Cérès et Vesta – Greg Egan

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Même lorsqu’il ne fait PAS de Hard SF, Egan reste intéressant et pertinent

ceres_vesta_eganGreg Egan est… pour être honnête, on ne sait pas avec certitude ce qu’il est. C’est censé être un australien, mais il n’existe aucune photo fiable de lui sur le net, il ne participe pas aux conventions, ne dédicace pas ses livres, etc. Ce qui a donné lieu à certaines rumeurs : il s’agirait peut-être en fait d’une femme ou d’un collectif d’auteur(e)s signant sous un pseudonyme commun (personnellement, si on m’annonçait qu’il s’agit en réalité d’un prototype d’IA, je ne serais qu’à moitié étonné 😀 ). Quoi qu’il en soit, c’est probablement l’auteur le plus emblématique de la Hard-SF : pour moi, il ne relève d’ailleurs même plus de ce sous-genre, mais d’une catégorie à part, bien à lui, que j’appelle l’Ultra-Hard-SF. Parce que vous en connaissez beaucoup, vous, des auteurs qui basent un de leurs univers sur une géométrie Riemannienne de l’espace-temps au lieu d’une géométrie Lorentzienne ? Non ? Moi non plus. Lui seul est capable d’écrire quelque chose dans ce genre, même Watts et Baxter sont très loin en-dessous de ces hauteurs Olympiennes.

Bref. Cérès et Vesta est la dernière parution en date de l’excellente collection dédiée au format court du Belial’, Une heure-lumière. Et le plus étonnant est que s’il s’agit bien d’un texte d’Egan, ce n’est cependant pas, cette fois, de la Hard SF, mais plutôt une allégorie spatiale et futuriste de l’immigration, problème auquel l’auteur est particulièrement sensible concernant son propre pays (et la politique drastique adoptée à ce sujet, notamment en matière de rétention administrative). 

Univers et intrigue

Le système solaire, dans un futur indéterminé mais pas très éloigné. Les astéroïdes Cérès et Vesta, les deux plus gros de la Ceinture principale (il y a des planètes naines, pour reprendre la dénomination actuelle, largement plus grosses dans la ceinture de Kuiper et au-delà), ont été colonisés, depuis des générations (plus d’un siècle). C’est sur eux deux, leurs sociétés respectives et le commerce entre eux que va se concentrer la narration. En effet, Vesta manque de glace, Cérès de roche, alors que chacun des deux possède ce qui fait défaut à l’autre en abondance. Il y a donc une « rivière de pierres », de blocs de glace et de roche, entre eux, un circuit d’approvisionnement permanent. Circuit que certaines personnes, discriminées sur Vesta, empruntent clandestinement, au péril de leur vie, collées à la surface des « colis » et maintenus en hibernation cryogénique, ce qui a le double avantage de leur permettre d’effectuer le voyage de mille jours vers Cérès et d’échapper aux détecteurs thermiques des autorités de Vesta.

En effet, ces « surfeurs », comme on les appelle, sont les descendants d’une des familles fondatrices de la colonie de Vesta, sur laquelle les autres ont jeté l’opprobre : lors de l’établissement du contrat initial, les autres familles ont apporté un travail physique, industriel, pour mettre en place les infrastructures, tandis que les Sivadier n’ont contribué que via des brevets, des process(us), pas via une activité industrielle physique, concrète. Si, à l’époque, l’arrangement avait paru tout à fait convenable aux autres fondateurs, il est aujourd’hui regardé d’un tout autre œil par leurs descendants, qui le jugent selon les critères moraux et légaux actuels. Or, il se trouve que le concept même de propriété intellectuelle est devenu une véritable abomination, un vol d’un capital commun à toute l’humanité, et que les habitants de Vesta commencent à discriminer ceux qui portent les traits (identifiés par les assistants personnels virtuels que chacun utilise) des Sivadier, une version hard-SF du délit de faciès, si l’on veut. Et bientôt, une proposition de loi est faite, visant à écarter les Sivadier du partage à part égale des ressources prévu dans le contrat initial, et à leur faire payer un impôt compensatoire, créant, de fait, une société à deux vitesses, deux catégories de citoyens.

