Hot Rock – Greg Egan

Un Planet Opera (très) Hard SF de toute beauté

oceanic_eganHot Rock est la troisième et dernière nouvelle s’inscrivant dans l’univers de l’Amalgame, après Riding the crocodile et Gloire. C’est la seule qui a été publiée après Incandescence, le roman situé lui aussi dans ce contexte, et des trois, c’est clairement la plus Hard SF, et de très loin. Mais surtout, des trois, c’est, et là aussi de loin, la plus intéressante, un Planet Opera (très) Hard SF de toute beauté, rivalisant sur ce plan avec le formidable Retour sur Titan de Stephen Baxter.

Cependant, le tableau n’est pas tout à fait rose, puisque les tenants (deux citoyens de l’Amalgame décident de résoudre un mystère) sont très (trop…) similaires à ceux des deux autres nouvelles. Différence appréciable, cependant, ce texte là répond à un plus grand nombre des questions qu’il pose, et donc sa fin se révèle plus satisfaisante.

Contexte, base de l’intrigue, personnages *

* Red Hot, Mötley Crüe, 1983.

Comme nous l’avons vu dans la critique de Gloire, l’Amalgame surveille évidemment ce qui se déroule à proximité de sa sphère d’influence. Et cela ne comprend pas que les mondes primitifs, mais aussi les planètes errantes (les dernières études montrent que rien qu’en prenant celles dont la masse est comparable à celle de Jupiter -sans parler, donc, des mondes rocheux de la taille de la Terre, bien moins massifs-, on arrive à un chiffre de plusieurs dizaines de milliards d’entre elles rien que dans notre galaxie). Et justement, l’un de ces mondes vagabonds, nommé Tallulah, présente d’étonnantes caractéristiques : bien qu’il erre dans l’espace interstellaire, loin de la chaleur et de la lumière de son soleil natal, depuis plus d’un milliard d’années, son atmosphère n’est pas gelée, et de l’eau liquide existe à sa surface. Ce qui est bien entendu théoriquement impossible. On n’y a détecté aucune structure artificielle, mais par contre, un flux de neutrinos émane de ses profondeurs.

Deux citoyennes de l’Amalgame, Azar, une humaine, et Shelma, une extraterrestre, décident d’aller enquêter sur place (oui, hein, c’est exactement le même point de départ que dans les deux autres nouvelles : il aurait peut-être fallu éviter une telle répétitivité…). Quittant sous forme virtuelle (hébergée dans des insectes robots) la station orbitale (minuscule) installée au-dessus de la planète (toujours par le même procédé déjà employé par l’auteur dans Riding the crocodile, qui permet de se débarrasser d’une façon fort élégante de l’épineux problème de la décélération d’un vaisseau relativiste -demandez-donc à Kim Stanley Robinson ce qu’il en pense !-), elles constatent la présence d’une étrange vie végétale qui, malgré son extrême sophistication, est naturelle (pas artificiellement créée par une technologie avancée), apparue après l’éjection de Tallulah de son système stellaire d’origine, et qui exploite non pas la lumière par photosynthèse (vu qu’il n’y a pas de soleil), mais un gradient de température (en clair, par rapport à la Terre, tout est inversé : les ressources énergétiques autotrophiques sont captées par le bas et pas par le haut, tandis que le sommet des plantes sert à dissiper l’excédent de chaleur). Lorsque la station de l’Amalgame est détruite par un étrange phénomène sans doute pas si naturel que ça, nos deux exploratrices plongent dans l’océan, où elles découvrent non pas une mais des écologies, basées sur trois supports de l’information génétique différents. Ainsi qu’une femtotechnologie (si, si : la nanotech, c’est pour les ploucs !) qui pourrait révolutionner l’informatique de l’Amalgame, lui permettant de construire des ordinateurs plus rapides de six ordres de grandeur que ceux qu’elle possède.

Mais les particularités des écosystèmes et de la technologie locale ne sont pas le seul point d’intérêt de ce roman : on y découvre une civilisation divisée en trois factions, une qui prône le développement de l’exploration spatiale, l’autre la vie en réalité simulée, et la troisième aucune de ces deux solutions (ce qui peut rappeler vaguement Diaspora, au passage). Et comme dans Gloire, l’arrivée d’exploratrices de l’Amalgame va mettre fin au Statu Quo avec des conséquences malheureuses.

Mon avis

Premier constat : cette troisième nouvelle est beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup plus Hard SF que les deux autres, et ce presque de bout en bout. Il y a des passages hardcore consacrés à de la biologie moléculaire, de la biochimie, des phénomènes relativistes, de la femtotechnologie et j’en passe. Ce n’est pas à proprement parler incompréhensible, mais en revanche il faut vraiment avoir une sérieuse affinité pour la Hard SF et / ou la science pour les apprécier (ça tombe bien, c’est mon cas).

Deuxième constat connexe : la description des différentes écologies, basées sur des réplicateurs (l’ADN en est un) différents, ainsi que celle de la planète elle-même, est un monument en matière de worldbuilding et de Planet Opera, quelque chose qui rivalise avec les maîtres du genre, qu’ils soient Poul Anderson ou, en matière de Hard SF, Stephen Baxter et son fabuleux Retour sur Titan. On pourrait presque dire que Hot Rock est un peu ce que ledit Poul Anderson aurait pu écrire s’il avait fait de l’Ultra-Hard-SF à la Egan. 

Mais comme nous l’avons vu, l’intérêt de cette nouvelle ne s’arrête certainement pas au worldbuilding ou à l’aspect Hard SF, si bluffants soient-ils : il y a d’abord la rencontre avec cette société divisée en cultures aux philosophies radicalement opposées, ce qui est d’ailleurs habilement reflété dans les noms choisis par Egan pour les désigner ; il y a ce paradigme partagé par les races vivant sur des planètes errantes, qui considère l’idée selon laquelle des espèces seraient capables de vivre sur des mondes banals, orbitant tranquillement autour d’un soleil, comme risible ou improbable (une conception qu’on retrouvera d’ailleurs dans le texte de Hard SF dont je vous parlerai prochainement, qui n’est pourtant pas du Egan -à vrai dire, il se rapproche plus de Peter Watts-) ; et puis il y a bien sûr une énorme dose de Sense of wonder, parce que même si on ne comprend pas tout, on en prend plein les mirettes.

Bref, si Hot Rock est le plus exigeant et le plus Hard SF des trois textes courts s’inscrivant dans l’univers de l’Amalgame, c’est aussi (et de loin) le plus réussi, un monument de Planet Opera (ultra) Hard SF rempli à ras bord de Sense of wonder, à lire absolument pour tout amateur de Science-Fiction de très haute volée qui se respecte (emphase sur Science).

Niveau d’anglais : pas de difficultés particulières liées au niveau de langue employé. C’est le contenu qui pourra poser problème, pas le vecteur.

Probabilité de traduction : Saint Durastanti, priez pour nous !

Niveau de Hard SF : très élevé.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cette nouvelle, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de FeydRautha,

***

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8 réflexions sur “Hot Rock – Greg Egan

  1. Chez moi on l’appel St Dudu, mais bon la Bretagne c’est déjà un peu de la SF à tendance fantasy, vous me l’accorderez certainement non ?
    J’ai un problème, je suis pris d’une étrange envie d’achat et de lecture assez régulièrement en lisant vos chroniques. Ça se soigne ça ? (toujours en Bretagne de préférence)LOL

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Le nuage noir – Fred Hoyle | Le culte d'Apophis

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