The house of Styx – Derek Künsken

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Un joyau du Planet Opera, et la clef de la géopolitique du Magicien quantique

house_of-styx_kunskenThe house of Styx est le nouveau (et troisième) roman de Derek Künsken. Il se déroule dans le même univers que Le magicien quantique, mais 250 ans auparavant. Il n’en constitue donc pas la suite (qui est The quantum garden), mais, comme ce dernier roman, a pour but (entre autres) de préciser la géopolitique jusqu’ici très floue de cet univers. En effet, dans Le magicien quantique, diverses nations interstellaires d’origine terrienne étaient évoquées (les Vénusiens, les Banques, etc), dont certaines avec des fondamentaux assez étonnants (comme la fleur de lys qui servait de symbole aux dits vénusiens), mais sans que l’auteur n’ait forcément le temps, dans un aussi petit roman, ni l’envie, d’entrer dans les détails, concentré qu’il était sur son Ocean’s Eleven de l’espace. Eh bien un des buts primordiaux de The house of Styx (premier tome d’un cycle, Venus Ascendant) est de réparer cette lacune, en vous en apprenant plus sur les Banques et surtout, surtout, sur les Vénusiens, puisque tout le roman se passe sur l’étoile du berger.

Ce premier aspect est déjà intéressant pour qui a aimé l’univers du Magicien quantique, mais The house of Styx a des arguments à faire valoir pour un public bien plus large que cela : en effet, c’est non seulement le meilleur Planet Opera consacré à Vénus jamais écrit, à mon sens (supérieur au roman du même nom de Ben Bova), mais je pense même sincèrement que c’est un des romans Planet Opera en général les plus importants écrits depuis la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson. Et clairement, tout comme pour ce dernier cycle, lorsqu’on parlera de la colonisation de Vénus en SF, il y aura un avant et un après The house of Styx. Enfin, pour celles et ceux que Le magicien quantique ou Vénus laisseraient plutôt froids, la dernière production de Künsken a un autre argument de poids à faire valoir : il est exceptionnellement inclusif, puisqu’il comprend, excusez du peu, un personnage atteint du syndrome de Down, un second ayant un problème d’identité de genre, et un troisième gay. Bref, quelle que soit la raison qui soit susceptible de vous conduire à lire ce roman (en VO ou dans une éventuelle traduction), il y a peu de chances, je pense, d’être déçu, d’autant plus que les personnages très travaillés sont crédibles et attachants et que l’auteur répond de façon convaincante à bien des questions posées par son univers dans Le magicien quantique. Lire la suite

Eriophora – Peter Watts

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LA sortie SF de l’année ! 

eriophoraLe 17 septembre 2020, paraîtra ce que je considère être la sortie SF (en VF) de l’année, à savoir le (pas si court) roman Eriophora de Peter Watts. J’attire votre attention sur le fait que s’il est édité par le Belial’, il n’appartient pas, pour autant, à la collection Une heure-lumière, en raison de sa taille (224 pages), de l’illustrateur de la couverture (qui est Manchu et pas Aurélien Police, artiste attitré d’UHL) et de la présence d’illustrations intérieures, signées, elles, par Cédric Bucaille.

J’ai, pour ma part, lu ce texte en anglais, sous le titre The freeze-frame revolution, le jour de sa sortie (le 29 mai 2018), et j’en suis sorti impressionné par la combinaison de SF à grand spectacle / forte ambition, d’une excellente intrigue, de solides personnages et surtout par la façon dont Watts avait rendu un livre de Hard SF (non, ne fuyez pas…) aussi accessible à tout le monde. Je ne peux donc que vivement vous conseiller de vous jeter sur Eriophora quand il sortira, car c’est ce genre de science-fiction de l’extrême, brassant les millions d’années et les centaines de milliers d’années-lumière, que je promeus depuis les débuts de ce blog et que j’aimerais lire bien plus souvent en français.

