Nadejda – Olivier Boile

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Quand Kay rencontre Gemmell, Anderson et Moorcock

nadejdaOlivier Boile est un auteur picard ayant vécu quelques temps près de Montpellier avant de revenir dans sa région d’origine. Nouvelliste de SFFF prolifique (il a une centaine de textes courts à son actif, dont certains réunis dans le recueil Sans donjon ni dragon) et couteau suisse de la littérature de genre (il est capable d’écrire à peu près tout ce que le domaine a à offrir, de l’uchronie à la SF en passant par le fantastique), il a publié deux romans relevant de la Fantasy humoristique, Medieval Superheroes et Les feux de l’armure. De mon côté, je l’ai découvert via Le rêve du pont Milvius, remarquable nouvelle uchronique présente dans l’anthologie antiqu’idées, dont elle constituait un des deux meilleurs textes, l’autre étant signé Lionel Davoust, excusez du peu ! Ça vous situe tout de suite le niveau ! J’avais, à l’époque, exprimé mon envie de découvrir plus de la prose de cet écrivain, et c’est désormais chose faite. Auteur qui, d’ailleurs, est un des plus fidèles abonnés de ce blog et un des commentateurs avec lesquels j’ai le plus de plaisir à échanger, ce qui, si vous connaissez la maison, ne m’aurait pas empêché de souligner les défauts de son roman s’il y en avait eu (sur le Culte, le copinage, on ne connait pas, et l’honnêteté envers le lecteur est une règle absolue). Mais bon, il se trouve que, des défauts, il y en a peu, donc le problème ne se posera pas.

Sans donjon ni dragon mettait déjà en scène des personnages historiques ou légendaires, et Nadejda, qui relève avant tout de la Fantasy Historique (mais pas que, comme nous allons le voir), fait de même. Plus intéressant encore, dans le dernier paragraphe de la postface, un passage que j’aurais quasiment pu écrire moi-même tant il m’enlève les mots de la bouche, Olivier Boile avoue sa lassitude de la Fantasy médiévale-fantastique exploitant les mythologies celtique et nordique, et explique donc avoir voulu proposer autre chose, à savoir un roman mêlant imaginaire et lieux ou personnages réels, se déroulant dans la Russie du début du onzième siècle, un temps où la vieille religion païenne est en train de laisser sa place au Christianisme.  Lire la suite

The siege of Tilpur – Brian McClellan

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Les aventures du sergent Tamas, 19 ans

siege_of_tilpurThe siege of Tilpur est une nouvelle d’une trentaine de pages s’inscrivant dans le cycle des Poudremages de Brian McClellan. Initialement uniquement disponible dans l’anthologie Unbound parue en décembre 2015, elle est désormais mise à la disposition des lecteurs individuellement. De plus, pendant les deuxième et troisième semaines de Novembre, elle est disponible gratuitement via le site de l’auteur (dans une archive .zip contenant trois formats de fichiers différents, epub, pdf et mobi). Signalons aussi que l’inscription à la newsletter publiée par l’auteur vous donne droit à un exemplaire tout aussi gratuit de la nouvelle Murder at the Kinnen Hotel.

Nous suivons Tamas, 19 ans seulement mais déjà sergent, pendant une des guerres dans le désert de Gurla. Dans la chronologie interne de cet univers, c’est donc le texte le plus ancien, puisqu’il se déroule forcément avant Servant of the crown (où Tamas est Major), qui lui-même se passe 35 ans avant La promesse du sang. Son groupe de combat de 9 hommes et lui font partie des troupes qui doivent monter à l’assaut d’un fort ennemi, Tilpur, si bien défendu, par des soldats, des canons et de la sorcellerie, qu’il s’est révélé imprenable malgré quatre tentatives par trois nations différentes. Et comme souvent dans le cycle, du moins avant la Révolution imposée par Tamas, ce sont les officiers supérieurs, des incompétents qui ne doivent leur position qu’à leurs titres de noblesse, qui posent presque plus de problèmes que l’adversaire du moment !  Lire la suite

Le fils de l’acier noir – Larry Correia

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Judge Dredd et Stormbringer chez les Hindous

correia_acier_noirLarry Correia est un écrivain californien de SFF, particulièrement connu en France pour son cycle du Grimnoir. Le fils de l’acier noir est le premier tome de la Saga du guerrier oublié (en VO ; en VF c’est juste « Le guerrier oublié »), dont les suites sont prévues en 2017 et 2018. Un mot sur la couverture : d’une part, l’Atalante nous propose quelque chose qui a une tout autre allure que celle de la VO, d’autre part, l’illustration claque au vent de la destruction tel un étendard funeste (ça pète, quoi !), et enfin, ça fait plaisir de voir une bande de passionnés envoyer paître certains prout-prout du sondage Babelio sur les littératures de l’imaginaire, qui traitent les couvertures de SFFF de « puériles » (comme si ces incultes sectaires allaient en acheter plus avec une première de couv’ « neutre » !). Bref, chers amis Nantais, continuez comme ça, les vrais passionnés demandent des couvertures aussi peu neutres que possible !

