Le trône d’ébène – Thomas Day

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L’autre chef-d’œuvre de Thomas Day  😉

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 100 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Dans son avant-propos, Thomas Day prévient : Le trône d’ébène ne doit pas être considéré comme un roman historique consacré au fameux roi des zoulous mais comme une Fantasy mêlant dieux et sorcières à des personnages et événements réels, sans compter les libertés prises avec les structures sociales (et j’ajouterais : militaires) ou la géographie. Pourtant, dans la double lecture possible qu’il offre (certains événements peuvent aussi bien s’expliquer par la cryptozoologie, l’emploi de drogues, la folie ou la manipulation psychologique que par le surnaturel), ce roman relève plus d’un livre de Fantastique à cadre Historique comme Gilgamesh, roi d’Ourouk de Robert Silverberg que de la Fantasy.

L’auteur nous dépeint la geste plus que l’histoire de Chaka, roi des Zoulous, de la même façon que L’Iliade n’est pas un compte-rendu factuel mais « ré-enchanté » de la Guerre de Troie. Lire la suite

La voie du sabre – Thomas Day

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Le chef-d’œuvre de Thomas Day

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 100 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

La voie du sabre est une version allongée d’une novella antérieure. Comme il le fera avec Chaka, Thomas Day s’approprie un cadre et un personnage historique et le ré-enchante, ajoutant des éléments magiques, s’éloignant des faits avérés pour donner à ce personnage une stature légendaire. Mais contrairement au Trône d’ébène, La voie du sabre est une vraie Fantasy ne proposant qu’une seule grille de lecture, surnaturelle.

À part sa maîtrise suprême du katana et son talent artistique, le Musashi de Day n’a qu’un vague rapport avec sa contrepartie réelle (dont le testament dit qu’il faut éviter les plaisirs de la chair et de la chère !), tout comme son Japon n’est pas celui de nos manuels d’Histoire : les sorciers y manient la foudre, une encre allonge votre vie mais vous transforme en dragon (Herbert rencontre Lovecraft ?), un tatouage peut s’animer, un rōnin manipuler le cours du temps et sculpter un tigre dans une gerbe de sang. Lire la suite

L’espace entre les guerres – Laurent Genefort

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Non pas un mais deux romans de Planet Opera Hard SF très recommandables !

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 100 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

L’espace entre les guerres est un recueil réunissant deux romans respectivement parus en 1998 et 2000, Dans la gueule du dragon et Une porte sur l’éther. S’inscrivant dans l’univers des Portes de Vangk commun à d’autres textes de l’auteur, ils mettent en scène son seul héros récurrent, Jarid Moray, qui refera une apparition dans Lum’en. Il correspond au trope du médiateur, mi-diplomate, mi-enquêteur, envoyé par le gouvernement (ici diverses corporations interstellaires) quand la situation locale devient explosive (on retrouve le même type de protagoniste chez Serge Lehman -notamment dans La perle– ou Adam Troy-Castro -dans Émissaires des morts-, par exemple). Il est la dernière étape avant une intervention militaire : la conciliation coûte moins cher que la guerre !

Dans la gueule du dragon se passe sur une protoplanète qui n’est qu’un océan de lave radioactive où seul un îlot rocheux, le Berg, forme une graine de continent, que la technologie humaine empêche d’être dissous. Jarid y est expédié par la Semeru, la multimondiale titulaire de la concession (qui ne sert que de vitrine technologique pour les actionnaires et les concurrents, son utilité économique étant nulle), afin d’enquêter sur le meurtre des deux précédents gouverneurs, alors que le nouveau entame une violente répression, cherche à imposer des lois d’exception et à exacerber les tensions, tandis que les factions politiques locales (des utopistes aux non-violents en passant par les radicaux meurtriers) se déchirent. Une porte sur l’éther met en scène un cadre encore plus extraordinaire, deux planètes partageant la même orbite, reliées par un Big Dumb Object, l’Axis, d’origine extraterrestre et formé de diamant, ayant pour but de permettre le complexe cycle de vie d’une céréale au potentiel nutritif hors-norme et au goût inimitable. L’une des planètes, aux mains d’une junte militaire nationaliste et intolérante, responsable d’un génocide ayant contraint certains groupes à l’exode dans l’Axis, fait entendre des bruits de bottes pour effacer ses crimes passés en conquérant ce dernier et renégocier à la dure le partage des profits, encaissés en premier lieu par le monde jumeau. Les habitants de la structure, divisés entre des groupes aussi divers que des primitivistes, des posthumains et des fanatiques religieux, vont se retrouver pris au piège. La mission de Moray, pour le compte d’une autre multiplanétaire, la DemeTer, sera de désamorcer la crise. Lire la suite

