Les chroniques de Méduse – Stephen Baxter / Alastair Reynolds

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Gestion des problèmes de voisinage via l’ingénierie planétaire et stellaire, mode d’emploi

chroniques_meduseDepuis une vingtaine d’années, Stephen Baxter, un des maîtres de la Hard SF (genre de prédilection de ce blog), s’est lancé le défi de donner une suite à quelques textes majeurs de la Science-Fiction, dont La machine à explorer le temps et La guerre des mondes de H.G. Wells. Il était donc logique qu’Alastair Reynolds, autre pape de ce sous-genre qui a eu envie de rayer le mot « fin » en conclusion de la nouvelle Face-à-face avec Méduse d’Arthur C. Clarke, fasse appel à Baxter pour écrire ce qui se passait ensuite à quatre mains (et ce d’autant plus que Baxter avait co-écrit plusieurs livres avec le Maître -non, pas Federer-).

Les chroniques de Méduse sont donc le fruit de cette excitante collaboration. Si la lecture préalable de la nouvelle de Clarke n’est pas strictement indispensable, elle est en revanche utile pour mieux saisir certaines allusions. Attention toutefois : ne lisez ni la quatrième de couverture, ni ma critique si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire la nouvelle ET que vous avez l’intention de le faire. Si vous n’avez pas l’intention de lire le texte de Clarke, en revanche, la quatrième et ma recension peuvent être lues sans danger de vous spoiler.  Lire la suite

House of suns – Alastair Reynolds

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Un roman qui explose toutes les (dé)mesures ! 

house_of_sunsAlastair Reynolds est un auteur Gallois qui, avant de se consacrer à plein temps à l’écriture (à partir de 2004), faisait partie d’une subdivision de l’ESA (l’Agence spatiale européenne) en tant qu’astrophysicien. Au vu de son expertise scientifique, et de son attitude qui consiste à dire qu’il ne peut utiliser, dans sa science-fiction, un procédé auquel il ne croit pas (le déplacement supraluminique, par exemple), à moins qu’il n’apporte un élément indispensable à l’intrigue, vous ne serez pas surpris d’apprendre (si vous ne le savez pas déjà) qu’il exerce son art dans le registre de la Hard SF, sous-genre dont il est considéré comme un des plus grands maîtres avec des écrivains comme Greg Egan, Stephen Baxter ou Arthur C. Clarke (liste évidemment non-exhaustive). Son cycle des Inhibiteurs, notamment, fait référence, mais le livre dont je vais vous parler aujourd’hui n’en fait pas partie : c’est un roman indépendant, développé à partir d’une novella antérieure, Thousandth night (dont il s’écarte d’ailleurs sans complexe à certains moments, faisant par exemple intervenir des personnages qui y sont morts).

House of suns partage par contre une constante avec le reste de l’oeuvre de Reynolds, à savoir cette conquête spatiale « à la dure », sans moteur hyperspatial, une SF ayant à la fois la vastitude des contextes multi-planétaires du (New) Space Opera, le côté sombre du roman noir et, donc, un certain réalisme dans l’existence (ou pas) des technologies futures, qui restent cohérentes avec les lois de la physique telles qu’on les comprend aujourd’hui (sauf si cela sert, à l’extrême rigueur, un point capital de l’intrigue). Personnellement, j’aime beaucoup cette ambiance, cette idée qu’on ne traverse pas une galaxie en un après-midi en passant en « vitesse-lumière » et en n’y prêtant aucune attention tant la chose est banale, routinière. Mais, dans ce roman, l’auteur va bien, bien plus loin que dans son cycle phare des Inhibiteurs, puisqu’il dilate l’espace humain a la dimension… de la galaxie ! L’univers (et sa démesure !) sont le très, très, très gros point fort de House of suns, même si le roman est par ailleurs critiquable (ou plutôt améliorable) sur quelques points finalement assez mineurs.  Lire la suite

2010 – Odyssée deux – Arthur C. Clarke

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Le Sense of wonder à son apogée