Des deux côtés, la situation se tend : stigmatisation, insultes discriminatoires (« parasite »), mais aussi, après l’heure de la résistance sur le plan légal (infructueuse), recours à des actions qui, si elles sont bénignes dans leurs conséquences, ne le sont pas dans leur symbolique. Un nombre de plus en plus grand de personnes va alors tenter de fuir l’astéroïde via le « surf », pour se rendre sur Cérès, où le modèle de société est complètement différent. Si les autorités laissent filer les militants de base (qui meurent parfois durant le dangereux voyage ou dont elles sont débarrassées une fois qu’elles arrivent sur Cérès), en revanche elles font tout pour capturer les leaders (qualifiés carrément de « criminels de guerre »), ce qui se traduit par de la prison à vie (pour insurrection) ou, souvent, par une mort « accidentelle » lors de violentes arrestations.

Narration

Le lecteur découvre cette situation, et la façon dont les choses se sont dégradées, via les yeux de plusieurs personnages : d’abord ceux d’Anna, la nouvelle directrice du port spatial de Cérès, et ceux de sa compagne, qui donne le point de vue de « la femme de la rue » de l’astéroïde; ensuite, par ceux de Camille et d’autres habitants de Vesta, dont certains ont réussi la traversée et sont maintenant établis sur Cérès. Le point de vue des citoyens de Vesta se partage entre le présent (de l’intrigue) et des flash-backs sous forme de récits faits à Anna sur la façon dont le problème a commencé puis s’est envenimé.

Précision importante pour celles et ceux qui ne sont pas familiers de l’écriture de l’australien : celle-ci est « utilitaire » (certains la qualifient de sèche ou de froide), il ne faut pas vous attendre à une grande virtuosité stylistique, à de grands moments d’émotion, à des personnages attachants et inoubliables. Ce qui compte, pour lui, est le thème dont il veut parler (scientifique / philosophique en temps normal, plutôt social, historique et politique ici), et donc il le fait de la façon la plus « directe » possible. Chez lui, personnages et narration sont au service des thématiques, et n’ont pas de raison d’être plus développés que nécessaire.

A la fin de l’intrigue, Anna va se retrouver devant un dilemme cornélien : un vaisseau approche, transportant 250 personnes qualifiées par Vesta de « terroristes », aux trousses desquelles on a expédié un astronef armé. Celui-ci fait une demande qui a tout de l’ultimatum : soit Anna, directrice du port, refuse l’autorisation d’accoster au vaisseau rebelle, avec toutes les conséquences néfastes qu’on peut imaginer par la suite, soit elle n’aura pas accès aux nouveaux réglages des propulseurs des « colis » de la rivière de pierre, qui exposeraient désormais 4000 surfeurs à un risque de mort beaucoup plus élevé durant le transit (l’ampleur des discriminations est telle sur Vesta que des milliers de ses citoyens sont en transit dans l’espace). Bref, qui sauver, et avec quelles conséquences, politiques, morales, éthiques ?

Thématiques

Il y a quelques années, Greg Egan a été abasourdi d’apprendre qu’un de ses correspondants, retenu dans un centre de rétention administrative australien, y était depuis des années. L’auteur savait la politique de son pays très restrictive dans ce domaine, mais il n’imaginait pas qu’on puisse retenir quelqu’un plus de quelques mois, au pire. Il est donc particulièrement sensibilisé aux problèmes et questions lié(e)s à l’immigration, ce qui fait que je n’ai pas été étonné outre mesure qu’il finisse par écrire un texte consacré à cette thématique. Les allégories nautiques (« surf », « rivière ») évoquent, de fait, immanquablement la situation des migrants, que ce soit en Australie ou sur les côtes Européennes.

Si l’intrigue ne se concentre pas du tout sur l’aspect rétention administrative (les autorités de Cérès portent secours aux surfeurs qui entrent dans leur espace, les soignent et s’assurent qu’un membre de la communauté de Vesta déjà installé peut les aider à s’établir dans leur nouvelle vie), elle montre tout de même que même dans une société globalement accueillante, agissant avec humanité, des sentiments négatifs sous-jacents peuvent subsister : par exemple, la compagne d’Anna lui déclare qu’elle ne veut pas faire preuve d’empathie envers les réfugiés, car dans le cas contraire, ce serait penser de la même façon qu’eux, et donc introduire le même genre de problèmes dans une société (celle de Cérès) qui en est jusqu’ici dépourvue.

