Rejoice – Steven Erikson

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Erikson ferait mieux de s’en tenir à la Fantasy ! 

rejoicePour ceux d’entre vous qui ont vécu dans une grotte jusqu’ici, Steven Erikson est l’auteur mondialement célèbre du Livre des martyrs, un des cycles de Fantasy les plus importants parus ces vingt dernières années. Après deux faux-départs, la traduction de cette décalogie a été reprise depuis le mois de mai par les éditions Leha, qui ont l’ambition de la mener à terme.

Cependant, Erikson a publié d’autres œuvres, que ce soit sous son pseudonyme le plus connu ou sous son vrai nom, Steve Lundin. Il s’est essayé à la Science-Fiction, notamment avec le cycle Willful Child, qui compte actuellement deux volumes. Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui, Rejoice, relève également de cette SF humoristique, au moins partiellement, même s’il tente de développer des thèmes d’une grande profondeur. Clairement, avec ce que propose Erikson en Fantasy et l’idée de départ, on aurait pu obtenir un grand livre, l’équivalent du meilleur de ce qu’un David Brin a pu écrire ; cependant, il semblerait qu’Erikson ait énormément de mal à retrouver, en SF, les qualités d’écriture qui le caractérisent dans son cycle Malazéen, et au final Rejoice est un ballon qui se dégonfle relativement rapidement, et un roman qui laisse une très nette impression de gâchis et d’inachevé. Clairement, vu la réception de ses livres (sur Goodreads, par exemple) de SF, l’écrivain canadien ferait mieux de s’en tenir à la Fantasy.  Lire la suite

A burden shared – Jo Walton

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La quintessence de la Science-Fiction

burden_shared_waltonA burden shared (« Un fardeau partagé ») est une nouvelle de SF publiée par Jo Walton en 2017. Nous sommes un certain nombre à penser que la forme courte constitue le pinacle de ce que les littératures de l’imaginaire ont à offrir, et ce genre de texte en constitue une magistrale démonstration. En moins de vingt pages, l’auteure galloise bâtit un monde original et soulève tout un tas de questions intéressantes. Cette nouvelle est de celles qui, bien des heures, des jours, voire des années après l’avoir achevée, vous conduira à réfléchir sur ce qui y est traité. Bref, c’est la quintessence de ce que le genre a à offrir. Et outre le fond, tout dans la forme est réussi, de la couverture parfaitement en accord avec l’idée centrale du texte au style plein d’émotion et d’empathie de Jo Walton. Voilà, de plus, une nouvelle qui a tout pour plaire à celui ou celle qui a apprécié l’humanisme de Mes vrais enfants, et qui, via la combinaison de sa faible longueur, de son niveau d’anglais accessible et de sa qualité, constitue une porte d’entrée idéale pour qui voudrait s’essayer à la lecture en anglaisLire la suite

Empire of silence – Christopher Ruocchio

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Le nom du vent + Dune + Gladiator = Empire of silence ! 

empire_of_silence_1Christopher Ruocchio, dont Empire of silence est le premier roman (et le tome inaugural d’une tétralogie appelée Sun Eater), n’est pourtant pas tout à fait un néophyte dans le monde de l’édition : il exerce en effet l’activité d’assistant editor chez Baen Books. Ce livre nous arrive précédé d’une énorme réputation, créée par les lecteurs anglo-saxons ayant bénéficié de SP, servi de Beta-lecteurs ou ayant lu l’ouvrage en avance pour le compte de telle ou telle maison d’édition : l’évocation d’un mélange du Nom du vent et de Dune revient en effet avec une grande régularité. Ce qui ne peut qu’éveiller la curiosité, à la fois vu la notoriété immense des œuvres concernées et leur côté antinomique : le cycle de Frank Herbert fonctionne par prolepses (des prophéties nous montrent sans arrêt ce qui va / peut arriver), tandis que la saga de Patrick Rothfuss est une analepse géante (un personnage célèbre fait son autobiographie et raconte comment il est devenu ce qu’il est aujourd’hui). Et, de fait, le buzz autour de Empire of silence est immense : le paratexte (qui fait plusieurs dizaines de pages, et comprend un -indispensable- Dramatis Personæ, un glossaire un catalogue des différentes planètes évoquées, etc) nous apprend qu’il a d’ores et déjà été traduit en français (pas seulement acheté, traduit) et en allemand, alors qu’il sort à peine dans l’édition anglo-saxonne !