Pour celles et ceux qui souhaiteraient en savoir plus, ma critique de la VO est à votre disposition. Si vous ne souhaitez pas la lire en intégralité, j’en reproduis ici la conclusion : ce roman (pas si) court se place dans le même univers que les trois nouvelles jusqu’ici disponibles en français consacrées au vaisseau Eriophora (recueil Au-delà du gouffre, édité par le Belial’), mais peut sans problème être lu même par quelqu’un qui n’en a aucune connaissance. Il s’agit d’une Hard SF atypique, à la fois par rapport à la production habituelle de Watts et par rapport aux standards du genre, dans la manière qu’elle a, sans négliger la technologie ou le Sense of wonder, de mettre au centre du livre les personnages et surtout une excellente intrigue. Elle sera donc lisible même par quelqu’un qui ne lit pas ou même n’aime pas d’habitude ce sous-genre, un peu dans la veine de la « Light Hard-SF » proposée ces dernières années par Greg Egan. On peut même dire que quelque part, The freeze-frame revolution est un peu le Cérès et Vesta de Watts. Quoi qu’il en soit, que vous soyez expert ou novice en Hard SF, voilà un texte hautement recommandable, qui prouve que le canadien reste sans conteste un des grands auteurs de ce sous-genre.

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Red Moon – Kim Stanley Robinson

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KSR ne sera pas AUSSI adoubé maître du Planet Opera lunaire ! 

red_moon_ksrCette critique est initialement parue dans la version électronique du numéro 95 de Bifrost. Par contre, elle n’est que mentionnée (en deux phrases) à la fin du guide de lecture idéal lunaire de la version papier (pour une raison très simple : Red Moon n’étant pas précisément un bon roman, sur le registre lunaire ou en général, et la place dans la version imprimée du magazine étant drastiquement limitée, sa critique n’avait donc rien à faire dans une bibliothèque idéale consacrée au sujet).

Vous pouvez retrouver tous mes articles publiés dans le magazine sous ce tag. Lire la suite

Le deuxième sang – Emilie Querbalec

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Un aperçu gratuit du style de l’autrice

deuxième_sang_querbalecAlbin Michel Imaginaire nous offre aujourd’hui (sous forme électronique, téléchargeable directement sur votre site marchand habituel ou via le site de l’éditeur) une nouvelle gratuite, Le deuxième sang, signée Émilie Querbalec, l’autrice de Quitter les monts d’automne qui paraîtra le 2 septembre. Le but étant évidemment de vous proposer un aperçu du style de la dame, histoire de vous inciter, si vous étiez hésitant, voire pas tenté du tout, à lire son roman. Précisons que ce texte est une version retravaillée d’une nouvelle précédemment parue dans l’anthologie Rouge de Nice Fictions, sous le titre alternatif (et à mon avis bien meilleur) Le prix du sang. Mais précisons surtout que Le deuxième sang ne s’inscrit PAS dans le même univers que Quitter les monts d’automne, même si, que ce soit au niveau de la protagoniste, du ton et de l’ambiance asiatique, nous n’en sommes pas si loin que ça. À une grosse différence près : nous sommes ici sur de la Fantasy, pas de la SF. 

Si cette nouvelle s’avère assez intéressante, on précisera toutefois qu’au niveau du style, on est facilement un cran en-dessous du roman. Mais tout compte fait, si vous accrochez à ce texte, il y a toutes les chances pour que cela soit aussi le cas pour Quitter les monts d’automne. Si, par contre, l’héroïne, le ton ou l’écriture vous donnent de l’urticaire, vous avez plus intérêt à vous tenir éloigné du roman. Lire la suite

Anthologie Apophienne – épisode 8

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Eye_of_ApophisL’anthologie Apophienne est une série d’articles sur le même format que L’œil d’Apophis (présentation de trois textes dans chaque numéro), mais ayant pour but de parler de tout ce qui relève de la forme courte et que je vous conseille de lire / qui m’a marqué / qui a une importance dans l’Histoire de la SFFF, plutôt que de vous faire découvrir des romans (forme longue) injustement oubliés. Si l’on suit la nomenclature anglo-saxonne, je traiterai aussi bien de nouvelles que de novellas (romans courts) ou de novelettes (nouvelles longues), qui sont entre les deux en terme de nombre de signes. Histoire de ne pas pénaliser ceux d’entre vous qui ne lisent pas en anglais, il n’y aura pas plus d’un texte en VO (non traduit) par numéro, sauf épisode thématique spécial. Et comme vous ne suivez pas tous le blog depuis la même durée, je ne m’interdis absolument pas de remettre d’anciennes critiques en avant, comme je le fais déjà dans L’œil d’Apophis.

