Luna – Lune montante – Ian McDonald

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Montante, vous êtes sûr ? 

luna_3Luna – Lune montante est le troisième roman du cycle Luna, par Ian McDonald, après Luna et Luna – Lune du loup. Pour autant, il ne s’agit pas du dernier texte prévu dans cet univers, puisque une novella, The menace from Farside, débarquera dans un peu moins de deux mois (et sera critiquée sur ce blog).

Le tome 1 avait été une claque absolue, l’équivalent sur le plan du Planet Opera lunaire de ce qu’à proposé Kim Stanley Robinson pour Mars, mais avec de puissants personnages et une tension permanente en plus. J’avais trouvé le 2 à peine moins bon, et j’avais donc, légitimement, des attentes élevées pour son successeur. Et ce d’autant plus que classiquement, le dernier tome d’une trilogie est rarement le moins bon. Et là, c’est le drame. Parce que loin d’être montante, la lune de McDonald est en contraire en chute libre dans ce roman poussif, convenu, qui n’intéresse vraiment (et encore…) que dans ses cent dernières pages, et multiplie les maladresses. Reste donc à espérer que le roman court prévu en novembre remettra les choses d’aplomb ! Lire la suite

Mission critical – Collectif

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Houston, nous avons un problème ! 

mission_criticalMission Critical est la nouvelle anthologie dirigée par Jonathan Strahan, célèbre pour s’être prêté à l’exercice au cours (notamment) des sept tomes de son projet Infinity (clic). Il déclare d’ailleurs que ce nouveau recueil en est le successeur spirituel, et en explique, dans la préface, la genèse : c’est en voyant le film Seul sur Mars, et en repensant à l’aventure de la mission Apollo 13, qu’il a eu l’idée de montrer ce qui se passe quand la situation vire de la routine au cauchemar, et surtout ce que les personnes prises dans la tourmente vont faire pour s’en sortir. Le tout majoritairement vu selon le prisme de la Hard SF, comme dans ses anthologies précédentes. Et une fois encore, du beau monde a répondu à son appel, aussi bien de très grands noms du genre (Greg Egan, Peter Hamilton, Peter Watts) que des auteurs connus (Aliette de Bodard, Linda Nagata, John Barnes, Tobias S. Buckell, Sean Williams, Yoon Ha Lee), des habitués des productions de Strahan (Kristine Kathryn Rusch) ou des écrivains un peu plus confidentiels, du moins sous nos latitudes.

Contrairement aux anthologies du projet Infinity, qui avaient parfois un champ d’action imposé assez précis (système solaire seulement, cadre militaire, etc), ici, le seul pré-requis est qu’il y ait un problème de nature technique et qu’on montre sa résolution. Point. Nous allons donc voyager dans les mondes extrasolaires, d’autres dimensions, dans notre bon vieux Système Solaire, mais aussi sous la surface des océans. C’est parti pour la balade !  Lire la suite

Artefacts – Stephen Baxter

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Vertigineux

obelisk_baxterArtefacts est une nouvelle signée Stephen Baxter, que vous pourrez notamment retrouver au sommaire du recueil Obelisk. Rendons à César ce qui lui appartient, c’est le camarade Herbefol qui a attiré mon attention sur ce texte, en commentaire de mon article sur l’Universe Opera. Et en effet, il s’inscrit parfaitement dans cette thématique. Mais l’essentiel n’est pas là, mais plutôt dans le fait que cette assez courte nouvelle est à la fois un chef-d’oeuvre de Hard SF mais aussi, et peut-être surtout, de métaphysique, dans le sens où elle répond, de façon absolument vertigineuse, aux plus profondes des questions : qui suis-je, pourquoi l’univers doit-il mourir, d’où vient-il, etc.

