Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis – Caitlin R. Kiernan

5

La… suite des Agents de Dreamland ! 

bifrost_99C’est aujourd’hui, 13 août 2020, que paraît le 99e numéro de Bifrost, magazine auquel j’ai l’insigne honneur de collaborer (bien qu’à titre exceptionnel, ma contribution à ce numéro précis soit… minuscule. Rassurez-vous, je me suis largement rattrapé sur le numéro 100 😉 ). Entre autres choses, ce numéro contient la traduction de la nouvelle Black ships seen south of Heaven de Caitlin R. Kiernan, dont la novella Les agents de Dreamland est à la fois un prélude et une des deux prochaines sorties dans la collection Une heure-lumière (UHL). J’en profite d’ailleurs pour vous rappeler que si ce dernier texte sort le 27 août, l’opération menée chaque année par l’éditeur (2 UHL achetés en version papier = 1 hors-série offert) ne commence, elle, que début septembre (pas de précipitation sur les précommandes si vous voulez votre exemplaire du Hors-série, donc). Je vous informe aussi qu’à titre exceptionnel, Les agents de Dreamland n’existera qu’en version papier, l’agent de l’autrice ayant refusé qu’une éventuelle version électronique soit dépourvue de DRM (ce qui est la politique habituelle de l’éditeur, à laquelle il n’a logiquement pas voulu déroger).

Nos sacrés mammesiens opérant selon d’indicibles géométries non-euclidiennes, Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis paraîtra donc AVANT la novella qui est supposée lui servir… de prélude. Ce qui a cependant un avantage : donner un aperçu à ceux d’entre vous qui ne sont pas spécialement férus de Lovecrafteries de ce qui les attend dans l’UHL à venir, sachant que ce dernier est encore (légèrement) meilleur que la nouvelle. Si vous êtes convaincu d’avance, en revanche, il est plus pertinent de lire Les agents de Dreamland d’abord et ce texte ensuite, à mon avis, histoire de se ménager le maximum de surprises. Pour les plus indécis d’entre vous, je conseille la lecture de la critique que j’avais consacrée, début 2018, à la version anglaise de Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis, traduite dans le magazine par Mélanie Fazi en personne, fine connaisseuse de l’oeuvre Lovecraftienne.

***

Retour à la page d’accueil

La marche du Levant – Léafar Izen

16

Je cherche encore la MOINDRE trace d’originalité là-dedans…

La_marche_du_levantCette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse consenti par AMI. Un grand merci à Gilles Dumay !

Léafar Izen, obscur auteur de SFF et de poésie, contacta un beau jour l’ami Gilles Dumay pour lui proposer, à tout hasard, une trilogie de Fantasy qu’il comptait autopublier prochainement (l’anecdote est relatée ici). Après un nombre apparemment conséquent de coupes éditoriales, la trilogie initiale s’est muée en un roman unique, appelé La marche du Levant, d’un peu plus de 640 pages, divisé en trois « chants » (correspondant probablement aux trois bouquins du cycle initial) de longueur approximativement égale, plus un épilogue de quelques pages mais qui est absolument capital, pour des raisons que je vais détailler dans la suite de cet article.

Ce livre, un des deux (avec Quitter les monts d’automne, dont je vous reparlerai très prochainement) qui va constituer à la fois la rentrée littéraire d’Albin Michel Imaginaire et sa dernière vague de publications pour 2020, est un sacré pari, dans la mesure où il place beaucoup d’espoirs non seulement dans un écrivain inconnu au bataillon, mais aussi dans une oeuvre qui, parce qu’elle est littéralement parsemée de convergences avec d’autres, plus anciennes et surtout bien plus prestigieuses, risque fort de n’impressionner que les grands débutants en SFF ou éventuellement les nostalgiques d’une littérature de l’imaginaire « à l’ancienne » (en cela, La marche du Levant ressemble à un autre titre d’AMI, Mage de bataille), et surtout parce que comme Le livre de M, autre titre du même département éditorial, il va demander au lecteur potentiel de se lancer dedans (et de dépenser son argent…) sans savoir de quel genre littéraire il relève exactement (de cela aussi, nous allons reparler, et en détails). Et il n’est pas du tout certain que ce qui semble avoir bien fonctionné pour le roman de Peng Shepherd réussisse de même ici. Seul l’attrait pour une écriture et une (des deux) protagoniste(s) éminemment Jaworskiennes pourrait constituer un atout important pour cette oeuvre, qui, à part ça, est si prévisible, blindée de tropes et calquée sur d’autres auteurs qu’elle risque fort de laisser dubitatifs tous les vieux briscards de la SFF (et les premières critiques disponibles vont assez clairement dans ce sens là).

