House of suns – Alastair Reynolds

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Un roman qui explose toutes les (dé)mesures ! 

house_of_sunsAlastair Reynolds est un auteur Gallois qui, avant de se consacrer à plein temps à l’écriture (à partir de 2004), faisait partie d’une subdivision de l’ESA (l’Agence spatiale européenne) en tant qu’astrophysicien. Au vu de son expertise scientifique, et de son attitude qui consiste à dire qu’il ne peut utiliser, dans sa science-fiction, un procédé auquel il ne croit pas (le déplacement supraluminique, par exemple), à moins qu’il n’apporte un élément indispensable à l’intrigue, vous ne serez pas surpris d’apprendre (si vous ne le savez pas déjà) qu’il exerce son art dans le registre de la Hard SF, sous-genre dont il est considéré comme un des plus grands maîtres avec des écrivains comme Greg Egan, Stephen Baxter ou Arthur C. Clarke (liste évidemment non-exhaustive). Son cycle des Inhibiteurs, notamment, fait référence, mais le livre dont je vais vous parler aujourd’hui n’en fait pas partie : c’est un roman indépendant, développé à partir d’une novella antérieure, Thousandth night (dont il s’écarte d’ailleurs sans complexe à certains moments, faisant par exemple intervenir des personnages qui y sont morts).

House of suns partage par contre une constante avec le reste de l’oeuvre de Reynolds, à savoir cette conquête spatiale « à la dure », sans moteur hyperspatial, une SF ayant à la fois la vastitude des contextes multi-planétaires du (New) Space Opera, le côté sombre du roman noir et, donc, un certain réalisme dans l’existence (ou pas) des technologies futures, qui restent cohérentes avec les lois de la physique telles qu’on les comprend aujourd’hui (sauf si cela sert, à l’extrême rigueur, un point capital de l’intrigue). Personnellement, j’aime beaucoup cette ambiance, cette idée qu’on ne traverse pas une galaxie en un après-midi en passant en « vitesse-lumière » et en n’y prêtant aucune attention tant la chose est banale, routinière. Mais, dans ce roman, l’auteur va bien, bien plus loin que dans son cycle phare des Inhibiteurs, puisqu’il dilate l’espace humain a la dimension… de la galaxie ! L’univers (et sa démesure !) sont le très, très, très gros point fort de House of suns, même si le roman est par ailleurs critiquable (ou plutôt améliorable) sur quelques points finalement assez mineurs.  Lire la suite

The wrong stars – Tim Pratt

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Attention, zone de micro-gravitas

the_wrong_starsTim Pratt est un auteur (et poète) américain de SF et de Fantasy vivant à Oakland, Californie. Senior editor pour le magazine Locus, titulaire du Hugo 2007 catégorie « nouvelle » pour son texte Impossible dreams, finaliste du World Fantasy Award 2008, il a publié 18 romans, y compris sous pseudonyme. The wrong stars est son premier Space Opera, et le tome inaugural d’un cycle appelé Axiom. Il déclare, dans la postface, avoir été fortement influencé (entre autres) par Iain Banks et Alastair Reynolds, et le moins qu’on puisse dire est que c’est gros comme une maison à la lecture de son bouquin. Du premier, il a pris ce ton franchement dépourvu de gravitas (concept romain recouvrant les notions de poids de la déclaration, de sérieux, dignité, substance / profondeur du propos, engagement et prise de responsabilité envers la tâche à laquelle on doit faire face) qui a été reproché à l’écossais par une certaine critique (et dont il s’est tellement amusé via ses noms de vaisseaux employant par la suite Gravitas –Very Little Gravitas Indeed, Zero Gravitas, etc– en un comique de répétition). Du second, il a pris un point clef de l’univers.

Le problème est que, outre le fait que ce n’est pas original (c’est un peu trop inspiré par Reynolds à mon goût), tout le sense of wonder (voire un côté thriller, pour ne pas dire SF d’horreur) impulsé par l’inspiration Reynolds est plus ou moins annihilé par le côté léger, dépourvu de gravitas, donc, de l’inspiration Banks. Si on ajoute à cela le fait que je me suis surpris à penser à Becky Chambers plus d’une fois (avec un univers tout de même plus solide), on se retrouve avec un roman qui frôle parfois de très près le Young Adult, alors qu’il commençait plutôt bien et avait tout pour générer frisson et / ou émerveillement. Bref, j’ai un peu de mal à comprendre comment un auteur qui n’en est tout de même pas à son premier livre a pu livrer une copie finale aussi insipide, quelque part.  Lire la suite

Valiant dust – Richard Baker

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Une SF (romantico-)militaire à la géopolitique développée et au héros officier, gentleman, prince et socialite !

valiant_dustRichard Baker est un ancien officier de l’US Navy qui, outre l’écriture de treize romans, est aussi et surtout un acteur de premier plan dans le monde du jeu de rôle, ayant (entre autres) participé, que ce soit pour TSR ou Wizards of the Coast, à l’élaboration d’un très grand nombre de livres liés à D&D (de la seconde à la quatrième édition), principalement dans les gammes Forgotten Realms, Birthright et Dark Sun.