Bref, et surtout compte tenu du fait que le sommaire contient d’autres textes alléchants (notamment L’invasion de Vénus -d’ailleurs traduit par ce même Herbefol pour le compte du numéro 70 de Bifrost– et la nouvelle éponyme Obelisk), je ne saurais trop conseiller aux amateurs anglophones de Hard SF et de la science-fiction en général, dans ce qu’elle a de plus profond et vertigineux, de dépenser quelques euros pour se payer ce recueil, ils ne le regretteront pas. Lire la suite

Le monde de Satan – Poul Anderson

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Les merveilles de l’astrophysique

monde_de_satan_andersonLe monde de Satan est le quatrième (et avant-dernier) tome de La Hanse galactique, après Le prince-marchand, Aux comptoirs du cosmos et Les coureurs d’étoiles. Vu qu’on ne change pas une équipe qui gagne, la traduction est toujours assurée par Jean-Daniel Brèque, et l’illustration par Nicolas Fructus. Le livre se compose d’un roman de 275 pages, Le monde de Satan (précédemment publié en 1971 dans la collection Présence du futur -la traduction ayant été révisée dans l’édition Belial’-) et d’une nouvelle jusqu’ici inédite qui en fait une cinquantaine, L’étoile-guide.

Ces deux textes montrent à la fois l’apogée de l’équipe formée par Van Rijn / Falkayn / Adzel / Chee Lan (que le traducteur compare, de façon fort pertinente, aux Mousquetaires) et des liens qui l’unissent, mais aussi l’apparition de craquelures dans cette relation. Mais surtout, le second montre le début de la fin de la Ligue, qui sera au centre du cinquième et dernier tome, Le crépuscule de la Hanse. Ils ont un point commun : une puissante emphase, plus encore que dans les livres précédents, sur l’astronomie et l’astrophysique, ce qui fait que Le monde de Satan (le recueil) est un vrai monument pour qui s’intéresse à un Planet Opera particulièrement pointu (quasiment Hard SF) et exotique (vous allez bientôt comprendre pourquoi). Lire la suite

Skinner box – Carole Johnstone

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Une brillante nouvelle, entre Peter Watts et Frank Herbert

skinner_boxCarole Johnstone est une autrice écossaise, qui a obtenu le British Fantasy Award de la meilleure nouvelle en 2014. Déjà publiée par une dizaine d’éditeurs, elle nous propose aujourd’hui gratuitement (en anglais) une novelette (ou nouvelle longue, dans la terminologie française) sur cette page du site de Tor, une maison avec laquelle elle souhaitait travailler depuis longtemps.

Je ne lis pas tous les textes gratuits que Tor propose, faute de temps ou, parfois, de motivation si le résumé en 2-3 lignes donné par l’éditeur au début ne m’inspire pas. Mais en général, si je commence une nouvelle, je la termine. Celle-ci a cependant failli être l’exception : ses prémices ne me semblaient pas très réalistes, et l’info dump vraiment maladroit. Heureusement pour moi (et pour vous !), j’ai continué, et bien m’en a pris, car Skinner Box est au final un texte brillant, quelque part au carrefour entre certaines œuvres de Frank Herbert et surtout Peter Watts. Si vous êtes anglophone, je vous conseille donc vivement de lire cette novelette, dont j’espère sincèrement qu’elle sera traduite (je suis même prêt à m’en charger moi-même, avis aux éditeurs amateurs !). Lire la suite

Diaspora – Greg Egan

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Le roman le plus ambitieux et le plus rempli de sense of wonder de toute l’histoire de la science-fiction

DiasporaVous avez découvert Greg Egan récemment, par exemple avec Zendegi, Cérès et Vesta, voire, si vous êtes anglophone, avec Perihelion Summer, et vous pensez connaître l’auteur ? Eh bien comme le disait un personnage d’une série récemment achevée (dans tous les sens du terme), « Tu ne sais rien, Jean Neige » (je francise). Dans ces textes, l’australien fait ce que j’appellerais de la « Light Hard SF », au mieux (et souvent presque de la Soft SF), ce qui est donc un ou plusieurs ordres de grandeur en-dessous de la complexité, de la difficulté et de l’ambition de la plupart de ses textes plus anciens (pour plus de détails, voir mon Guide de lecture de la Hard SF). Rien de tel ici : publié en 1997 en VO, Diaspora relève de cette pure ultra-Hard SF qui a fait connaître l’auteur. Ce qui veut dire que même si, pour moi, c’est sans aucun doute le livre le plus ambitieux et le plus rempli de sense of wonder de toute l’histoire de la Science-Fiction, il ne se destinera probablement pas à tous les profils de lecteur. Même si l’australien fait un notable effort à coups d’analogies, de visualisations et de métaphores pour rendre son propos compréhensible, qu’il y a une vraie intrigue et que le propos n’est pas froidement centré uniquement sur les sciences mais plutôt sur l’humain, c’est une SF d’un tel calibre que, comme, dans un sous-genre différent, Anatèm, elle se révélera à la fois exigeante mais aussi incomparablement gratifiante pour qui s’investira dans sa lecture.

