City of broken magic – Mirah Bolender

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Démineurs + SOS Fantômes + Alien + Lovecraft = City of broken magic

city_broken_magicCity of broken magic est le premier roman de l’américaine Mirah Bolender, ainsi que le tome inaugural d’un cycle appelé Chronicles of Amicae. Et le moins que l’on puisse dire est que pour sa première publication, la jeune femme n’a pas choisi la voie de la facilité : au lieu de nous resservir l’éternelle quête de l’élu dans un monde médiéval-fantastique d’inspiration européenne, Miss Bolender nous place dans un monde d’inspiration (vaguement) japonaise (ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait qu’elle a voyagé dans ce pays), avec une bestiole au croisement de Lovecraft et d’Alien, dans une nation dont le niveau de technologie n’est pas celui du Moyen-âge mais plutôt des années 1910, et non pas dans les pas de l’élue de la prophétie mais d’une employée banale d’une brigade de « déminage »… magique. Bref, elle nous propose de l’Arcanepunk, sous-genre qui est en train de recevoir un sérieux coup de booster ces derniers temps avec cette publication ou celles de War Cry de Brian McClellan ou encore de Ravencry d’Ed McDonald. Au passage, si elles ne sont évidemment pas encore majoritaires, les sorties qui ne sont inspirées ni de l’Europe, ni de la période médiévale, sont de plus en plus nombreuses.

On l’aura compris, City of broken magic est original, mais est-ce un bon livre ? Globalement, la réponse est oui, même s’il est affligé d’un côté relativement (et faussement, en réalité) décousu et d’un rythme sur courant alternatif qui pourra gêner certains lecteurs. Je préfère, pour ma part, retenir l’intensité des scènes d’action, l’excellence de l’univers et des personnages très travaillés. Lire la suite

The monster Baru Cormorant – Seth Dickinson

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The fall of Baru Cormorant ?

monster_baru_cormorantThe monster Baru Cormorant est le second tome du cycle également nommé d’après ce personnage, et fait suite à The traitor Baru Cormorant, sans aucun doute une de mes lectures les plus marquantes en 2017. Mais comme le dit si bien l’expression, plus on s’élève, et plus dure sera la chute. En effet, ce deuxième livre concentre et amplifie tous les défauts de son prédécesseur, sans pour autant proposer les quinze premiers et derniers % extraordinaires qui faisaient tout son intérêt (et pourtant, de bonnes fées se sont penchées sur son berceau : Kameron Hurley, Max Gladstone, Yoon Ha Lee et même la multi-primée Ann Leckie). La déception est donc cruelle, même si certaines révélations de la fin font que je n’exclue pas totalement de lire le tome suivant. Il faut en effet savoir que Seth Dickinson a soumis à son éditeur un manuscrit si colossal (1104 pages !) que celui-ci a décidé de le couper… en trois. De diptyque, le cycle s’est donc (à ma connaissance) transformé en tétralogie.

J’attire votre attention sur le fait que la moindre ligne de ce qui suit est un énorme spoiler sur la fin du tome 1 : si vous n’avez pas lu celui-ci, je vous conseille donc de passer directement à la conclusion (oui, j’aime passer trois heures à rédiger des critiques que 99% des gens ne pourront donc pas lire…).  Lire la suite

L’empire du léopard – Emmanuel Chastellière

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Un bon roman, qui aurait pourtant pu être encore meilleur

empire_leopardEmmanuel Chastellière est à la base le co-fondateur, le rédacteur en chef et la figure de proue d’Elbakin (principal forum et site d’information sur la Fantasy en France), et il a petit à petit ajouté d’autres cordes à son arc : il est traducteur depuis 2007, et auteur depuis 2016. Jusqu’ici, ses deux ouvrages n’avaient pas éveillé mon intérêt (en raison des genres explorés, Fantastique et Steampunk), mais pour sa toute dernière production, L’empire du Léopard, c’est en revanche une tout autre histoire. En effet, il s’agit d’une Gunpowder Fantasy mettant en scène des peuplades de type précolombien (pour simplifier : comme nous le verrons, la réalité est plus subtile) dans une allégorie de l’aventure des conquistadors (mais décalée à une époque où les trains et les bateaux à moteur existent !). Bref, cela rassemble à la fois nombre de tendances en vogue dans la Fantasy anglo-saxonne récente et un éloignement des carcans habituels du genre pour lequel je milite depuis que ce blog existe : c’est une Fantasy post-médiévale située dans un cadre non-européen, ce qui ne peut que m’attirer. Et Emmanuel Chastellière qui fait de la Gunpowder, ça ne se refuse pas : le personnage a une vraie légitimité dans ce domaine, vu qu’il est responsable des traductions des Mille noms de Django Wexler et de la trilogie des Elfes de fer (dont La souveraine des ombres) de Chris Evans. Mais bon, sur le Culte, on a également acquis quelques connaissances dans le domaine 😉