Mais cette thématique de l’immigration, du traitement des migrants et réfugiés, n’est pas la seule, il y en a d’autres :

  • Discrimination, délit de sale gueule, racisme, stigmatisation.
  • Société à deux vitesses, combat pour l’égalité de traitement entre citoyens, citoyens de seconde zone : c’est poussé jusqu’au point où certains vont visiblement hésiter à faire des enfants avec un Sivadier pour éviter de payer la taxe qui les frappe.
  • « Révisionnisme » (juger les actes d’une époque selon un prisme différent, correspondant aux valeurs actuelles), plus l’interrogation morale, éthique et légale suivante : où se place la justice ? Dans le fait de récupérer des richesses spoliées, ou dans celui d’éviter d’exiger des réparations mesquines et vindicatives ?
  • Les différents modèles de société.
  • L’opposition entre choix moral et choix logique, efficace (sur Cérès, pourtant société plus libre et saine, un des pires crimes est celui de « Vanité morale »).
  • La pertinence du concept de propriété intellectuelle.

Et j’en oublie sans doute beaucoup tant ce court texte est riche.

Au passage, Egan en profite pour taper sur l’imbécillité des flash-mobs, sur le comportement « de meute » (néfaste) des adolescents, ainsi que sur les jeux en ligne (une des actions de sabotage bénigne mais hautement symbolique des Sivadier est de tenter de couper le courant à l’infrastructure informatique qui les gère, avec la réflexion suivante : « Qui se soucie de justice lorsque les serveurs de jeu ne peuvent plus tourner ? »).

Ce que ce texte m’inspire, ma conclusion

Avec cette novella, Egan, que tout le monde attend, logiquement, sur un registre Hard SF, surprend, en ne mettant que le strict minimum de science (le corollaire étant que du coup, c’est vraiment lisible par tout le monde) et en utilisant l’aspect SF, l’ailleurs et le demain, comme une allégorie de problèmes de société, notamment liés à l’immigration et aux discriminations, ayant forcément une forte résonance actuellement. Et dans ce registre « social », il se révèle très à l’aise et pertinent, même si j’ai personnellement trouvé la fin un poil abrupte.

Au final, Cérès et Vesta reste un grand texte de SF « intelligente » et humaniste, mais, pour quelqu’un qui ne connaîtrait pas encore l’auteur australien, il faut bien avoir conscience qu’il n’est pas représentatif du reste de son oeuvre, qui s’intéresse plus aux sciences « dures » qu’aux sciences sociales et plus à la posthumanité qu’à faire une allégorie futuriste de l’humanité d’aujourd’hui. C’est encore bien, bien plus prononcé que dans Zendegi qui, s’il était peu Hard-SF, était en revanche bien plus nettement posthumaniste. Mais bon, quoi qu’il en soit, voilà un texte de plus hautement recommandable dans une collection, Une heure-lumière, qui est incontestablement en train de s’imposer comme une référence en terme de qualité moyenne des textes qui y sont proposés.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cette novella, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de FeydRautha, celle de l’Ours inculte, celle de Yogo, de Célindanaé sur Au pays des Cave Trolls, de Samuel Ziterman sur Lecture 42, de Blackwolf, de Vert sur Nevertwhere, de Xapur, de Lutin sur Albedo, du Chien critique, de Lorhkan,

38 réflexions sur “Cérès et Vesta – Greg Egan

    • Avec la version électronique, on le reçoit à minuit une le jour de la sortie ^^ Lorsqu’on est insomniaque comme moi, une novella d’une centaine de pages, c’est quasiment aussitôt sorti, aussitôt lu. Et vu que les thématiques sont claires et l’univers facile à résumer, la critique ne prend guère plus de temps que la lecture 😀

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  1. Je sens que cette novella va me plaire, dès que j’ai fini ma lecture en cours, je me lance ! 🙂
    J’adore les thèmes abordés, ça a vraiment l’air riche et intelligent !

    Merci pour ce retour.