Panthéon Apophien – épisode 7

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cropped-apophis-ra_symbolSur ce blog, certains romans sont distingués par un tag prestigieux (si, si) : (roman) culte d’Apophis, qui représente une combinaison de coup de cœur hautement subjectif et surtout de ce que je pense être, objectivement, le meilleur de ce que les littératures de l’imaginaire ont à offrir. À la base, le tag a été attribué aux livres lus après la fondation du Culte, le 5 janvier 2016. Mais au fil des années, certains aponautes m’ont posé la question : et donc, quels sont les (romans) cultes d’Apophis lus avant cette date ? Eh bien la série dont fait partie le présent article, Panthéon Apophien, a précisément pour but de vous parler des cultes avant le Culte, entre 1985 et fin 2015. Chaque article vous présentera trois romans ou cycles, retraçant également en parallèle de façon plus ou moins chronologique (c’est loin, tout ça…) ce qu’a été mon parcours personnel de lecteur de SFFF et mon état d’esprit de l’époque.

Vous pouvez retrouver tous les autres articles de cette série sous ce tag ou sur cette page. Les romans cultes d’Apophis, pré- ou post-2016, sont listés sous cet autre tag. Lire la suite

La nuit du Faune – Romain Lucazeau

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2021 : l’Odyssée de l’espèce

Cette critique est réalisée dans le cadre d’un service de presse fourni par Albin Michel Imaginaire. Merci à l’éditeur, à Gilles Dumay et tout particulièrement à Romain Lucazeau pour sa sympathique dédicace.

Cinq ans après son premier roman, le très bon Latium (clic et clic), Romain Lucazeau revient avec un second (on l’espère plus prolifique à l’avenir, même si le fait qu’il vienne d’accéder à de prestigieuses fonctions ne rend pas l’hypothèse très probable, malheureusement), La nuit du faune, qui s’inscrit dans un univers différent. De Latium, j’avais dit : « Si Romain Lucazeau publie quoi que ce soit d’autre, j’achète sans la moindre hésitation. Parce que si pour un premier roman, on frôle le chef-d’œuvre, m’est avis qu’au deuxième, troisième au pire, on ne fera pas que le frôler ». Eh bien mon pressentiment était le bon, car La nuit du faune est bel et bien un authentique chef-d’œuvre, dépassant de très loin tout ce que la SF française a jamais pu produire, et projetant son auteur, tel un javelot tiré de la main d’un dieu, directement au panthéon de la Science-Fiction mondiale, grands-maîtres anglo-saxons y compris. Si, si. Car si l’auteur aixois s’est inspiré de ces derniers (j’y reviendrai), son roman est supérieur à la somme des parties qui le composent, et une Hard SF d’ampleur cosmique digne de Rajaniemi, Baxter, Zindell et Clarke, probablement ses principaux inspirateurs.

Et d’ailleurs, puisqu’on en parle, beaucoup de gens, qui déclarent avoir hâte de lire ce livre, semblent n’en avoir appréhendé (et la communication de l’éditeur n’y est certainement pas étrangère) que l’aspect conte philosophique. Il est certes incontestable, mais comme chez Hannu Rajaniemi, il est étroitement mêlé à une Hard SF de haut niveau, même si monsieur Lucazeau fait de bien plus gros efforts que le finlandais pour rendre l’aspect scientifique de la chose, de plus en plus (omni)présent au fur et à mesure qu’on avance dans le roman, accessible à toutes et à tous. Même si, d’expérience (pour avoir traduit une nouvelle de Rajaniemi opérant dans un registre assez similaire et pour observer de très près toutes les critiques de Hard SF dans la blogosphère et ailleurs), je sais que ce qui me paraîtra accessible théoriquement à toutes et à tous laissera en fait sur le bord de la route un certain nombre de lectrices et de lecteurs. Tout en étant conscient, donc, que La nuit du faune n’est peut-être pas ce qu’il pensait être de prime abord, j’espère toutefois que le lecteur potentiel ne sera pas effarouché et saura faire l’effort nécessaire pour suivre (il n’y a vraiment RIEN d’insurmontable, hein). Parce que dans le cas contraire, ledit lecteur passerait vraiment à côté d’un immense roman ! D’ailleurs, dans mon panthéon personnel de la SF, je le placerai désormais en quatrième position, ex aequo avec Diaspora de Greg Egan, et après l’indétrônable HypérionVision aveugle et la médaille de bronze Inexistence (clic et clic). Lire la suite