Au final, si le résultat est plus qu’honorable par rapport aux précurseurs anglo-saxons, et plus encore par rapport à la moyenne de la production française en matière de Fantasy, il est malgré tout perfectible : trop long, trop bavard, avec des personnages paradoxalement beaucoup trop développés, il perd, à certains moments, de son impact et de son intérêt. Reste toutefois un univers très travaillé (sans doute trop pour un roman isolé) et peut-être surtout le fait qu’il va faire découvrir la Fantasy à poudre à un public français qui, en majorité, n’en a jamais entendu parler. Et ce d’autant plus que l’écriture fluide et agréable de l’auteur, ainsi que le simple fait que ce roman soit facilement disponible, et en français qui plus est, font que L’empire du léopard constitue une porte d’entrée idéale dans le genre pour un non-anglophone (les romans majeurs de la Flintlock / Gunpowder Fantasy n’ayant soit jamais été traduits, soit ayant été publiés par l’inénarrable Eclipse et n’étant pratiquement plus disponibles en français aujourd’hui).  Lire la suite

Sins of Empire – Brian McClellan

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Une (énorme) réputation amplement méritée

sins_of_empireSins of Empire est le premier tome d’un nouveau cycle de Flintlock Fantasy signé Brian McClellan, qui se déroule dans le même univers que sa trilogie des Poudremages (dix ans après la fin du tome 3) et en reprend certains personnages. Sur Goodreads, il bénéficie de la note colossale de 4.46 (sur 4105 notations), ce qui, pour information, est (très) largement supérieur à l’écrasante majorité des… prix Hugo et des World Fantasy awards ! (un seul titre récent fait, à ma connaissance, mieux : Battle mage de Peter Flannery -à paraître chez AMI-, avec 4.51). La lecture du cycle précédent n’est pas strictement indispensable, même si elle permet évidemment de mieux saisir certaines choses ou leur donnent un tout autre relief. La même remarque peut être étendue à la nouvelle The Mad Lancers, qui, elle, permet de mieux se rendre compte de certains changements intervenus chez Ben Styke. Enfin, on conseillera aussi éventuellement de jeter un coup d’œil à Ghosts of the Tristan Basin, sans que, là encore, cela soit un pré-requis absolu.

Cette nouvelle trilogie, donc, déplace l’action vers Fatrasta, dix ans après l’indépendance de cette ancienne colonie Kez. Sous la coupe de l’âme de la Révolution, Lindet, et de sa police secrète, le pays voit les tensions monter entre les colons et les indigènes, les Palo. Nous suivrons trois personnages, Ben Styke et Vlora que ceux qui ont lu les Poudremages (ou les nouvelles associées) connaissent déjà, ainsi qu’un petit nouveau, Michel. Les trois se retrouveront liés à un mystérieux avocat, sur fond de troubles créés par un pamphlet, le fameux Sins of EmpireLire la suite

The Mad Lancers – Brian McClellan

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Les origines de Ben Styke et de son unité de cavalerie rebelle

the_mad_lancersThe Mad Lancers est une nouvelle de 85 pages rattachée au cycle Gods of Blood and Powder (je vous proposerai la critique du tome 1 dans quelques jours : sachez que les événements de ce texte se déroulent douze ans avant), qui lui-même prend place dans le même univers que la trilogie des Poudremages et en reprend quelques personnages. L’un d’entre eux est Ben Styke, un cavalier en armure enchantée qui apparaissait dans la nouvelle Ghosts of the Tristan Basin, donnait un coup de main à Taniel et ressemblait à un mélange entre Arnold Schwarzenegger et le Colonel Kilgore d’Apocalypse Now. C’est la façon dont il a rejoint la Révolution naissante, a formé son unité de cavalerie et peut-être surtout a obtenu leurs fameuses armures magiques qui est racontée dans The Mad Lancers. Si la lecture de ce texte n’est pas, à proprement parler, indispensable, elle éclaire cependant d’un jour nouveau les événements des deux cycles de Flintlock Fantasy de Brian McClellan, et se révèle, comme toujours avec lui, de qualité.  Lire la suite

The traitor Baru Cormorant – Seth Dickinson

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A côté de ce roman, le Trône de Fer est du YA !

baru_cormorantSeth Dickinson est un écrivain américain de SF et de Fantasy, dont The traitor Baru Cormorant (simplement connu, dans son édition britannique, sous le nom de The traitor) est le premier roman. Il a terminé sa suite, The monster Baru Cormorant, en juillet 2017, soumettant un colossal manuscrit de… 1104 pages ! C’est également un auteur de nouvelles assez prolifique pour divers sites ou magazines consacrés aux littératures de l’imaginaire, et il a aussi travaillé sur deux jeux vidéo.

