Empire of silence – Christopher Ruocchio

Le nom du vent + Dune + Gladiator = Empire of silence ! 

empire_of_silence_1Christopher Ruocchio, dont Empire of silence est le premier roman (et le tome inaugural d’une tétralogie appelée Sun Eater), n’est pourtant pas tout à fait un néophyte dans le monde de l’édition : il exerce en effet l’activité d’assistant editor chez Baen Books. Ce livre nous arrive précédé d’une énorme réputation, créée par les lecteurs anglo-saxons ayant bénéficié de SP, servi de Beta-lecteurs ou ayant lu l’ouvrage en avance pour le compte de telle ou telle maison d’édition : l’évocation d’un mélange du Nom du vent et de Dune revient en effet avec une grande régularité. Ce qui ne peut qu’éveiller la curiosité, à la fois vu la notoriété immense des œuvres concernées et leur côté antinomique : le cycle de Frank Herbert fonctionne par prolepses (des prophéties nous montrent sans arrêt ce qui va / peut arriver), tandis que la saga de Patrick Rothfuss est une analepse géante (un personnage célèbre fait son autobiographie et raconte comment il est devenu ce qu’il est aujourd’hui). Et, de fait, le buzz autour de Empire of silence est immense : le paratexte (qui fait plusieurs dizaines de pages, et comprend un -indispensable- Dramatis Personæ, un glossaire, un catalogue des différentes planètes évoquées, etc) nous apprend qu’il a d’ores et déjà été traduit en français (pas seulement acheté, traduit) et en allemand, alors qu’il sort à peine dans l’édition anglo-saxonne !

Alors, le bouquin est-il à la hauteur de sa réputation naissante ? Pas totalement, en fait. Outre un monstrueux manque d’originalité, il y a un gros problème de longueur et un travail éditorial qui n’a pas été correctement fait (ce qui est étonnant vu le background professionnel de l’auteur…), tant il aurait pu être allégé de centaines de pages sans retentissement majeur sur l’impact de l’histoire, bien au contraire. Pourtant, d’un autre côté, ce livre est très loin d’être mauvais (juste perfectible), et je lirai avec grand plaisir sa suite : je me refuse juste à parler de chef-d’oeuvre, pour ma part. Pas pour le moment, en tout cas. On verra pour les tomes 2+. 

Empire of silence nous conduit donc au dix-septième millénaire, dans une galaxie dont les différents bras ont été colonisés par l’Homme, et… Les différents quoi, dites-vous ? Pas de panique, allez hop, explication !

Galactographie 101

Les étoiles comme notre soleil sont (pour l’écrasante majorité) groupées dans des structures appelées galaxies. La nôtre s’appelle la Voie Lactée. Elles comprennent des centaines de milliards d’étoiles chacune, et il en existe des centaines de milliards dans l’univers. On en distingue de trois types : les elliptiques (en forme de ballon), les spirales (un bulbe central, autour duquel tourne un disque lui-même subdivisé en bras, comme ceux d’une spirale, d’où le nom) et les irrégulières, qui peuvent affecter toutes sortes d’autres formes que ces deux là (l’objet de Hoag est, par exemple, une galaxie annulaire, mon précieux).

Vous verrez souvent passer, en science-fiction et en astronomie, le terme de « Bras d’Orion » pour désigner la région de l’espace où notre soleil se trouve : en réalité, il faudrait parler au mieux de bras mineur, voire de simple (longue) écharpe d’étoiles qui ne peut pas se comparer à un des « vrais » bras de notre galaxie et qui se situe dans l’espace entre les bras de Persée et du Sagittaire.

L’Humanité, partie du « Bras » d’Orion, s’est donc répandue à la fois vers la frontière de l’espace intergalactique (vers l’extérieur du disque), donc dans la direction du bras de Persée, mais aussi dans la direction opposée, vers le centre, colonisant les bras du Sagittaire, du Centaure, puis de la Règle (Norma en latin). Et c’est là que les ennuis ont commencé…

L’utilisation de telles subtilités galactographiques étant finalement assez rare en SF, l’astronome amateur en moi n’a pu que se réjouir d’avoir enfin affaire à un auteur qui les employait avec pertinence pour structurer son univers ainsi que l’histoire de ce dernier, notamment ses vagues d’expansion coloniale.

Warsword 17000

Je recommence : au dix-septième millénaire (de l’expansion, je dirais, et pas de l’ère chrétienne), les différents bras de la galaxie ont été colonisés par l’homme, parti d’une Terre ravagée par une guerre nucléaire contre les Mericanii (américains, probablement) et leurs machines pensantes, puis par un effondrement écologique.

Dix-septième millénaire ? Pas tout à fait, en réalité. Tout le roman est, comme dans Le nom du vent, le récit autobiographique fait (à la première personne du singulier) par un personnage célèbre, surnommé « Le dévoreur de soleil » (Sun Eater), alors qu’il est emprisonné (et que le peuple le croit mort). Il est à la fois adulé et détesté pour la grande victoire qu’il a remporté contre l’ennemi extraterrestre de l’Humanité, les Cielcin, en faisant sauter une étoile, anéantissant son système solaire dans la foulée. Le problème étant que comme on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, quatre milliards de citoyens impériaux et le souverain en personne ont également été carbonisés. Notre « héros » adulé / conspué va donc nous raconter comment on en est arrivé à ce point là… au cours du cycle. Car il ne faut pas vous attendre à voir les événements directs ayant conduit à l’explosion dans ce tome 1 : au travers d’allusions dispersées dans tout le roman, on comprend que, par le biais de l’ingénierie génétique et de la cryogénie, les personnages importants de cet univers peuvent vivre très longtemps, et que donc, le récit se fait environ 1500 ans après ce qu’il nous décrit des premiers pas en tant qu’adulte du protagoniste, Hadrian Marlowe. Et Empire of silence n’en couvre péniblement que moins d’un demi-siècle, qui débute en l’an 16136.