Alors, le bouquin est-il à la hauteur de sa réputation naissante ? Pas totalement, en fait. Outre un monstrueux manque d’originalité, il y a un gros problème de longueur et un travail éditorial qui n’a pas été correctement fait (ce qui est étonnant vu le background professionnel de l’auteur…), tant il aurait pu être allégé de centaines de pages sans retentissement majeur sur l’impact de l’histoire, bien au contraire. Pourtant, d’un autre côté, ce livre est très loin d’être mauvais (juste perfectible), et je lirai avec grand plaisir sa suite : je me refuse juste à parler de chef-d’oeuvre, pour ma part. Pas pour le moment, en tout cas. On verra pour les tomes 2+.  Lire la suite

Sublimation angels – Jason Sanford

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Bof…

sublimation_angelsJason Sanford est un auteur américain assez prolifique en matière de nouvelles de SF, qu’il publie via différents magazines, dont Interzone. Sublimation angels est en revanche une novella (roman court), et la postface nous apprend qu’il ne s’agit que de la première devant décrire ce qui se place sur la planète Eur. La précision est d’importance, puisque comme l’auteur l’explique, le fait qu’il ne s’agisse pas tout à fait d’une histoire isolée peut expliquer le sentiment de trous dans l’intrigue ou le worldbuilding que certains peuvent ressentir (*lève la main*). Au passage, Goodreads n’indique pas d’autre novella appartenant au même cycle, donc il est possible que le projet de l’auteur ne se soit finalement pas concrétisé. Le texte semble pourtant avoir été apprécié, puisqu’il a été finaliste pour le Nebula 2009 dans sa catégorie.

On m’a parlé de lui comme « du Egan, mais en mieux » (l’auteur, lui, dit s’être inspiré de A pail of air de Fritz Leiber, qui traite également de survie sur un monde glacé). Et vu que je suis en train de lire tout ce qui me paraît intéressant en matière de textes courts primés ou finalistes au Hugo / Nebula / Locus / etc ces dernières décennies, et que je m’étais mis en tête qu’il s’agissait de Hard SF, je l’ai mis en haut de ma PAL. Sauf que… ce n’est pas, pour moi, de la Hard SF, et que ça n’arrive pas à la cheville de Egan. Bref, je ressors de cette lecture profondément dubitatif, parce que sans être totalement mauvais, ce roman court présente trop de défauts pour me convaincre, et que j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi il a une telle réputation.  Lire la suite

Semiosis – Sue Burke

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Un dernier quart très intéressant… à condition de patienter jusque là !

semiosisSue Burke est une auteure américaine ayant longtemps vécu en Espagne (elle réalise d’ailleurs des traductions de l’espagnol vers l’anglais) et exerçant le métier de journaliste. En plus des textes liés à son activité professionnelle, elle a aussi rédigé des essais, de la poésie et des nouvelles. Semiosis est son premier roman à proprement parler. Ecrit en… 2004, il n’est publié que cette année par Tor. Une suite est d’ores et déjà envisagée, ce qui n’est guère étonnant vu la réputation flatteuse qui précède ce livre et sa fin qui est loin de tout régler.

Semiosis est, en anglais, un terme de sémiologie lié aux signes et à la communication (sans doute la thématique centrale d’un roman qui en brasse de nombreuses), et plus précisément à la signification d’un signe en fonction du contexte. L’auteure l’étend au signes chimiques, auditifs, visuels ou tactiles utilisés pour transmettre de l’information. Ce roman nous fait suivre, sur plusieurs générations, une colonie humaine établie sur une planète extrasolaire où la forme de vie dominante est végétale. C’est donc (entre autres) une histoire de premier contact, mais plutôt inhabituelle.  Lire la suite

