Prador Moon – Neal Asher

Blowing the bastards to Bouillabaisse

prador_moonPrador Moon est un des seize romans (publiés au moment où je rédige ces lignes) de l’énorme cycle Polity, par Neal Asher. S’il est loin d’être le premier livre de la saga si on se réfère à l’ordre de parution, en revanche, dans la chronologie interne de cet univers, il doit théoriquement être lu en premier. Toutefois, étant donné que les sous-cycles ou stand-alone ont la réputation de pouvoir se lire indépendamment, j’ai personnellement commencé par… le seizième et dernier en date (ainsi que dans la chronologie interne), à savoir The soldier. Et comme j’ai beaucoup aimé à la fois l’écriture de l’auteur et son univers, j’ai eu envie de reprendre les choses du début, en attendant le tome 2 du sous-cycle Rise of the Jain, et ai donc suivi l’ordre de lecture recommandé.

Prador Moon, donc, nous montre la première rencontre entre la civilisation humaine (dirigée par les IA) appelée Polity (une société post-pénurie où le luxe est standard et la pauvreté un choix, un style de vie) et des extraterrestres ultra-agressifs nommés Prador (une déformation du mot « Predator », ce que sont ces bestioles sur leur monde d’origine). Comme à son habitude, Neal Asher ne perd pas de temps, brossant de façon rapide et efficace un succinct tableau de son univers avant de vous projeter en plein dedans. Car dès la scène d’ouverture, tout espoir de coexistence pacifique est annihilé par les Prador, qui non seulement massacrent la délégation diplomatique humaine, mais en plus la mangent ! Suivra alors un roman assez court, extrêmement nerveux, au carrefour de la SF militaire et horrifique, avec une petite touche de Hard-SF vraiment très bien faite. Bref, deuxième bouquin du cycle Polity, et deuxième très bon moment de lecture pour moi !

Univers, base de l’intrigue

Il faut envisager ce livre de deux façons :

– soit vous commencez par lui, lisant les bouquins du cycle dans l’ordre préconisé par la chronologie interne de l’univers et pas dans celui de publication : dans ce cas, l’auteur vous présente la Polity (une civilisation humaine mais dirigée par des IA plutôt bienveillantes, même si un mouvement de résistance / libération, les Séparatistes, existe) très rapidement et succinctement, mais de façon tout à fait suffisante pour pouvoir suivre son récit sans avoir lu d’autre bouquin du cycle ou faire des recherches sur le net. Si, malgré tout, vous vouliez en savoir plus, j’ai fait un topo un peu plus détaillé de ce contexte dans ma critique de The soldier.

– soit vous avez déjà lu d’autres romans du cycle et vous savez déjà ce que sont la Polity, les Prador et connaissez le sort de la guerre.

Je vais tout de même faire un résumé succinct, pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce qui se passe dans ce livre précis sans consulter une autre de mes critiques : la Polity est une civilisation humaine avancée, dirigée par les IA (dont la principale s’appelle Earth Central), s’étendant sur pléthore de mondes. Au moment où démarre le récit, à part des ruines et des artefacts, ils n’ont rencontré aucune espèce extraterrestre active (seulement une sonde appelée Dragon, que les amateurs de Neal Asher connaissent bien) jusqu’ici, mais depuis peu, ils sont entrés dans l’espace d’une race dont les vaisseaux fuient tout contact et qui détruit les sondes humaines avant qu’elles ne puissent acquérir des données utiles. Or, cette espèce, les Prador, vient juste d’accepter un premier contact diplomatique, qui se déroulera sur la station spatiale Avalon. La scène d’ouverture du livre montre donc ce qui se déroule à ce moment : sans la moindre provocation, les Prador ouvrent le feu, et consomment les cadavres des humains tués, leur chair se révélant être un mets de choix ! Dès lors, la résistance s’organise, d’abord sur la station Avalon, puis, dans les mois qui suivent, dans tout l’espace de la Polity. Mais les choses se passent mal pour cette dernière : les vaisseaux Prador ont un blindage si avancé qu’ils sont pratiquement invulnérables, et leurs armes redoutables infligent de terribles dégâts à des astronefs de la Polity ayant un blindage comparativement ridicule selon leurs critères.

