le pourtant magistral Eriophora de Peter Watts pour le titre envié de sortie SF de l’année ! Lire la suite

Paria – Jamie Sawyer

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Alien 5

paria_sawyer

Une version condensée de cette critique a été publiée dans le 95e numéro du magazine Bifrost. Elle est reproduite dans la partie « En conclusion »

Paria est le premier tome de la trilogie La guerre sans fin, qui fait suite au cycle Lazare en guerre (vous trouverez des liens vers mes critiques de ses trois livres en fin d’article) et en reprend un des personnages, le second dudit Lazare, Keira Jenkins, qui est cette fois mise en vedette. Signalons qu’à mon avis, il est tout à fait possible de lire ce second cycle sans rien connaître du premier (l’auteur explique les fondamentaux de son univers), même si cela me paraît peu pertinent vu qu’une partie de l’intérêt de Paria est justement dans le contraste avec la première trilogie.

Après un premier cycle qui mélangeait Alien, Apocalypse Now, les Tyranides de Warhammer 40 000 et la saga Halo (inspiration qui s’affirmait de tome en tome), cette seconde saga (ou partie de la saga globale) met la première de ces influences beaucoup plus en avant. En fait, l’auteur se comporte comme s’il modifiait le début d’Alien 3, en reprenait un des prisonniers, mettait en avant une version adulte d’un personnage de l’Aliens de James Cameron, avant de faire subir un twist aux expériences génétiques d’Alien : La résurrection.  Alors que les humains étaient au centre de Lazare en guerre, ce sont ici les Krells qui sont, quelque part, le sujet principal. Et comme nous allons le voir, ce n’est que la plus visible des inversions de perspective ou de paradigme utilisées par l’auteur pour rafraîchir son propos ou nous surprendre ! Lire la suite

Les portes de la délivrance – Peter Hamilton

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Un roman où Hamilton s’inspire beaucoup trop d’autres auteurs ou de ses propres romans, trop bavard, à la structure trop hachée, mais…

salvation_t1(Une version condensée de cette critique est parue dans le numéro 94 du magazine Bifrost. Elle est reproduite dans la rubrique « En conclusion », en fin d’article).

Après trois cycles dans l’univers du Commonwealth / du Vide, l’annonce du fait que la nouvelle trilogie de Peter Hamilton, Salvation, se situerait dans un contexte inédit a fait l’effet d’une bombe. Certes, La grande route du Nord partait théoriquement sur une base identique, mais dans les faits, elle montrait en fait un système de déplacement par Trous de ver très similaire à celui existant dans le cycle de Pandore. Les fans attendaient donc du britannique qu’il propose cette fois quelque chose d’inédit et de profondément différent. Autant le dire tout de suite, de ce point de vue là, c’est raté. Alors certes, dans l’univers de Salvation, on se déplace grâce à des portails à intrication quantique spatiale et pas basés sur des Trous de ver (enfin… non, rien), mais fondamentalement, les différences ne sont que cosmétiques, et ce nouveau roman comprend de nombreux personnages, éléments d’intrigue, de construction d’univers, etc, qui ressemblent d’une façon flagrante à ceux qu’on trouve dans divers autres romans de l’auteur. Et encore pire, celui-ci, comme dans La grande route du Nord, s’inspire lourdement d’autres écrivains, le tout concourant à une impression de manque flagrant d’originalité.