L’univers captif – Harry Harrison

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Un texte de Soft-SF magistral

captive_universeSi le nom d’Harry Harrison n’a pas, pour le « grand public » de la SF, la résonance de ces patronymes prestigieux que sont Clarke ou Asimov, cet auteur américain (1925 – 2012) a pourtant produit une quantité impressionnante de livres marquants : Soleil vert (adapté au cinéma avec Charlton Heston dans le rôle principal), une référence de la Dystopie (si vous ne connaissez pas certains noms de sous-genres, voyez mes articles), le cycle de Deathworld (saga majeure du Planet Opera), ceux de Bill le héros galactique et surtout du Rat en acier inox (deux séries de SF humoristique -satirique- emblématiques). Et malgré tout cela, il n’a jamais reçu le moindre prix de SF d’envergure (rejoignant, en cela, d’autres écrivains majeurs, comme Iain M. Banks par exemple).

Notez que même si l’illustration de couverture ci-dessus correspond à une édition en langue anglaise (celle dans laquelle j’ai lu ce roman court), ce texte existe en français (vous pouvez le trouver d’occasion), mais seulement en version physique. De fait, j’ai eu beaucoup de mal à choisir, parmi les différentes éditions, quelle image j’allais utiliser pour illustrer cet article : la VF a une couverture particulièrement inesthétique, et si celle d’une des VO est superbe, elle a aussi le très gros inconvénient de dévoiler le point central de cette novella, son grand secret, d’un seul coup d’œil. Car tel va être mon très, très gros problème avec cette critique : il est pratiquement impossible d’analyser correctement ce livre… sans spoiler. Je me suis même posé la question de savoir si j’allais proposer ladite critique ou pas, ce qui est une première sur ce blog. Mais bon, d’après les stats, c’est le 300e article du Culte, alors… Et puis cette novella est tout simplement magistrale, donc il me fallait absolument en dire un mot, même nébuleux. Lire la suite

Poumon vert – Ian MacLeod

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Quand Frank Herbert rencontre David Brin et Ann Leckie

poumon_vertIan MacLeod est un écrivain britannique de SF, de Fantasy (à esthétique steampunk) et d’uchronie (il a d’ailleurs gagné à trois reprises le prix Sidewise, le plus prestigieux du genre). C’est aussi, par rapport à la plupart de ses compatriotes exerçant dans les littératures de genre, un auteur peu prolifique : seulement six romans au compteur en vingt ans (plus des recueils de nouvelles, domaine dans lequel il est très respecté). Je n’ai eu l’occasion de lire un de ses textes qu’une seule fois (Les îles du soleil), sans en sortir très convaincu.

Initialement, j’avais donc décidé de faire l’impasse sur cette sortie, mais l’enthousiasme de l’éditeur (pour ce qu’il qualifie en gros de pinacle de la SF humaniste qu’il souhaite publier) à son propos, ainsi que les très bonnes critiques en avant-première et (il faut bien le dire) la couverture incroyable (chaque fois que je pense qu’Aurélien Police ne pourra pas faire mieux, il arrive encore et toujours à me surprendre et m’émerveiller !) m’ont convaincu. Et heureusement, vu que sinon, je serais passé à côté d’un texte très intéressant, et ce sur de multiples plans. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.  Lire la suite

L’espace d’un an – Becky Chambers

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Le petit vaisseau dans la prairie galaxie

Je remercie Monsieur Le Bars, des éditions l’Atalante, de m’avoir donné la possibilité de lire ce livre

petit_vaisseau_prairieBecky Chambers est une autrice californienne issue d’une famille « fortement impliquée dans les sciences spatiales », mais qui a un background personnel qui relève de plusieurs domaines artistiques (dont l’écriture, de romans, donc, mais aussi d’essais et de nouvelles). L’espace d’un an est le premier volume d’une série appelée Voyageurs. Le tome 2 sort en français le 22 juin 2017, sous le curieux titre Libration (en VO, c’est A closed and common orbit). C’est un stand-alone, qui reprend deux personnages du tome 1 mais ne nécessite pas que ce dernier ait été lu auparavant pour être compréhensible (même si c’est évidemment un gros plus).

