The calculating stars – Mary Robinette Kowal

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Conquête spatiale, conquête des droits

calculating_starsThe calculating stars fait partie du cycle Lady astronaut, dont il est le second texte publié mais le premier dans la chronologie interne de cet univers. Il explique donc (ainsi que le roman suivant, à paraître dans quelques semaines, The fated sky) la façon dont on en est arrivé au monde de The lady astronaut of Mars. Mélange d’Atompunk (Steampunk des années 45-65 ; l’auteure, elle, parle, dans la postface, de « punchcard punk », étant donné que l’informatique plus primitive de son univers fonctionne aux cartes perforées), donc d’uchronie rétrofuturiste, et de Hard SF / SF post-apocalyptique, le roman propose aussi au lecteur une intrigue qui mêle différentes strates de lecture : évolution sociale (possibilités professionnelles offertes aux femmes ou aux personnes de couleur), course à l’espace uchronique avec une exploitation réaliste de la science et de la technique, mais aussi (et peut-être surtout) une immersion pleine de sensibilité et d’émotion dans la vie d’un couple, confronté, de la première à la dernière ligne, à des défis extraordinaires.

Une fois de plus, Mary Robinette Kowal livre un très bon texte, même si pas tout à fait dépourvu de certains défauts, au minimum pour des profils bien précis de lecteurs. Je vais donc essayer de vous décrire le plus précisément possible ce qui peut vous plaire… ou pas là-dedans.  Lire la suite

Jubilee – Karl Schroeder

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Roméo et Juliette dans l’espace

jubilee_schroederJubilee est une nouvelle écrite par Karl Schroeder, auteur canadien plutôt prolifique mais peu traduit en France (seuls Ventus et Permanence l’ont été). Ce texte court se déroule dans le même univers que son roman stand-alone Lockstep (qui sera critiqué sur ce blog en 2019), mais il peut se lire de façon indépendante.

La singularité de ce contexte tient au fait que la société de la planète extrasolaire lointaine où se déroule l’action est divisée en deux populations différentes : une, les realtimers, vit une vie normale, tandis que les Locksteppers (les synchronisés, disons) sont en stase et ne se réveillent que pour un mois tous les trente ans. Du moins, c’est la moyenne. Mais que se passe-t-il quand deux installations abritant des gens en stase se détestent tellement qu’elles se désynchronisent exprès, que lors d’une des rares conjonctions où leurs habitants sont éveillés en même temps une jeune femme de l’une tombe amoureuse d’un adolescent de l’autre, et qu’ils commencent à s’échanger des lettres lors de leurs périodes de réveil postérieures successives ? Et que la société des Realtimers commence à changer en fonction de cet échange épistolaire hors du commun et de cet amour qui transcende les siècles ?  Lire la suite

L’œuf du dragon – Robert Forward

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Chef d’oeuvre de Hard SF / worldbuilding / création d’alien pour les uns, à fuir pour les autres devant tant de faiblesse et d’aridité littéraire

dragon_s_egg_forwardRobert Forward (1932-2002) était un physicien américain (un pionnier dans la détection des ondes gravitationnelles), dont le travail tout ce qu’il y a de sérieux et réel, pour la NASA, l’US Air Force ou d’autres organismes prestigieux, semble relever de cette science-fiction qu’il finira par écrire en parallèle d’articles scientifiques : il a étudié la possibilité de réaliser concrètement une variante de l’ascenseur spatial, la propulsion par antimatière, le voyage dans le temps, la matière à masse négative, etc. Il a publié onze romans, relevant (logiquement) de la Hard SF, dont le plus connu est L’œuf du dragon, dont je vais vous parler aujourd’hui. Sorti en VO en 1980 (et titulaire du prix Locus – catégorie premier roman- 1981), ce texte a été traduit en France en 1984 puis est sorti en poche en 1990 (notez qu’il existe une suite, Starquake, qui, elle, n’a jamais été traduite). Premier livre de l’auteur (qui devait initialement être co-écrit avec Larry Niven, ce qui n’a au final pas pu se faire. Au passage, Forward remercie aussi Frank Drake, Hans Moravec et Freeman Dyson, excusez du peu !), il se révèle un coup de maître sur le plan du réalisme scientifique, de la construction de l’univers et de la race extraterrestre rencontrée par les humains, et surtout du Sense of wonder, et ceci pour une raison toute simple : les Cheela vivent… à la surface d’une étoile à neutrons !

