The house of Styx – Derek Künsken

Un joyau du Planet Opera, et la clef de la géopolitique du Magicien quantique

house_of-styx_kunskenThe house of Styx est le nouveau (et troisième) roman de Derek Künsken. Il se déroule dans le même univers que Le magicien quantique, mais 250 ans auparavant. Il n’en constitue donc pas la suite (qui est The quantum garden), mais, comme ce dernier roman, a pour but (entre autres) de préciser la géopolitique jusqu’ici très floue de cet univers. En effet, dans Le magicien quantique, diverses nations interstellaires d’origine terrienne étaient évoquées (les Vénusiens, les Banques, etc), dont certaines avec des fondamentaux assez étonnants (comme la fleur de lys qui servait de symbole aux dits vénusiens), mais sans que l’auteur n’ait forcément le temps, dans un aussi petit roman, ni l’envie, d’entrer dans les détails, concentré qu’il était sur son Ocean’s Eleven de l’espace. Eh bien un des buts primordiaux de The house of Styx (premier tome d’un cycle, Venus Ascendant) est de réparer cette lacune, en vous en apprenant plus sur les Banques et surtout, surtout, sur les Vénusiens, puisque tout le roman se passe sur l’étoile du berger.

Ce premier aspect est déjà intéressant pour qui a aimé l’univers du Magicien quantique, mais The house of Styx a des arguments à faire valoir pour un public bien plus large que cela : en effet, c’est non seulement le meilleur Planet Opera consacré à Vénus jamais écrit, à mon sens (supérieur au roman du même nom de Ben Bova), mais je pense même sincèrement que c’est un des romans Planet Opera en général les plus importants écrits depuis la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson. Et clairement, tout comme pour ce dernier cycle, lorsqu’on parlera de la colonisation de Vénus en SF, il y aura un avant et un après The house of Styx. Enfin, pour celles et ceux que Le magicien quantique ou Vénus laisseraient plutôt froids, la dernière production de Künsken a un autre argument de poids à faire valoir : il est exceptionnellement inclusif, puisqu’il comprend, excusez du peu, un personnage atteint du syndrome de Down, un second ayant un problème d’identité de genre, et un troisième gay. Bref, quelle que soit la raison qui soit susceptible de vous conduire à lire ce roman (en VO ou dans une éventuelle traduction), il y a peu de chances, je pense, d’être déçu, d’autant plus que les personnages très travaillés sont crédibles et attachants et que l’auteur répond de façon convaincante à bien des questions posées par son univers dans Le magicien quantique.

Contexte

Il s’agit donc du même univers que celui du Magicien quantique, mais 250 ans auparavant (donc aux alentours de 2265, d’après les dates citées dans The quantum garden), à une époque où l’Axis Mundi n’a pas été découvert et où l’Humanité est donc encore confinée au Système solaire. De même, aucune des variantes génétiques (Homo quantus, Pupa, Eridanus, etc) n’existe. Les grandes puissances sont les USA, la Chine, les Russes, les… Égyptiens (j’aurais d’ailleurs aimé que Künsken en dise plus sur le sujet, parce que cela m’a carrément intrigué : ça viendra peut-être dans le tome suivant) et peut-être surtout les Banques (avec un grand « B »), des Corporations (avec un grand « C ») établies sur la Lune, Encelade et les astéroïdes majeurs et qui, comme c’est classique en SF (plutôt Cyberpunk, mais pas seulement), ont acquis des pouvoirs régaliens d’habitude réservés aux nations. Ces Banques ont eu une idée de génie : expédier des robots et des usines automatisées sur les astéroïdes dont l’exploitation minière serait la plus facile ou rentable, les annexant de fait. Elles jouent donc un grand rôle financier et en matière d’approvisionnement en matières premières dans le Système solaire.