Pourtant, comme le fait remarquer un des personnages, depuis le XVIIIe siècle, les guerres se gagnent sur le terrain industriel et scientifique, et sur ce plan, tout ce dont la Polity a besoin, c’est de temps : pour décoder les secrets des blindages Prador, pour mettre en place de nouveaux chantiers spatiaux et lancer des vaisseaux avancés, pour noyer l’adversaire sous le nombre, pour le dépasser en terme de capacités informatiques. Car les bestioles (ils ressemblent à des crabes géants tout droit sortis de l’enfer Apophien) ont malgré tout un point faible : il y a un tabou anti-IA chez eux. Ils procèdent même à l’implantation de relais informatiques dans des êtres vivants (voire de leur cerveau / système nerveux central dans des machines) afin que ces derniers servent de nœuds de contrôle, c’est tout dire. De son côté, la Polity, qui se sert, pour ses déplacements interstellaires, de téléporteurs appelés Runcibles (qui ressemblent en très gros aux portes des étoiles de Stargate Atlantis, spécifiquement -c’est à dire qu’ils sont capables de laisser passer une navette, mais pas plus gros-), n’a pas ou plus de gros vaisseaux capables de se déplacer par leurs propres moyens en U-Space. L’un d’eux, une relique pré-prise de pouvoir des IA, le cuirassé Occam’s Razor, sera au centre des combats.

Les Prador *

* Be quick or be dead, Iron Maiden, 1992.

Les Prador sont des carnivores ressemblant à des crabes de l’espaaaaace, mais d’une taille dépassant allègrement celle d’un être humain. Leur société est très particulière : seule une minorité d’individus sont adultes, et ces mâles (il n’est à aucun moment fait mention de femelles, ce qui est à mon avis loin d’être un accident : l’intention était probablement d’installer l’image d’une société hyper-patriarcale) inhibent le développement de leurs fils, les laissant à l’état d’enfant ou d’adolescent (grâce à l’émission de phéromones et à des additifs dans leur alimentation) afin d’éviter qu’ils ne deviennent des rivaux pour eux. On distingue ainsi des third-sons (en réserve cryogénique, si j’ai bien saisi), des second-sons (troupes de base) et des first-sons (les plus proches du passage à l’âge adulte), parmi lesquels est choisi le Prime, le bras droit du Père (vous remarquerez l’emphase sur la majuscule).

Toute la société Prador est basée sur les conflits (« il y a deux types de Prador : les rapides et les morts ») : le Roi met en compétition les mâles adultes pour l’argent, les capacités industrielles, les territoires, le prestige (comme dirait le Tavernier), qui eux-mêmes incitent leurs fils à se battre entre eux pour monter en « grade » (pouvoir évoluer plus loin vers l’état d’adulte et grossir, devenir plus grand et redoutable). La désobéissance (ou pire, la trahison), voire la simple insolence, et l’absence de résultats sont sévèrement punies : ablation de membres (pattes, pinces, etc), être donné en pâture aux autres fils (les sympathiques bestioles, en plus du reste, sont cannibales…), extraction du système nerveux central afin qu’il serve de noyau intelligent (je rappelle qu’il n’y a pas d’IA chez eux) à un drone de combat, et j’en passe.

Au passage, on a ici une version très cruelle de la relation entre un père et ses enfants (je serais d’ailleurs curieux de savoir si Asher a eu une enfance malheureuse, sans vouloir faire de psychologie de comptoir), ainsi qu’une allégorie, en un sens, du phénomène des enfants-soldats, ici institutionnalisé et favorisé par tout un processus à la fois biologique (phéromones de dominance) et technologique (alicaments).

Le traitement infligé aux autres espèces est également abominable : leurs représentants sont dévorés vivants, les cadavres consommés, ils subissent des vivisections, sont sujets d’expériences scientifiques, etc. Bref, tout compte fait, aucune chance pour le lecteur de développer la moindre empathie pour les Prador, pas même pour les fils martyrisés par leur Père, car s’ils ont l’occasion de faire du mal à d’autres fils plus faibles qu’eux (ou en disgrâce), ils n’hésiteront pas une seconde.

Certains passages rappellent le comportement des Primiens de Peter Hamilton (ce qui n’est peut-être pas une coïncidence, vu qu’en VO, le bouquin de ce dernier est sorti un an avant Prador Moon). D’ailleurs, la justification du fait que la Polity manque de vaisseaux est un peu la même que dans L’étoile de Pandore : si vous disposez de téléporteurs / générateurs de trou de ver à portée interstellaire, quel besoin avez-vous de vaisseaux massifs ?