Issu d’une nouvelle écrite en 2011, The traitor Baru Cormorant est un roman de Hard Fantasy, sous-genre qui tente de proposer des mondes plus réalistes que dans la Fantasy moyenne. Attention, cela ne signifie pas (forcément) gommer les éléments emblématiques du genre (bien que ce soit le cas ici), comme les dragons, la magie ou les races imaginaires (elfes, nains, etc), mais plutôt donner aux aspects géopolitiques, économiques ou technologiques une précision et un degré de développement qu’ils n’ont pas d’habitude.

Mais ce livre est surtout un véritable modèle de (Grim)dark Fantasy : du côté dystopique à la complexité psychologique des personnages en passant par l’ambiance très noire à certains points-clefs de l’intrigue, nous sommes devant un exemple très pur de ce sous-genre. Et pourtant… The traitor Baru Cormorant m’a offert des moments d’émotion comme j’en ai rarement vécu en Fantasy. Son début et sa fin offrent une intensité assez extraordinaire, qui peuvent aisément faire oublier quelques longueurs au milieu.  Lire la suite

Soul of the world – David Mealing

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Une High Fantasy 2.0 à mousquets Révolutionnaire (dans tous les sens du terme) et d’une ambition que ne renierait pas Steven Erikson

soul_of_the_worldSi vous suivez ce blog, vous savez que je fais partie de ces lecteurs de longue date / ces gros lecteurs qui ont depuis un moment laissé tomber la High Fantasy, ses prophéties et ses héros / héroïnes destiné(e)s à sauver le monde. Question de répétitivité de ce sous-genre, de manichéisme et de pauvreté des intrigues, de simplicité relative de la psychologie des personnages, surtout par rapport à la Dark Fantasy. Ne croyant plus à un renouvellement du genre, je me suis tourné vers des formes émergentes, plus novatrices et dynamiques, comme la Flintlock ou la Colonial Fantasy. Eh bien il faut croire que de l’autre côté de l’océan Atlantique, le Grand Esprit a entendu ma prière muette, et qu’il a missionné le dénommé David Mealing. En effet, celui-ci nous propose ce que l’on pourrait appeler une High Fantasy 2.0, ou, pour être vraiment très précis, une High Flintlock / Colonial Fantasy (oui, j’invente des sous-genres maintenant, je n’ai plus de limites, mouahaha !). Car pourquoi proposer un sauveur du monde lorsqu’on vous pouvez en proposer trois (et autant de formes de magie différentes !), pourquoi se restreindre à du médiéval-fantastique lorsque vous pouvez mélanger des tomahawks, de la sorcellerie et des canons, et enfin pourquoi modeler votre contexte et intrigue sur la Révolution française lorsque vous pouvez mélanger cette dernière avec son équivalent américain, dans un cadre qui rappelle la colonisation anglaise et française du continent et la Guerre de Sept Ans ?

Si on ajoute à cela une ambition certaine (et des éléments qui ne dépareilleraient pas chez ces pointures que sont Steven Erikson et Michael Moorcock), on se retrouve avec un premier roman (car c’est bien de cela dont il s’agit) absolument impressionnant, à la fois par son ampleur, par l’audace de son auteur (qui ne donne pas dans la facilité pour une première oeuvre) et par la façon ahurissante dont il mélange les vieilles recettes avec les plus récentes pour donner un livre résolument unique. Alors certes, tout n’est pas parfait (on va en parler), mais ça reste tout de même un auteur à suivre de près. Et ce d’autant plus que le premier jet du tome 2 (il s’agit d’un cycle, dit de l’Ascension) est déjà terminé à 95 % ! Lire la suite

Sandrunners – Anthony Ryan

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Sympa mais d’un intérêt limité

sandrunnersSi vous lisez en VO, vous savez peut-être que de plus en plus d’auteurs publient des nouvelles (voire des novellas / romans courts) se situant avant le tome 1 de leurs cycles ou entre deux tomes. L’objectif (outre l’aspect commercial évident…) est souvent de donner plus de détails sur le background de certains personnages ou de détailler des événements qui n’ont été qu’effleurés dans les romans. Certains déplorent cette pratique, mais ce n’est pas mon cas, car elle permet de revenir à moindres frais et via des lectures courtes (chose que j’apprécie de plus en plus) dans un univers qu’on a aimé et sur lequel on veut en savoir plus. Ce que l’on peut par contre regretter est que ces textes ne franchissent quasiment jamais la barrière de la langue, le format court étant notoirement mal-aimé en France.