Le Québec est devenu souverain (nous ne saurons pas comment), et lui aussi a voulu sa part du gâteau spatial. Vu que personne ne voulait de Vénus (pour des raisons que j’expliquerai plus loin), vue comme une voie sans issue pour la colonisation (alors que Mars ou la Lune sont bien plus intéressantes ou faciles à exploiter sur ce plan), personne ne s’est opposé aux revendications du jeune et modeste État sur les nuages de l’étoile du berger, soixante ans avant le début du roman. Sauf qu’il n’avait pas vraiment les épaules, financièrement parlant, pour réaliser pareille aventure, et qu’il a dû s’associer à la Banque de Pallas. Si vous ajoutez à cela le fait que les dirigeants de la Colonie (en français dans le texte) sont incompétents, corrompus ou les deux à la fois, que la Banque n’a aucune intention de les laisser rembourser leurs importantes dettes, que les plans de remboursement établis par la présidente sont de toute façon irréalistes et que Vénus s’en donne à cœur joie pour faire dérailler toutes les projections vu à quel point l’environnement agressif ou dépourvu de ressources utiles conspire pour rendre les Vénusiens dépendants de l’extérieur, vous comprendrez qu’en réalité, c’est la Banque qui fait en grande partie ce qu’elle veut sur la planète.

I’m your Venus, i’m your fire *

* Venus, Bananarama, 1986.

Vu que tout le monde n’est pas féru d’astronomie, un petit rappel : en terme de diamètre, de composition et de masse, Vénus est presque la sœur jumelle de la Terre. La SF pré-sondes spatiales l’imaginait plus ou moins comme un monde tropical (en raison de sa plus grande proximité avec le Soleil), de jungles et de marécages, dotée de… dinosaures. Autant dire que quand les premières données scientifiques en provenance de Mariner 2, en 1962, arrivent, c’est la douche froide : Vénus, c’est tout simplement l’enfer. Son atmosphère composée essentiellement de dioxyde de carbone (donc complètement irrespirable) a une pression, en surface, équivalente à celle que l’on trouve à 900 mètres sous nos océans, et la température est à la fois la plus élevée du Système solaire (en raison d’un effet de serre démentiel) et largement suffisante pour faire… fondre du plomb. Pire encore, l’acide sulfurique est très présent dans l’atmosphère, ce qui fait que la pluie y est violemment corrosive (sans compter qu’à ces températures et ces pressions, la chimie et le comportement, aussi bien de l’acide que du dioxyde de carbone -à l’état supercritique- sont très singuliers). Ajoutez à cela le fait que la croûte basaltique épaisse de la planète enfouit toute ressource en métal ou éléments radioactifs potentiellement utiles pour la colonisation à des profondeurs peu pratiques (pour ne pas dire inaccessibles vu les conditions terribles) et vous comprendrez mieux pourquoi aucune puissance majeure de cet univers ne s’est fatiguée à coloniser la surface de cette planète.

Sauf que plus on s’élève, moins la pression est grande, plus la température baisse, et moins l’acide est présent. Comme beaucoup de projets scientifiques réels ou de livres de SF récents (comme Le sultan des nuages par exemple), The house of Styx part donc du principe que la colonisation de Vénus est aérienne : le gros des habitants de la Colonie (qui a fait sécession du Québec), environ 4000 habitants, vit dans une bande comprise entre 62 et 66 kilomètres d’altitude, dans des dirigeables artificiels (12 gros, 200 moyens et des douzaines de petits capables d’accueillir quelques personnes) répartis en plusieurs flottilles. À ces hauteurs, ils sont au-dessus du gros des tempêtes, de l’acide et à des températures et pressions gérables. Sans compter la possibilité de capter la lumière solaire pour générer de l’énergie.

Mais il y a un autre groupe de colons (une centaine de familles), plus indépendants, les Coureurs des vents, modelés sur les coureurs des bois, tout comme la Banque de Pallas est un équivalent de la Compagnie de la baie d’Hudson. Avec les éléments concernant le Québec du XXIIIe siècle fournis par Künsken, bien des interrogations sur l’étrange géopolitique du Magicien quantique trouvent donc ici une explication à la fois logique et convaincante : rien d’étonnant, dès lors, à ce que les Vénusiens arborent le symbole de la fleur de lys.