Ceci étant posé, voilà une sortie à côté de laquelle il ne faut surtout pas passer, car je vous prie de croire que des livres de ce calibre, il n’en est publié le plus souvent qu’un par décennie, au mieux (le décalage entre la sortie en VO et la traduction a fait que nous en avons, avec Anatèm, eu deux en quelques mois, ce qui fait que nous vivons clairement ce que je n’hésite pas à appeler une époque bénie). J’ajoute que voilà un parfait exemple de la SF que moi, je veux lire : moins de Damasio, plus de Diaspora ! Lire la suite

Permafrost – Alastair Reynolds

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Ce roman court est pire que mauvais : il est quelconque ! 

permafrost_reynoldsSi vous fréquentez ce blog depuis un moment, ou que vous êtes adeptes de Hard SF, vous savez quelle importance Alastair Reynolds a dans ce dernier sous-genre, et plus généralement dans la Science-Fiction (britannique, mais pas que) des vingt dernières années. On peut raisonnablement dire qu’il constitue un auteur majeur, ce qui fait que la moindre de ses sorties est attendue certes avec impatience, mais aussi depuis peu de pied ferme. Car il faut bien avouer que d’ouvrages de commande (son fameux contrat « 10 ans, 10 romans, un million de Livres Sterling » établi en 2009 avec Gollancz) en errements Young Adult (ou en tout cas perceptibles comme tels), l’auteur Gallois s’est récemment quelque peu éloigné des romans majeurs (le cycle des Inhibiteurs ou le magistral House of suns) qui ont fait sa considérable renommée. Seulement voilà, une histoire de voyage dans le temps signée par maître Alastair, moi, je ne refuse pas !

Au final, ce roman (pas si) court se révèle pire que mauvais : il est quelconque. C’est un scénario où les hommes d’un futur post-apocalyptique remontent le temps en tentant de modifier le cours de l’Histoire afin d’empêcher la catastrophe, comme vous en avez probablement déjà lu ou vu, que ce soit à la télévision ou au cinéma. Et en plus, un point dont je ne parlerai pas est encore plus cliché dans le domaine du Time Opera, ce qui fait que clairement, l’attrait éventuel de ce texte ne sera pas à chercher sur le plan de l’originalité. Toute la question est donc de savoir si un texte mille fois vu au niveau des tropes science-fictifs exploités peut être intéressant. Je dirais personnellement que oui, c’est possible, à condition que sur d’autres aspects littéraires, il apporte une plus-value incontestable (dans le genre : un style virtuose, des personnages inoubliables, une profonde immersion et une intensité dramatique telle qu’elle prend même le plus blasé ou insensible des lecteurs aux tripes, etc). Sauf qu’ici, ce n’est pas vraiment le cas. On se retrouve donc avec une novella qui, sans être mauvaise, est stéréotypée, peine à captiver un lecteur un minimum expérimenté en matière de SF temporelle, ne propose aucun twist et pas vraiment de développement des tropes science-fictifs exploités, et se révèle finalement plus plate qu’autre chose. Bref, pire qu’à un mauvais texte, c’est à un roman court banal auquel nous avons affaire, ce qui, pour un auteur du calibre de Reynolds, est plus que décevant, mais est hélas dans la lignée de sa production récente. Jamais mauvaise, mais plus jamais inoubliable non plus.

Le contrat de Reynolds parvenant à son terme, j’espère qu’il va retrouver du poil de la bête et que, libre d’écrire à son rythme, il va à nouveau nous proposer ces œuvres grandioses qu’il a jadis imaginées. Par exemple cette suite de House of suns qu’il a assuré vouloir écrire ! On remarquera aussi que cette novella a été éditée par Jonathan Strahan, qu’on a connu plus inspiré… Lire la suite