Considéré comme un chef-d’oeuvre de la Hard SF dans la lignée de Mission Gravité de Hal Clement (c’est l’auteur lui-même qui établit la filiation dans l’appendice), on peut regretter que L’œuf du dragon et son auteur aient autant été oubliés aussi bien en France qu’aux USA : aujourd’hui, lorsqu’on parle de ce genre de Science-Fiction, bien peu sont ceux qui citent Forward comparé à Egan et autres Baxter ou Watts ; le roman n’a pas été réédité depuis près de trente ans en VF et n’existe pas sous forme électronique (sauf en VO -c’est d’ailleurs dans la langue de Shakespeare que je l’ai lu- : remarquez toutefois que sa suite n’est pas disponible sous cette forme même en anglais). Si on ajoute à ce lourd dossier à peu près la même situation (en pire : pas de version électronique du tout, même en VO, pas réédité depuis des lustres) pour son autre livre majeur, Le vol de la libellule (qui décrit de façon réaliste un voyage par vaisseau à voile solaire vers l’étoile de Barnard), on se retrouve devant un des pires cas d’abandon d’un auteur majeur dans un sous-genre donné. Il me semble que du côté de Saint Mammès, il y a une bande d’amateurs de Hard SF, enfin, je dis ça, hein, je dis rien… Lire la suite

The freeze-frame revolution – Peter Watts

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Watts fait son Zendegi ou son Cérès et Vesta

freeze_frame_wattsThe freeze-frame revolution est un roman court signé Peter Watts, centré autour de Sunday Ahzmundin, un personnage qui apparaissait déjà dans les trois textes consacrés à l’Eriophora dans Au-delà du gouffre. Signalons que la lecture de ces derniers n’est pas indispensable pour comprendre cette novella (l’auteur présente de façon efficace cet univers) mais constitue évidemment un plus (notamment quand Sunday évoque son épiphanie à la surface du soleil, ce qui fait directement référence à la nouvelle Éclat).

Petit résumé, malgré tout, destiné à ceux qui n’ont pas eu l’occasion de lire ces textes : l’Eriophora (nommé d’après un type d’araignée) est un vaisseau-astéroïde de plusieurs dizaines de kilomètres de long qui parcourt la galaxie à une vitesse inférieure à celle de la lumière pour construire, grâce à des robots autoréplicateurs appelés vons (en référence à John von Neumann, évidemment), une toile de portes spatiales permettant un transfert instantané de l’une à l’autre, le tout au bénéfice des successeurs posthumains de l’Humanité. Il possède un équipage de 30 000 humains (génétiquement modifiés et entraînés pour être entièrement dévoués au succès de la mission) en stase cryogénique, partis de la Terre au XXIIe siècle, et dont une poignée ne sont réveillés que si l’IA (faible, au sens informatique de ce terme) de bord, le Chimp(anzé), a un problème qu’elle ne sait pas résoudre dans le système où doit se dérouler le prochain chantier (ce qui ne se produit que dans 6% des cas à peine). En moyenne, une personne ne se réveille que quelques jours tous les… deux millénaires, avant de replonger en hibernation. Au moment où le récit commence, l’Eri (comme il est surnommé) en est à son 32e circuit complet autour de la Voie Lactée, ce qui représente 100 000 portes construites et un voyage de… 66 millions d’années !  Lire la suite

The soldier – Neal Asher

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La Culture de Banks passe du côté obscur ! 

the_soldier_v2_asherJe vous ai déjà un peu parlé de Neal Asher dans le tout premier épisode de l’œil d’Apophis, mais cet auteur anglais de science-fiction est si prolifique que je n’ai même pas commencé à aller au-delà de la surface de sa bibliographie. Prolifique, mais très peu traduit : seulement trois romans sur une vingtaine. Outre Voyageurs, qui n’a rien à voir avec le cycle qui nous occupe aujourd’hui, deux autres romans en faisant partie l’ont été par Fleuve Noir : L’écorcheur (le premier tome du sous-cycle Spatterjay) et Drone, un des stand-alone.