Si j’ai lu ce roman sans déplaisir (et le style y est pour beaucoup), je n’en ferai toutefois certainement pas un bouquin de référence, bien qu’il puisse à la rigueur servir à initier un débutant à certains tropes récurrents en SFF ou à certains de ses sous-genres les plus exotiques (bien que la combinaison des deux paraisse peu logique, elle décrit pourtant précisément ce que l’on trouve dans La marche du Levant). J’apprécie que Gilles Dumay laisse leur chance à des auteurs 1/ peu connus / débutants et 2/ français, j’apprécie aussi qu’il pense aux gens qui ne lisent pas de la SFF depuis des décennies, mais très honnêtement, j’attends de lui que de temps en temps, il donne aussi un os à ronger aux vieux briscards dans mon genre ! Lire la suite

Vigilance – Robert J. Bennett

6

Une des sorties de l’année ! 

vigilance_bennett_VFLe 27 août 2020, en plus des Agents de Dreamland dont je vous parlais hier, sortira dans la collection Une heure-lumière du Belial’ une longue novella (ou un roman pas si court, c’est comme vous voulez) signée Robert Jackson Bennett (qui est également l’auteur du très bon American Elsewhere et de l’excellent Foundryside), Vigilance. Si le texte de Kiernan est de très bonne qualité, celui de Bennett joue en revanche dans une tout autre catégorie, et se placera à mon sens parmi les sorties les plus marquantes de cette année 2020 (et quelle couverture d’Aurélien Police, simple mais élégante et résumant très efficacement en une image un des axes centraux du livre !).

J’ai, pour ma part, lu ce roman court à sa sortie en anglais, début 2019, et j’avais été frappé par sa qualité hors-norme. Vous pouvez retrouver ma critique complète sur cette page, mais, pour ceux qui en veulent un rapide résumé, voici quelle en était la conclusion : dans cette SF dystopique d’une grande habileté, profondeur et intelligence, Robert Jackson Bennett montre les dérives des médias, du surarmement des civils, de l’auto-défense et de l’informatisation à outrance lorsqu’une émission de télé-réalité organisant des tueries de masse contrôlées accouche d’un monstre. Pratiquement parfait de sa première à sa dernière ligne, Vigilance montre que cette dernière est de mise afin que l’Amérique ne forge pas elle-même l’arme qui va l’abattre. Bref, un texte salutaire et indispensable, sans nul doute une des sorties de l’année, et qui prouve que Bennett est aussi à l’aise dans la forme (pas si) courte que dans la longue qui a, d’habitude, sa préférence.

Ce livre vous intéresse, vous êtes client d’Amazon et souhaitez soutenir le blog ? Passez par un des liens affiliés suivants pour votre achat, cela ne vous coûte strictement rien de plus !

Acheter en version papier / (lien version Kindle à venir)

Si vous lisez sur Kindle, vous pouvez également soutenir le blog en vous inscrivant pour un essai gratuit de l’abonnement Kindle, via ce lien, et si vous audiolisez, vous pouvez aider le Culte en essayant gratuitement Audible via ce lien.

***

Retour à la page d’accueil

Les agents de Dreamland – Caitlin R. Kiernan

7

La crème des Lovecrafteries du XXIe siècle ! 

Les_agents_de_DreamlandLe 27 août 2020, sortira (entre autres, mais nous aurons l’occasion d’en reparler) dans la collection Une heure-lumière du Belial’ Les agents de Dreamland de Caitlin R. Kiernan, autrice d’exception dont S.T. Joshi en personne (LE spécialiste de Lovecraft) a comparé le style avec ceux de Dunsany et Ligotti, excusez du peu ! Il s’agit du premier volet d’un cycle de novellas appelé Tinfoil dossier, dont le troisième (le second étant Black helicopters), The Tindalos asset, sortira en VO (et sera chroniqué sur ce blog) en octobre. Sachez aussi qu’une nouvelle présente dans Bifrost 99, sur le point de paraître, est également liée à ce texte, mais de cela aussi, je vous reparlerai d’ici quelques jours.

J’ai, pour ma part, lu Les agents de Dreamland en anglais à sa sortie, il y a deux ans et demi, et pour ceux qui ne voudraient pas lire ma critique complète, j’en reproduis ici sa conclusion : ce texte néo-Lovecraftien exploite certes un classique, mais s’éloigne toutefois des sentiers les plus fréquentés pour employer un pan de la mystique du génie de Providence finalement un peu négligé. Mêlant roman noir, ufologie, Histoire secrète et créatures du Maître, cette redoutable Novella en impose, dans un style nettement plus hardcore que La quête onirique de Vellitt Boe, par exemple, et qui est plus là pour faire de l’Horreur cosmique que pour mettre absolument au premier plan la personne de couleur (La ballade de Black Tom) ou la femme (Vellitt Boe ; et ce même si cette dernière est largement mise en avant ici). La narration est à la fois complexe et exigeante, adoptant trois points de vue et se baladant sur un intervalle temporel de plus d’un siècle, mais récompensera celui qui aura fait l’effort d’aller jusqu’au bout. S’il est lisible par tous, y compris le néophyte en Lovecrafteries, ce texte ne prendra toute sa pleine saveur que pour quelqu’un qui connaît la nouvelle de Lovecraft sur laquelle il est basé (dont je ne vais évidemment pas parler, même si les indices sont précoces et gros comme des immeubles). En tout cas, j’ai certes passé un moment glaçant, mais que je ne regrette absolument pas.