Ceci étant posé, est-ce un mauvais roman ? Oui et non. Même le manque de nouveauté mis à part, il est trop verbeux et a une structure trop convolutée pour pleinement convaincre. Il n’en reste pas moins que cela reste un New Space Opera comme seul Hamilton peut en forger, dont, de plus, la fin donne franchement envie de lire la suite. Je dirais donc que votre ressenti dépendra probablement de l’acuité de votre esprit critique ou de votre faculté à le mettre en sommeil (par opposition à une volonté de vous laisser porter par l’aventure) et de vos lectures antérieures (chez Hamilton ou les auteurs dont il s’est inspiré). Pour ma part, même si je déplore une ré-utilisation de vieilles recettes, les maladresses dans l’écriture et une exploitation assez opportuniste (selon moi) du combat social autour des pronoms de genre neutres, j’ai eu ma dose requise de sense of wonder et je lirai sans souci la suite. Lire la suite

Stormblood – Jeremy Szal

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Altered Carbon + The Expanse + Starship Troopers = Stormblood

StormbloodJeremy Szal est un jeune écrivain (25 ans) australien, dont Stormblood est à la fois le premier roman et le tome inaugural d’un cycle appelé The Common. Il a d’ailleurs le défaut commun aux premiers pas de nombreux auteurs, qu’ils soient français, anglo-saxons ou autres, à savoir une trop grosse proximité avec les inspirateurs qui ont poussé ladite personne à se mettre à écrire elle aussi. À vrai dire, on est même sur un des pires cas de ce « syndrome » auquel j’ai eu affaire, tant sur de nombreux plans, ce bouquin est une copie carbone (c’est le cas de le dire…) du Carbone modifié de Richard Morgan : même personnage d’ex-supersoldat originaire d’une planète mêlant populations slaves et japonaises, même mélange de roman d’enquête noir et de SF, même brutalité des combats, etc. Sauf qu’ici, cette influence est mélangée avec une emphase sur la vie dans un astéroïde et sur une biotechnologie d’origine extraterrestre qui a un très fort parfum de The Expanse (les livres ou la série), et qu’un côté très militaire où on nous parle souvent d’armures de combat évoluées évoque le Starship troopers de Robert Heinlein (et non pas l’étron cinématographique qu’en a tiré Verhoeven). Sans compter d’autres influences sur lesquelles je vais garder le silence pour ne pas spoiler. Sur le plan de l’originalité, donc, on repassera.

Si les problèmes de ce roman se limitaient à un souci d’originalité, mais que le reste était convaincant, j’aurais pu être bien plus enthousiaste que je ne l’ai été. Mais il y en a d’autres, à commencer par une intrigue à la structure répétitive, des personnages au comportement parfois assez étonnant, une géopolitique floue et un côté technologique à la dichotomie carrément étrange. En fin de compte, les points qui m’ont le plus convaincu sont une partie du Worldbuilding (tout ce qui concerne Compass), le côté militaire (les flashbacks pendant la guerre des Reapers), tout ce qui concerne l’armement (très bien fait) et la description des combats (notamment le très long affrontement final). J’ai donné à Stormblood la note de 3 étoiles sur Goodreads parce que 2 me paraissait un brin exagéré, mais honnêtement, on est plus sur du 2.25 / 2.5 qu’autre chose. Malgré ce jugement quelque peu sévère, j’ai été assez convaincu pour donner sa chance au tome 2 quand il sortira, sans en faire une priorité et en espérant que Jeremy Szal aura amélioré certains pans de son écriture d’ici là. On espère aussi que l’illustration de couverture dudit tome 2 sera à la fois plus esthétique et surtout aura un rapport avec l’histoire, parce que là, c’est loin d’être évident. Mais bon, les goûts et les couleurs, hein… Lire la suite

The human – Neal Asher

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Neal Asher repousse toutes les frontières de la SF

