Terminus – Tom Sweterlitsch

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Un roman d’une rare qualité, extrêmement prenant, qui établit un nouveau standard en SF temporelle / des univers parallèles

TerminusLe 24 avril 2019 sortira chez Albin Michel Imaginaire Terminus de Tom Sweterlitsch, un roman que j’ai pour ma part lu en anglais peu après sa sortie sous son titre original, The gone world. Si vous voulez plus de détails à son sujet, je vous conseille la lecture de ma critique complète, mais je peux le résumer de la façon suivante : Terminus est un impressionnant roman mélangeant voyage vers le futur (et les univers possibles) avec une enquête menée par un agent du NCIS visant à retrouver un soldat faisant jadis partie du programme spatio-temporel (mais présumé mort) ayant sans doute massacré sa famille avant de disparaître, seule sa fille aînée restant introuvable. En parallèle, le Terminus, la fin de tous les futurs possibles, menace la Terre, et se rapproche de plus en plus du présent, c’est-à-dire de l’année 1997. Ce sera à Shannon Moss de régler toutes ces sous-intrigues, qui se retrouveront liées à elle d’une façon très habile, qui se dévoilera petit à petit au cours du récit.

J’ai été bluffé par la maîtrise de l’auteur, que ce soit en matière de worldbuilding (à la fois original, prodigieusement riche mais restant à la portée de tous à condition d’y mettre un peu du sien), d’intrigue (complexe et très habile mais jamais difficile à comprendre), de style, de rythme, d’atmosphère, de personnages (l’héroïne est un bijou en terme de personnalité et de background), bref de pratiquement tout. Il y a bien 2-3 points mineurs qui m’ont un peu dérangé, mais franchement rien d’important. Au final, voilà un livre d’une rare qualité, extrêmement prenant (qui se dévore avidement plus qu’il ne se savoure à petites gorgées décontractées) et qui établit sans conteste un nouveau standard en matière de voyage temporel et d’univers parallèles, un domaine où on aurait pu croire que tout avait été dit. Eh bien non !

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A memory called empire – Arkady Martine

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Le somnifère « Ann Leckie » est désormais disponible en médicament générique ! 

empire_martineArkady Martine est… eh bien en fait rien du tout. C’est juste le pseudonyme du Dr AnnaLinden Weller, historienne spécialisée dans tout ce qui concerne l’empire Byzantin. A memory called empire est à la fois son premier roman et la première partie d’un diptyque (le second volet s’appellera A desolation called peace). À lire le personnel de son éditeur ou ses propres déclarations, on se prend à rêver devant les références évoquées, de John Le Carré à Iain M. Banks et Ann Leckie. On évoque aussi un roman nerveusement rythmé, « un livre vraiment spécial », et on nous assène même un « à qui ne plairait-il pas ? » (la phrase qu’aucun directeur de collection sain d’esprit ne devrait jamais employer). Eh bien ma bonne dame, je lève la main. Et j’ajoute que parler d’un rythme haletant pour ce bouquin est tout de même osé. Et puis tant qu’on y est, il faut arrêter d’invoquer l’héritage de Banks à tout bout de champ, surtout que le plus souvent, ça concerne comme par hasard la publication la plus médiocre de l’année (dans le genre de celle là), vous savez, celle qui ramasse tous les prix prestigieux (comme celle-ci).  Donc vous laissez Iain reposer en paix, merci.

Bon, mais est-ce que, au moins, ça ressemble à l’autre référence SF évoquée avec le plus d’insistance, à savoir Ann Leckie ? Tout à fait. C’est aussi soporifique, avec en plus un style parfois lourd, confus, voire les deux. Et question originalité, c’est autant pompé sur d’autres que l’oeuvre de l’inspiratrice. Il est d’ailleurs étrange de voir Leckie copier Banks, et Martine copier Leckie. Bref, je déconseille : fan de Banks, passe ton chemin, il n’y a rien de valable pour toi ici. Et vu à quel point la lecture de cette oeuvre a été un calvaire, je ne lirai pas la suite : je me suis déjà infligé l’intégralité de la trilogie de l’Ancillaire, donc niveau masochisme, j’ai déjà donné, merci.  Lire la suite

