Le Volcryn (Nightflyers) – George R. R. Martin

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L’oeuvre de G.R.R. Martin ne se réduit pas à la Fantasy ! 

volcrynC’est un aspect de son travail qui a, aujourd’hui, largement été occulté par le succès colossal de son cycle phare de Fantasy, Le trône de fer, mais bien avant d’écrire dans ce registre des littératures de l’imaginaire, George R. R. Martin était un écrivain de Science-Fiction (Chanson pour Lya, Les rois des sables) et d’Horreur (Armageddon Rag, Riverdream) respecté.

Le Volcryn est une novella parue en 1980, et titulaire du prix Locus l’année suivante. Etant donné qu’une série télévisée basée sur elle est prévue cette année (nommée d’après son titre original, Nightflyers), elle va être rééditée en octobre en français sous le même nom (selon la même logique qui a présidé à la nouvelle appellation d' »Altered Carbon » pour le Carbone modifié de Richard Morgan). Notez qu’il s’agit de sa seconde adaptation sur un écran, puisqu’un film en a également été tiré en 1987 (toujours sous le même nom). Notez aussi que l’univers dans lequel ce roman court se déroule est le même que celui d’autres textes, dont L’agonie de la lumièreChanson pour Lya ou le multi-primé Les rois des sables.

Tout comme ce dernier texte, Le Volcryn est un hybride de SF et d’Horreur, inspiré à Martin par la réflexion d’un critique opposant ces deux genres et les qualifiant d’incompatibles. Je pense qu’il est inutile que je vous cite la liste de longs-métrages à succès venant démentir cette assertion ridicule, non ? Quoi qu’il en soit, sachez que ce roman court n’est pas du tout ce qu’il paraît être de prime abord. Car ce qui y est important n’est pas tant la destination du vaisseau convoyant l’équipe scientifique impliquée, mais plutôt le voyage et le huis clos qui en résulte.  Lire la suite

A burden shared – Jo Walton

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La quintessence de la Science-Fiction

burden_shared_waltonA burden shared (« Un fardeau partagé ») est une nouvelle de SF publiée par Jo Walton en 2017. Nous sommes un certain nombre à penser que la forme courte constitue le pinacle de ce que les littératures de l’imaginaire ont à offrir, et ce genre de texte en constitue une magistrale démonstration. En moins de vingt pages, l’auteure galloise bâtit un monde original et soulève tout un tas de questions intéressantes. Cette nouvelle est de celles qui, bien des heures, des jours, voire des années après l’avoir achevée, vous conduira à réfléchir sur ce qui y est traité. Bref, c’est la quintessence de ce que le genre a à offrir. Et outre le fond, tout dans la forme est réussi, de la couverture parfaitement en accord avec l’idée centrale du texte au style plein d’émotion et d’empathie de Jo Walton. Voilà, de plus, une nouvelle qui a tout pour plaire à celui ou celle qui a apprécié l’humanisme de Mes vrais enfants, et qui, via la combinaison de sa faible longueur, de son niveau d’anglais accessible et de sa qualité, constitue une porte d’entrée idéale pour qui voudrait s’essayer à la lecture en anglaisLire la suite

Ravencry – Ed McDonald

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Encore meilleur que le tome 1, si, si !

ravencryRavencry est le second tome du cycle qui s’appelle Raven’s mark en VO et Blackwing en VF, après Blackwing (VO) / La marque du corbeau (VF). L’auteur a déclaré que pour l’instant, trois romans étaient prévus (le dernier, Crowfall, sortira lors de l’été 2019), mais qu’il n’excluait pas d’en écrire d’autres, situés dans le même univers mais mettant en jeu un personnage différent.