20102010 est la suite de 2001, L’odyssée de l’espace, et comme lui, il a fait l’objet d’un film (qui, là encore, présente certaines différences avec le roman sur lequel il est basé), cette fois réalisé par Peter Hyams (également aux commandes sur les excellents Capricorn one et Outland), qui, s’il n’atteint évidemment pas la perfection de celui de Kubrick, n’en est pas moins honorable en lui-même (sur un pur plan SF : par contre, il ajoute un sous-texte politique absent du livre et plutôt maladroit), avec des effets spéciaux pas dégueulasses pour l’époque (mais certains décors épouvantables) et un casting fort sympathique (Roy Scheider, Helen Mirren, John Lithgow). S’il n’atteint pas tout à fait le degré de poésie qui caractérisait son prédécesseur, ce roman arrive à égaler, voire même à dépasser, la quantité pourtant déjà prodigieuse de Sense of wonder et d’interrogations à portée philosophique que celui-ci distillait. Plus chaleureux (notamment au niveau des personnages -moins dans le film, cependant-), il donne aussi au lecteur de 2001 les clefs manquantes pour enfin tout comprendre (ou presque) sur les activités et les buts des bâtisseurs de Monolithes, le sort de Bowman et la cause de la psychose de qui vous savez (ceci est un dispositif anti-spoiler destiné à ceux qui n’ont pas encore lu 2001).

Bref, pour moi, il s’agit plus d’un diptyque que de deux romans « indépendants » faisant juste partie d’un même cycle. Et d’ailleurs, au sujet de ce dernier, je précise tout de suite que vous pouvez vous dispenser sans regret de lire 2061 et 3001, qui se baladent entre le « bof » et le carrément mauvais, et n’ont absolument pas la dimension, l’envergure, de leurs deux illustres prédécesseurs.  Lire la suite

2001 – L’odyssée de l’espace – Arthur C. Clarke

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Ainsi parlait Apophis (ce livre tu liras !)

2001Bon, bon, bon, j’étais parti pour vous parler de 2001 et 2010 de Clarke dans le neuvième numéro de l’œil d’Apophis (pas le suivant, celui d’après), mais finalement j’y ai jeté à nouveau plus qu’un vague coup d’œil (^^) ces derniers jours et j’ai préféré vous proposer des critiques complètes (celle de 2010 suivra dans quelques jours). Car si, paradoxalement, Clarke et le film de Kubrick sont très connus, combien d’entre vous ont lu 2001 ? Pas grand-monde, j’en mettrais ma main au feu… D’ailleurs, le dit film, s’il est reconnu comme un chef-d’oeuvre du cinéma (de SF, mais pas que), a paradoxalement probablement fait beaucoup de mal au roman, qui a été développé en parallèle (et qui présente d’ailleurs quelques différences avec sa contrepartie, ainsi qu’avec sa propre suite, 2010) à partir d’une nouvelle antérieure, La sentinelle (où le Monolithe est remplacé par une pyramide). Les gens qui ont tenté le visionnage en sont, pour beaucoup, ressortis dubitatifs, tant le début et la fin de l’intrigue ont pu leur paraître obscurs. Ayant lu le livre avant, pour ma part j’ai pu apprécier le film à sa juste valeur. D’ailleurs, 2001 a une place vraiment à part dans mes lectures, puisque c’est le premier livre de science-fiction que j’ai lu (suivi de 2010 et de Fondation, excusez du peu !) lorsque j’avais environ dix ans. Et même trente-trois ans plus tard, cela reste pour moi un des meilleurs. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.
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Face-à- face avec Méduse et autres nouvelles – Arthur C. Clarke

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Les 0.99 euros les mieux dépensés de mon existence

meeting_with_medusaFace-à-face avec Méduse et autres nouvelles est un recueil de textes courts signés Arthur C. Clarke comprenant, outre la nouvelle éponyme (Nebula 1973 de la meilleure Novella), Marée neutronique et Retrouvailles. Je ne vais pas vous présenter l’auteur, vu qu’il fait partie des happy few dont le nom est connu même du grand public pas vraiment amateur de SF. Je vous dirais en revanche que Clarke a une place spéciale dans mon panthéon personnel, à la fois comme maître de la Hard SF, un de mes sous-genres de prédilection, et comme le tout premier auteur de science-fiction que j’ai lu lorsque j’avais environ dix ans (comme quoi, hein, la Hard SF qui serait systématiquement ardue à lire…).