Cette nouvelle (27 pages) revient donc sur l’expédition Wittler, dont les conséquences jouent un rôle important dans Le sang du dragon, qui se déroule une trentaine d’années plus tard. Elle est disponible (en anglais) uniquement sous forme électronique, pour 0.99 euros. L’intrigue suit Ethelynne Drystone, que les lecteurs du tome 1 connaissent désormais bien, alors jeune Sang-bénie accompagnant les Sandrunners (« Coureurs des sables »), une Compagnie d’Indépendants envoyée dans le Cœur à la recherche du légendaire Drac-argent.  Lire la suite

Le sang du dragon – Anthony Ryan

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Les aventures de James Bond (en robe), de Jack Aubrey (sur un Ironclad) et d’Allan Quatermain (chez les Mayas)

sang_dragon_ryanAnthony Ryan est un auteur écossais de Fantasy connu pour sa trilogie Blood Song. Le sang du dragon est le premier volume d’un nouveau cycle (Dragon Blood… en VF, The Draconis Memoria en VO), initialement conçu pour en comprendre trois mais qui pourrait en compter quatre au final. Le tome 2 paraîtra (en anglais) le 27 juin.

Ce roman est à la pointe de la pointe des tendances récentes de la Fantasy anglo-saxonne : cadre non-européen, technologie post-médiévale, système de magie innovant, richesse des thématiques de la Colonial Fantasy, et surtout recyclage bluffant de certains codes de la SF afin de renouveler et redynamiser le genre. Pour en savoir plus, je vous invite à lire mon article sur le sujet.

Bref, sur un pur plan construction de l’univers et application de codes nouveaux / fusion de genres, c’est déjà très intéressant, et cela le devient encore plus lorsqu’on sait que l’intrigue et le style sont également de qualité.  Lire la suite

La souveraine des ombres – Chris Evans

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Sur une base extrêmement originale et dépaysante par rapport à la Fantasy classique, l’auteur nous livre un roman qui ne tient pas totalement ses promesses, mais qui reste sympathique

souveraine_des_ombresChris Evans est un historien militaire canadien vivant aujourd’hui à New York. Ancien cadre dans diverses maisons d’édition, il est désormais écrivain à plein temps. Avec Django Wexler (Les Mille noms) et Brian McClellan (La promesse du sang), il est considéré comme un des auteurs les plus emblématiques de la Flintlock Fantasy, nouveau sous-genre qui émerge depuis quelques années et tente d’aller au-delà des codes médiévaux-fantastiques de la Fantasy traditionnelle. Il en est même un des pionniers, puisque son livre est paru bien avant ceux de ses petits camarades : 2008 (en VO, la VF date de 2011).

La souveraine des ombres est le premier tome d’une trilogie appelée Les elfes de fer. Les trois romans ont été traduits en français, mais aucun n’a bénéficié d’une version électronique. Les deux premiers ne se trouvent plus que d’occasion, tandis que le troisième a quasi-complètement disparu de la circulation. Le recours à la VO sera donc éventuellement nécessaire.

Pour tout dire, je suis allé vers ce livre un peu à reculons, étant donné que certaines critiques disponibles sur le net étaient mitigées, voire carrément mauvaises. C’est pour cela que parmi les références en Flintlock / Gunpowder Fantasy, j’ai décidé de le lire en dernier. Mais bon, j’aime bien me faire ma propre opinion, surtout quand les recensions disponibles font le grand écart entre 2 et 4 étoiles. Et finalement, si nous ne sommes clairement pas sur quelque chose du calibre de La promesse du sang ou du Prisme noir et si ce livre n’est effectivement pas dénué de défauts, j’ai passé un moment fort dépaysant en le lisant, notamment parce qu’il combine deux des axes de développement que j’entrevois pour la Fantasy de demain : cadre non-européen et changement de paradigme historique / technologique.  Lire la suite