L’Humanité s’est répandue sur cinq bras galactiques et un demi-milliard de mondes (et j’aime autant vous dire qu’une telle échelle est extrêmement rare en SF : même l’Empire de Fondation n’en comprend que vingt-cinq millions environ), résolvant au passage le Paradoxe de Fermi : s’il n’y a pas de signaux ou de visites par des extraterrestres, c’est tout simplement dû au fait qu’aucun de ceux-ci ne dépasse la technologie de l’âge du bronze ! L’Humanité est donc la « race aînée » croisée dans d’autres contextes de Science-Fiction, la première à coloniser l’espace dans sa galaxie / l’univers, la plus avancée, la plus puissante, etc. Et autant dire que cela va se passer horriblement mal pour le peuple le plus en retard sur le plan technologique, comme cela s’est déroulé sur notre propre Terre dans l’Histoire réelle. Mais j’y reviendrai.

La seule race avancée, voyageant entre les étoiles, donc ? Pas tout à fait ! Trois siècles avant l’enfance d’Hadrian Marlowe, une autre espèce spatiopérégrine, les Cielcin, a été découverte dans le bras de la Règle, et la guerre a immédiatement éclaté entre les deux espèces. Autre race (grossièrement) humanoïde (mais de trois mètres de haut et hermaphrodite), les Cielcin voyagent dans les étoiles depuis moins longtemps que les humains et ont une technologie moins évoluée que la leur. Issus d’un biotope troglodyte, ils vivent dans les corridors de leurs « forteresses de glace » spatiales comme dans les grottes dont ils sont issus. Ces vaisseaux-mondes parcourent sans cesse la Voie Lactée à la recherche de ressources, les Cielcin étant des pillards des étoiles, les hordes de Huns menaçant l’empire romain galactique (ou son Spartacus : des quarante-huit races présentes dans l’espace de l’empire, ils sont la seule assez forte pour résister à l’esclavage ou à l’enrôlement forcé dans les Légions). Et ce d’autant plus que quand ils ne se servent pas des humains comme esclaves, ils les mangent (et en plus, les sympathiques bestioles sont aussi cannibales…) ! Un essaim migratoire moyen en compte dix millions.

Univers

La moitié du demi-milliard de mondes humains appartient à l’Imperium Sollan, tandis que l’autre est partagée entre différentes autres entités politiques, dont la Démarchie (coucou Alastair Reynolds…) et les Jaddiens. Si l’imperium / empire est de claire inspiration gréco-romaine (je vais y revenir), en revanche les Jaddiens sont des ottomans / diadoques / Parthes de l’espace. Vous remarquerez d’ailleurs que les contextes où l’espace humain est divisé entre de multiples nations (puissantes, étendues) capables de coexister de façon pacifique entre elles sont plus rares qu’on ne pourrait le croire. J’ai d’ailleurs été ravi d’en voir ici un exemple. Ces entités politiques disparates (et issues, il faut le noter, de scissions avec l’imperium, celui-ci étant jadis la seule nation humaine -à l’exception des Extrasolariens-) sont unies en un espace humain cohérent par des institutions commerciales transcendant les frontières, comme Yamato Interstellar, la Rothsbank, le Syndicat des Libres Marchands, les Eudorans (et leurs caravanes de vaisseaux-astéroïdes) ou (surtout) la Weyland-Yutani le Consortium Wong-Hopper.

Après la mort de la hum, Ancienne Terre et la diaspora qui en a été la conséquence (coucou Dan Simmons…), une toute-puissance Église, la Chantry (vous remarquerez qu’une traduction littérale de ce terme est Fondation religieuse, si vous voyez ce que je veux dire : ou comment, en un seul terme, évoquer à la fois Asimov et Herbert), a été créée, et est devenue le pouvoir absolu (avec l’Empereur) au sein de l’Imperium. Dans le reste de l’espace humain, son influence est variable, de relativement importante à quasi-nulle (dans la Démarchie ou chez les Extrasolariens). Son credo est simple, et s’articule autour de quelques règles absolues :

1/ La Terre (la planète) est vénérée, et la croyance est qu’elle reviendra un jour à son état pré-guerre nucléaire et effondrement écologique.

2/ Les machines intelligentes des Mericanii, les daimon, sont une abomination qui a conduit à la destruction de la Terre, donc la technologie est corrompue. Les IA sont donc bannies de l’espace sur lequel la Chantry exerce son influence, seuls les ordinateurs « sub-intelligents » sont admis ou bien on leur substitue des personnes spécialement entraînées, des « ordinateurs vivants » appelés Scholiastes (oui, voilà. Comme les Mentats de Dune). Certaines nations, comme la Démarchie ou les Extrasolariens (ces derniers descendent des Mericanii et représentent donc le Mal absolu pour les Inquisiteurs), s’affranchissent volontiers des diktats technologiques de la Chantry.