Dans ce huitième épisode, nous allons parler de deux textes écrits par des géants des littératures de l’imaginaire (Robert Silverberg et H.P. Lovecraft) avant d’enchaîner avec un auteur qui, de l’avis de tous ceux qui ont eu l’occasion de le lire, a tout ce qu’il faut pour parvenir, un jour prochain, à ce statut : Rich Larson. Sachez que vous pouvez, par ailleurs, retrouver les anciens épisodes de cette série d’articles sur cette page ou via ce tag. Lire la suite

Quitter les monts d’automne – Emilie Querbalec

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Un solide roman de SF pendant 99% de sa longueur… mais une fin assez décevante

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse consenti par AMI. Un grand merci à Gilles Dumay !

quitter_monts_automneÉmilie Querbalec est une autrice française née au Japon (et on verra que la précision, loin d’être anecdotique, est au contraire d’importance). Quitter les monts d’automne, qui paraîtra le 2 septembre 2020 chez Albin Michel Imaginaire, est son deuxième roman (le précédent ayant été publié chez Nats éditions -connaît pas-). On pourrait presque dire de ce livre les mêmes choses que pour l’autre parution AMI qui aura lieu à cette date-là, à savoir La Marche du Levant de Léafar Izen : qu’ils sont plutôt classiques dans les tropes utilisés, que leur style est remarquable, qu’ils constituent de très bonnes portes d’entrée dans l’imaginaire pour de complets débutants (et c’est encore plus vrai pour l’ouvrage de Querbalec que pour celui d’Izen). Sauf qu’il y a une différence cruciale entre les deux : La Marche du Levant n’est pas toujours très convaincant au cours du récit mais se rattrape grâce à une fin assez magistrale, tandis que tout au contraire, Quitter les monts d’automne est franchement convaincant tout le long (bien qu’assez classique dans son intrigue et les tropes utilisés) mais voit sa fin abrupte et aux explications peu convaincantes ternir une impression d’ensemble qui était jusque là franchement positive (surtout que, vous commencez à me connaître, je suis rarement -et c’est un euphémisme- charmé par la SF française). Signalons pour terminer que ce roman ressemble encore à un autre titre AMI, Le livre de M de Peng Shepherd, dans le fait que la mémoire y a un rôle central.

Toutefois, et même s’il ne conviendra sans doute pas à tous les types de lectrices et de lecteurs, je reste persuadé qu’on tient là un titre globalement (et le terme a toute son importance ici) recommandable, et en tout cas, pour ma part, si je devais conseiller une des deux sorties d’AMI du 2 septembre plutôt que l’autre, ma préférence irait assez nettement vers le bouquin de Querbalec plutôt que vers celui d’Izen. Lire la suite

[TAG] Les incontournables (récents) en SFFF

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Que le choix fut dur !

incontournablesSFFFSi vous suivez le Culte depuis très, très longtemps, vous savez que ma ligne éditoriale exclut, et ce depuis des années, la participation à des tags, alors que c’est quelque chose que je faisais à mes débuts. Je n’ai pas l’intention de remettre cette politique en question, mais toute règle a son exception, et le présent article en est une. En effet, il y a quelques temps, la blogueuse Vert du blog Nevertwhere (j’adore ce nom 😀 ) a lancé une très intéressante initiative, détaillée ici : en gros, il s’agissait, à contre-courant des médias généralistes, de proposer des listes de romans incontournables en SFFF qui ne soient ni anciens, ni écrits toujours par les mêmes profils d’auteurs. Les contraintes étant : pas plus de dix ouvrages dans la liste, et publiés après 2000… la date de publication en VO faisant foi. 

Alors vous commencez à me connaître, se limiter à dix ouvrages a été la chose la plus difficile pour moi, surtout à l’heure de choix déchirants. J’aurais facilement pu vous faire au minimum une deuxième liste de dix, et sans doute plus, mais je me suis tenu aux règles. C’est la date de publication en VO qui m’a causé le plus de tourments, car elle a signé l’abandon d’œuvres aussi incontournables, pour moi, dans leurs genres respectifs, que Diaspora, L’épée brisée ou Le livre des martyrs

Précisons, avant d’entrer dans le vif du sujet, que l’excellent logo du tag a été créé par la non moins excellente Anne-Laure du magistral blog Chut… Maman lit ! Lire la suite

Gît dans les cendres – Marie Brennan

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Impressionnant sur le plan de la reconstitution Historique… presque trop pour son propre bien !

git_dans_les_cendres_brennanCette critique est parue dans le numéro 95 de Bifrost. Vous pouvez retrouver tous mes articles publiés dans le magazine sous ce tag.