Meat and salt and sparks – Rich Larson

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Une nouvelle d’une redoutable efficacité

meat_salt_spark_larsonRich Larson est un grand voyageur, mais il est actuellement basé en Alberta. Spécialisé dans les nouvelles de SF, cet auteur est extrêmement prolifique (c’est le recordman du nombre de publications dans ce domaine en 2015), mais très peu traduit en français (deux seulement, dont une cette année). Celle dont je vais vous parler aujourd’hui est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Et croyez-moi, mais si vous lisez la langue de Shakespeare, vous ne perdrez vraiment pas votre temps avec ce texte, qui commence comme une « banale » science-fiction d’enquête dans un univers Biopunk (également inspiré par David Brin), avant de virer à une SF transhumaniste de très grande qualité sur la fin. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de remarquer que Meat and salt and sparks était un des textes gratuits les plus mis en favoris (et de loin) par les visiteurs du site, ce qui en dit long sur sa qualité. Lire la suite

Isolation – Greg Egan

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Vertigineux

isolation_eganIsolation est le deuxième roman publié par Greg Egan, en 1992 en VO et en 2000 en VF, après An unusual angle. On ne présente plus l’écrivain australien, le nom le plus prestigieux dans un sous-genre, la Hard SF, qui ne manque pourtant pas d’écrivains de génie (Baxter, Watts, Reynolds, Rajaniemi, Clarke, etc ; si besoin, voyez mon Guide de lecture). Et à la lecture de ce livre, on comprend pourquoi : Egan pulvérise les frontières, fait preuve d’une audace folle et jongle avec un naturel désarmant avec des concepts scientifiques pointus. On signalera d’ailleurs qu’une bonne moitié du bouquin ne laisse pas vraiment présager à la fois l’ambition mais aussi la difficulté de ce qui nous est proposé. Isolation commence comme une SF d’enquête Postcyberpunk (Nanopunk, pour être précis) lisible par tous avant de prendre un virage radical aux alentours de la page 175, pour se transformer en une Hard SF Posthumaniste très exigeante mais aux implications absolument vertigineuses. Vous êtes donc prévenu, ne vous lancez pas là-dedans à la légère (ou si vous êtes novice en Hard SF), même si l’australien a proposé, il faut être honnête, bien plus ardu que ce roman, et qu’avec un peu de bonne volonté (et éventuellement quelques connaissances en physique quantique), il reste compréhensible. Lire la suite

Gridlinked – Neal Asher

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Le (perfectible) début d’une énorme saga

gridlinked_asherSi, dans la chronologie interne de l’univers, Gridlinked est le troisième livre de la saga Polity à lire (après Prador Moon et Drone), c’est à la fois le premier à avoir été publié (en 2001) et le premier roman à proprement parler de l’auteur (il n’avait écrit que des textes courts, nouvelles ou novellas, avant ça). C’est, enfin, le tome inaugural du sous-cycle Agent Cormac, qui en compte cinq. Sachant tout cela, je me doutais que l’écriture de Neal Asher ne serait probablement pas aussi efficace que dans les bouquins ultérieurs, et ma lecture a confirmé cette prédiction : sans être mauvais, Gridlinked ne saurait se comparer à la plupart de ses successeurs. À un point tel que Neal Asher s’est d’ailleurs senti obligé, bien plus tard, d’entièrement réécrire une fin à la fois relativement cryptique et assez peu satisfaisante (vous pourrez lire cette conclusion « étendue » ici une fois que vous aurez achevé la lecture du roman : comme vous le verrez, elle est très supérieure à la version initiale).