Le livre précédent ayant reçu un accueil ma foi fort enthousiaste (surtout pour un premier roman), les attentes étaient donc fortes concernant sa suite. Et ce d’autant plus que certains lecteurs avaient été un poil déstabilisés par le détachement du personnage principal par rapport à ce qui arrivait (un sentiment que je ne partage pas vraiment, pour ma part). Que ces gens là se rassurent, cependant : cette fois, Ryhalt est carrément ultra-concerné par ce qui arrive, et ce non pas sur un, mais plusieurs plans ! Certes, ce tome 2 a quelques petits défauts sur la fin (mais rien de rédhibitoire), mais globalement, il a repris avec succès la recette de son prédécesseur, en l’améliorant encore. Plus d’action, plus de Désolation, plus d’immersion, plus d’émotion. Bref, vivement le tome 3 ! Lire la suite

Summerland – Hannu Rajaniemi

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Brillant !  

summerlandHannu Rajaniemi est un auteur finlandais (vivant désormais en Californie), mathématicien et physicien de haut niveau écrivant également de la SFF (il a déclaré avoir été poussé dans les deux carrières -la scientifique et la littéraire- par la lecture des ouvrages de Jules Verne). Nouvelliste aussi bien que romancier, il est surtout connu pour sa trilogie consacrée à Jean le flambeur, dont seul le premier volume a été traduit chez nous : Le voleur quantique. Son nouveau roman, Summerland, un stand-alone, ne ressemble pourtant en rien (à part peut-être sur les thèmes de la mémoire, de la surveillance ou de la longévité et de ses effets sur la personnalité des gens) à ce dernier et plus généralement au registre Hard SF dans lequel on classe cet écrivain le plus souvent : il s’agit d’une relecture uchronique et rétrofuturiste de la guerre d’Espagne et des luttes entre services secrets de différentes nationalités qui l’entourent, basée sur une sorte de variante assez étonnante du Dieselpunk (revu à la sauce SOS Fantômes). Mais nous en reparlerons.

C’est un roman relativement exigeant (et j’insiste sur le « relativement », surtout pour ceux qui ne sont pas allés jusqu’au bout du Voleur quantique) parce qu’il impose d’assimiler de nombreux nouveaux concepts en à peine 330 pages, mais en tout cas l’univers proposé est assez unique et franchement intéressant.  Lire la suite

L’œuf du dragon – Robert Forward

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Chef d’oeuvre de Hard SF / worldbuilding / création d’alien pour les uns, à fuir pour les autres devant tant de faiblesse et d’aridité littéraire

dragon_s_egg_forwardRobert Forward (1932-2002) était un physicien américain (un pionnier dans la détection des ondes gravitationnelles), dont le travail tout ce qu’il y a de sérieux et réel, pour la NASA, l’US Air Force ou d’autres organismes prestigieux, semble relever de cette science-fiction qu’il finira par écrire en parallèle d’articles scientifiques : il a étudié la possibilité de réaliser concrètement une variante de l’ascenseur spatial, la propulsion par antimatière, le voyage dans le temps, la matière à masse négative, etc. Il a publié onze romans, relevant (logiquement) de la Hard SF, dont le plus connu est L’œuf du dragon, dont je vais vous parler aujourd’hui. Sorti en VO en 1980 (et titulaire du prix Locus – catégorie premier roman- 1981), ce texte a été traduit en France en 1984 puis est sorti en poche en 1990 (notez qu’il existe une suite, Starquake, qui, elle, n’a jamais été traduite). Premier livre de l’auteur (qui devait initialement être co-écrit avec Larry Niven, ce qui n’a au final pas pu se faire. Au passage, Forward remercie aussi Frank Drake, Hans Moravec et Freeman Dyson, excusez du peu !), il se révèle un coup de maître sur le plan du réalisme scientifique, de la construction de l’univers et de la race extraterrestre rencontrée par les humains, et surtout du Sense of wonder, et ceci pour une raison toute simple : les Cheela vivent… à la surface d’une étoile à neutrons !

Considéré comme un chef-d’oeuvre de la Hard SF dans la lignée de Mission Gravité de Hal Clement (c’est l’auteur lui-même qui établit la filiation dans l’appendice), on peut regretter que L’œuf du dragon et son auteur aient autant été oubliés aussi bien en France qu’aux USA : aujourd’hui, lorsqu’on parle de ce genre de Science-Fiction, bien peu sont ceux qui citent Forward comparé à Egan et autres Baxter ou Watts ; le roman n’a pas été réédité depuis près de trente ans en VF et n’existe pas sous forme électronique (sauf en VO -c’est d’ailleurs dans la langue de Shakespeare que je l’ai lu- : remarquez toutefois que sa suite n’est pas disponible sous cette forme même en anglais). Si on ajoute à ce lourd dossier à peu près la même situation (en pire : pas de version électronique du tout, même en VO, pas réédité depuis des lustres) pour son autre livre majeur, Le vol de la libellule (qui décrit de façon réaliste un voyage par vaisseau à voile solaire vers l’étoile de Barnard), on se retrouve devant un des pires cas d’abandon d’un auteur majeur dans un sous-genre donné. Il me semble que du côté de Saint Mammès, il y a une bande d’amateurs de Hard SF, enfin, je dis ça, hein, je dis rien… Lire la suite