Ressemblances

Outre Peter Hamilton, donc, il faut tout de même avouer que le concept de base du roman rappelle énormément Une forme de guerre de Iain M. Banks : une société humaine dirigée par les IA, ne disposant pas vraiment de vaisseaux de combat, est confrontée à une espèce extraterrestre hyper-agressive et militariste, avec laquelle la coexistence pacifique n’est pas possible (à moins de l’écraser militairement d’abord), et qui, initialement, vole de succès en succès, jusqu’à ce que la puissance industrielle et technologique des IA ne fasse pencher définitivement la balance.

On notera aussi avec intérêt que dans les combats au sol, la Polity utilise ses Runcibles un peu comme l’Hégémonie utilise ses Distrans chez Dan Simmons, et que le Submind d’IA incarné dans un corps humain cloné d’Asher est proche des Cybrides du même Simmons (et est du même ordre d’idée qu’un Avatar de vaisseau de Banks).

Personnages

Nous suivons, à des degrés divers, différents personnages. Le point de vue varie (assez brusquement, d’ailleurs : seul un saut de ligne le signale) constamment au cours d’un seul et même chapitre (ce qui n’est pas vraiment dérangeant, ça laisse plus une impression de narration dynamique que de pénibilité) :

Jebel Krong est un soldat d’ECS (Earth Central Security) qui était présent lors de la rencontre diplomatique sur la station Avalon. Pendant la guerre, surnommé « U-Cap » (up-close and personal), lui et ses Avaloniens, une unité d’élite, vont traquer le cuirassé Prador responsable de l’attaque sur leur station.

– ledit cuirassé est dirigé par Immanence, un mâle adulte Prador (et une sacrée pourriture, même par rapport aux standards de son espèce : il est tout à fait capable de balancer des bombes nucléaires ou à antimatière sur une planète que les forces Prador n’ont pas fini d’évacuer !).

– Pour s’opposer à ce dreadnought que son blindage avancé rend invulnérable, on ressort de la naphtaline le cuirassé Occam’s Razor. Ce dinosaure est, avec ses quatre kilomètres de long, le plus gros vaisseau de l’inventaire de la Polity, en attendant que les nouveaux modèles sortent de chantiers eux-mêmes en construction. Il est même tellement vieux qu’il est une relique d’une époque pré-Polity, où les IA n’avaient pas pris le pouvoir et étaient considérés comme dangereuses. Le contrôle des armes ne pouvait leur être accordé que par un capitaine humain, relié aux systèmes du vaisseau par un dispositif cybernétique. Tomalon remplace l’ancien titulaire de ce rôle, tué par les produits toxiques relâchés, à la longue, dans son organisme par ses implants. Il coopère avec Occam, l’IA de l’astronef, dans la traque du colossal vaisseau Prador.

Moria (oui, oui, je sais, « vous ne passerez pas ! », vous êtes contents ?) est une chercheuse qui travaille sur le Runcible (téléporteur interstellaire) du système de Trajeen, un modèle expérimental supposé pouvoir permettre le transfert de grosses masses (vaisseaux, astéroïdes pour l’industrie, etc). Elle se fait poser un implant cybernétique cérébral, mais ce qu’elle ne sait pas, c’est que le chirurgien est un scientifique de pointe, adepte d’une technologie très expérimentale elle aussi, et en fuite parce que recherché par ECS. Elle acquiert ainsi des capacités hors-normes, qui auront un rôle crucial à jouer dans l’histoire (même si tout cela est bien artificiel à mon goût).

Conlan, enfin, est un tueur travaillant pour les Séparatistes, qui se sont alliés aux Prador avec l’espoir que ceux-ci libéreraient l’Humanité du joug des IA (en réalité, les bestioles ont l’intention de massacrer tout le monde, évidemment). Il monte une équipe pour s’emparer du Runcible expérimental de Trajeen et en livrer la technologie aux Prador (même si celle-ci est si horriblement complexe que sans une IA pour la gérer, c’est peine perdue. Et il n’y a pas d’IA chez les Prador).

Les personnages principaux sont brossés à grands traits, mais, pour un livre de taille aussi modeste, ils sont plutôt bien faits et intéressants. Par contre, les personnages secondaires sont très peu développés, ce qui, vu la durée de vie limitée de certains (surtout chez les Prador), n’est d’ailleurs pas forcément une tare. C’est dommage, on aurait aimé en savoir plus sur Urbanus le Golem, par exemple.