Articulated restraint – Mary Robinette Kowal

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Un texte à la fois Hard SF et profondément humain

articulated_restraint_kowalArticulated restraint est une nouvelle signée Mary Robinette Kowal, qui s’inscrit entre le tome 1 et le tome 2 de son cycle Lady Astronaut. Elle est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Elle ne met pas en scène Elma York mais une autre femme astronaute, Ruby, qui est également médecin. Si ce texte est peut-être le plus Hard SF du cycle pour l’instant, il n’en reste pas moins qu’il fait aussi partie de ses moments les plus empreints d’humanité, une combinaison qui peut étonner dans un sous-genre vu par beaucoup comme très axé sur la technique plus que sur l’humain, et donc très froid. Eh bien cette nouvelle est un excellent exemple du contraire. Et si vous avez aimé le film ou l’histoire d’Apollo 13, vous allez adorer ! Bref, si vous lisez l’anglais, pas de raison de vous en priver, d’autant plus que le niveau dans cette langue est accessible et que c’est gratuit. Lire la suite

Isolation – Greg Egan

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Vertigineux

isolation_eganIsolation est le deuxième roman publié par Greg Egan, en 1992 en VO et en 2000 en VF, après An unusual angle. On ne présente plus l’écrivain australien, le nom le plus prestigieux dans un sous-genre, la Hard SF, qui ne manque pourtant pas d’écrivains de génie (Baxter, Watts, Reynolds, Rajaniemi, Clarke, etc ; si besoin, voyez mon Guide de lecture). Et à la lecture de ce livre, on comprend pourquoi : Egan pulvérise les frontières, fait preuve d’une audace folle et jongle avec un naturel désarmant avec des concepts scientifiques pointus. On signalera d’ailleurs qu’une bonne moitié du bouquin ne laisse pas vraiment présager à la fois l’ambition mais aussi la difficulté de ce qui nous est proposé. Isolation commence comme une SF d’enquête Postcyberpunk (Nanopunk, pour être précis) lisible par tous avant de prendre un virage radical aux alentours de la page 175, pour se transformer en une Hard SF Posthumaniste très exigeante mais aux implications absolument vertigineuses. Vous êtes donc prévenu, ne vous lancez pas là-dedans à la légère (ou si vous êtes novice en Hard SF), même si l’australien a proposé, il faut être honnête, bien plus ardu que ce roman, et qu’avec un peu de bonne volonté (et éventuellement quelques connaissances en physique quantique), il reste compréhensible. Lire la suite

Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) Hard SF

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ApophisIl y a une profonde incompréhension, de la part du public qui n’en lit pas encore ou qui n’en a que peu lu, au sujet de la Hard SF : certains, qui ne lisent que du Young Adult, pensent que toute la SF adulte ressemble à la Hard SF, ce qui n’est évidemment pas le cas ; d’autres sont persuadés que toute la Hard SF leur est inaccessible, ou bien est réservée aux lecteurs qui ont fait des études scientifiques ou techniques (ce qui, là aussi, est inexact) ; enfin, la majorité des lecteurs est persuadée que toute la Hard SF est du niveau de ses auteurs les plus pointus (typiquement, Greg Egan) ou, plus insidieux encore, que chaque livre de Hard SF d’un auteur donné présente le même degré d’exigence, ce qui, dans les deux cas, est profondément faux : un même écrivain (Greg Egan et Stephen Baxter me paraissent être deux bons exemples) peut, tout en écrivant de la Hard SF dans chaque cas, proposer des textes aux niveaux de complexité très différents. Il y a un gouffre entre Évolution et Exultant de Stephen Baxter, comme entre Zendegi et Schild’s Ladder de Greg Egan ! Et puis bien sûr, il y a les lecteurs qui pensent que tel bouquin est de la Hard SF, alors qu’il ne se qualifie pas vraiment pour ce sous-genre, ou en tout cas pas parmi ses représentants à recommander (cf Retrograde).

En conséquence, la structure que j’ai décidé d’adopter pour ma série de guides de lecture n’a sans doute jamais été aussi pertinente : il est vraiment capital, surtout pour un lecteur non-issu d’une filière scientifique, de commencer sa découverte de la Hard SF par les livres les plus accessibles, faute de quoi vous risquez très fortement de vous dégoûter d’un sous-genre auquel vous ne « comprendrez rien » ! Attention, toutefois, aux généralisations : je connais des lecteurs experts en Hard SF qui n’ont pas du tout une formation scientifique, et à l’inverse, quelqu’un qui bosse à l’ONERA ou au CNRS (les intéressés se reconnaîtront…) peut bien évidemment s’affranchir du parcours conseillé et commencer directement par le plus pointu. Encore que, Schild’s Ladder, une fois encore… Lire la suite