Citoyen+ – Audrey Pleynet

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Un texte bluffant sur les dérives de l’utilisation des réseaux sociaux et sur le consumérisme

citoyen+Il n’aura échappé à aucun des habitués du blog, je pense, que je ne suis pas franchement fan de SF française, et encore moins lorsqu’elle n’émane pas du circuit traditionnel de l’édition (j’ai déjà suffisamment de mal avec certains livres ayant bénéficié du concours de professionnels -travail éditorial, relecture, illustration, etc- pour me dispenser sans regret de ceux qui n’en bénéficient pas), et ce même si l’auto-édition, si elle compte 99 % de livres plus que perfectibles, réserve parfois quelques belles surprises. Eh bien en voilà une ! (à la couverture près…).

Mais commençons par le commencement : Audrey Pleynet est une auteure vendéenne ayant bifurqué, après des études en école de commerce, vers une carrière dans les ONG et autres associations. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que la cause humanitaire lui tient à cœur, ainsi que le combat social et féministe. La nouvelle dont je vais vous parler aujourd’hui, Citoyen+, opère sur un registre anti-consumériste proche de celle de Jean Baret parue dans le dernier Bifrost… mais en beaucoup mieux. Car pour tout dire, je n’ai même pas réussi à finir le texte de Baret, tellement je l’ai trouvé lourd dans sa forme, alors que c’est avec plaisir que je suis allé jusqu’à la fin (qui offre d’ailleurs une excellente chute) de celui d’Audrey Pleynet. Bref, si vous souhaitez lire une nouvelle amplifiant certaines dérives actuelles de notre société pour mieux les dénoncer, je vous conseille vivement celle-ci, et ce d’autant plus que l’auteure vous propose de la lire gratuitement via différentes plate-formes sous forme électronique (la version papier restant payante).  Lire la suite

Loss of signal – S.B. Divya

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Devenir autonome, devenir un homme

loss_of_signal_divyaC’est la deuxième fois que je vous parle sur ce blog de S.B. Divya, après la critique de Runtime. Je vais vous présenter aujourd’hui une courte nouvelle, Loss of signal, que vous pouvez lire gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Signalons d’ailleurs qu’il s’agit d’un banc d’essai tout à fait adéquat pour qui voudrait tester sa capacité à lire en anglais.

Comme Runtime, ce texte relève du Postcyberpunk, mais pousse beaucoup plus loin le curseur du transhumanisme, dans une perspective plus ou moins proche de celles de Le vaisseau qui chantait d’Anne McCaffrey, du cycle Les orphelins de la Terre de Sean Williams et Shane Dix ou encore de Nous sommes Bob de Dennis E. Taylor. Et comme dans la novella précédente de l’auteure, on se retrouve avec une SF intelligente et sensible, où le lecteur conçoit une vraie empathie pour le protagoniste, et dans un futur qui n’est ni dystopique, ni outrageusement optimiste. Ken Liu a déclaré qu’il voyait en Divya une nouvelle star potentielle de la Science-Fiction, et après avoir lu deux de ses textes, force est de constater qu’elle fait preuve d’une habileté redoutable dans la rédaction de sa prose.  Lire la suite

Crispin’s model – Max Gladstone

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Néo-Lovecrafterie de première classe

crispin_s_model_gladstoneSur Le culte d’Apophis, lorsqu’on apprécie un auteur, on a tendance à vous en reparler souvent. Et vu que j’aime beaucoup ce que fait Max Gladstone, après Three parts dead et A kiss with teeth, je vais vous présenter aujourd’hui un autre de ses textes, une nouvelle appelée Crispin’s model, que vous pouvez lire gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor.

Ce texte s’inscrit dans le registre Néo-Lovecraftien, et pour avoir lu un nombre non-négligeable de textes appartenant à ce dernier, je peux dire qu’il fait incontestablement partie des plus réussis, avec entre autres une écriture absolument remarquable, notamment dans la façon dont elle génère une tension et une atmosphère tout à fait dignes des écrits du Maître. Mettant en scène un artiste et surtout son modèle, cette nouvelle évoque à la fois Le modèle de Pickman et La musique d’Erich Zann, dont elle fusionne, voire inverse, certains éléments. Lire la suite

Six months, three days – Charlie Jane Anders

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Futur ou Futurs ? 

6_months_3_days_andersCharlie Jane Anders est une auteure américaine qui, si elle n’est pas vraiment prolifique, voit ses textes, courts ou longs, être souvent au minimum nominés aux prix les plus prestigieux (quand ils ne les gagnent pas). Elle est surtout connue pour son roman All the birds in the sky, titulaire du Nebula et du Locus 2017. Elle est aussi la co-fondatrice (avec Annalee Newitz) d’io9, un blog majeur consacré aux littératures de l’imaginaire et au Futurisme.