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  2. Les thématiques et le pitch me font penser à la Forteresse des étoiles de Cherryh.
    Je croyais que tu repartais vers du poilu et du velu ?…

    je ne sais pas trop, en fait. J’ose dire qu’il y a des thématiques tellement lues que cela me lasse, et je cherche aussi autre chose. Bref, je suis encore indécise.

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  3. Acheté vite mais pas encore lu… peut être ce week end ou dans le courant de la semaine prochaine. Je ne lirais ta chronique qu’après ma lecture… La collection Une Heure Lumière j’achète sans regarder le pitch, ni les critiques. De la découverte pure et dure ! 😉

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  4. « Parce que vous en connaissez beaucoup, vous, des auteurs qui basent un de leurs univers sur une géométrie Riemannienne de l’espace-temps au lieu d’une géométrie Lorentzienne ? Non ? Moi non plus. » → euh…

    *regarde à gauche, à droite*
    *ne voit personne réagir*
    *fait des recherches sur le net*
    *n’est pas beaucoup plus avancée*
    *se sent bête car elle a probablement appris ou lu des trucs là-dessus à un moment donné et que là, c’est le flou total*

    Le Grand Apophis se sent-il de m’expliquer ? ^^

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    • J’ai cru comprendre que l’espace-temps peut être considéré comme une sphère (au lieu d’un tore en géométrie lorentzienne). Du coup, ça implique quoi « concrètement » dans l’univers créé par Evans ? (genre « prenons un vaisseau se déplaçant à la vitesse v…. »)

      Désolé, mais c’est toi qui a abordé le sujet et je n’ai pas de mathématicien ou de physicien sous la main pour me l’expliquer :p

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      • Egan en personne a créé un site complet expliquant les fondamentaux de cet univers (celui de sa trilogie Orthogonal, pas celui de Cérès et Vesta), que tu peux consulter ici : http://www.gregegan.net/ORTHOGONAL/ORTHOGONAL.html

        Je vais essayer de résumer pour les non-anglophones : l’univers Lorentzien, c’est le nôtre, tandis que dans l’univers Riemannien, l’équivalent pour l’espace-temps du théorème de Pythagore comporte un signe + au lieu d’un signe -, ce qui a l’air d’un changement bénin mais a en fait des conséquences colossales : la vitesse maximale qu’on peut atteindre n’est pas limitée à celle de la lumière (qui est d’ailleurs variable -dans le vide- en fonction de la longueur d’onde), la création de cette dernière génère de l’énergie cinétique / chimique / calorique (les plantes émettent de la lumière au lieu de l’absorber, comme dans notre univers, pour alimenter en énergie leur métabolisme), l’énergie d’un objet en mouvement est inférieure à celle d’un objet au repos, et surtout seules certaines formes de matière sont stables, justement en raison de l’énergie cinétique générée par la création spontanée de lumière.

        Bref, comme tu le vois, en changeant juste un signe dans une équation décrivant la géométrie de l’espace-temps, on peut créer de façon tout ce qu’il y a de scientifique un univers plus extraordinaire que l’écrasante majorité des créations de la Fantasy.

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        • Nope! Je crois que sur ce coup il n’y a qu’Apophis et quelques adeptes aux connaissances XXL qui connaissent.
          J’avoue c’est too much pour moi et du coup, je verrai si je prends le roman ou pas (je n’aime pas trop passer ma lecture avec wikipédia ou autre pour comprendre un concept – même si Apo semble dire que ce n’est pas nécessaire).

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          • Euh… l’explication sur la différence entre univers Riemannien et Lorentzien ne concerne PAS Cérès et Vesta, mais le cycle Orthogonal, ce sont deux parties de l’oeuvre d’Egan complètement différentes. Et puis que viendrait faire un concept relatif à la géométrie de l’espace-temps dans une allégorie de l’immigration, de toute façon ?

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            • Je me disais aussi, qu’il y avait un truc que j’avais du lire de travers. Non, je ne comprenais pas non plus ce que cela venait faire et puis le fait que tu dises que ce n’était pas Hard-SF. Du coup je me disais, houla, cher Apo tu surestimes mes capacités si ça c’est pas déjà hard-sf!…

              Je pense que je n’avais pas les yeux en face des trous.