the_human_asherThe human est l’ultime roman de la trilogie Rise of the Jain (après The soldier et The warship), un sous-cycle qui s’inscrit dans le cadre beaucoup plus large de la saga Polity, qui compte donc désormais dix-huit livres, répartis en trois trilogies (Rise of the Jain, donc, Spatterjay et Transformation), une pentalogie (Agent Cormac) et quatre romans isolés mais se déroulant dans cet univers commun. Seuls deux de ces dix-huit bouquins ont été traduits en français (L’écorcheur, premier tome de Spatterjay, et le standalone Drone). Les sous-cycles et romans isolés, bien que partageant un cadre et souvent des personnages communs, étant réputés lisibles de façon indépendante (même si on y perd forcément car on ne saisit pas de subtiles références à des événements s’étant déroulés dans d’autres livres), j’ai commencé ma découverte de Polity en 2018 par The soldier, celui-ci présentant l’avantage de débuter une nouvelle histoire. Je savais, après ma lecture de Voyageurs (roman indépendant qui n’a rien à voir avec Polity), que Neal Asher était un excellent auteur de SF, mais j’avais tout de même été impressionné par l’énorme qualité de The soldier, sorte de version de la Culture de Iain M. Banks avec les curseurs scientifiques, militaires et transhumanistes poussés beaucoup plus loin que chez le regretté auteur écossais, et une prose particulièrement nerveuse et efficace. Pour patienter en attendant la sortie de The warship en 2019, j’avais alors repris le cycle Polity par l’autre bout, en lisant les autres romans dans l’ordre préconisé par la chronologie interne de cet univers (et pas par l’ordre de publication).

En ce mois de mai 2020, j’attendais donc The human avec impatience. Je savais qu’il allait être bon (aucun livre d’Asher n’est mauvais, même si certains sont plus aboutis ou intéressants que d’autres), mais rien ne m’avait préparé au choc absolu qu’a constitué sa lecture. Je le termine KO debout, sidéré par la façon dont Asher s’est transcendé avec cette dernière production. Car avec elle, il passe du statut de très bon auteur de SF à celui de titan digne de figurer au panthéon du genre, et pousse les curseurs scientifiques / transhumanistes / militaires au-delà des limites. Ce n’est pas « plus que de la SF », mais en revanche, c’est de la SF +++ : là où les autres auteurs écrivant dans les mêmes sous-genres que lui évoluent sur une échelle graduée jusqu’à 10, atteignant même 11 pour les plus audacieux, lui se balade au minimum à 12… voire 14. Sur 10. Bref, on tient là un roman absolument unique, sans conteste le chef d’oeuvre absolu de son auteur, une oeuvre qui redéfinit ce dont la science-fiction est capable de proposer quand elle est menée de main de maître. Lire la suite

Brass Man – Neal Asher

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Neal Asher fait son Excession

brass_man_asherBrass Man est le troisième des cinq tomes du cycle Agent Cormac (après Gridlinked et The line of Polity), qui fait lui-même partie de l’énorme saga Polity (dont nous allons très prochainement reparler sur ce blog, à l’occasion de la sortie d’un autre tome 3, celui du sous-cycle Rise of the Jain, à savoir The human). La postface nous apprend que le personnage de Mr Crane, le Golem (IA logée dans un corps robotique) au revêtement extérieur cuivré, ayant été massivement apprécié du lectorat du cycle, celui-ci a demandé à Neal Asher s’il pouvait le faire revenir. Donc Brass Man (« homme de laiton ») est en partie axé sur le retour du mutique Androïde, et sur une exploration de son passé doublée de ses nouvelles aventures dans le présent. Mieux encore, le début du roman poursuit aussi l’histoire du tome 2, The line of Polity, et réutilise certains de ses personnages secondaires. Mais un autre axe se dessine peu à peu : en effet, dans ce tome 3, le trésor que constitue la technologie Jain va, malgré ses dangers, attiser bien des convoitises, jusqu’à provoquer une scission là où le lecteur n’en imaginait pas vraiment une. Ce qui, il faut l’avouer, rappelle de façon suspecte un des axes majeurs de l’Excession de Iain M. Banks. Je vous parlais d’ailleurs, dans ma critique de The soldier, des convergences mais aussi des divergences entre la Culture et Polity, entre Banks et Asher.