Six months, three days est une novelette (« nouvelle longue » dans la nomenclature française) qui a gagné le prix Hugo 2012 dans cette catégorie (elle a également été nominée pour le Nebula et le prix Theodore Sturgeon). Elle est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor.com, ainsi qu’en format électronique, audio ou papier payant, seule ou accompagnée d’autres textes de l’auteure.  Lire la suite

Elephants and corpses – Kameron Hurley

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Takeshi Kovacs Fantasy ! 

elephants_and_corpsesElephants and corpses est une nouvelle signée Kameron Hurley, une auteure américaine qui exerce dans des genres très différents des littératures de l’imaginaire, depuis la science-fiction et la Fantasy (dont relève le texte dont je vais vous parler aujourd’hui) jusqu’à quelque chose qu’elle appelle le « bugpunk », sa trilogie Bel Dame Apocrypha (sic). Les lecteurs non-anglophones vont pouvoir la découvrir en français dès Novembre 2018, via la parution de Les étoiles sont légion chez Albin Michel Imaginaire. Pour ma part, je vais souvent vous reparler de l’auteure dans les mois qui viennent, puisque un minimum de trois autres critiques de ses ouvrages sont prévues.

L’idée de départ de Elephants and corpses est absolument fascinante : il existe une guilde de mercenaires qui apprend à ces derniers comment « sauter » de corps en corps, devenant ainsi quasiment immortels et à même d’être les derniers debout sur un champ de bataille !  Lire la suite

A kiss with teeth – Max Gladstone

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Dracula in love 

a_kiss_with_teethNon, non, non, Max Gladstone n’est pas que l’auteur de l’excellent cycle The craft sequence, il donne aussi dans le texte court et propose d’autres univers ou styles de SFFF que l’Arcanepunk ! C’est même un nouvelliste relativement prolifique (ce n’est pas Robert Silverberg non plus, hein !) pour ses trente-quatre ans, puisqu’il peut se prévaloir de la publication de onze nouvelles via différentes plate-formes.

Avec cette critique, je redonne un sang neuf (ah, ah !) à mon cycle de lecture littérature vampirique de référence, lancé en 2016 et laissé de côté en 2017. Je vous en rappelle le but : en plus de vous présenter les romans de vampires qui sont considérés comme une référence du genre (Carmilla, etc), que ce soit grâce à leurs pures qualités littéraires ou du fait de leur influence sur les textes consacrés à la créature parus après eux, il vous donne aussi des pistes si vous ne souhaitez surtout pas lire du Twilight (ou la grosse majorité de la Bit-Lit, qui peut être mise dans le même sac). Lire la suite

The lady astronaut of Mars – Mary Robinette Kowal

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Touchant

lady_astronaut_kowalMary Robinette Kowal est une auteure américaine qui présente l’étonnante particularité d’être, en même temps, une marionnettiste professionnelle, ainsi qu’une narratrice pour les livres audio d’autres auteurs de SFFF, comme John Scalzi, Seanan McGuire, Cory doctorow ou encore Kage Baker. La novelette dont je vais vous parler aujourd’hui a gagné le prix Hugo (la plus prestigieuse récompense dans le domaine de l’imaginaire) en 2014 pour cette catégorie de textes. Je vous rappelle d’ailleurs la nomenclature anglo-saxonne, basée sur le nombre de mots : à moins de 7500, on parle de Nouvelle, de 7500 à 17500 de Novelette (ou de « nouvelle longue » chez nous), de 17500 à 40 000 de Novella (ou de « roman court » en France), et au-delà de Roman (Novel dans la langue de Shakespeare). Mais revenons à nos moutons : cette novelette, donc, s’inscrit dans le même univers que deux romans à paraître en 2018, The calculating stars (sorti en juillet) et The fated sky (prévu en août), et les trois textes font partie du cycle Lady Astronaut. Le plus étonnant dans l’histoire est que les deux romans constituent le prélude de la novelette !

Rendons à la gens Julia, ou plutôt aux Harkonnen, ce qui leur appartient, puisque c’est le camarade FeydRautha qui a attiré mon attention sur ce texte. Je suis toujours à la recherche d’exemples à vous donner pour illustrer mes articles taxonomiques, et cette novelette (ou plutôt les romans qui en constituent le prequel) me paraissant être un exemple d’Atompunk, j’ai décidé de vous en proposer une critique. Notez qu’elle est disponible gratuitement (mais en anglais) sur le site de TorLire la suite