              Ensuite, c’est le thème du racisme, de la discrimination qui ne me botte pas trop – j’en ai lu un peu trop ces dernier temps ( avec quelques essais sur la France notamment), et j’avoue avoir envie de changer de registre pour un temps. Est-ce vraiment sensible dans le roman ou ceux relatif au révisionnisme, la propriété intellectuelle et l’opposition des choix sont plus présents ?

              Après ce serait dommage qu’il ne m’en manque qu’un dans la collection…

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              • Les thèmes s’interpénètrent et se nourrissent les uns des autres, mais le principal reste l’immigration (l’émigration de Vesta en direction de Cérès, pour être précis) impulsée par une différence de traitement entre différentes catégories de citoyens, là où justement il ne devrait pas y avoir de distinguo entre citoyens d’un Etat sur tel ou tel critère mais au contraire une parfaite égalité de traitement. Les autres thèmes, s’ils ont une place relativement conséquente compte tenu de la brièveté du texte, sont tout de même loin derrière en terme d’importance.

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  5. J’ai attendu de le lire avant de lire ta chronique et je suis plus réservé, je crois que les auteurs de hard-SF ont décidément du mal à me toucher avec leur manière de se concentrer sur les problèmes politiques, sociaux et technologiques avant de penser à approfondir leurs personnages…

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    • En même temps, c’est une caractéristique de l’écriture d’Egan de plus se concentrer sur les idées / thématiques, qu’elles soient technologiques, scientifiques, ou, ici, sociales et politiques, que sur les personnages ou la narration. C’est quelque chose que tu connais à l’avance avant même d’ouvrir un de ses romans ou nouvelles / novellas. C’est sûr que sur un plan théorique, tu as raison, ça manque de profondeur en terme de caractérisation et d’empathie que tu ressens pour les personnages, mais Egan écrit comme ça et je pense que l’intérêt de son oeuvre est ailleurs.

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    • Oui, c’est lui. Et si ça peut te rassurer, La cité des permutants est effectivement un livre d’un niveau scientifique élevé : ce n’est pas le texte plus pointu de l’auteur, il y a bien plus ardu chez lui, mais pour une personne qui n’a pas une formation scientifique universitaire, qui ne se tient pas au courant des dernières avancées sur arXiv et / ou qui ne fait pas des recherches complémentaires sur le net, ça reste d’un abord assez difficile. Egan est un auteur formidable, mais sa lecture demande (la plupart du temps) de gros efforts.

      Cérès et Vesta, par contre, s’inscrit dans une tendance assez nouvelle chez lui, déjà amorcée dans son roman Zendegi, celle de proposer des textes plus accessibles au commun des mortels sur le plan scientifique. Et franchement, pour moi, Cérès et Vesta est vraiment compréhensible par tout le monde.

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  6. Pingback: Surprenant Février 2017 – Albédo

  7. Merci encore Apo, pour ces conseils de lecture judicieux. La je vais dénoter un peu, désolé. Bon je suis fan du Belial en général, abonné since le début à Bifrost et possède la photo d’Olivier Girard au dessus de mon lit. J’adore cette collection « un eheure lumiére », et le Ken Liu m’a scotché. La, j’avoue ma déception sur le Greg Egan. J’ai eu du mal avec un peu tout, à vrai dire: quasiment aucune empathie avec les personnages (ce qui est un comble, vu l’histoire, que je ne vais pas spolier bien sur), une vision bien manichéenne (la vilaine foule évidemment hostile et xénophobe…), l’écriture que je trouve peu agréable (rêche? en tout cas ne m’ayant pas apporté de plaisir/confort de lecture que j’attends sur une novella ) et surtout le coté « grands sabots » pour dénoncer le méchant « rejet de l’autre » (avec ce coté, « la guerre c’est mal, la paix c’est bien » un peu court de nos jours je trouve). Et surtout je vois pas en quoi cela pourrait être un reflet particulièrement actuel de notre réalité; cet aspect bien sombre de l’être humain ayant existé de tout temps.
    Bref, bof, désolé. Aussi, quelqu’un a compris le titre en anglais?