Ce livre vous intéresse, vous êtes client d’Amazon et souhaitez soutenir le blog ? Passez par un des liens affiliés suivants pour votre achat, cela ne vous coûte strictement rien de plus !

Acheter en version papier (notez que suite à une absence d’accord avec l’agent de l’autrice, qui exigeait la présence de DRM, auxquels le Belial’ a toujours été opposé, ce texte ne sortira PAS en version électronique).

Si vous lisez sur Kindle, vous pouvez également soutenir le blog en vous inscrivant pour un essai gratuit de l’abonnement Kindle, via ce lien, et si vous audiolisez, vous pouvez aider le Culte en essayant gratuitement Audible via ce lien.

***

Retour à la page d’accueil

The space between worlds – Micaiah Johnson

0

Quand Sliders rencontre Mad Max / Elysium

space_between_worldsMicaiah Johnson est une autrice californienne qui, avec The space between worlds, mêle plusieurs tropes science-fictifs pour explorer des sujets très divers, de l’identité au destin en passant par les inégalités sociales. Son récit est régulièrement rythmé par de grosses révélations et autres coups de théâtre, plutôt bien écrit, souvent (mais pas toujours) immersif, le personnage principal crée une vraie empathie chez le lecteur, seulement voilà, je ne suis jamais tout à fait parvenu à entrer dans ce roman, ou alors de manière épisodique. La faute sans doute à un rythme / intérêt fluctuant, à un univers / une intrigue qui fait parfois très artificiel et n’est souvent pas assez expliqué, à une histoire d’amour qui fait un peu tache face aux thèmes sociaux développés, et, justement, au côté un peu brouillon de toutes les thématiques, qu’elles soient science-fictives ou pas. Ce n’est certainement pas une mauvaise lecture, on peut même dire que c’est un bon livre, mais on n’est, à mon sens, pas sur la claque annoncée par certains. Lire la suite

Crossings – Alex Landragin

6

Deux livres en un

Crossings_LandraginD’après sa biographie, Alex Landragin est un auteur franco-arméno-australien, ayant vécu dans l’Hexagone et aux USA mais actuellement basé à Melbourne. Crossings est à la fois son premier et son deuxième roman et… Comment ? Il faut que j’arrête de faire des léchouilles à des buvards de LSD ? Un roman n’est pas un chat de Schrödinger, il ne peut pas être à la fois le premier et le second d’un écrivain ? Eh bien si, et vous allez comprendre de quelle manière c’est possible dans la suite de cette critique !

À vrai dire, ce n’est pas la structure très particulière de ce bouquin qui en est l’élément le plus remarquable, mais la maîtrise absolument bluffante dont fait preuve son auteur sur de nombreux aspects, sachant que d’après Goodreads, à part un guide pour Lonely Planet, l’australien n’a jamais rien publié d’autre, même pas le lot de nouvelles qui sont un passage obligé, dans l’écrasante majorité des cas, pour les autrices et auteurs anglo-saxons. Le monsieur a certes une maîtrise es Lettres en écriture créative de l’université de Melbourne, mais pour un premier essai, on est très clairement sur un coup de maître ! Lire la suite

Paria – Jamie Sawyer

5

Alien 5

paria_sawyer

Une version condensée de cette critique a été publiée dans le 95e numéro du magazine Bifrost. Elle est reproduite dans la partie « En conclusion »

Paria est le premier tome de la trilogie La guerre sans fin, qui fait suite au cycle Lazare en guerre (vous trouverez des liens vers mes critiques de ses trois livres en fin d’article) et en reprend un des personnages, le second dudit Lazare, Keira Jenkins, qui est cette fois mise en vedette. Signalons qu’à mon avis, il est tout à fait possible de lire ce second cycle sans rien connaître du premier (l’auteur explique les fondamentaux de son univers), même si cela me paraît peu pertinent vu qu’une partie de l’intérêt de Paria est justement dans le contraste avec la première trilogie.

Après un premier cycle qui mélangeait Alien, Apocalypse Now, les Tyranides de Warhammer 40 000 et la saga Halo (inspiration qui s’affirmait de tome en tome), cette seconde saga (ou partie de la saga globale) met la première de ces influences beaucoup plus en avant. En fait, l’auteur se comporte comme s’il modifiait le début d’Alien 3, en reprenait un des prisonniers, mettait en avant une version adulte d’un personnage de l’Aliens de James Cameron, avant de faire subir un twist aux expériences génétiques d’Alien : La résurrection.  Alors que les humains étaient au centre de Lazare en guerre, ce sont ici les Krells qui sont, quelque part, le sujet principal. Et comme nous allons le voir, ce n’est que la plus visible des inversions de perspective ou de paradigme utilisées par l’auteur pour rafraîchir son propos ou nous surprendre ! Lire la suite