Les Coureurs, donc, exploitent une des formes de vie vénusiennes, des végétaux géants se nourrissant de l’électricité des orages vénusiens (et qui ressemblent de façon étonnante aux « Méduses » chez Clarke / Baxter / Reynolds). Car oui, au-dessus de 32 Km d’altitude, il y a de la vie « sur » (ou plutôt dans les nuages de) Vénus, végétaux géants ou bactéries microscopiques. Les Coureurs en modifient certains par la biotechnologie pour pouvoir vivre à l’intérieur et guident les naturels tels des bergers, exploitant les ressources créées ou captées par leur biologie unique. Ils vivent bien plus bas que le gros de la Colonie, à 42-45 Km, et sont quelques centaines, qui se méfient à la fois du gouvernement mais aussi les uns des autres. Ils sont donc farouchement indépendants. À ces profondeurs (vous noterez, au passage, que Künsken insiste à plusieurs reprises sur les analogies entre cette atmosphère et un océan), on court plus de risques (pression, température et acidité supérieures, tempêtes plus violentes), mais on peut récolter tout un tas de choses utiles : de l’électricité, des produits chimiques à haute énergie, des matières organiques, de l’eau, et même de la cendre volcanique riche en métal, la ressource la plus rare et la plus précieuse sur Vénus étant donné que comme nous l’avons vu, on doit en importer depuis les astéroïdes contrôlés par les Banques, creusant ainsi de plus en plus la dette coloniale détenue par celle de Pallas. Toute analogie avec les dettes de nos sociétés occidentales bien réelles n’étant bien entendu pas du tout fortuite.

Évidemment, quand bien des choses essentielles doivent être importées ou creusent la dette, le gouvernement les rationne de façon drastique, et quand il donne un ordre de réquisition ou un interdit de délivrer des médicaments à une personne qui « abuse » (selon son point de vue, du moins) des ressources de la Colonie, la décision est sans appel. Et justement…

Venus is a harsh mistress

Les D’Aquillons sont une famille emblématique de Coureurs des vents. La fille (survivante), Marthe, est une opposante politique de la présidente à l’Assemblée, en partie à cause du fait que le clan voue à la politicienne une haine farouche. Une vingtaine d’années auparavant, c’était une doctoresse qui, quand le diagnostic prénatal a révélé que le bébé à naître (Jean-Eudes) du patriarche, George-Etienne, serait atteint du Syndrome de Down (plus connu sous le nom de Trisomie 21), a tout simplement conseillé… l’avortement, car un tel individu représenterait un lourd investissement en médicaments et en rations pour un apport à la Colonie douteux. L’irascible québécois a fait un autre choix : garder le bébé et financer lui-même toutes les dépenses entraînées. Une décision qui a cependant placé sa famille dans des conditions extrêmement précaires et dangereuses, même pour Vénus, ce qui fait que la tout aussi irascible déesse a exigé son tribut : quand l’intrigue commence, la femme de George-Etienne, une de ses filles et son gendre sont morts. L’environnement de la planète, surtout aux profondeurs où évoluent les Coureurs, ne pardonne ni la moindre erreur, ni le plus petit coup du sort.

Alors que Marthe et son frère Émile vivent au sein de la flottille principale, à haute altitude, le reste des D’Aquillons (sur)vit dans la bande 42-45 Km, dans une des formes de vie vénusiennes génétiquement altérées, un dirigeable vivant appelé le Causapscal-des-profondeurs (pour celles et ceux qui se poseraient la question -et qui ne sont pas de la Belle Province-, Causapscal est une ville de la province de Québec). Outre le patriarche George-Etienne, l’aérostat organique comprend son fils Jean-Eudes (atteint du syndrome de Down), un autre fils, Pascal (16 ans) et son petit-fils, Alexis (10 ans), l’enfant de sa fille décédée, Chloé.

My God, it’s full of stars ! *

* David Bowman.