Panthéon Apophien – épisode 6

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cropped-apophis-ra_symbolSur ce blog, certains romans sont distingués par un tag prestigieux (si, si) : (roman) culte d’Apophis, qui représente une combinaison de coup de cœur hautement subjectif et surtout de ce que je pense être, objectivement, le meilleur de ce que les littératures de l’imaginaire ont à offrir. À la base, le tag a été attribué aux livres lus après la fondation du Culte, le 5 janvier 2016. Mais au fil des années, certains aponautes m’ont posé la question : et donc, quels sont les (romans) cultes d’Apophis lus avant cette date ? Eh bien la série dont fait partie le présent article, Panthéon Apophien, a précisément pour but de vous parler des cultes avant le Culte, entre 1985 et fin 2015. Chaque article vous présentera trois romans ou cycles, retraçant également en parallèle de façon plus ou moins chronologique (c’est loin, tout ça…) ce qu’a été mon parcours personnel de lecteur de SFFF et mon état d’esprit de l’époque.

Vous pouvez retrouver tous les autres articles de cette série sous ce tag ou sur cette page. Les romans cultes d’Apophis, pré- ou post-2016, sont listés sous cet autre tag. Lire la suite

The maleficent seven – Cameron Johnston

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Suicide Squad of the Wyld !

Lorsque, en mai 2017, je vous ai fait découvrir la VO de Wyld de Nicholas Eames, un éminent aponaute, l’excellent Olivier Boile, a fait la remarque suivante : « L’idée de départ de ce roman semble tellement évidente qu’on s’étonne que personne ne l’ait eue plus tôt ! ». On pourrait dire la même chose à propos de celle au centre de The maleficent seven, le nouveau roman de Fantasy de Cameron Johnston : s’inspirer à la fois du film Les sept mercenaires (en anglais : The magnificent seven) ET faire non pas d’antihéros, mais carrément de méchants les protagonistes. D’où le titre, The maleficent seven. Chacun de ces éléments, titre y compris, n’étant pas tout à fait nouveau (il y a deux autres romans, dont un de Fantasy, portant le même nom et référencés sur Goodreads), mais c’est leur combinaison qui retient l’attention. Et le concept, similaire à celui du film Suicide Squad, et explicitement posé par l’auteur à un moment, de monstres combattant d’autres monstres. Quand vous saurez qu’en plus, il s’agit (entre autres) de sauver la famille d’un des personnages de l’invasion de sa ville par des hordes d’ennemis, et que les héros ont 60-70 ans (j’y reviendrai), voire plus, le parallèle avec Wyld est également clair. Ce qui a donc conduit, étant donné qu’en plus, l’humour est très présent, beaucoup de critiques sur Goodreads à présenter le livre de Johnston comme un mélange Suicide Squad / Kings of the Wyld.

Comme certaines personnes l’ont fait remarquer sur cette plate-forme, si la formule est pertinente, elle est aussi limitée et peut induire en erreur : en effet, à partir d’un certain point du récit, le mélange humour / Dark Fantasy se transforme en un Grimdark extrêmement gore, sombre et violent, et ça, ça n’a clairement pas plu à tous les profils de lecteur. Personnellement, j’ai adoré ce bouquin, et plus j’avançais, plus j’aimais (la fin et les épilogues sont exceptionnels). Il faut donc être conscient de ce dans quoi vous allez vous engager si vous décidez de lire The maleficent seven : une partie peut vous plaire / remplir le contrat Suicide Squad + Wyld, tandis que la suivante peut ne plus correspondre à vos goûts. Même si, personnellement, je ne pense pas que les lecteurs francophones de Dark Fantasy soient aussi facilement effarouchés que les anglo-saxons (mais bon, lisez le reste de la critique tout de même…).

Il y a quelques jours, je me suis aperçu tout à fait par hasard que depuis que ce blog existe, j’ai pratiquement toujours fait mes meilleures lectures de l’année en août : avec ce roman, et La nuit du faune de Romain Lucazeau en approche, je crois que cette récurrence, ou tradition, appelez-ça comme vous voulez, ne sera pas démentie en 2021 !  😉 Lire la suite

Vision aveugle – Peter Watts

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La réédition tant attendue d’un chef-d’œuvre absolu !