(Hard) SF militaro-horrifique *

* When the going gets tough, the tough get going, Billy Ocean, 1986.

Je le disais déjà dans ma critique de The soldier, mais l’univers, même s’il est inspiré par Banks, est le gros point fort de ce cycle, et c’est également très vrai dans ce stand-alone. D’abord, dans la description des armements et surtout, surtout, du blindage et des systèmes d’auto-réparation / auto-reconfiguration (qui sont une merveille d’inventivité dont le pareil n’a été vu en SF que chez Glen Cook -oui, l’auteur de la Compagnie noire a aussi publié une excellente Science-fiction- ou chez Romain Lucazeau), on a un côté presque Hard SF qui est vraiment excellent. Au passage, le fait que les Prador aient des blindages hyper-avancés est très bien expliqué par l’auteur : étant donné que ce sont des arthropodes, ayant un exosquelette, toute forme de carapace est une part intégrante de leur psyché. Il est donc logique que la métallurgie et tout ce qui concerne le blindage aient été des domaines de développement privilégiés dans leur évolution technologique. Celui qui a lu d’autres livres situés bien plus loin dans la chronologie interne de cet univers s’apercevra aussi que dans Prador Moon, bien loin de craindre les vaisseaux de guerre de la Polity comme ils le feront plus tard, les Prador les trouvent risibles (avec leur coque à la métallurgie simpliste), les considèrent comme des proies faciles et les détruisent sans mal.

Ensuite, niveau SF militaire, c’est vraiment du lourd, et ce pour plusieurs raisons : d’abord c’est un des rares livres du genre qui donne autant de place aux scènes mettant en jeu l’infanterie qu’à celles impliquant des vaisseaux, ensuite parce que si les batailles sont courtes, elles sont d’une impressionnante intensité, et enfin parce qu’il y a une vraie réflexion sur ce que seraient des forces terrestres / de marines spatiaux dans un futur lointain. Extrapolant les tendances du dernier quart de siècle, Asher en déduit que les armées de masse sont vouées à disparaître, pour être remplacées par des forces bien plus réduites mais formées uniquement de spécialistes hautement qualifiés : sniper, spécialiste en pièges ou en démolition (y compris… nucléaire !), en guerre bactériologique, hackers, exobiologistes, linguistes, etc. De plus, dans le cadre bien spécifique de son univers, il adjoint à des soldats humains (le plus souvent augmentés par la génétique, la cybernétique, la nanotechnologie, etc) des Golems (robots humanoïdes intelligents), voire des Drones IA en forme d’animaux et à la puissance apocalyptique (on les retrouvera dans d’autres livres du cycle). On notera aussi avec intérêt que la Polity emploie des tactiques désespérées, comme charger des obus à antimatière dans des railguns relativistes, ce qui donne une chance sur vingt que la munition explose à l’intérieur de votre propre vaisseau !

Plus spécifiquement, cet opus en particulier met en avant un très net aspect SF Horrifique, dans la façon dont les Prador se comportent entre eux ou pire, avec leurs captifs humains spécifiquement capturés en masse pour servir de sujets d’expérimentation.

Signalons pour finir l’aspect Postcyberpunk qui est une constante dans le cycle.

La combinaison des trois aspects est absolument redoutable d’efficacité pour qui aime ces trois sous-genres de la SF, et cherche quelque chose qui ressemblerait à une version du XXIe siècle de Starship Troopers de Heinlein, le côté politique (et une certaine profondeur) en moins. Par contre, je préviens les âmes sensibles, ce livre n’est pas pour vous : entre les tortures de terroristes à la Jack Bauer, le cannibalisme et l’anthropophagie des Prador et autres scènes gore, il y a de quoi faire se soulever plus d’un sourcil. Moi, ça ne me dérange pas, mais je suis un vieux crocodile au cuir épais.