Gît dans les cendres – La cour d’Onyx vol. 2 – Marie Brennan – L’Atalante coll. “La dentelle du cygne” – mars 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Marie Surgers – 464 pp. GdF. 23,90 €).

Second tome de La cour d’Onyx, Gît dans les cendres continue sur la lancée de Minuit jamais ne vienne, mêlant l’Histoire réelle de l’Angleterre et les ressorts occultes (dans tous les sens du terme), liés à une cour féerique installée sous Londres, qui la sous-tendent. Le tome 1 se déroulait à la fin du XVIe siècle, et celui-ci fait un bond en avant, plaçant l’action entre 1639 et 1666 (plus un épilogue en 1675), date du fameux incendie de la ville. De fait, les scènes situées lors de l’évènement forment un fil rouge constitué de chapitres d’une vingtaine de pages, entrecoupés de chapitres plus grands qui sont autant d’analepses expliquant comment on en est arrivé là. Marie Brennan crée d’étonnants parallèles entre la Révolution anglaise, qui fait traverser à la monarchie humaine bien des épreuves, et celles endurées par sa contrepartie féerique, dont les protections traditionnelles sont de plus affaiblies par le zèle puritain. Dans les deux cas, la même géopolitique est à l’œuvre, l’Irlande et L’Écosse constituant une épine dans le pied des monarques siégeant à Londres, humains ou Fae. La férocité de l’incendie de Londres trouve une explication surnaturelle, liée à une Sorcière du vent hivernal et à un dragon, version XXL des élémentaires de feu communs. Mais les grands événements Historiques humains (mettant en scène quelques célébrités, dont Cromwell) ou la lutte entre Lune, désormais reine, et une monarque Fae écossaise qui lui voue une haine tenace, ne constituent pas la seule dimension du texte, puisque celui-ci se double d’une strate plus personnelle, liée aux princes consorts succédant à Michael Deven.

Plus encore que dans le tome précédent, l’aspect Historique est d’une impressionnante solidité, peut-être même trop pour le bien du roman. En effet, si Minuit jamais ne vienne était lisible sans connaissance pointue de l’ère élisabéthaine, Gît dans les cendres amplifie la tendance constatée dans la novella intermédiaire Deeds of men (qui se déroule en 1625), à savoir projeter le lecteur, sans volonté didactique aucune, dans un tourbillon de factions, partis politiques, groupes religieux ou autres, dont, à moins qu’il ne soit anglais, il n’a probablement pas une vision claire. Si cet aspect Historique montre donc un louable souci d’exactitude, il crée un écueil sur lequel pourrait venir se fracasser le lecteur peu féru d’Histoire anglaise et pas enclin à aller faire des recherches sur internet. Toutefois, je reste persuadé qu’au contraire, cet aspect est une grande force de ce roman, qui plus est habilement construit, écrit et traduit. Plus encore que dans le tome 1, ce cycle se révèle très supérieur à celui qui a fait connaître l’autrice en France, Mémoires, par lady Trent.

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Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis – Caitlin R. Kiernan

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La… suite des Agents de Dreamland ! 

bifrost_99C’est aujourd’hui, 13 août 2020, que paraît le 99e numéro de Bifrost, magazine auquel j’ai l’insigne honneur de collaborer (bien qu’à titre exceptionnel, ma contribution à ce numéro précis soit… minuscule. Rassurez-vous, je me suis largement rattrapé sur le numéro 100 😉 ). Entre autres choses, ce numéro contient la traduction de la nouvelle Black ships seen south of Heaven de Caitlin R. Kiernan, dont la novella Les agents de Dreamland est à la fois un prélude et une des deux prochaines sorties dans la collection Une heure-lumière (UHL). J’en profite d’ailleurs pour vous rappeler que si ce dernier texte sort le 27 août, l’opération menée chaque année par l’éditeur (2 UHL achetés en version papier = 1 hors-série offert) ne commence, elle, que début septembre (pas de précipitation sur les précommandes si vous voulez votre exemplaire du Hors-série, donc). Je vous informe aussi qu’à titre exceptionnel, Les agents de Dreamland n’existera qu’en version papier, l’agent de l’autrice ayant refusé qu’une éventuelle version électronique soit dépourvue de DRM (ce qui est la politique habituelle de l’éditeur, à laquelle il n’a logiquement pas voulu déroger).