Malgré des notes assez impressionnantes sur Goodreads (respectivement 4.18 et 4.41 pour les tomes 1 et 2), et des retours globalement positifs de la critique française, je n’avais pas l’intention de lire ce roman, qui, à mon avis, ne me correspondait pas. Mais il se trouve que l’Atalante a eu la bonté de m’en fournir un exemplaire, et que je suis en plein dans mon challenge annuel sortir de ma zone de confort. Bon, je ne vais pas vous mentir, si j’ai trouvé ça sympathique (et quelque part rafraîchissant), ce n’est pas vraiment un livre pour les lecteurs dans mon genre, mais par contre la plupart d’entre vous risquent de l’adorer. Je vais donc essayer de vous expliquer ce qui pourra poser problème à certains et en charmer d’autres (et inversement).  Lire la suite

Cérès et Vesta – Greg Egan

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Même lorsqu’il ne fait PAS de Hard SF, Egan reste intéressant et pertinent

ceres_vesta_eganGreg Egan est… pour être honnête, on ne sait pas avec certitude ce qu’il est. C’est censé être un australien, mais il n’existe aucune photo fiable de lui sur le net, il ne participe pas aux conventions, ne dédicace pas ses livres, etc. Ce qui a donné lieu à certaines rumeurs : il s’agirait peut-être en fait d’une femme ou d’un collectif d’auteur(e)s signant sous un pseudonyme commun (personnellement, si on m’annonçait qu’il s’agit en réalité d’un prototype d’IA, je ne serais qu’à moitié étonné 😀 ). Quoi qu’il en soit, c’est probablement l’auteur le plus emblématique de la Hard-SF : pour moi, il ne relève d’ailleurs même plus de ce sous-genre, mais d’une catégorie à part, bien à lui, que j’appelle l’Ultra-Hard-SF. Parce que vous en connaissez beaucoup, vous, des auteurs qui basent un de leurs univers sur une géométrie Riemannienne de l’espace-temps au lieu d’une géométrie Lorentzienne ? Non ? Moi non plus. Lui seul est capable d’écrire quelque chose dans ce genre, même Watts et Baxter sont très loin en-dessous de ces hauteurs Olympiennes.

Bref. Cérès et Vesta est la dernière parution en date de l’excellente collection dédiée au format court du Belial’, Une heure-lumière. Et le plus étonnant est que s’il s’agit bien d’un texte d’Egan, ce n’est cependant pas, cette fois, de la Hard SF, mais plutôt une allégorie spatiale et futuriste de l’immigration, problème auquel l’auteur est particulièrement sensible concernant son propre pays (et la politique drastique adoptée à ce sujet, notamment en matière de rétention administrative).  Lire la suite

L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

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Sur un sujet de cauchemar (mais hélas bien réel), Ken Liu nous offre une merveille d’intelligence et de justesse

ken_liu_u731Si vous êtes un passionné de SF, il est plus que probable que vous ayez au minimum entendu parler de (sinon déjà lu) Ken Liu. Tout juste quadragénaire, venu à l’âge de 11 ans en Amérique depuis sa Chine natale, cet homme bourré de talent (il a travaillé comme programmeur informatique, avocat spécialisé en droit fiscal, avant de combiner ces deux domaines en devenant médiateur dans des litiges en lien avec la technologie, tout ça en maintenant son activité parallèle d’écrivain et de traducteur de livres chinois) est le boy wonder de la SFFF des années 2010 : il est titulaire du prix Locus 2016 (catégorie : premier roman) pour The Grace of Kings, d’un Hugo pour une de ses nouvelles (Mono no aware), sa traduction (chinois vers anglais) du Problème à trois corps de Liu Cixin est le premier roman traduit à avoir gagné le Hugo, et surtout, il est la seule personne a avoir rédigé un texte (de quelque longueur que ce soit : nouvelle, novella, roman) qui a gagné à la fois le Hugo, le Nebula et le World Fantasy Award, excusez du peu !

La novella dont je vais vous parler a également été nominée pour le Hugo. C’est une histoire de voyage dans le temps mettant en jeu l’Unité 731 de l’Armée Impériale Japonaise. Tout le monde n’étant pas féru d’histoire militaire, je vais commencer par vous parler (longuement) de cette organisation, spécialisée dans la guerre biologique durant la Seconde Guerre Mondiale.  Lire la suite