Les coureurs d’étoiles – Poul Anderson

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(Presque) aussi bon que les deux tomes précédents, mais dans un genre parfois assez différent

cours_étoiles_andersonLes coureurs d’étoiles est le troisième des cinq tomes de La Hanse galactique de Poul Anderson, après Le prince-marchand et Aux comptoirs du cosmos. La couverture (superbe), toujours signée Nicolas Fructus, représente un des héros emblématiques de cet univers, Adzel. On peut donc supposer que Chee Lan aura les honneurs de celle d’un des deux derniers livres du cycle.

Les trois nouvelles de 50-70 pages et le roman court qui en fait le double ont toutes un point commun : ce sont des histoires de premier contact entre la Ligue et de nouvelles civilisations. Et on peut aussi remarquer que plusieurs présentent un schéma récurrent, soit entre elles, soit avec des textes des autres tomes. Ce n’est cependant pas toujours le cas : certaines des nouvelles ont un ton différent, et se démarquent parfois assez radicalement des autres. Mais, au final, c’est peut-être ce qui fera l’intérêt des Coureurs d’étoiles (par analogie aux coureurs des bois, terme employé dans La clé des maîtres), à savoir un certain renouvellement, même si, d’un autre côté, les deux derniers textes peuvent un peu décontenancer ceux qui sont là pour le côté truculent de Van Rijn ou la ruse de Falkayn.  Lire la suite

Aux comptoirs du cosmos – Poul Anderson

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Un an entre deux tomes, c’est trop long, vite, une nouvelle dose !

comptoirs_cosmosAux comptoirs du cosmos est le second des cinq volumes du cycle La Hanse galactique, par Poul Anderson, après Le prince-marchand. Sa particularité est qu’en plus du truculent Nicholas Van Rijn, il introduit d’autres personnages emblématiques de la saga (dont Adzel), à commencer par David Falkayn, qui a même les honneurs de la couverture (superbe, signée Nicolas Fructus).

Ce livre comprend cinq nouvelles (de quelques dizaines de pages chacune) plus un prélude et deux interludes (quelques pages à chaque fois), ainsi qu’une préface signée par le traducteur (et un des principaux promoteurs de l’auteur en France, avec Pierre-Paul Durastanti), l’excellent Jean-Daniel Brèque. Comme d’habitude, je vais vous présenter un résumé de chacune des nouvelles, avant de vous donner mon avis les concernant, ainsi qu’un sentiment général sur le recueil. Lire la suite

L’empereur de l’espace – Edmond Hamilton

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Capitaine Flam, finalement, tu es bien de notre galaxie, et pas du fond de la nuit ! 

empereur_espace_hamiltonEdmond Hamilton (1904-1977) était un auteur de science-fiction (mais aussi de Fantasy, d’horreur, de thrillers, de polars !) très prolifique, un des piliers, avec Lovecraft et Howard, du légendaire magazine « pulp » Weird Tales, ainsi que de nombreuses autres publications du même genre (dans certains cas, une demi-douzaine de ses histoires sont publiées le même mois, que ce soit sous son nom ou sous pseudonyme, parfois dans un seul magazine !). Créateur du Space Opera avec E.E « Doc » Smith, il a aussi reçu le premier prix de SF décerné par les lecteurs, un précurseur du Hugo.

Il est particulièrement connu pour le cycle Capitaine Futur (dont L’empereur de l’espace est le premier des 20 tomes, dont 19 écrits par Hamilton), beaucoup plus connu en France sous le nom de… Capitaine Flam ! Eh oui, l’anime de mon enfance était en fait issu d’une série de textes publiés dans des pulps (dont un magazine qui lui était dédié) entre 1940 et 1951, mais je ne l’ai appris que bien plus tard (alors qu’en préparant cette critique, je me suis aperçu que c’était écrit en gros dans le générique, honte extrême…). Contrairement à ce qu’on pense, le personnage n’a pas été créé par Hamilton mais par une légende des comics DC, Mort Weisinger (créateur -entre autres- d’Aquaman, de Green Arrow, et de certains ajouts fondamentaux dans l’univers de Superman).