3/ La Primauté de l’Homme est également un principe cardinal : notre espèce est supérieure à toutes les autres (ce qui est d’ailleurs prouvé par son avancée technologique et par le fait qu’elle est la première à avoir parcouru l’espace), les étoiles sont siennes et leur colonisation sa destinée manifeste. Ce principe justifie le traitement des espèces non-humaines (je vais en redire un mot).

4/ La modification humaine doit être encadrée et soumise à de strictes frontières (une fois encore explosées par les nations spatiales les moins soumises au contrôle strict de la Chantry, comme les Jaddiens par exemple, dont la Haute Noblesse est littéralement formée d’übermenschen).

La Chantry exerce de terribles punitions sur les hérétiques : propagandistes, bourreaux et inquisiteurs, ses membres peuvent écorcher un homme à coup de couteau, violer une femme tout comme atomiser une planète entière ou y répandre des maladies mortelles. Elle marche aussi main dans la main avec l’Empereur pour contrôler strictement le génome de la noblesse de l’empire : certes, ses membres sont tellement améliorés (espérance de vie, système immunitaire, régénération des dents, etc) que certains les nomment des inhumains, mais cela reste confiné à certaines limites et ne part pas dans les extrêmes qu’on trouve chez les Jaddiens. Cela a d’ailleurs une conséquence : les enfants ne sont pas conçus in vivo mais incubés dans des utérus artificiels.

La société impériale (qui est au centre du livre) est divisée en castes semi-rigides, inspirées à la fois par les sociétés romaines et médiévales : outre des esclaves et des serfs, on trouve des plébéiens, puis une classe intermédiaire, les patriciens (qui comprend les chevaliers), à laquelle un plébéien peut aspirer via son mérite (au combat, par exemple). Au-dessus, on trouve les nobles, appelés palatins, ceux de la lignée impériale étant considérés comme supérieurs aux autres. Et tout en haut de la hiérarchie, bien entendu, trône l’Empereur.

Deux points différencient plébéiens, patriciens et palatins : le génome et l’accès à la technologie. Les plébéiens ne bénéficient d’aucune amélioration génétique, celles des patriciens sont somatiques (non-héréditaires, données lors de l’accession à cette caste), tandis que les palatins ont des profondes améliorations génétiques héréditaires. Si l’accès à la technologie est strictement contrôlé par la Chantry, les palatins sont ceux qui y ont le plus droit : un plébéien ne peut utiliser rien de plus perfectionné qu’une voiture ! De même, les voyages d’un monde à l’autre sont strictement contrôlés. Les moyens de production et la connaissance technologique (celle permise par la religion, du moins) restent entièrement aux mains des nobles et de quelques hommes de confiance, comme certains « artisans ».

De même, l’espace impérial est structuré selon une hiérarchie pyramidale, qui doit autant à Fondation qu’à l’empire romain (le bouquin d’Asimov devant d’ailleurs beaucoup à ce dernier -et surtout à sa chute-), voire à Warhammer 40 000 : au sommet, on trouve cinq Primarques, un par bras galactique (l’Empereur étant celui d’Orion), celui du Centaure étant le plus récent (les colonies du bras de la Règle -les Normans– n’ayant pu être structurées à cause de l’invasion Cielcin). Les Primarquats sont divisés en Provinces (dirigées par des vice-rois / reines), elles-mêmes subdivisées en Palatinats (dirigés par les nobles -palatins-), à leur tour morcelés en Préfectures administrées par des Archons.

Notez que certains concepts romains sont habilement distordus pour s’adapter au contexte spatial et futuriste : les foederati, par exemple, deviennent des compagnies de libres mercenaires qui assistent les Légions.

Inspirations (historiques et littéraires) *

* Into the pit, Testament, 1988.

Dès le départ, cet univers m’a posé un petit problème : il est dit que le langage galactique standard est de l’anglo-Hindi, et pourtant l’Empire est très clairement d’inspiration gréco-romaine (outre la structure de la société, les termes ou concepts se rapportant à cette civilisation sont légion -c’est le cas de le dire- : éphèbe, Colisée, gladiateurs / myrmidons, légionnaire, optio, centurion, peltaste, strategos, etc), alors qu’il ne s’agit pas d’une uchronie spatiale à la Latium. Que l’empire adopte une structure administrative, voire sociale, modelée sur celles de la Rome antique, soit, c’est suffisamment courant en SF pour ne pas s’en émouvoir, mais à ce point là, et avec une réutilisation des termes latins et même des combats de gladiateurs, ce n’est pas tout à fait du jamais vu mais presque. Je me souviens avoir rencontré ça (hors uchronie, je le répète) dans l’univers de Renegade Legion, où, déjà, l’explication était bien fumeuse (les humains, réduits en esclavage par deux races extraterrestres, remettent au goût du jour un système où c’étaient eux les maîtres mettant en coupe réglée d’autres nations), mais ça doit être à peu près tout (le néo-féodalisme de l’espace est, lui, par contre plus répandu, notamment en jeu de rôle : des Technoguerriers / Battletech à Fading Suns, vous avez l’embarras du choix). Surtout que, je me répète, il va falloir m’expliquer comment on passe de l’anglo-Hindi comme langue universelle aux Peltastes et aux Myrmidons.

Mais bon, je dis ça, mais ça ne m’empêche pas d’avoir apprécié la chose pour autant : mon cerveau me crie que ce n’est pas logique, mon cœur / mes tripes que ça a tout de même une gueule terrible (et à vrai dire, les Jaddiens encore plus !). On pourrait d’ailleurs étendre cette réflexion au roman tout entier, tous aspects confondus : sur le plan d’une froide analyse littéraire, il est plutôt mauvais / très perfectible, tandis que si on se contente de le vivre, il est prenant et il a du panache. Mais nous allons en reparler.