L’intrigue proprement dite s’amorce quand George-Etienne décide d’aller enquêter sur une étrange tempête statique, dont il a découvert l’existence il y a des années dans Diana Chasma, la région la plus profonde de Vénus. Si peu de Vénusiens ont même simplement vu le sol depuis le bas de la couche nuageuse, ils ne sont qu’une poignée à avoir foulé son sol : les conditions y sont si atrocement difficiles, et l’intérêt pratique (vu qu’on ne peut pas y extraire de métal) si réduit que personne n’y descend jamais, tout simplement. Pour un vénusien, la surface n’a aucune valeur. Sauf que le chef du clan d’Aquillon est à la fois curieux et doté d’une des rares machines capables d’effectuer une virée au sol. Il descend donc avec Pascal, et découvre que la source de la tempête est une caverne, dans laquelle le vent s’engouffre. Et dans le réseau souterrain, le père et le fils vont aller de découverte extraordinaire en surprise fabuleuse. Car là-dedans se trouve quelque chose qui pourrait changer l’avenir de Vénus, du Système solaire, de la race humaine… et surtout celui des D’Aquillons, les sortant de la spirale d’endettement se transmettant de génération en génération impulsée par les Banques.

Oui mais voilà, alors que le gouvernement veut réquisitionner le Causapscal-des-vents, le dirigeable artificiel dans lequel vivent Marthe et Émile à 65 Km d’altitude, sous le prétexte qu’il est obsolète (alors que ladite obsolescence est en réalité due à un manque de pièces de rechange causé par ce même gouvernement), le patriarche n’a aucune raison de croire que les politiciens et les représentants de la Banque de Pallas dont ces incompétents ne sont que des marionnettes vont lui laisser le bénéfice financier de sa découverte. Avec deux autres familles de Coureurs, les Hudon et les Phocas (un nom qui devrait rappeler des choses aux lectrices et aux lecteurs du Magicien quantique), il monte donc un plan audacieux (mais évidemment dangereux) pour pouvoir exploiter ses découvertes dans le plus grand secret.

Et justement, si vous avez lu ledit Magicien quantique (et je m’empresse de préciser que The house of Styx peut se lire de façon tout à fait indépendante), vous avez déjà probablement deviné ce qui est caché sous Diana Chasma et qui va changer le destin de la race humaine. Si ce n’est pas le cas, attendez-vous à un beau moment de Sense of wonder !

And you’re sick to your stomach at the sound of your voice, and the shape of your face *

* King, Marillion, 1995 (une des meilleures chansons de tous les temps !).

Mais l’intrigue, si passionnante soit-elle (le dernier quart est absolument épique), ne constitue pas le seul intérêt de ce roman, pas plus que le worldbuilding. Les personnages sont aussi un de ses gros points forts : complexes, nuancés, profondément humains, et surtout montrés par Künsken avec une rare justesse, ils fascinent. Surtout que l’auteur, en faisant très inclusif, n’a pas choisi la voie de la facilité : entre Jean-Eudes et son syndrome de Down, Marthe et son homosexualité, Pascal et son problème d’identité de genre (c’est un des rares romans de SFFF que j’ai eu l’occasion de lire où un personnage change de prénom en cours de route !) qui est la cause d’au moins autant de tourments que ceux ressentis par son frère aîné Émile, qui a du mal à trouver sa place dans sa famille, dans la société vénusienne et même en terme de ce qu’il est ou veut être ou faire (et avec qui), Künsken avait littéralement cent occasions de mal dire les choses, de sonner faux. Rien de tel, pourtant : il y a des passages concernant Jean-Eudes ou Pascal qui sont d’une grande beauté, tout est toujours crédible, dit avec justesse, douceur et respect, et même le personnage qui est très longtemps le moins intéressant, de mon point de vue, recèle des profondeurs insoupçonnées qui se dévoilent sur la fin (et je pense qu’il va prendre plus d’importance dans les tomes suivants).

Attention toutefois à ne pas forcément trop vous attacher, bien que la profonde sympathie que l’on ressent pour les personnages rende la chose assez inévitable : la déesse de l’amour est vaniteuse, et elle pourrait bien exiger de son grand-prêtre Künsken un nouveau tribut !