Ce cycle est typique de la première phase de l’oeuvre d’Edmond Hamilton, celle marquée principalement par l’aventure, un aspect mélodramatique et chevaleresque, un côté extrême, « larger than life » comme disent les américains (des méchants très méchants, des enjeux énormes -le sort du monde / du système solaire / de la galaxie / de l’univers est en jeu, rien de moins-, on se balade dans les étoiles, les dimensions et le temps, etc) mais dénuée (selon ses détracteurs) de cette profondeur qui caractérise la SF dite « intelligente ». Cependant, au fil des années, et de l’évolution des goûts du public, ce style de SF d’aventure, taillé avant tout pour le divertissement, fut ringardisé, regardé de haut. Hamilton lui-même, après son mariage avec Leigh Brackett (en 1946), se mit à écrire des histoires plus « réalistes ». Pourtant, lorsqu’on gratte un peu la surface du cycle, on s’aperçoit que c’est bien moins basique que certains ont voulu le faire croire, notamment sur le plan de la description (pseudo-)scientifique très détaillée des machines présentes dans les romans (sur ce point, on pourrait d’ailleurs considérer qu’un David Weber, par exemple, est un héritier d’Hamilton) ou de la mise en avant de l’intelligence par opposition à la force brute.  Lire la suite

Le prince-marchand – Poul Anderson

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Truculent, tonitruant, excellent

prince_marchand_1Poul Anderson (1926-2001) est un des géants de la science-fiction, romancier et nouvelliste très prolifique (titulaire de sept prix Hugo et de trois Nebula, excusez du peu !), et également excellent auteur de Fantasy : son roman l’épée brisée reste une des œuvres les plus fondamentales du genre aux Etats-Unis. Une de ses nouvelles (présente dans le recueil Le chant du barde) est une des sources d’inspiration de James Cameron pour Avatar. Pour la petite histoire, c’était également le beau-père de… Greg Bear. Quelle famille d’écrivains de SF !

Le Prince-Marchand, premier des cinq volumes de La Hanse Galactique, nous projette au début du 25ème siècle, où nous suivons les aventures du truculent Nicholas Van Rijn, marchand interstellaire, personnage haut en couleurs au verbe haut, amateur de tabac, d’alcools fins, de bonne chère et de jolies femmes. Ce volume 1 comprend une nouvelle d’une quarantaine de pages (Marge bénéficiaire), un roman court (Un homme qui compte) qui en fait 200, ainsi qu’une chronologie de l’univers commun au Commonwealth de Van Rijn et à l’Empire Terrien (un Etat qui lui est postérieur) des aventures de Dominic Flandry (concernant ce dernier, je vous renvoie à l’excellent article de Lutin sur son blog Albedo). Lire la suite

Grand Central Arena – Ryk E. Spoor

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Quand le meilleur de la SF des années 2010 tente (avec succès) de ressusciter le côté vertigineux du Space Opera des années 50

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L’ambition de l’auteur était, outre de rendre hommage à E.E. Doc Smith (un des géants de l’époque héroïque / classique de la SF), de retrouver l’esprit du Space Opera de l’époque, qui s’est en grande partie perdu aujourd’hui. En gros, on pourrait résumer (très grossièrement) cela par quelques éléments-clefs : des vaisseaux / mégastructures plus vastes que tout ce qu’on pourrait imaginer, une intrigue qui met en jeu le sort du monde / de l’univers ou quasiment, des êtres surpuissants (parfois même quasiment divins), des méchants très méchants et des gentils très gentils, et bien entendu, de la castagne, des batailles, des guerres et des combats (mais menés par des civils ou des paramilitaires, on n’est pas chez Lady Harrington non plus). Et avant tout, deux concepts : Aventure et Sense of Wonder.

Le verdict ? Mission accomplie. Lire la suite