Une fois fini, le roman laisse une bonne impression d’ensemble, un dernier tiers haletant rattrapant une mise en place un poil laborieuse et surtout une narration très éclatée au niveau des points de vue, des lieux, des époques et des ambiances. L’écriture d’Asher n’a pas encore atteint, au moment de la parution de Brass Man (2005), l’efficacité redoutable qui est aujourd’hui la sienne, mais il n’en est pas si loin, et quand elle fonctionne, elle le fait à 110%. Bref, si vous avez débuté le cycle Agent Cormac, aucune raison de se priver de ce troisième tome, bien au contraire. Pour ma part, outre la critique de The human le mois prochain, je vous proposerai en 2020, si le programme est respecté, celles des deux derniers volets de la pentalogie, puis celle de The technician, avant de continuer à explorer peu à peu cette énorme saga en 2021. Lire la suite

Sixteenth Watch – Myke Cole

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Semper Fi, euh, pardon, Paratus ! *

sixteenth_watch* Semper fi-delis- est la devise de l’US Marine Corps, Semper paratus celle de l’US Coast Guard.

Si vous vous intéressez au cinéma, vous savez que, de longue date, les studios hollywoodiens concurrents ont la curieuse habitude de lancer régulièrement, avec un faible intervalle, des films traitant exactement du même sujet. Citons, par exemple (et pour rester dans le champ de la SF), Planète rouge / Mission to Mars, sortis en 2000, ou, cas encore plus emblématique, Armageddon / Deep Impact, à l’affiche dans les salles obscures en 1998. Vous devez probablement vous demander pourquoi je vous parle de tout cela. Eh bien figurez-vous que deux maisons d’édition anglo-saxonnes ont décidé de lancer, quasiment au même moment, deux romans de science-fiction portant sur exactement le même sujet. Et alors, me direz-vous ? Eh bien là où ça devient étonnant, c’est que ledit sujet est à la fois inhabituel dans le cadre de la SF militaire (puisque c’est de cela dont il s’agit) et extrêmement spécifique : des membres des Gardes-côtes de l’espace qui doivent participer à une compétition sportive. On comprend donc à quel point les chances que deux auteurs différents sortent des bouquins sur une base à la fois aussi similaire et sortant des tropes habituels avait quelque chose d’improbable.

J’aurais pu, bien sûr, lire les deux livres en question, A pale light in the black de K.B. Wagers et Sixteenth Watch de Myke (sic) Cole, mais l’idée d’enchaîner deux romans aux fondamentaux aussi similaires ne m’enchantait guère. J’ai donc tranché en n’en choisissant qu’un seul, et le gagnant a été le livre de Cole. Pour celles et ceux qui seraient curieux des critères de ce choix, le fait que Cole soit un ancien de l’US Coast Guard a beaucoup joué, tout comme le résumé du livre de Wagers qui ne m’inspirait guère confiance et la comparaison faite par Max Gladstone avec une version plus velue des bouquins de Becky Chambers. Comme ici, c’est un blog sérieux, de la SF militaire qui a un parfum de Becky Chambers, faut peut-être pas déconner non plus, hein, donc en gros, ce paramètre connu, la décision a été prise en approximativement 0.25 microsecondes. Non, je plaisante (enfin, à moitié, disons). Outre une crédibilité qui me paraissait être supérieure, donc (bien que les praises du bouquin de Wagers mentionnent un autre ancien de l’USCG félicitant l’autrice pour le réalisme de ce qu’elle décrit, surtout en n’ayant pas servi elle-même), c’est le prix qui a aussi beaucoup joué : le roman de Cole est à 6.60 euros en version Kindle, celui de Wagers à… 17.17.

Sixteenth Watch achevé, je ne peux certainement pas dire avoir passé un mauvais moment, mais sa fin quelque peu abrupte et quelques (pas si) petits points de crispation font que je me demanderai un moment si l’autre livre n’était pas meilleur. Vous êtes un certain nombre à lire en anglais, donc si l’un d’entre vous a lu le roman de Wagers (ou, encore mieux, si il / elle a lu les deux), je serai curieux d’avoir un retour. Reste l’originalité du propos, l’USCG étant la grande oubliée de la SF militaire, à mon sens. Lire la suite