Venons-en maintenant aux inspirations littéraires : outre la forme (le récit autobiographique fait en plusieurs tomes par un personnage célèbre, s’attachant à démêler le vrai de ce qui a été édulcoré, délibérément modifié ou victime du téléphone arabe), une partie du fond évoque très clairement Le nom du vent. En effet, le personnage, qui a une enfance qui se déroule dans un cercle « privilégié », se voit brutalement projeté, à un stade de l’intrigue, dans la rue, où il va passer plusieurs années à essayer de survivre, mais aussi où il va acquérir une force intérieure qui lui servira tout le reste de son existence et expliquera en partie ses actions futures. Eh bien là, c’est exactement pareil : après un quart du roman, le protagoniste se retrouve sur une autre planète, et passe trois ans dans la rue dans des conditions épouvantables. Il en ressortira cependant plus fort physiquement et surtout bien plus résolu, dur, qu’il ne l’était (ce qui apporte un contrepoint saisissant avec le récit de ses premiers pas d’adulte, où il a justement des problèmes avec son père qui le trouve trop conciliant avec les classes inférieures : dans l’Empire, les nobles règnent par la force et la peur).

La deuxième inspiration majeure est Dune, et c’est celle qui se remarque le plus au tout début du roman : songez que le personnage, fils de noble au génome précieux et strictement contrôlé, à un tuteur (Tor Gibson) qui est un « ordinateur vivant », décrit comme ayant des sourcils de hibou (coucou Thufir Hawat version cinéma…), ainsi qu’un maître d’armes, Felix Martyn (coucou Gurney Halleck…) qui lui apprend le maniement du gladius et du poignard, seules armes à même de pénétrer son, hum, bouclier-ceinture. Le papa de notre héros étant richissime parce qu’il contrôle l’industrie locale d’une substance précieuse, l’uranium, et… Hein, quoi ? Tu es fan de Hard SF et tu t’interroges sur la pertinence de ce point dans cet univers ? Patience, nous allons bientôt en dire deux mots ! Par contre, gros point négatif, il est où mon Duncan Idaho local, hein ?

Mais revenons à nos Atréi… pardon, Marlowe. Si certaines ressemblances avec l’univers de Dune sont incontestables, elles ne sont en fait qu’assez transitoires ou superficielles pour certaines. L’aspect Mentat  / scholiaste / ordinateur vivant est assez vite évacué du récit (dès le deuxième quart), les parents d’Hadrian n’ont qu’une relation formelle, à l’opposé de l’amour profond unissant Jessica et Leto, et enfin le père d’Hadrian n’a que mépris pour son fils (qui n’est d’ailleurs pas unique : le pater préfère le cadet, Crispin, une brute épaisse qui correspond plus à son idée d’un « bon » héritier). Bien sûr, reste le fond : univers néo-féodal très hiérarchisé dans le cadre d’une vaste diaspora spatiale, aspect initiatique du roman, héros en lutte contre la religion, etc.

empire_of_silence_2Non, en fait, l’influence la plus visible et spectaculaire est à chercher du côté de… Gladiator ! Si, si. En effet, pendant une bonne partie du bouquin, Hadrian devient Myrmidon, c’est-à-dire quelqu’un qui a un contrat pour se battre dans l’arène (un an, 65 combats) contre les gladiateurs professionnels, qui sont trop précieux pour qu’on risque qu’ils soient tués et sont donc protégés par des armures invulnérables aux épées / lances que manient leurs adversaires (par contre, ces protections enregistrent les coups portés, et paralysent sélectivement certains servo-moteurs, jusqu’à une mise hors de combat virtuelle considérée comme une victoire pour les Myrmidons). Donc je vous résume : le type était noble / puissant, il a viré clodo, puis maître de l’arène : ça ne vous rappelle pas un peu un certain Maximus ? Mais bon, là aussi, ça va faire débat : une aussi lourde emphase sur des combats de gladiateurs à coups de glaives dans un contexte de science-fiction va forcément poser problème à certains, et je ne suis pas loin d’en faire partie. Mais bon, en même temps, certains aiment les films sur les gladiateurs, donc bon…

Pour terminer sur ce chapitre, on notera des clins d’œil à Alastair Reynolds (et de toute façon, vu les échelles spatiales et temporelles utilisées, on ne peut que penser à lui), Dan Simmons (il y a un « Kwatz » à un moment, les homunculus ont la peau bleue comme les Androïdes de type A. Bettik le « j’écris depuis ma prison » évoque forcément Raul Endymion, les Extrasolariens, voire les Cielcin, évoquent les Extros, et la diaspora forcée de le Terre évoque celle d’Hypérion) et surtout, mais alors surtout, le connaisseur anglophone appréciera, j’en suis certain, ce passage à sa juste valeur :

« Gravitas ». I smiled. « Fancy word ». But i’d expected the response, had even guessed it would be Banks who’d say it.

Ou encore :

Her icy eyes found mine, sharp as knive-missiles.

Genres *

* Telegraph Road, Dire Straits, 1982.