Nos sacrés mammesiens opérant selon d’indicibles géométries non-euclidiennes, Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis paraîtra donc AVANT la novella qui est supposée lui servir… de prélude. Ce qui a cependant un avantage : donner un aperçu à ceux d’entre vous qui ne sont pas spécialement férus de Lovecrafteries de ce qui les attend dans l’UHL à venir, sachant que ce dernier est encore (légèrement) meilleur que la nouvelle. Si vous êtes convaincu d’avance, en revanche, il est plus pertinent de lire Les agents de Dreamland d’abord et ce texte ensuite, à mon avis, histoire de se ménager le maximum de surprises. Pour les plus indécis d’entre vous, je conseille la lecture de la critique que j’avais consacrée, début 2018, à la version anglaise de Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis, traduite dans le magazine par Mélanie Fazi en personne, fine connaisseuse de l’oeuvre Lovecraftienne.

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La marche du Levant – Léafar Izen

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Je cherche encore la MOINDRE trace d’originalité là-dedans…

La_marche_du_levantCette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse consenti par AMI. Un grand merci à Gilles Dumay !

Léafar Izen, obscur auteur de SFF et de poésie, contacta un beau jour l’ami Gilles Dumay pour lui proposer, à tout hasard, une trilogie de Fantasy qu’il comptait autopublier prochainement (l’anecdote est relatée ici). La trilogie initiale s’est finalement muée en un roman unique, appelé La marche du Levant, d’un peu plus de 640 pages, divisé en trois « chants » (correspondant probablement aux trois bouquins du cycle initial) de longueur approximativement égale, plus un épilogue de quelques pages mais qui est absolument capital, pour des raisons que je vais détailler dans la suite de cet article.

Ce livre, un des deux (avec Quitter les monts d’automne, dont je vous reparlerai très prochainement) qui va constituer à la fois la rentrée littéraire d’Albin Michel Imaginaire et son avant-dernière vague de publications pour 2020, est un sacré pari, dans la mesure où il place beaucoup d’espoirs non seulement dans un écrivain inconnu au bataillon, mais aussi dans une oeuvre qui, parce qu’elle est littéralement parsemée de convergences avec d’autres, plus anciennes et surtout bien plus prestigieuses, risque fort de n’impressionner que les grands débutants en SFF ou éventuellement les nostalgiques d’une littérature de l’imaginaire « à l’ancienne » (en cela, La marche du Levant ressemble à un autre titre d’AMI, Mage de bataille), et surtout parce que comme Le livre de M, autre titre du même département éditorial, il va demander au lecteur potentiel de se lancer dedans (et de dépenser son argent…) sans savoir de quel genre littéraire il relève exactement (de cela aussi, nous allons reparler, et en détails). Et il n’est pas du tout certain que ce qui semble avoir bien fonctionné pour le roman de Peng Shepherd réussisse de même ici. Seul l’attrait pour une écriture et une (des deux) protagoniste(s) éminemment Jaworskiennes pourrait constituer un atout important pour cette oeuvre, qui, à part ça, est si prévisible, blindée de tropes et calquée sur d’autres auteurs qu’elle risque fort de laisser dubitatifs tous les vieux briscards de la SFF (et les premières critiques disponibles vont assez clairement dans ce sens là).

Si j’ai lu ce roman sans déplaisir (et le style y est pour beaucoup), je n’en ferai toutefois certainement pas un bouquin de référence, bien qu’il puisse à la rigueur servir à initier un débutant à certains tropes récurrents en SFF ou à certains de ses sous-genres les plus exotiques (bien que la combinaison des deux paraisse peu logique, elle décrit pourtant précisément ce que l’on trouve dans La marche du Levant). J’apprécie que Gilles Dumay laisse leur chance à des auteurs 1/ peu connus / débutants et 2/ français, j’apprécie aussi qu’il pense aux gens qui ne lisent pas de la SFF depuis des décennies, mais très honnêtement, j’attends de lui que de temps en temps, il donne aussi un os à ronger aux vieux briscards dans mon genre ! Lire la suite