Ecriture

Là encore, tout l’aspect technique de l’écriture est caractérisé par une extrême efficacité : dans la mise en place du contexte pour ceux qui n’ont lu aucun autre livre du cycle, dans celle des personnages ou de l’intrigue (qui, il est vrai, peut paraître se réduire à « ils veulent nous exterminer, nous voulons survivre et nous venger », même si tout l’arc avec le Runcible de Trajeen est plus complexe que cela). Le style d’Asher est fluide, c’est très rythmé, quasiment sans temps morts ou bla-bla. Sur ce plan, je n’aurais que deux petits reproches : d’abord, le coup des implants de Moria et Conlan, qui sort un peu de nulle part et n’est pas réellement expliqué, à part « le savant fou était en fuite et cherchait pendant ce temps à essayer sa technologie révolutionnaire sur n’importe qui » ; ensuite, la fin, qui est un peu abrupte, que ce soit sur le plan des personnages ou du sort de la guerre (même s’il est traité dans d’autres bouquins du cycle : mais bon, c’est supposé pouvoir être lu comme un stand-alone, c’est-à-dire potentiellement sans rien lire d’autre avant ou après. A nuancer par le fait que la montée en puissance industrielle de la Polity laisse clairement comprendre pratiquement dès le début que le triomphe Prador initial n’aura qu’un temps et que le sort du conflit est réglé d’avance, sur le long terme, en faveur de la Polity).

Il faut noter un petit aspect metafictif : à plusieurs reprises, par la voix de ses personnages, Asher a l’air de répondre lui-même par avance à certaines critiques que l’on pourrait formuler contre son roman ou de faire de l’adresse au lecteur sans avoir l’air d’en faire. Par exemple, Jebel, lors du massacre sur Avalon, déclare : « Des aliens à exosquelettes mangeurs de chair humaine qui attaquent, ça a l’air de tenir du gag ou du film de série Z ».

La scène quasi-finale est un énorme moment de Sense of wonder : on croit voir où l’auteur veut en venir, mais en fait, on est bien loin d’imaginer l’audace du personnage qui a monté le plan désespéré pour détruire le cuirassé d’Immanence et sauver le milliard d’habitants du système de Trajeen !

En conclusion

Roman initial de l’énorme cycle Polity si on suit la chronologie interne de cet univers (mais pas dans l’ordre de publication), Prador Moon décrit la sanglante rencontre entre l’humanité et la première race extraterrestre connue, les Prador, des crabes géants technologiquement avancés et épouvantablement agressifs (et qui plus est, mangeurs de chair humaine et cannibales…). Neal Asher nous propose un livre extrêmement efficace, où ça pète dans tous les sens, avec une ambiance entre le Postcyberpunk, un peu de Hard SF, beaucoup de SF militaire et une quantité loin d’être négligeable de SF horrifique. Vigoureusement rythmé, solidement construit malgré le faible nombre de pages, épique dans l’âpreté de ses combats (quand les bombes à antimatière pleuvent, la biosphère fait un bond en arrière dans le temps de quelques centaines de millions d’années !), ce stand-alone impressionne. Si, toutefois, vous n’êtes adepte ni du pew pew dans l’espaaaace, ni de l’horreur en SF, que vous êtes antimilitariste ou recherchez plus de profondeur dans les ressorts d’un conflit, ce bouquin ne sera pas forcément pour vous. Dans le cas contraire, foncez ! Pour ma part, je poursuivrai avec un intense plaisir mon exploration de cette énorme saga avec Drone d’ici quelques semaines.

Niveau d’anglais : aucune difficulté.

Probabilité de traduction : très faible. Dis, Monsieur l’Atalante, toi, le dernier gardien de la flamme de la SF militaire en France (et on t’en remercie), tu devrais te pencher là-dessus…

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Lutin sur Albédo,

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21 réflexions sur “Prador Moon – Neal Asher

  1. Cette série me tente pas mal aussi ! C’était déjà le cas vu ta précédente chronique et celui ci ne fait que renforcer l’idée.
    (j’ai une liste longue comme le bras de séries qui me tentent à force xD)

    Bref, je ne dis pas non a une bon tome d’action militaro-horreur comme tu dis donc je verrais si je peux les caser d’ici pas trop longtemps.

    (je vois que tu as remis la pages des prochaines lectures quasiment à vide depuis quelques temps, une envie d’arrêter les lectures « imposée » (par toi même mais c’est pareil) ?)

