The ghost ship Anastasia – Rich Larson

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Délicieusement dégueulasse ! 

clarkesworld_124Après avoir lu Meat and salt and sparks du très prolifique Rich Larson, j’ai clairement eu envie de découvrir plus de nouvelles signées par l’auteur (et il y en a beaucoup). L’un des aponautes ayant eu la gentillesse de me diriger vers les textes les plus marquants, j’ai donc décidé de commencer par The ghost ship Anastasia, qu’il m’avait décrit comme dans la même veine que Les étoiles sont légion de Kameron Hurley, roman qui m’avait beaucoup déçu du fait d’un aspect strictement science-fictif très maigre (qui n’était d’ailleurs qu’un problème parmi d’autres, mais passons). Rien de tel ici : je suis venu pour voir de la SF à vaisseaux vivants, et je n’ai pas perdu mon temps ! Car tout ce que le bouquin de Hurley avait de percutant (le côté « salement organique »), la nouvelle de Larson le fait mieux, et tout ce qui était bancal dans Les étoiles sont légion (l’intrigue, le worldbuilding, etc) est ici magistralement traité. Outre la longueur, la différence essentielle entre les deux textes étant que Larson laisse de côté l’aspect féministe / social qui est au centre du roman d’Hurley.

Bref, vous risquez de voir pas mal de critiques de Rich Larson sur ce blog dans les mois à venir, car quel que soit le registre émotionnel dans lequel l’auteur opère, il fait preuve d’une impressionnante maîtrise et offre des nouvelles de grande qualité. Si vous voulez lire, vous aussi (en anglais), The ghost ship Anastasia, vous pouvez le faire gratuitement sur cette page du site de Clarkesworld (elle est parue dans le numéro 124 du magazine, en janvier 2017). Lire la suite

Black friday – Alex Irvine

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Glaçant

black_friday_irvineAlex Irvine est un écrivain américain plutôt éclectique, puisqu’il publie aussi bien de la littérature de genre que de la fiction Historique, des textes liés à des univers de comics, de films ou de jeu de rôle, ou bien s’inscrivant dans ceux créés par d’autres écrivains (Isaac Asimov, Tom Clancy -ce dernier point expliquant probablement une solide connaissance des armes à feu-). La nouvelle dont je m’apprête à vous parler, Black friday, est disponible gratuitement (en anglais) sur Tor.com. Elle s’inscrit dans un registre partiellement similaire à celui du récent court roman Vigilance de Robert Jackson Bennett, à une différence cruciale près : il s’agit ici d’une vraie SF d’anticipation, et pas de quelque chose de plus allégorique ou spéculatif.

Au final, et même si Irvine n’a évidemment pas la même place pour développer ses thématiques (et si la fin est un peu abrupte et décevante, quoique logique), sa nouvelle n’a pas vraiment à rougir face à la novella, pourtant exceptionnelle, de Bennett. Lire la suite

Meat and salt and sparks – Rich Larson

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Une nouvelle d’une redoutable efficacité

meat_salt_spark_larsonRich Larson est un grand voyageur, mais il est actuellement basé en Alberta. Spécialisé dans les nouvelles de SF, cet auteur est extrêmement prolifique (c’est le recordman du nombre de publications dans ce domaine en 2015), mais très peu traduit en français (deux seulement, dont une cette année). Celle dont je vais vous parler aujourd’hui est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Et croyez-moi, mais si vous lisez la langue de Shakespeare, vous ne perdrez vraiment pas votre temps avec ce texte, qui commence comme une « banale » science-fiction d’enquête dans un univers Biopunk (également inspiré par David Brin), avant de virer à une SF transhumaniste de très grande qualité sur la fin. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de remarquer que Meat and salt and sparks était un des textes gratuits les plus mis en favoris (et de loin) par les visiteurs du site, ce qui en dit long sur sa qualité. Lire la suite

A dead Djinn in Cairo – P. Djèli Clark

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Le culte d’Hathor ! 

a_dead_djinn_in_cairoA dead Djinn in Cairo est, dans l’ordre de parution, la première nouvelle qui s’inscrit dans l’univers uchronique mêlant magie et technologie imaginé par P. Djèli Clark, univers qui a été repris dans le roman court dont je vous parlais hier, The haunting of Tram Car 015. Et c’est justement parce que j’ai beaucoup apprécié ce texte que j’ai eu envie de prolonger ma balade dans ce Caire d’un 1912 fantasmé. Signalons d’ailleurs que A dead Djinn in Cairo est disponible gratuitement (an anglais) sur cette page du site de Tor, pour ceux qui souhaiteraient faire comme moi.