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    • Oui, je pense que le titre en anglais fait référence au dilemme moral à la fin, celui de sauver les quelques centaines de personnes du vaisseau OU les quelques milliers qui sont en hibernation et en transit sur les astéroïdes.

      Concernant les points que tu soulèves, je vais te faire la même remarque qu’à l’Ours inculte : Egan est connu pour ne pas accorder d’attention particulière aux personnages, ni à faire d’efforts de style particuliers. Ces deux éléments sont purement utilitaires pour lui, tout ce qui compte est le thème dont il veut parler, qu’il soit scientifique, philosophique / lié à l’avenir de l’homme, ou, comme ici, social et politique. Clairement, il ne faut pas aborder cet auteur avec l’idée qu’on va trouver des personnages attachants et vivre un grand moment d’émotion, ou qu’on va être conquis par un style virtuose, ça n’arrivera pas. L’intérêt chez cet auteur est ailleurs, que ce soit dans l’incroyable audace de ses développements scientifiques (il écrit de la Hard SF, d’habitude) ou dans la profondeur des questionnements qu’il génère. Mais bon, là, j’avoue, c’est de ma faute, j’ai beaucoup lu Egan et cette aridité stylistique, cette écriture purement utilitaire, analytique, est une caractéristique de l’auteur tellement évidente qu’il ne m’est même pas venu à l’esprit de la mentionner, la considérant comme acquise et connue. Histoire d’éviter d’autres déconvenues, j’ai ajouté à ma critique un mot d’avertissement sur le style / la narration / les personnages.

      Pour le reste, je ne suis pas d’accord sur un manque de subtilité, au contraire le roman est beaucoup moins manichéen qu’il semble l’être de prime abord : je te renvoie par exemple à l’interrogation d’Egan sur la place de la vraie justice dans l’attitude des descendants d’un peuple spolié : est-elle dans le fait d’obtenir réparation à tout prix, ou dans celui de ne pas demander aux descendants des spoliateurs (supposés) des réparations mesquines ? Pour moi (mais chacun aura une impression personnelle de la chose), on est très loin d’un manichéisme binaire, et, puisque tu parles du ken Liu, je trouve que nous sommes, sur plusieurs points soulevés par Egan, justement très proches de « L »homme qui mit fin à l’histoire » et du Révisionnisme qui y est dénoncé.

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    • Je l’ai lu avant hier, et je reviens donc sur cette page voir ce qu’il s’en dit. Mon avis sur le livre est très proche de celui d’Apo, mais je dois aussi avouer que je suis comme lui un lecteur fidèle et idolâtre des écrits d’Egan, et donc pas forcément très objectif. Surtout, ses « défauts » de style me sont depuis longtemps devenus transparents.

      Je ne retrouve pas dans Cérès et Vesta le côté manichéen que tu dénonces. La « vilaine foule hostile et xénophobe » n’apparaît dans la nouvelle que sous la forme de quelques petits groupes, bien souvent de jeunes gens excités, ou d’individus isolés et Egan leur confronte d’autres, parfois en grand nombre, qui s’excusent ou tentent d’aider (mise en place du système de partage de la taxe). De même, les « gentils » ne sont pas présentés comme tels, mais on suit dans la nouvelle un petit groupe de personnes qui lentement va s’adonner à des actions qui si elles sont au départ assez innocentes, relèvent progressivement du sabotage puis du terrorisme (« il faut qu’ils sachent qu’il n’y aura plus aucune sécurité nulle part »). De plus, il ne s’agit pas à proprement parler de xénophobie, mais d’un apartheid plus subtil qui se rapproche plus d’une lutte de classe que d’une appartenance ethnique, alimenté par un révisionnisme politique. Je n’y vois pas un côté gros sabots. De même, je ne vois pas en quoi si cet « aspect sombre de l’être humain a existé de tout temps », il n’est plus pertinent dans notre réalité actuelle. C’est une constante des écrits d’Egan. Même lorsqu’il imagine une nouvelle technologie révolutionnaire, il la confronte systématiquement aux vieux démons de l’humanité pour en explorer les implications sociétales. C’est à mon avis précisément là dessus qu’il est pertinent en tant qu’auteur de SF.

      PS : le titre en anglais fait référence aux 4000 surfeurs en hibernation et aux 800 passagers de l’Aras.

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