Ce roman nous arrive avec la réputation d’être un space opera mélangé avec de la Fantasy épique. Une phrase bien longue pour parler (selon votre conception) de Science-Fantasy ou de Space Fantasy. Sauf que personnellement, je suis très moyennement d’accord avec cela. S’il y avait eu des pouvoirs magiques ou psychiques, pourquoi pas. Mais là, non. Oui, il y a des glaives, des gladiateurs et tout le tralala, mais non, ça ne sonne pas totalement comme de la Fantasy, mais comme de la SF. Certes, l’amateur de Hard SF va complètement rester sur sa faim, à la fois à cause de l’absence de focalisation sur la technologie, l’absence de détails, parfois d’explications (le concept de Highmatter est un poil flou : les épées faites de cette matière ont certes une lame épaisse d’un atome, mais sinon de quoi sont-elles exactement constituées ? Mystère !), mais ça reste bel et bien de la Science-Fiction. Point.

Pour affiner la classification, il faut parler de Soft-SF (pour les raisons évoquées plus haut, la parenté avec Dune, etc), de New Space Opera (vu le contexte multi-multi-multi-MULTI-planétaire), de SF Transhumaniste (les palatins, les Homunculus -des créations génétiques servant de soldats ou de jouets sexuels-), mais aussi de SF post-apocalyptique (après tout, si l’Humanité a colonisé 500 millions de planètes, c’est parce que la Terre a légèrement été abîmée par une guerre nucléaire ET un effondrement écologique) et surtout de SF dystopique (nous allons en reparler dans la partie « Thèmes »).

Je reviens un moment sur l’aspect technologique : j’avoue que tout ce qui tourne autour du business de l’Uranium des Marlowe m’a laissé assez dubitatif. Je vois bien le parallèle avec l’épice pour les Atréides, mais en revanche je ne saisis pas l’importance que peut avoir cette substance dans l’univers d’Empire of silence. A un moment, l’auteur évoque vaguement un carburant pour les vaisseaux, mais vu que ceux-ci fonctionnent avec des propulseurs à Fusion, je ne vois pas le rapport avec l’Uranium. Et donc, si on maîtrise la Fusion, l’élément chimique ne sert a priori pas pour la production d’énergie non plus. Pour les armes atomiques, alors ? C’est plus ou moins suggéré à certains moments, mais là aussi, on est dans le flou. Sans compter que si on a la maîtrise de la Fusion, l’uranium ne sert plus à rien : les bombes A sont dépassées, et les H peuvent être créées sans « allumette » à l’uranium (avec un laser ou un maser, par exemple, ou un peu d’antimatière, un transuranien artificiel metastable, etc). Bref, à part des munitions à l’uranium appauvri (où on se sert de la densité du matériau, pas de sa radioactivité), je ne vois pas. Mais bon, hein, c’est de la Soft-SF… (n’empêche, je dis ça, mais c’est la première fois que je vois un auteur se préoccuper de la façon dont une arme à plasma génère ce dernier. Donc tout n’est peut-être pas perdu pour toi, fondu de Hard SF. D’autant plus qu’il y a quelques trucs bien sympas, comme le quantum entangled telegraph network).

Par contre, très bon point : dans cet univers, on dispose du Warp (propulsion supra-luminique) mais voyager entre deux systèmes stellaires prend tout de même des années et nécessite une mise en hibernation. Et ça, en SF, c’est assez rare : on peut citer la saga Alien, par exemple. Et donc, c’est original, ça change un peu, ça introduit des possibilités intéressantes en terme de scénario et de temporalité, bref c’est du tout bon !

Intrigue et personnages *

* Rosetta stoned, Tool, 2006.

Difficile de résumer sans spoiler, mais allons-y : après avoir posé les bases (Je suis Hadrian Marlowe, le Dévoreur de soleil, héros pour les uns, monstre pour les autres, j’écris l’histoire de ma vie depuis ma prison, en faisant un flashback de 1500 ans), Ruocchio passe très vite sur la conception et l’enfance de son héros avant de nous faire vivre en détails (25 % du bouquin -qui fait plus de 600 pages-) sa dix-neuvième année sur la planète Delos, dans le Bras d’Orion. Pour résumer, le petiot est mal-aimé par son père (un beau salopard qui règne par la peur et la force et n’a aucune empathie), sa mère se contrefiche de lui (enfin… non, rien) et son petit frère va sûrement lui piquer sa place d’héritier, parce qu’il a une grande « qualité » : c’est une brute sans états d’âme et sans cervelle. Hadrian va se retrouver forcé à emprunter une voie vers laquelle il ne veut surtout pas aller, va se voir offrir une porte de sortie inattendue, qui va se terminer de façon… surprenante.

Sauf que au lieu de se retrouver là où son voyage spatial était supposé le conduire, il va se réveiller dans le Veil, terme souvent employé en SF (dans l’univers d’Alien, une fois encore) pour désigner la frontière. Et effectivement, du bras d’Orion, il se retrouve entre ceux du Centaure et de la Règle, à la pointe de l’expansion coloniale humaine… et bien trop près à son goût du front ! Après plusieurs années dans la street, il va s’en sortir en faisant son Gladiator, jusqu’à ce qu’une grosse imprudence ne lui offre à nouveau une porte de sortie surprenante, pour des raisons qu’il mettra encore 25 bons % du bouquin à comprendre.