Si je ne pensais évidemment pas être déçu, je dois dire que quelque part, j’ai encore plus apprécié cette nouvelle que le roman court sorti avant-hier, car elle comprend deux éléments qui ont eu un puissant effet « waouh ! » sur moi : des anges très particuliers et un aspect Lovecraftien qui fonctionne toujours aussi bien, même plus de trente ans après ma découverte des écrits blasphématoires du Maître. La combinaison des deux textes dépeint un univers au potentiel inouï, sans doute au niveau (mais dans un style différent) de celui dépeint dans le cycle The Craft sequence de Max Gladstone. Et au passage, l’inclusion (pour ne pas dire l’incursion) d’éléments Lovecraftiens renforce la ressemblance avec l’oeuvre de Stross, du moins sur certains plans (d’existence, mouahaha !). Bref, je ne saurais trop vous conseiller de jeter plus qu’un coup d’œil (d’autant plus que c’est gratuit et dans un anglais très accessible) à cette nouvelle, dépaysement garanti ! Lire la suite

Articulated restraint – Mary Robinette Kowal

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Un texte à la fois Hard SF et profondément humain

articulated_restraint_kowalArticulated restraint est une nouvelle signée Mary Robinette Kowal, qui s’inscrit entre le tome 1 et le tome 2 de son cycle Lady Astronaut. Elle est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Elle ne met pas en scène Elma York mais une autre femme astronaute, Ruby, qui est également médecin. Si ce texte est peut-être le plus Hard SF du cycle pour l’instant, il n’en reste pas moins qu’il fait aussi partie de ses moments les plus empreints d’humanité, une combinaison qui peut étonner dans un sous-genre vu par beaucoup comme très axé sur la technique plus que sur l’humain, et donc très froid. Eh bien cette nouvelle est un excellent exemple du contraire. Et si vous avez aimé le film ou l’histoire d’Apollo 13, vous allez adorer ! Bref, si vous lisez l’anglais, pas de raison de vous en priver, d’autant plus que le niveau dans cette langue est accessible et que c’est gratuit. Lire la suite

Edge of infinity – Collectif

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Un meilleur niveau moyen que dans l’anthologie précédente, mais moins de nouvelles vraiment marquantes

edge_of_infinityEdge of Infinity est la seconde des sept anthologies de Hard SF du projet Infinity, mis en place par Jonathan Strahan, un maître dans l’exercice. Cette fois, les nouvelles concernées tournent autour d’un thème commun, à savoir la conquête du système solaire.

On y trouve, comme dans Engineering Infinity, un mélange d’auteurs très connus et d’autres qui le sont beaucoup moins sous nos latitudes (même si la part des premiers est supérieure à ce qu’elle était dans l’anthologie précédente). On retrouve d’ailleurs certains écrivains qui étaient déjà présents dans le premier opus : Stephen Baxter, Kristine Kathryn Rusch, John Barnes, Gwyneth Jones, Hannu Rajaniemi. Ce qui était, pour moi, une bonne nouvelle pour le premier et le dernier, moins pour les trois autres dont je n’avais pas forcément apprécié les textes jusque là. Mais comme nous allons le voir, j’ai eu quelques surprises, et quelques certitudes ébranlées, dans un sens ou dans l’autre !  Lire la suite

Les cercueils – Robert Reed

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Renaissance

coffins_reedJe vous ai souvent parlé, sur ce blog, de Robert Reed (notamment dans les numéros deux et dix de L’œil d’Apophis) : s’il n’est pas le plus littéraire ou le plus doué des écrivains de SF américains, il y a toutefois quelque chose dans sa prose qui me pousse à toujours y revenir, notamment un Sense of wonder souvent assez vertigineux (sans atteindre toutefois ce qu’on peut trouver chez Rajaniemi, Egan et Baxter, voire Ken Liu sur certains textes). Or, je me suis récemment aperçu que l’auteur, que je connaissais surtout pour ses romans, était aussi un nouvelliste plutôt prolifique (sans atteindre les hauteurs Silverbergiennes, n’exagérons rien !). Et que dans ces textes courts, certains avaient soit été nominés, voire primés, à des prix prestigieux, et que d’autres piquaient franchement ma curiosité. Je vais donc vous proposer, à partir de maintenant, d’explorer peu à peu ce gisement, en commençant par la nouvelle Les cercueils (en anglais : Coffins), disponible en français dans le recueil Chrysalide ou bien en VO sous forme électronique au prix d’un café (et encore, ça dépend où vous allez le boire !). C’est certes un texte très court (moins de vingt pages), mais prenant et vertigineux. Il a initialement été publié (en anglais) en décembre 1992. Lire la suite