Un Planet Opera de toute beauté, entre McDonald, Clarke et Kim Stanley Robinson

Mais à mon sens, le plus gros intérêt du livre n’est ni dans sa connexion au cycle du Magicien quantique, ni dans les personnages, mais bel et bien dans son magistral aspect Planet Opera : la façon dont Künsken décrit l’environnement vénusien possède ce mélange de précision hallucinante (un peu comme si l’auteur avait réellement contemplé ce qu’il décrit) et d’une touche de poésie que je n’avais, personnellement, croisé qu’une seule fois, dans ce qui est la référence absolue du Planet Opera martien et un des plus grands, sinon le plus indispensable représentant de ce sous-genre dans son ensemble, à savoir la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson. Je me suis souvent plaint, sur ce blog, que Vénus n’avait jamais bénéficié, dans la SF moderne, de l’abondance de romans consacrés à la colonisation, l’exploration ou la terraformation de la planète rouge, même si des gens comme Ben Bova ont fait quelques tentatives en ce sens. Eh bien clairement, The house of Styx comble cette lacune et offre au Planet Opera vénusien une figure de proue comparable à ce que représente le cycle de KSR pour Mars. 

Künsken y décrit un monde où beauté insoupçonnée et dangers omniprésents, notamment l’incessante pluie d’acide, forgent une société à nulle autre pareille, où on vole d’habitats en habitats avec des packs dorsaux à réaction dotés d’ailes rétractables de deux mètres d’envergure, où neutraliser l’acide avant de pénétrer dans un dirigeable artificiel ou un aérostat vivant est une obsession, où la jeunesse a établi une mystique vénusienne, des scarifications rituelles à l’acide et une exposition transitoire sans protection à la haute atmosphère qui ont de fortes réminiscence du Ian McDonald période Luna, ce qui est tout particulièrement sensible dans les parties (à mon avis les plus mauvaises du livre) concernant Émile.

Il y décrit aussi une société violemment fracturée entre habitants des hautes altitudes, vivant dans un luxe relatif, et Coureurs survivant à la dure, alors qu’à la première occasion, le gouvernement (qu’ils méprisent, voire détestent) les spolie, les étrangle. Gouvernement d’ailleurs incompétent, politiquement indépendant du Québec mais économiquement à la merci des importations de métal en provenance de la Banque de Pallas, qui, en pratique, fait ce qu’elle veut sur la planète… y compris tuer. Il y montre la folie d’une politique économique basée sur des calculs bien trop optimistes, donc à la merci de coups du sort qui, dans un environnement aussi extrême, ne manquent bien entendu pas d’arriver. Surtout quand la Banque n’a aucune envie que son débiteur arrive à rembourser !

Écriture

Il y a pas mal de choses à dire sur l’écriture : d’abord, la plus évidente est que le livre comporte un grand nombre de mots, voire de phrases, rédigés en français québécois dans le texte. Ce qui conduit d’ailleurs à une situation assez étrange : paradoxalement, ce roman sera mieux compris ou apprécié par un français ou un québécois lisant l’anglais que par un pur anglophone qui n’a aucune connaissance de la langue de Molière ! Signalons, toutefois, pour l’anecdote, que comme dans d’autres romans de l’auteur, où le français de la Belle Province était aussi présent, certaines expressions sonnent de façon assez étrange. De même, il est curieux de croiser un homme qui s’appelle Bénoit, avec un « é » au lieu d’un « e » !  Par contre, pour un français, la profusion de crisse et autres tabarnak est un régal ! 😀

Deuxième point à aborder, le ton (à la fois plus mystique dans certains passages et constamment plus grave, plus sombre, plus dur) et même le style d’écriture sont très différents du Magicien quantique, et avoir apprécié ce dernier roman n’est pas forcément l’assurance d’aimer The house of Styx sur ce plan. Il y avait aussi une relative différence de ton et d’ambiance entre The quantum garden et The quantum magician, mais c’est bien, bien plus prononcé ici.

Précisons aussi que même si c’est du Planet Opera pointu, légère tendance Hard SF, ça reste vraiment compréhensible par tous, donc aucun souci à vous faire si vous avez peur de ne pas comprendre. Par contre, la différence de ton entre les parties que je qualifierais de « normales » (la rude vie des Coureurs, l’aspect de Planet Opera Hard SF) et celles, à la Ian McDonald, qui concernent les délires mystiques d’une certaine jeunesse privilégiée de la flottille ou la vie amoureuse d’Émile, peuvent être plus sensibles : personnellement, j’ai beaucoup plus apprécié le reste du livre que ces sections là.