Alors disons-le tout de suite, celui qui s’attend à voir comment Hadrian a été en position de faire péter un soleil et de tuer l’Empereur va être sacrément déçu, malgré ses 600+ pages ce tome 1 n’effleure même pas cette période : il couvre péniblement moins d’un demi-siècle, alors qu’il va falloir détailler quinze d’entre eux pour que le récit rejoigne le présent où Hadrian est en prison. Et autant le dire, si l’aspect martial / action n’est pas totalement absent de Empire of silence, ce n’est (pour l’instant) presque en rien un bouquin de SF militaire. On sent que ça va venir, mais plus tard. Là, on se contente de poser l’univers, les enjeux et de faire rencontrer au protagoniste certains de ses futurs lieutenants, antagonistes ou moteurs qui expliquent sa psychologie et son comportement. Point.

Niveau personnages, c’est assez contrasté : si Hadrian est évidemment solide, si quelques autres personnages sont intéressants (Valka, Tor Gibson -j’ai d’ailleurs beaucoup aimé la relation entre Hadrian et lui, elle est très touchante, je trouve-), les autres sont tout simplement beaucoup trop nombreux pour être caractérisés de façon détaillée ou notable (certaines ellipses à propos de Cat sont assez impardonnables, je trouve). Il suffit de voir la taille du Dramatis Personæ pour s’en rendre compte. Gros problème également : l’auteur a tendance a se débarrasser de nombre d’entre eux (pas forcément en les faisant mourir, mais en les éloignant du lieu de l’action à un point tel qu’il est extrêmement probable que Hadrian ne les reverra jamais), ce qui fait que le temps passé à les développer est perdu en vain.

Thèmes

Le roman s’avère plutôt riche : de nombreux thèmes sont abordés, à commencer par le modèle de société (de caste) et l’exercice du pouvoir. Les palatins ne peuvent le concevoir que comme absolu, basé sur un respect né de la peur : nulle démocratie dans l’imperium, mais une autocratie absolue, fondée sur une hiérarchie et une pyramide de féautés néo-féodale où on ne vous demande pas votre avis et où on vous torture, viole ou vous zigouille si vous jouez au rebelle. Lorsque Hadrian cherche à essayer une alternative, un pouvoir tenant plus compte des besoins et des sentiments (voire des vies, de la santé…) des ouvriers qui extraient l’Uranium pour son père (qui ne se préoccupe que de ses marges bénéficiaires), il se fait sèchement recadrer par le padre. Au passage, en plus de ces dérives capitalistes, la religion en prend sacrément pour son grade, via l’intrusion dans tous les aspects de la société (jusqu’au mariage, à l’utilisation de la technologie, etc) de la Chantry. Les inquisiteurs sont décrits comme des monstres froids et fanatiques, des tortionnaires n’hésitant pas recourir au viol, aux coups, etc, et à détruire des planètes entières d’hérétiques. Et d’ailleurs, l’auteur fait voler en éclats tous les repères traditionnels des conservateurs : dans la noblesse, par exemple, père et mère ne sont pas tant des parents que des donneurs d’ADN, et les frères et sœurs ne sont guère plus que des camarades de classe partageant un héritage génétique commun.

On dénonce aussi la société de  la surveillance (chez les Palatins, les caméras cachées sont partout, de quoi alimenter leurs intrigues byzantines), le traitement des colonii (les races extraterrestres corvéables à merci, qu’on peut torturer pour le plaisir, vendre comme des esclaves, humilier, etc, à part à la rigueur celles utilisées comme auxilia -troupes auxiliaires-, et dont, surtout, il faut effacer la culture indigène à tout prix) et des classes / castes inférieures, la propagande (le Cielcin est un ennemi absolu, discuter avec lui est impensable), la violence institutionnalisée et utilisée comme un instrument de contrôle (depuis les arènes en mode « du pain et des jeux » jusqu’aux duels), le militarisme (la vertu suprême impériale, pour les hommes aussi bien que pour les femmes, est la science des armes), et j’en passe. Au passage, détail amusant, en un sens : l’empire représente les romains, et à ses yeux, les Cielcin sont les barbares ; mais pour Valka, native de la Démarchie, ce sont les impériaux les barbares, à cause de leur propension à verser le sang sans même se rendre compte à quel point c’est mal et sans concevoir que d’autres solutions existent.

Ce qui fonctionne… ou pas

Comme je l’ai déjà évoqué, dégager une impression globale et synthétique sur ce roman m’a été très difficile. Pourquoi ? Parce que sur le plan d’une analyse rationnelle, il est au mieux très perfectible, et sur certains plans, subjectivité ou pas, franchement mauvais. Toutefois, la tête n’est pas la seule à évaluer un livre, et mon cœur et mes tripes me font prendre conscience que finalement, j’ai passé un franchement bon moment de lecture, malgré des défauts pourtant incontestables.

Voici, pour moi, quelles sont ses défauts et qualités ; commençons par les défauts :

– Premier problème, le copier-coller. Même si on éjecte l’aspect autobiographique, comme n’étant après tout pas spécifique du Nom du vent, il faut tout de même reconnaître que la descente aux enfers d’Hadrian Marlowe, qui vit des années dans la rue, ressemble très étrangement, y compris dans sa durée, à celle de Kvothe. Et ce côté « inspiration excessive » est encore plus flagrant pour Dune : le début d’Empire of silence est tellement pompé sur le roman de Frank Herbert qu’on est, à ce niveau, sur le pire cas depuis L’épée de Shannara de Terry Brooks (qui singeait, lui, La communauté de l’anneau). Et le souci est bien plus grave que la copie servile de quelques personnages, scènes ou ambiances : il s’étend aussi au fond des choses, aux grands éléments structurant l’univers, l’intrigue, les thématiques abordées, etc. Bref, à vous de voir quelle tolérance vous avez pour ce genre de roman peu original. Certains d’entre vous pourraient par ailleurs, à l’inverse, apprécier un univers qui leur rappelle tel ou tel livre majeur antérieur, voire qui en combine plusieurs (personnellement, j’avais beaucoup aimé une série de Livres dont vous êtes le héros appelée Loup*Ardent, qui faisait un mélange bluffant entre Conan, Stormbringer et le Bene Gesserit). A titre personnel, je suis assez partagé : d’habitude, l’hommage / inspiration ne me dérange pas vraiment (dans Inexistence par exemple), mais là, je trouve que c’est too much.