Mais revenons donc à nos moutons. Le fils de l’acier noir est une Sword & Sorcery à cadre exotique (inspiré par l’Inde), mettant en scène un équivalent Fantasy du Judge Dredd (ou de John Preston, protagoniste du film Equilibrium joué par Christian Bale) qui va voir sa vie chamboulée du jour au lendemain, lorsque ses repères et ses certitudes vont voler en éclats. Un héros qui manie une épée magique et intelligente en acier noir qui en rappelle fortement une autre. C’est noir, c’est brutal, c’est martial, et qu’est-ce que c’est bien ! Mais attention, c’est très loin de se réduire au combat d’un épéiste surpuissant contre les sorciers-assassins et les démons : il y a un vrai fond, fait à la fois d’un complot politique sur fond de préparation d’un génocide et d’une remise en cause parallèle d’un très, très rigide système de castes. Bref, voilà un livre qui a de quoi séduire bien au-delà du cercle (hélas restreint) des amateurs de Sword & Sorcery.  Lire la suite

Of sand and malice made – Bradley P. Beaulieu

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Le chat et la souris

sand_malice_beaulieuOf sand and malice made est une novella maousse costaud (plus de 200 pages) qui constitue un « prélude » aux Douze rois de Sharakhaï. Alors attention, par ce terme, il faut comprendre qu’elle se passe avant, pas qu’elle explique des points laissés dans l’ombre par ce roman. Vous ne verrez pas, par exemple, l’enfance de Çeda aux côtés de sa mère, ou les mystérieuses origines de cette dernière. Dans cette novella, notre héroïne a déjà quinze ans (elle atteindra même les seize au cours du récit), ce qui situe donc l’intrigue 3-4 ans avant le tome 1.

Le début peut laisser penser que ce roman est bâti sur les mêmes bases qu’un autre texte court du cycle, In the village where brightwine flows, à savoir une enquête. En fait, il n’en est rien : dans la récente tradition Eriksono-Sandersonienne, Çeda va affronter les enfants des dieux en personne !  Lire la suite

In the village where brightwine flows – Bradley P. Beaulieu

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Les Experts : Sharakhaï

beaulieu_nouvelle_sharakai_2Comme de plus en plus d’auteurs anglo-saxons, Bradley P. Beaulieu a complété les romans de son cycle The song of the shattered sands (appelé en français Sharakhaï, du nom de la ville au centre de son univers) par des nouvelles et des novellas. Celle dont je vais vous parler aujourd’hui est la seconde en date, sortie le 11 août dernier (je vous présenterai l’autre dans quelques jours). Sachez aussi que Mr Beaulieu va en publier trois autres (déjà apparues dans diverses anthologies), et qu’il a signé pour les livres 4, 5 et 6 du cycle (et non, ce n’est pas une « trilogie en six volumes », il avait toujours envisagé une saga de cette longueur).

In the village where brightwine flows, donc, est une nouvelle de 65 pages (vendue au prix prohibitif de… 2.99 euros !) centrée sur un des personnages secondaires (mais assez marquant) des Douze rois de Sharakhaï, l’apothicaire Dardzada, le père adoptif de Çeda (qui n’est que vaguement mentionnée et n’apparaît pas dans ce texte). Lire la suite

Soleri – Michael Johnston

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Ce cycle est potentiellement une des nouvelles références de la Fantasy politique, à condition que les tomes suivants corrigent quelques erreurs de jeunesse

soleriMichael Johnston est un auteur américain vivant à Los Angeles. Cet architecte, qui a également étudié l’Histoire, a vu le germe d’une idée naître lors d’une conférence consacrée à l’Égypte antique. Ce passionné de Fantasy et de SF, natif de Cleveland, a vu cette idée croître lorsqu’il a déménagé en Californie et visité pour la première fois le désert. Il a mis un  terme à son activité professionnelle pour se consacrer à l’écriture de son premier roman (en solo, puisque il en a co-écrit deux autres), Soleri, qui a pour ambition de mêler Fantasy, Égypte et décisions politiques tragiques inspirées par Le Roi Lear (décidément à la mode en SFFF puisque la pièce jouait aussi un rôle dans le récent Station Eleven). Ambitieux, n’est-ce pas ? D’autant plus que vu l’énorme densité d’intrigues de cour, de complots et de mystère, le côté impitoyable de la chose, et l’inspiration adossée à un classique (Shakespeare ici, Maurice Druon chez Martin), difficile de ne pas faire la comparaison avec le Trône de fer (surtout avec des expressions du genre « The horned throne »).

Bref, le lecteur abordera forcément ce roman avec certaines attentes, et toute la question est de savoir si elles seront satisfaites. Pour ma part, je répondrai : pas totalement. C’est certes un roman impressionnant (surtout dans l’aspect intrigues politiques et l’impact de certaines scènes ou révélations -surtout celle de la dernière ligne-) compte tenu de la relative inexpérience de l’auteur, mais il cumule trop de maladresses pour totalement convaincre. Par contre, la suite (qui est en cours d’écriture), si elle corrige les dites erreurs, pourrait bien s’imposer comme une des nouvelles références de la Fantasy politique. Lire la suite

Le voyage du Basilic – Marie Brennan

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Ça tourne en rond…

voyage_basilicLe voyage du Basilic est le troisième tome des Mémoires de Lady Trent, après Une histoire naturelle des dragons et Le tropique des serpents. Le dernier des romans (le cinquième) est paru le 25 avril aux USA, même si, comme elle l’avait annoncé, l’auteure est susceptible de remplir certains blancs via la publication de nouvelles, la première (qui s’insère entre les tomes 3 et 4) étant disponible (en anglais) depuis mai 2016 (critique à suivre demain).

Le Basilic en question s’avère être un navire de recherche, utilisé par Isabelle pour parcourir le monde afin de ré-évaluer la taxonomie des dragons (et des serpents de mer). Vous aurez donc deviné qu’il s’agit là d’une allégorie du voyage de Charles Darwin sur le HMS Beagle. Et l’éditeur est allé au bout de la logique de ce contexte maritime, puisqu’il a employé une encre bleue de toute beauté pour imprimer le roman, la carte (superbe) et les illustrations intérieures auxquelles vous êtes désormais habitués dans ce cycle. Si on ajoute tous ces éléments à la magistrale couverture, on se retrouve devant un livre absolument splendide, digne d’être possédé en version physique plutôt qu’électronique. Lire la suite