Si on prend en compte tous les aspects du roman, on peut dire que The house of Styx est une spectaculaire réussite, que ce soit en lui-même (c’est probablement le Planet Opera vénusien définitif, insurpassable, et ses personnages -hautement attachants !- représentant un vaste éventail de la Diversité, dont les sentiments sont décrits avec une rare justesse, sont de toute beauté) ou en relation avec l’univers du Magicien quantique, dont il éclaire d’un jour capital et peut-être surtout détaillé (enfin !), l’histoire et la géopolitique. Bref, vivement la suite, qui s’annonce tout à fait passionnante ! 

Niveau d’anglais : facile.

Probabilité de traduction : franchement, ce roman a tellement d’atouts à faire valoir que je ne vois pas comment il pourrait ne pas être traduit. Ou alors c’est vraiment à désespérer !

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11 réflexions sur “The house of Styx – Derek Künsken

  1. Encore un titre pour moi, mais la barque est pleine pour le moment, merci.
    En attendant et pour me consoler, je vais écouter ce titre de Marillon que je ne connais pas (je redécouvre ce groupe petit à petit)

    Aimé par 1 personne

  2. Je vais être le lourdaud dans l’audience, mais je me méfie toujours quand l’inclusivité est presentée comme argument par elle même à cause des tendances à la moralisation qui trainent trop souvent derrière. C’est très possible que ce soit un bas réflexe rotulien vu que la question coloniale de l’Union et de ses personages -surtout Iekanjika- avait été traitée avec plein de subtilité de justesse, mais de loin j’y vois un risque que ça fasse un rien comme bérénice/sancia au milieu du reste du texte: c’est bien gentil, mais ça colle pas avec le reste et/ou c’est pas de taille à coté, et du coup ça apparaît plus comme appât à nomination qu’autre chose.

    C’est mal d’ếtre grognon avant même la première page. Je suis emballé de toute façon, mais j’attend encore de revoir ce que les homo quantus auront bricolé après leur exode, ou si certains Mongrels vont eux aussi se retrouver dans le gaz au futur.

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    • Je te rassure, rien à voir avec Bérénice / Sancia. En plus, dans le cas de The house of Styx, rien qu’avec le côté Planet Opera, le roman est plus qu’intéressant en lui-même, même en laissant totalement de côté l’inclusivité ou le côté prélude au Magicien Quantique.

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  3. Merci pour cette critique qui donne vraiment envie. Après the Oppenheimer alternative qui me botte carrément, celui ci me tente bien également. Pour la traduction ( si traduction il doit y avoir), je pense à AMI qui a déjà publié Le magicien quantique ( si ce dernier a marché correctement) et au Belial, évidemment. A voir donc… Et je pense que tu vas te régaler avec le prochain Tchaikovsky vu les avis que j’ai lus en vo ;).

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    • Eh bien écoute, j’espère. Autant j’ai adoré des romans comme Dans la toile du temps ou Children of ruin, autant pas mal de bouquins dans sa production récente sont plus passables qu’autre chose. Réponse dans une dizaine de jours, le temps de finir le Genefort en cours pour Bifrost, de lire le bouquin de Tchaikovsky et d’écrire sa critique.

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    • Vu que c’est lié au Magicien Quantique, AMI est tout désigné. Reste à voir si ledit bouquin a suffisamment marché pour que le prélude soit traduit en plus de la suite (The quantum garden). Après, reste la possibilité que le Belial’ s’y intéresse si AMI n’en veut pas. Après tout, Le sultan des nuages arpente plus ou moins les mêmes sentiers.

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  4. Excellente présentation Apophis, Encore merci car je viens chercher chez toi des auteurs et des ouvrages que je n’aurais pas forcément choisi sans tes commentaires J’ai beaucoup aimé que Venus (la planète hahaha) soit omniprésente, un personnage à part entière et oui, on a vraiment l’impression que l’auteur l’a visitée Mon seul hic (mon côté ronchon comme d’hab) c’est la propension des vénusiens à se droguer et à se soûler dans un milieu aussi hostile et exigeant …

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