Depuis plusieurs années (la preuve), je vous parle de Vision aveugle de Peter Watts, qui est, immédiatement après Hypérion, le livre de SF le plus important dans mon panthéon personnel. Ceux d’entre vous qui me connaissent savent que ce n’est pas le genre de « distinction » que j’attribue à la légère, ce qui devrait vous situer le niveau de l’ouvrage. Qui n’était plus disponible depuis, oh, plus que ça, mais que Monsieur Bélial’ a l’excellente initiative de rééditer le 23 septembre 2021, dans une nouvelle mouture à la couverture dessinée par Manchu (la plus fidèle aux descriptions faites dans le roman et à son ambiance qu’il m’ait été donné de voir, éditions françaises ou anglo-saxonnes confondues), dotée d’une demi-douzaine d’illustrations intérieures signées Thomas Walker (le tout étant esthétiquement superbe), préfacée par l’auteur en personne et agrémentée d’une nouvelle supplémentaire. Le fait que mon deuxième roman de science-fiction préféré ne bénéficie pas sur le Culte d’une critique en bonne et due forme aux standards actuels de ce blog étant une anomalie, j’ai décidé de la corriger et de vous donner, je l’espère (vraiment !) envie de découvrir ce livre incroyable.

Je viens de lire ce roman pour la troisième fois, et même en connaissant les tenants et les aboutissants, eh bien ça a été à nouveau la claque. Là aussi, ça vous situe le niveau. Et cette relecture a été riche en nouveaux éléments d’analyse, car ayant lu la trilogie Rifteurs depuis la précédente (qui avait eu lieu un peu avant la sortie d’Échopraxie), j’ai pu percevoir des parallèles Vision Aveugle / Rifteurs qui m’avaient évidemment échappé avant. Mais de façon plus générale, je pense que, d’une part, un roman, quel qu’il soit, ne s’apprécie vraiment qu’à la relecture, et que d’autre part, Vision aveugle est d’une telle richesse et flamboyance que, ébahi et émerveillé par tant d’intelligence (j’y reviendrai) lors de la lecture initiale, la remarque est doublement valable pour les bouquins de sa trempe (la trilogie Martienne de Kim Stanley Robinson, etc). Bref, à lire… et à relire ! Lire la suite

Unity – Elly Bangs

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Un concurrent sérieux au titre de roman SF de l’année !

Elly Bangs est une autrice américaine basée à Seattle dont j’avais déjà lu la nouvelle Dandelion, qui nous offrait un incroyable voyage émotionnel, beaucoup d’humanité et une fin grandiose. Inutile de dire, donc que quand j’ai appris qu’elle sortait son premier roman, Unity, mi-avril, je me suis empressé de l’inscrire dans mon programme de lecture, même si divers facteurs ont fait que je n’ai pas pu le lire aussi près de sa parution que possible. Après l’avoir achevé, je suis absolument sidéré que ce livre n’ait pas eu plus d’écho que cela, car c’est, et de très loin, une de mes meilleures lectures SF récentes. J’imagine que, comme nous le verrons, il a peut-être pâti d’une première moitié qui ne reflète absolument pas la qualité (hallucinante) de la seconde, d’un manque de visibilité ou de notoriété de son autrice. Quoi qu’il en soit, j’espère que ma critique incitera les anglophones, parmi vous, à lire ce bouquin, et surtout l’édition française à s’y intéresser, tant il mériterait vraiment d’être traduit ! Car à nouveau, Bangs mêle Sense of wonder, émotion, humanité et une (pré-) fin très réussie en un mélange magistral (si on prend en compte la totalité du livre), qui plus est très en prise avec les préoccupations progressistes actuelles sans être non plus (trop) agressivement militant.

Inutile de dire qu’après deux textes (un court, puis un long) aussi réussis, je vais me jeter, à l’avenir, sur tout ce que publiera l’autrice, et ce d’autant plus qu’elle me sort, ainsi, d’une série de lectures VO qui ont rarement été enthousiasmantes. Lire la suite

Panthéon Apophien – épisode 5

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cropped-apophis-ra_symbolSur ce blog, certains romans sont distingués par un tag prestigieux (si, si) : (roman) culte d’Apophis, qui représente une combinaison de coup de cœur hautement subjectif et surtout de ce que je pense être, objectivement, le meilleur de ce que les littératures de l’imaginaire ont à offrir. À la base, le tag a été attribué aux livres lus après la fondation du Culte, le 5 janvier 2016. Mais au fil des années, certains aponautes m’ont posé la question : et donc, quels sont les (romans) cultes d’Apophis lus avant cette date ? Eh bien la série dont fait partie le présent article, Panthéon Apophien, a précisément pour but de vous parler des cultes avant le Culte, entre 1985 et fin 2015. Chaque article vous présentera trois romans ou cycles, retraçant également en parallèle de façon plus ou moins chronologique (c’est loin, tout ça…) ce qu’a été mon parcours personnel de lecteur de SFFF et mon état d’esprit de l’époque.

Vous pouvez retrouver tous les autres articles de cette série sous ce tag ou sur cette page. Les romans cultes d’Apophis, pré- ou post-2016, sont listés sous cet autre tag. Lire la suite