Malgré tout, cette lecture n’est pas désagréable, introduit, si vous lisez les romans dans l’ordre de publication, un univers fascinant (et un James Bond de l’espace), et, peut-être surtout, permet de se rendre compte du chemin parcouru par Asher, jusqu’à atteindre, dans les derniers romans de Polity en date, une efficacité stylistique absolument impressionnante. Au final, une lecture tout à fait valable, donc, même si pas toujours enthousiasmante. Je vais donc continuer à enchaîner, en vous proposant prochainement une critique de The line of Polity, le second tome des aventures de Cormac (le troisième en comptant Drone). Lire la suite

Planetside – Michael Mammay

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Surprenant

planetside_mammayMichael Mammay est un auteur de SF et de Fantasy qui, de son propre aveu, met le plus souvent en vedette des personnages militaires (et son propre passé dans l’Armée -c’est un vétéran de la première guerre du Golfe, de la Somalie, de l’Irak et de l’Afghanistan- n’y est sûrement pas étranger). Son roman Planetside, le premier d’un cycle (le second, Spaceside, sort fin août 2019), ne déroge pas à la règle, puisqu’on y suit le Colonel Carl Butler, envoyé sur une lointaine planète, où les humains affrontent des insurgés indigènes, pour y retrouver le fils d’un gros ponte, dont on a perdu la trace. Ou comment mélanger Avatar (mais avec un gros twist…) avec les classiques de l’enquête militaire, que ce soit au cinéma (Presidio, Des hommes d’honneurLe déshonneur d’Elisabeth Campbell, A l’épreuve du feu, etc) ou à la télévision (JAG, NCIS, etc), plus un petit bout de Au coeur des ténèbres (ou d’Apocalypse Now, c’est la même chose).

Au vu du résumé, si je m’attendais à un roman sympa, je n’étais cependant préparé ni au fait qu’il soit aussi prenant, ni à une fin très particulière (qui ouvre de fascinantes perspectives sur la suite). Au final, et même s’il ne s’agit certainement pas du livre de SF de l’année, cette lecture s’est avérée excellente, et je lirai la suite avec un grand plaisir. Lire la suite

Drone – Neal Asher

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La naissance d’un héros

drone_asherDrone fait partie de l’énorme meta-cycle Polity (seize romans au moment où je rédige ces lignes, bientôt dix-sept), par Neal Asher. C’est un des deux seuls livres de cette saga qui a été traduit en français par Fleuve noir, en 2010. Pour des raisons de disponibilité sous forme électronique, de prix et afin de tout lire dans la même langue (je sais, d’expérience, à quel point il peut être pénible de lire certains livres en VO et d’autres en VF au sein d’un même cycle, vu qu’il faut sans arrêt établir des correspondances entre les deux langues pour les termes propres à l’univers concerné), je l’ai lu dans sa version anglaise, appelée Shadow of the scorpion.

S’il est paru sept ans après le roman inaugurant Polity, Shadow of the scorpion doit en revanche se lire en second, après Prador Moon, si on suit la chronologie interne de la saga. Il constitue un prélude à Gridlinked, premier livre du sous-cycle principal de Polity, celui consacré à l’Agent Cormac. Et il a précisément pour but de nous montrer les « origines » du personnage, comme on dit en matière de comics et de super-héros (même si nous ne sommes pas sur ce registre ici), dont la façon dont il est devenu Agent et dont il a acquis son arme emblématique.

C’est le troisième bouquin du cycle que je lis, et des trois, c’est celui qui m’a le moins impressionné. Non pas qu’il soit mauvais (c’est un bon livre, sans conteste), mais je l’ai trouvé moins nerveux ou spectaculaire que les deux autres. Je suppose cependant que je lui trouverai un tout autre intérêt dans l’éclairage qu’il apporte sur le passé de Ian Cormac une fois que j’aurai lu les autres livres qui lui sont consacrés. Ce qui ne tardera pas, Gridlinked étant programmé en décembre (2018, hein 😀 ). On remarquera néanmoins que, un peu moins axé sur l’action ou le sense of wonder, il propose plus de réflexion ou de profondeur que mes deux précédentes lectures relevant de Polity. Lire la suite

Thin air – Richard Morgan

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Richard Morgan 2.0 (ou quasiment)

thin_air_morganAprès quelques années sans publier de roman, Richard Morgan revient nous coller quelques bastos dans le buffet avec son nouvel opus, Thin air. L’auteur, que nombre d’entre vous a découvert cette année via la série Altered Carbon, est en revanche bien connu des aficionados de SF couillue mâtinée de roman noir, et ce depuis une quinzaine d’années. Thin air se situe dans le même univers que Black Man (rebaptisé Thirteen aux USA), mais en est indépendant et peut se lire sans problème comme un stand-alone, l’intrigue ayant un début, un milieu et une fin.