Car ce livre, bien qu’il soit le premier d’un cycle, Rise of the Jain, est en fait le seizième (si, si) d’un énorme meta-cycle, Polity (démarré sous forme de nouvelles il y a vingt ans), qui compte trois autres cycles et quatre stand-alone, tous se déroulant dans le même univers. The soldier étant, dans la chronologie interne de ce contexte, le plus avancé.

Vous vous demandez probablement si The soldier est lisible sans avoir lu aucun des quinze autres romans, et la réponse est oui : l’auteur vous fournit tous les éléments pour suivre son histoire même sans rien savoir de la Polity. Qu’on pourrait résumer en une phrase : la Polity, c’est la Culture de Iain M. Banks, mais dans une version sombre, Hard SF, extrêmement militarisée (avec des combats violents et spectaculaires), nerveusement rythmée et conservatrice au lieu de progressiste. Et ça dépote !  Lire la suite

Hardfought – Greg Bear

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La guerre éternelle… en mieux ! 

hardfought_bearEtant donné que j’ai de la demande pour des critiques de Greg Bear, j’ai décidé de vous proposer quelque chose qui sortait des sentiers battus concernant cet auteur (un peu laissé sur le bord de la route par l’édition française ces dernières années, malgré une production assez prolifique -mais à forte orientation militaire, ceci expliquant sans doute cela-) en vous parlant de Hardfought, une de ses novellas, qui a obtenu le prix Nebula dans cette catégorie de textes en 1984. Il s’agit d’un texte à la fois très ambitieux, très exigeant et prodigieusement intéressant, montrant le combat interminable et absurde dans lequel sont englués les humains et une race extrêmement ancienne. Car aussi ahurissant que cela puisse paraître, les deux civilisations sont en guerre depuis trente ou quarante mille ans, mais n’ont jamais tenté de communiquer entre elles. Un postulat qui rappelle évidemment La guerre éternelle de Joe Haldeman, sauf qu’ici nous sommes sur quelque chose d’encore plus pointu, dystopique et intelligent. Et clairement, ce texte est tellement hardcore qu’il ne se destinera certainement pas à tous les publics. Sans compter une densité, pour une novella, proprement exceptionnelle : j’ai pris autant de notes pour préparer cette critique que je le fais d’habitude pour un roman trois ou quatre fois plus grand !  Lire la suite

Dans la toile du temps – Adrian Tchaikovsky

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A lire absolument ! 

dans_la_toile_du_tempsLe 12 avril 2018, sort en français Dans la toile du temps d’Adrian Tchaikovsky, roman que j’ai lu en anglais il y a un an et demi. Je ne saurais trop vous conseiller de le lire, car c’est, à mon sens, une des œuvres majeures de la science-fiction sortie ces dernières années (et l’ultime livre sélectionné par Gilles Dumay avant le début de l’ère Godbillon). Si vous voulez en savoir plus à son sujet, je vous invite à vous reporter à ma critique de la VO, sachant que celle-ci ne s’exprimera évidemment pas sur la qualité de la traduction, de la relecture, de l’édition, etc, bref tout ce qui est propre à la VF. Avec cet article, j’inaugure aussi un nouveau tag, Sortie en VF, qui vous permettra de faire le point sur tous les livres critiqués à l’origine en VO qui ont été traduits en français plus tard. Vous le trouverez tout en bas de la colonne latérale du blog.

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