Valiant dust est le premier tome d’un cycle de SF militaire appelé Breaker of empires. Si, de prime abord, on peut être tenté d’établir des parallèles avec David Weber, nous verrons que les choses sont plus compliquées et subtiles qu’un banal clonage d’une des références du genre. Mais si sa géopolitique élaborée et ses thématiques sont le gros point fort du livre, il est par contre un poil bancal (sans être mauvais) sur un pur plan militaire. Et nul doute que la forte dose de romance, la condition sociale du héros et sa propension à passer beaucoup de temps dans des événements mondains pourront poser problème à certains lecteurs de SF militaire.  Lire la suite

Places in the darkness – Chris Brookmyre

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Même si le thème central n’est pas original, ce mélange de polar et de SF reste vraiment très solide

pitd_brookmyreChristopher Brookmyre est un écrivain écossais, auteur de polars / thrillers de premier plan (son cycle Jack Parlabane s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires, et ce rien qu’au Royaume-Uni !), membre du mouvement littéraire Tartan noir (mêlant les codes du roman écossais classique et ceux du hardboiled, plus des influences européennes). Depuis quelques années, il écrit aussi de la SF, genre dont relève Places in the darkness. Un grand spécialiste du roman noir qui écrit de la Science-fiction, un résumé intéressant, un précédent essai dans le mélange des genres (Bedlam) qui avait été, en son temps, grandement apprécié par Iain M. Banks en personne, voilà qui ne pouvait qu’attirer ma curiosité ! Ma seule crainte était que l’aspect SF ne soit qu’un décor ou un prétexte, mais elle s’est révélée infondée : il est en fait au cœur de l’intrigue.

Au final, même si la thématique SF centrale n’est pas originale, et a été vue (en -un peu- mieux) ailleurs (notamment chez Dieu Gérard Klein et Greg Egan), elle reste solidement traitée, et, ajoutée à un aspect polar qui, sans surprise, se révèle très bon, donne un roman franchement très recommandable pour un lecteur anglophone aimant ce style de mélange des genres et d’atmosphère. Lire la suite

From darkest skies – Sam Peters

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Beaucoup de potentiel, un résultat assez décevant (tout en restant d’un niveau correct)

from_darkest_skies_petersFrom darkest skies est le premier roman de Sam Peters. Les remerciements nous apprennent que l’univers du livre est issu d’une campagne de jeu de rôle (si j’ai bien tout saisi), et que l’auteur n’a lu Carbone modifié de Richard Morgan qu’après avoir écrit son propre livre. Précision heureuse, car il y a en effet certaines (vagues) ressemblances entre les deux œuvres. Mais à vrai dire, j’en verrais plus encore avec celle de Peter Hamilton, lui-même grand utilisateur de policiers du futur (Paula Myo, La grande route du Nord), voire même avec Dan Simmons (l’IA qui enquête sur sa propre mort) et Alastair Reynolds (la dite IA a été construite à partir des aperçus de la personnalité de l’épouse décédée du protagoniste disponibles en ligne, un peu comme la reconstitution d’Eunice Akinya dans la trilogie Les enfants de Poséidon).

Premier roman, donc, et cela se voit : trop ambitieux pour son propre bien, parfois maladroit ou un peu difficile à suivre, From darkest skies n’est pourtant pas dépourvu de qualités, bien au contraire. Sam Peters travaille actuellement sur la suite, Species traitor (il ne s’agit donc pas d’un one-shot, même s’il peut éventuellement se lire comme tel) et aura, on l’espère, corrigé ces défauts de jeunesse.  Lire la suite

Dogs of war – Adrian Tchaikovsky

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Encore un chef-d’oeuvre !

dogs_of_warDogs of war est le nouveau roman d’Adrian Tchaikovsky, très prolifique auteur de SFF britannique, aussi à l’aise en Fantasy qu’en SF, qui m’avait bluffé avec l’excellent Children of time. S’il s’agit toujours de science-fiction, le contexte est cette fois différent, puisqu’il concerne la Terre d’un futur très proche (une grosse génération, à priori) et s’inscrit dans le sous-genre militaire. Nous suivons un groupe de bioformes expérimentales, des animaux (chien, ours, reptile, abeilles -ah, j’ai capté l’attention de Lutin, là-) transformés par l’ingénierie génétique et la cybernétique, et utilisés pour mener une sale guerre corporatiste au sud du Mexique. Endoctrinées et dotées de puces de Feedback devant les contrôler, les bestioles finissent cependant par penser par elles-mêmes et par s’interroger sur la pertinence des ordres… Cependant, cette partie martiale n’est qu’un (long) prologue pour quelque chose de beaucoup plus profond et ambitieux, en lien avec un thème récurrent chez l’auteur : la coexistence et les relations entre formes de vie différentes, les relations entre une créature et son créateur.

Avec ce titre, nous revitalisons un peu le cycle SF biologique lancé l’année dernière et un peu laissé de côté en 2017. J’en profite aussi pour en lancer un autre, le cycle anticipation militaire, qui se propose de réunir des romans se passant dans un futur très proche et tentant de réfléchir, d’une façon un minimum réaliste, à ce que pourrait être la guerre demain.  Lire la suite

The last good man – Linda Nagata

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Un contexte et des personnages très solides, mais un roman globalement un peu long et qui manque un poil de nervosité

last_good_man_nagataLinda Nagata est une auteure américaine basée à Hawaï, publiant ses livres sous son propre label, Mythic Island Press, et titulaire d’un prix Locus et d’un Nebula. Un seul de ses romans a été traduit en français. Connue pour être la reine du nanopunk, elle s’est réorientée ces dernières années vers une SF militaire (à fort aspect thriller) se déroulant dans un futur proche. Après sa trilogie Red, son nouveau livre (un one-shot), The last good man, nous plonge à nouveau dans ce type de contexte.

SF d’anticipation, Postcyberpunk, The last good man est aussi une SF militaire d’un type paradoxalement assez marginal, dans le sens où elle se passe sur Terre, sans vaisseaux spatiaux et dans un futur très proche. On peut d’ailleurs être étonné par le fait que ce genre de background ne soit finalement que minoritaire en SF militaire, même si certains techno-thrillers sont plus ou moins à la limite du genre.  Lire la suite