De prime abord, on se dit que Morgan n’a rien changé à sa recette, la transposant juste sur Mars alors que Black Man se déroulait sur Terre, remplaçant une variante 13 par un Hibernoïde (je vais y revenir), ajoutant aux codes du Biopunk et du roman noir une partie de l’ambiance d’un western de l’espace, et gardant le personnage central de l’ex-super-soldat qui disperse, qui ventile, enfin vous connaissez la chanson. Sauf que en matière de worldbuilding, de personnages secondaires et surtout d’intrigue, Morgan a carrément passé la vitesse supérieure. Voire même deux. Alors certes, les scènes de sexe décrites avec un grand luxe de détails alternent avec celles nous faisant vivre de sauvages combats, mais le livre de Morgan n’a, en terme de profondeur et de complexité, pas à rougir devant qui que ce soit désormais. Bref, tout en gardant ses fondamentaux, l’auteur a créé un roman enthousiasmant, propre à intéresser des gens qui n’auraient pas forcément été attirés par le cocktail, vu comme un peu bourrin ou basique, qu’il proposait jusque là. Lire la suite

The citadel of weeping pearls – Aliette de Bodard

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Encore une réussite !

weeping_pearls_de_bodardThe citadel of weeping pearls est une deuxième novella faisant partie du vaste cycle de textes courts s’inscrivant dans l’univers Xuya, dont je vous parlais il y a peu dans cette critique. Et une fois encore, une enquête est au centre du récit, menée par un trio constitué par deux humains et un Mindship (je vous invite, pour l’ensemble de la critique, à vous référer à celle mise en lien plus haut pour avoir la signification / explication de certains termes spécifiques à ce contexte). Alors que le Dai Viet est sous la menace d’une invasion, la scientifique qui aurait pu lui donner les moyens de se défendre a brusquement disparu. Un Général, ancien amant de l’impératrice, sera chargé de la retrouver. Sauf qu’en fait, la source des armes recherchées par la disparue était en fait la Citadelle où s’était retranchée la fille aînée rebelle de la souveraine, une installation spatiale qui s’est évanouie il y a trente ans. Et le retour potentiel de l’héritière du trône ne semble pas plaire à tout le monde, ce qui fait que les suspects sont nombreux !

Deuxième novella dans l’univers de Xuya pour moi, et nouveau très bon moment de lecture, à vrai dire encore plus que la première fois ! Bref, c’est un cycle auquel je reviendrai avec plaisir à l’avenir. Surveillez aussi l’excellent blog de l’ami FeydRautha, il chronique également pas mal de textes de l’auteure !  Lire la suite

The Tea master and the detective – Aliette de Bodard

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Cette novella est la preuve qu’on peut mêler thé et vaisseaux spatiaux sans faire sombrer son lecteur dans le sommeil !

tea_masterAliette de Bodard est une auteure française ayant comme particularité d’écrire… en anglais. Se décrivant elle-même comme la reine des anglicismes et ayant plus l’impression de réécrire ses propres textes que de les retranscrire dans la langue de Molière (voir l’interview accordée au camarade Xapur), elle fait traduire ses nouvelles ou romans par quelqu’un d’autre lorsqu’une sortie en français est souhaitée.

La novella dont je vais vous parler aujourd’hui fait partie d’un énorme cycle de textes courts (26 nouvelles, si mon compte est bon, plus deux autres novellas) appelé Xuya, un (New) Space Opera qui, contrairement à tous les autres ou quasiment (je vais y revenir -un peu-) ne prend pas pour modèle la civilisation occidentale moderne ou la Rome antique mais plutôt la Chine impériale et le Viêt Nam (les racines de l’auteure, par sa mère).  Vous devez vous demander si The tea master and the detective est lisible sans rien connaître de cet univers, et la réponse est oui. Et ce d’autant plus que vous vous apercevrez rapidement qu’en fait, vous connaissez déjà les bases de l’intrigue, car cette novella est tout simplement une transposition (avec certains twists, évidemment) d’une enquête de Sherlock Holmes et du Dr Watson dans un lointain futur et un cadre asiatique !  Lire la suite