– Deuxième problème, le tirage à la ligne : l’auteur a tendance à s’étendre beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup trop. Ce qui devrait être décrit en quelques lignes s’étend sur des paragraphes, ce qui devrait faire l’objet d’une seule scène s’étire sur un chapitre entier, ce qui pourrait être résumé en quelques dizaines de pages fait un quart des plus de 600 pages du roman. Malgré tout, ce qui est paradoxal est qu’on ne s’ennuie pas vraiment : on s’agace, certes, devant de telles maladresses (d’autant plus paradoxales si on prend en compte le background professionnel de l’auteur) mais on continue à lire, on a envie de revenir au roman.

– Troisième problème, le mélange des genres et le côté commercial de la chose : je ne suis pas du tout certain que tout le monde va adhérer à ce mélange d’éléments formels de SF et de codes ou d’ambiances de Fantasy. Clairement, la partie SF va probablement être trop soft pour certains amateurs du genre, et les mêmes vont peut-être être mal à l’aise devant la place prise par les épées dans un contexte qui s’étend sur toute la galaxie ou quasiment. A l’inverse, certains aficionados de Fantasy risquent d’être décontenancés par ce qui reste à la base une oeuvre de science-fiction, et ne pas forcément pouvoir concilier leur image de merveilleux, de magie, d’elfes et de nains avec un univers technologique. Et il y a un point sur lequel tout le monde sera d’accord : ce mélange des genres, et le bouquin dans son ensemble, sont très commerciaux, je trouve. On dirait un truc taillé pour plaire à tout le monde et qui a un risque non négligeable, au niveau du public français, parfois plus rigide que l’anglo-saxon (l’inverse étant par ailleurs vrai pour d’autres types de livres), de ne pas plaire à grand-monde. J’ai vraiment eu l’impression que Ruocchio balançait un tas de truc en vrac et ne leur assurait qu’une cohérence d’ensemble minimale, le but étant de donner à chaque tranche potentielle de public un élément qui pourrait lui plaire : vaisseaux spatiaux, épées, un peu de romance, un peu de combats, un peu d’avancées sociales (mariages de personnes du même sexe, questions sur le genre et de nouvelles formes de langage en tenant compte, etc), un peu de Dune, un peu de Nom du vent, et ainsi de suite.

– Quatrième souci, les transitions entre les différentes phases de la vie du héros : d’une part, elles ont cette caractéristique qui signe, pour moi, les mauvais bouquins, de se dérouler à des pourcentages très précis du livre (25, 50, 75 et 100 %). C’est simple, je trouve ça artificiel au possible. Mais surtout, sans aller jusqu’au Deus ex machina, elles se goupillent très bien pour le héros, ou sont amenées par l’auteur d’une façon un poil artificielle, une fois encore.

– Cinquième souci, qui n’en sera cependant peut-être pas un pour tout le monde (et pas vraiment pour moi), la noirceur de l’univers et de l’intrigue : les tortures faites par l’Inquisition ou les humains en général sur de pauvres extraterrestres sans défense seront difficiles à supporter pour certains profils de lecteurs. Et ce d’autant plus qu’une de ces phases d’interrogatoires sanglants s’étend démesurément dans le dernier quart du roman. Plus généralement, ce n’est pas à un univers bien folichon auquel nous avons affaire : c’est vraiment une dystopie dilatée à la dimension d’un quart de milliard de mondes (la taille de l’imperium).

Ceci étant posé, parlons des qualités de Empire of silence :

– Premier gros point fort, le style de Christopher Ruocchio, que j’ai trouvé à la fois prenant et très agréable. Il me rappelle celui de Patrick Rothfuss, en un peu moins bien toutefois. Mais se hisser à ce genre de hauteurs est déjà un très bon point, non ? Bref, le roman est bancal sur certains plans littéraires, mais pas sur celui-là, et se révèle très immersif et addictif, avec une envie incontestable d’y revenir.

– Second point positif, et pas des moindres, un univers qui claque : des gréco-romains parlant anglo-hindi sur un demi-milliard de planètes de la galaxie et PAS dans le cadre d’une uchronie, c’est peut-être un peu bancal, mais ça a une gueule terrible ! Des Hoplites avec des lances à plasma à la Stargate, des Légionnaires avec des armures de combat high-tech, des Janissaires / Mamelouks clonés et créés par génie génétique (coucou Star Wars…), un maître de l’épée Jaddien maniant des lames en matière exotique au tranchant aussi fin qu’un atome, des types avec des capes stylées, enfin bref, vous avez saisi, je pense. Gladiator dans l’espaaaace, c’est peut-être un peu n’importe quoi, mais ça en impose !