Vous devez vous demander pourquoi je vous propose cette critique, et pas celle d’un texte plus fondamental de Clarke : la raison en est simple, Bragelonne a la bonne idée de publier, en janvier, Les chroniques de Méduse, roman co-signé par deux autres grands maîtres de la Hard SF, Alastair Reynolds et Stephen Baxter, et qui est une suite de la nouvelle de Clarke. N’ayant pas encore eu l’occasion de lire cette dernière, il m’a donc paru pertinent de combler cette lacune avant d’attaquer le roman, et de vous faire bénéficier d’une recension dans la foulée. Et puis tant qu’à faire, autant proposer celles des deux autres textes, c’est cadeau. Et pourtant, c’est mon anniversaire, je devrais en recevoir, pas en distribuer  😀 Lire la suite

La forêt sombre – Liu Cixin

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Très, très intéressant

foret_sombre_liuLa forêt sombre est la suite du Problème à trois corps. Le roman a été publié en 2008, traduit en anglais en 2015, et c’est à partir d’une version révisée établie en 2016 que la VF a été traduite directement à partir du chinois, à la demande de l’auteur. Deuxième précision, utile pour ceux qui ont lu le tome 1 de cette trilogie : cette fois, vous pouvez parcourir la quatrième de couverture, il s’agit d’un résumé « normal » et pas de la médaille d’or du spoiler comme pour le livre précédent. Enfin, ultime précision, mais qui a son importance : si vous n’avez pas encore lu Le problème à trois corps, je vous déconseille fortement de parcourir cette critique, qui vous dévoilera forcément sa grande révélation (il est strictement impossible de faire autrement, à moins de réduire mon avis à c’est bien / passable / pas bien).

Ce que je peux vous dire est que ce tome 2 est assez différent du premier qui, via ses flash-backs centrés sur la Révolution Culturelle, était ancré dans une certaine réalité concrète. Ici, nous sommes en très grande partie dans une SF plus spéculative, à vaisseaux et ascenseurs spatiaux, rayons à particules et toute la quincaillerie SF que vous pouvez imaginer. Pour autant, malgré quelques défauts, j’ai trouvé La forêt sombre globalement passionnant, et j’ai vraiment hâte de lire le tome 3 (l’année prochaine à la même époque ?).  Lire la suite

2312 – Kim Stanley Robinson

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Fuyez, pauvres fous…

2312_KSRKim Stanley Robinson (KSR) est un auteur américain de SF (et de Cli-Fi -fiction climatique-) multi-primé (un World Fantasy Award, 6 prix Locus, 3 Nebula -dont un pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui-, 2 Hugo) considéré comme un des plus importants écrivains (particulièrement de Hard-SF) du genre. Contrairement à la majorité de la SF américaine, ses thèmes de prédilection (anticapitalisme et modèles économiques et politiques alternatifs, écologie, justice sociale) le placent à gauche de la scène politique et dans une niche singulière par rapport à ses petits camarades. Malgré tout, sa fascination pour les nouvelles frontières (représentées ici par la colonisation spatiale) l’inscrit pleinement dans une des thématiques favorites de la science-fiction américaine.

L’oeuvre la plus connue de KSR reste sa trilogie martienne, un monument du Planet Opera qui décrit d’une façon extraordinairement détaillée tous les aspects (économiques, sociaux, culturels, scientifiques, techniques, etc) de la colonisation et de la terraformation (transformation en monde semblable à la Terre) de la planète rouge. Les descriptions des paysages martiens, notamment, sont si vivantes qu’on jurerait que Robinson s’y est personnellement rendu ! Malgré tout, il reste un auteur clivant, car son style froid, fonctionnel, lent, très intellectuel, à du mal à passer auprès de certains lecteurs. Je dois dire que moi-même, même si j’ai adoré la trilogie, ai ressenti de nettes longueurs sur d’autres livres, comme Chroniques des années noires, par exemple.

En grand fan de KSR, de Hard-SF et de tout livre décrivant la colonisation du système solaire, il était évident que je ne pouvais pas passer à côté de 2312, surtout que j’espérais quelque chose du calibre de la trilogie martienne, mais largement étendu au-delà des frontières de la planète rouge (je savais que le roman parlait beaucoup de la terraformation de Vénus, notamment, un thème bien trop délaissé à mon goût en SF). Je vous laisse donc imaginer ma déception après avoir commencé l’ouvrage, qui s’est révélé effroyablement long, pédant, mal construit, plat et n’apporter pas grand-chose de neuf, pour ne pas dire rien. Bref, j’anticipe un peu sur la conclusion, mais franchement, si vous ne connaissez pas KSR, ne commencez surtout pas votre découverte de son oeuvre par ce roman, qui n’en vaut pas la peine. Et si vous êtes plutôt fan, comme moi… fuyez. Gardez vos éventuels bons souvenirs de la trilogie martienne, ça vaudra mieux.  Lire la suite