The snow of Jinyang – Zhang Ran

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Un des précurseurs du Silkpunk

clarkesworld_117_zhang_ranAlors que sort La grâce des rois de Ken Liu, il est temps de reparler sur ce blog du Silkpunk, ce sous-genre à la fois du Steampunk et de la Fantasy dont les contours ont été définis par l’auteur sino-américain. Définis, certes, mais pas créés : il avoue lui-même que plusieurs textes antérieurs au sien peuvent être, rétroactivement, classés dans le Silkpunk, et celui dont je vais vous parler aujourd’hui en fait partie selon lui (même si en fait, il relève plus, à mon sens, d’un autre genre, dont je vais soigneusement éviter de trop vous parler). Il s’agit de la nouvelle The snow of Jinyang, signée par Zhang Ran (selon les conventions asiatiques, Ran est son prénom et Zhang son nom de famille), auteur chinois, ancien journaliste et analyste qui tient désormais un café dans le sud de son pays. Ce texte est disponible gratuitement (en anglais) via le site du magazine Clarkesworld (une traduction dans la langue de Shakespeare depuis le mandarin a été publiée dans son numéro 117 -la version originale a été publiée en Chine en janvier 2014-), soit sous forme écrite (clic), soit sous forme audio (clic). Lire la suite

Dandelion – Elly Bangs

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Bienvenue dans l’ascenseur émotionnel, vous montez ou vous descendez ?

clarkesworld_144_elly_bangsTout d’abord, rendons au neveu du Baron Harkonnen ce qui lui appartient, c’est l’ami FeydRautha qui m’a menacé d’un séjour de deux ans dans les amplificateurs de douleur, pardon, fait découvrir ce texte (signé Elly Bangs, autrice basée à Seattle) présent au sommaire du 144e numéro du magazine Clarkesworld. Fondé il y a quasiment douze ans jour pour jour au moment où je rédige ces lignes, ce mensuel propose des nouvelles de Fantasy et de SF, dont celles émanant d’écrivains désormais bien connus des adeptes du Culte, comme (par exemple) Elizabeth Bear, Kij Johnson, Caitlin R. Kiernan ou Peter Watts.

Vous pouvez lire gratuitement (en anglais) Dandelion, soit sous forme classique en ligne (clic), soit sous forme audio (clic). Lire la suite

Hors-série 2018 – Une heure-lumière

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Un premier hors-série proposant une nouvelle de Ken Liu absolument extraordinaire

HS1_UHLLa collection Une heure-Lumière (UHL), créée par le Belial’, s’est imposée, en à peine trois ans, comme un vrai succès commercial et critique (si j’en juge par le nombre de réimpressions de certains titres et par ce que je vois passer dans la blogosphère ou sur Babelio, par exemple), attirant vers les littératures de l’imaginaire (ou y faisant revenir) des lecteurs qui, jusqu’ici, n’en lisaient pas, ou en tout cas pas des textes du calibre de ceux proposés. Il était temps de tirer un certain bilan, et de récompenser la fidélité des plus acharnés des lecteurs, ceux qui se ruent sur toute nouvelle parution, ce que fait un hors-série de 96 pages. L’ouvrage est distribué gratuitement par les libraires participants, ainsi que sur le site de l’éditeur, pour tout achat de deux UHL, parmi les seize existant actuellement, effectué entre le 6 septembre et le 31 octobre (sauf à la FNAC, où l’opération se termine le 25 septembre). Histoire de vous aider à faire votre choix, si vous voulez pouvoir lire ce numéro collector, je vous propose en fin d’article des liens vers les critiques des UHL que j’ai eu l’occasion de chroniquer.

Le contenu de ces cent pages est divers mais invariablement intéressant. Ce qui fait l’intérêt de ce petit livre est, outre la splendide couverture signée Aurélien Police (ma préférée avec celle de Poumon Vert au sein de la collection), la nouvelle de Ken Liu proposée, qui sera une baffe monumentale pour tout amateur de SF qui se respecte.  Lire la suite