– Autre point fort, l’ambition du truc : c’est là qu’on sent une parenté avec Alastair Reynolds (ou Stephen Baxter), pas dans un côté Hard SF ici totalement absent mais dans la démesure. Des dizaines de millénaires dans le futur, cinq bras galactiques colonisés, des années qui s’écoulent en fugue cryogénique lors des voyages entre deux planètes, les Cielcin qui parcourent la Voie Lactée dans des vaisseaux-mondes-forteresses, ça ce n’est pas cette SFFF à « petit budget », à ambition riquiqui, que j’abhorre tant !

– Et pour finir, des personnages sacrément attachants, principalement Hadrian, Tor Gibson et Valka, mais pas que (sir Olorin n’est peut-être pas très développé, mais il en impose). Sans compter d’autres, plus mystérieux que sympathiques pour le moment (dont les futurs lieutenants du protagoniste), et sur lesquels on a hâte d’en (sa)voir plus, notamment Jinan Azhar ou le très ambivalent Bassander Lin.

Bref, selon votre profil de lecteur / lectrice, ce livre a tout pour vous enchanter… ou vous faire fuir. A chacun de décider s’il va lire ce roman lors de sa sortie française, je pense vous avoir fourni pas mal d’éléments pour le faire.

En conclusion

Blockbuster potentiel parmi les grosses sorties estivales anglo-saxonnes (ces derniers ayant l’intelligence de faire leur « rentrée » littéraire quand les gens ont à la fois du temps et un budget pour leurs loisirs…), Empire of silence est présenté comme un mélange de Space Opera et de Fantasy épique, comme un alliage de Dune et du Nom du vent (auquel il faut impérativement ajouter Gladiator). De fait, il s’agit du récit fait, alors qu’il croupit en prison, 1500 ans plus tard, de ses premiers pas en tant qu’adulte d’Hadrian Marlowe, à la fois adulé et honni parce que pour gagner une guerre, il a fait sauter un soleil, tuant au passage son empereur et quatre milliards de ses concitoyens, et gagnant le redoutable surnom de Dévoreur de soleil. Dans un univers très influencé par les gréco-romains (alors qu’il ne s’agit pas d’une uchronie) et Frank Herbert, où l’empire Sollan règne sur un quart de milliard de mondes et où la religion est toute-puissante, où les Hoplites ont des lances à plasma et les chevaliers des épées en matière exotique, il va faire son Conan / Kvothe, passant d’une existence privilégiée à l’état de vagabond, puis de gladiateur, de tuteur, de traducteur, avant de finir mercenaire (si, si). Le tout sur fond de guerre contre des extraterrestres remettant certains dogmes religieux en question, les Cielcin.

Si le style de l’auteur est franchement bon, les personnages principaux attachants et que l’univers a de la gueule et de l’ambition, bien des points peuvent doucher l’enthousiasme du lecteur potentiel : roman très verbeux (mais tout en restant prenant), trop inspiré (parfois à la limite du…plagiat est sans doute trop fort, mais vous voyez l’idée) par des auteurs antérieurs, mélange des genres qui peut gêner, livre sans doute trop soft-SF pour certains, trop Fantasy pour les uns (bien que cette classification soit à mon avis plus un élément marketing qu’une réalité), trop Science-Fiction pour les autres, trop commercial pour beaucoup et peut-être trop noir dans certains cas. Pourtant, même si ces défauts sont réels (ou au moins, je le répète, pour certains profils de lecteurs), il n’en reste pas moins qu’une fois refermé, Empire of silence laisse une bonne impression globale, que certains de ces défauts peuvent être corrigés dans les tomes 2+, et qu’on a sincèrement hâte de lire ces derniers. Bref, si mon côté rationnel, analytique, ma tête, me disent qu’on a affaire à un roman affligé de trop de défauts pour être qualifié de chef-d’oeuvre, et qui devrait plutôt être présenté comme perfectible / passable, mon cœur et mes tripes, en revanche, vous hurlent que c’est un p*tain de bon bouquin et que vous devriez vous y intéresser !

Niveau d’anglais : facile.

Probabilité de traduction : à paraître chez Bragelonne.

Pour aller plus loin

Les anglophones parmi vous pourront avoir envie de lire un deuxième avis, rédigé dans la langue de Shakespeare, sur ce roman sur Xeno swarm.

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26 réflexions sur “Empire of silence – Christopher Ruocchio

  1. Tu sais chez quel éditeur il est prévu en VF? (je pense que non sinon tu l’aurais dit)
    Pour savoir si je prend la VO ou si j’attends un peu avant d’avoir la VF.

    Perso n’étant pas fan de hard SF et étant aussi fan de fantasy je ne pense pas que les histoires de genres pourront me déplaire.

    Le pitch me tente depuis le jour ou il a été annoncé et j’avoue que j’avais un peu peur. Ce genre de livre ça peut être génial comme ça peut être une merde immonde.
    Ton avis fait pencher la balance vers le premier (même si il ne l’atteint pas) du coup ça suffit pour me donner vraiment envie de me pencher dessus !

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  2. je reviendrai lire ta critique plus en détail, je n’ai fait que survoler. Ta conclusion m’interpelle, le coktail proposé pas forcément. ET comme il y a un article qui est taillé pour mes goûts, je m’y précipite auparavant!

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  3. Ping : Un Juillet 2018, Rayonnant ! – Albédo

  4. Ping : EMPIRE OF SILENCE: Memoirs of Hadrian Xenocide and Sun Killer | Xeno Swarm

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