    Aimé par 1 personne

  2. « à plusieurs reprises, par la voix de ses personnages, Asher a l’air de répondre lui-même par avance à certaines critiques que l’on pourrait formuler contre son roman ou de faire de l’adresse au lecteur sans avoir l’air d’en faire. Par exemple, Jebel, lors du massacre sur Avalon, déclare : « Des aliens à exosquelettes mangeurs de chair humaine qui attaquent, ça a l’air de tenir du gag ou du film de série Z ». »

    Ce procédé appelé lampshade hanging est hélas souvent commun aux fictions pleines de tropes fatigués et de ficelles apparentes. Bien avant de connaître cette étiquette, j’ai pris en grippe cette paresse d’auteur à la limite du je-m’en-foutisme, que l’on fait passer pour de l’impertinence à peu de frais. Typiquement le genre de qui abêtit au lieu d’élever, chaque fois que je l’ai vu employer de la sorte. Pour autant, ça convient peut-être à la gouaille du roman en question.

    Neal Asher était un auteur que je me languissais jadis de lire en VF. L’aspect dépaysant et féroce de l’Ecorcheur m’avait mis en appétit, malgré des faiblesses ou peut-être une inconsistance dans le reste du roman. Drone, lu bien plus tard, avait clairement terni cet enthousiasme: je l’avais trouvé bien peu inventif, avec une construction narrative guère excitante. En bref aucune idée de SF intéressante, et je ne parle de thématique à creuser propre à la SF mais carrément de l’action, pourtant au coeur du roman. Rien d’inventif, d’ébouriffant, pas de saveur SF dans les technologies le plus souvent terre-à-terre (ma lecture date). Je crois même qu’il est question d’ogive nucléaire…misère. Je suis sûr qu’une bonne partie des tomes de l’auteur sont plus solides ou inspirés, et on aurait pu souhaiter dans un monde meilleur les voir édités directement en poche [un monde rempli de lecteurs à même de rendre pérenne ce modèle économique, soit]. 23 euros pour Drone à sa sortie, aïe: c’est du divertissement sans prétention qu’on aurait autrefois vendu dans des collections bon marché, même si l’édition VO très soignée est indéniablement séduisante, avec ses visuels magnifiques qui m’ont peut-être trop fait espérer.

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    • Eh bien on va faire court : je ne suis d’accord avec absolument aucun des points que tu soulèves. Et pour ce qui est de l’utilisation d’ogives nucléaires, elle n’a vraiment rien d’incongru : il y en a chez David Weber, chez Dan Simmons, chez H. Paul Honsinger, Peter Hamilton, etc. Certes, elles sont parfois utilisées en parallèle avec des ogives à antimatière, cinétiques, à hydrogène métallique ou à plasma, selon les auteurs, mais il est, au contraire, très rare qu’elles soient complètement absentes en SF militaire ou mettant en jeu des armées du lointain futur.

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  3. Chouette chronique.

    Mais, Apophis, permets-moi de solliciter ton avis : quelqu’un qui ne connaît de la SF militaire que « starship troopers » et la guerre éternelle, par quoi pourrait-il enchaîner ? Quel est le gros classique de la SF militaire que tout curieux devrait tenter de lire? Sachant que le gore, la hard-SF et même les longueurs ne me dérangent pas.

    Parce que bon, hein, à force de te suivre, forcément, ça donne envie de tester.

    Aimé par 1 personne

    • Le prochain article de mon guide de lecture sera dédié à la SF militaire, donc je ne vais pas entrer dans les détails, mais puisque tu as déjà lu Starship troopers et La guerre éternelle, tu peux t’attaquer à La stratégie Ender d’Orson scott Card et à Mission Basilic de David Weber en attendant.

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  4. Arrrrgl, après la critique de The Soldier j’ai commencé à acheter le cycle, il ne me manque plus que les 3 volumes du sous-cycle Transformation et les nouvelles de Runcible Tales. Comme tu annonces que tu vas enchaîner avec Drone/Shadow of the Scorpion je comprends que tu préfères les lire dans l’ordre chronologique plutôt que dans l’ordre de parution, est-ce une recommandation ?
    Vivement les vacances… je passe le cycle en première page de ma liste. Ce sera sympathique de relire l’écorcheur en vo en 12ème position du cycle, il va me falloir une mise à jour de mes processeurs optiques pour tenir le rythme.

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    • Je pense que vu que certains tomes ont été délibérément conçus comme des préludes à certains de ceux parus avant eux, la lecture dans l’ordre de la chronologie interne de l’univers est recommandable, oui.

      Oui, c’est clair, mise à jour des processeurs optiques, j’adore l’expression 😀

      Aimé par 1 personne

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