The freeze-frame revolution – Peter Watts

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Watts fait son Zendegi ou son Cérès et Vesta

freeze_frame_wattsThe freeze-frame revolution est un roman court signé Peter Watts, centré autour de Sunday Ahzmundin, un personnage qui apparaissait déjà dans les trois textes consacrés à l’Eriophora dans Au-delà du gouffre. Signalons que la lecture de ces derniers n’est pas indispensable pour comprendre cette novella (l’auteur présente de façon efficace cet univers) mais constitue évidemment un plus (notamment quand Sunday évoque son épiphanie à la surface du soleil, ce qui fait directement référence à la nouvelle Éclat).

Petit résumé, malgré tout, destiné à ceux qui n’ont pas eu l’occasion de lire ces textes : l’Eriophora (nommé d’après un type d’araignée) est un vaisseau-astéroïde de plusieurs dizaines de kilomètres de long qui parcourt la galaxie à une vitesse inférieure à celle de la lumière pour construire, grâce à des robots autoréplicateurs appelés vons (en référence à John von Neumann, évidemment), une toile de portes spatiales permettant un transfert instantané de l’une à l’autre, le tout au bénéfice des successeurs posthumains de l’Humanité. Il possède un équipage de 30 000 humains (génétiquement modifiés et entraînés pour être entièrement dévoués au succès de la mission) en stase cryogénique, partis de la Terre au XXIIe siècle, et dont une poignée ne sont réveillés que si l’IA (faible, au sens informatique de ce terme) de bord, le Chimp(anzé), a un problème qu’elle ne sait pas résoudre dans le système où doit se dérouler le prochain chantier (ce qui ne se produit que dans 6% des cas à peine). En moyenne, une personne ne se réveille que quelques jours tous les… deux millénaires, avant de replonger en hibernation. Au moment où le récit commence, l’Eri (comme il est surnommé) en est à son 32e circuit complet autour de la Voie Lactée, ce qui représente 100 000 portes construites et un voyage de… 66 millions d’années !  Lire la suite

The soldier – Neal Asher

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La Culture de Banks passe du côté obscur ! 

the_soldier_v2_asherJe vous ai déjà un peu parlé de Neal Asher dans le tout premier épisode de l’œil d’Apophis, mais cet auteur anglais de science-fiction est si prolifique que je n’ai même pas commencé à aller au-delà de la surface de sa bibliographie. Prolifique, mais très peu traduit : seulement trois romans sur une vingtaine. Outre Voyageurs, qui n’a rien à voir avec le cycle qui nous occupe aujourd’hui, deux autres romans en faisant partie l’ont été par Fleuve Noir : L’écorcheur (le premier tome du sous-cycle Spatterjay) et Drone, un des stand-alone.

Car ce livre, bien qu’il soit le premier d’un cycle, Rise of the Jain, est en fait le seizième (si, si) d’un énorme meta-cycle, Polity (démarré sous forme de nouvelles il y a vingt ans), qui compte trois autres cycles et quatre stand-alone, tous se déroulant dans le même univers. The soldier étant, dans la chronologie interne de ce contexte, le plus avancé.

Vous vous demandez probablement si The soldier est lisible sans avoir lu aucun des quinze autres romans, et la réponse est oui : l’auteur vous fournit tous les éléments pour suivre son histoire même sans rien savoir de la Polity. Qu’on pourrait résumer en une phrase : la Polity, c’est la Culture de Iain M. Banks, mais dans une version sombre, Hard SF, extrêmement militarisée (avec des combats violents et spectaculaires), nerveusement rythmée et conservatrice au lieu de progressiste. Et ça dépote !  Lire la suite