Quête sans fin – A.E. van Vogt

Ambitieux mais confus

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 98 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag

Comme nombre d’ouvrages van Vogtiens présentés comme des romans, Quête sans fin est en réalité un fix-up assemblé à partir de trois textes courts publiés longtemps auparavant dans le magazine Astounding Science Fiction : la nouvelle Destination Centaure en 1944, ainsi que les nouvelles longues La quête en 1943 et La cinémathèque en 1946. Et le moins que l’on puisse dire et que plus encore que dans La guerre contre le Rull, par exemple, cet assemblage hétéroclite montre rapidement ses limites, aussi bien en terme de cohérence que de qualité. De fait, Destination Centaure est très au-dessus des deux autres textes, et bénéficie d’ailleurs d’une notoriété supérieure.

À la fin des années 70, des boites de films éducatifs, destinés à des écoles ou des conventions professionnelles, contiennent tout autre chose que ce que leur étiquette indique, à savoir des aperçus aux « effets spéciaux » extraordinaires d’autres mondes du Système solaire ou d’engins futuristes. La cinémathèque qui les fournit est incapable d’expliquer la substitution ou la provenance de ces films (ils viennent en réalité du futur et montrent des scènes authentiques). Lorsqu’un professeur de physique de lycée perd son emploi en partie à cause de ces courts-métrages, mais surtout du fait de sa propre paranoïa et malveillance, il décide de résoudre le mystère. Sitôt sa décision prise, c’est le voile noir (et la fin de la partie correspondant à La cinémathèque). Il se réveille deux semaines plus tard, désormais représentant de commerce, mais ne se souvient plus de ce qui lui est arrivé dans l’intervalle. En menant l’enquête, il va découvrir que des voyageurs se déplaçant dans le Temps et les mondes parallèles opèrent sur Terre. Il va alors pénétrer dans le Palais d’Immortalité, un endroit extraordinaire logé dans un « repli du temps », où l’on rajeunit au lieu de vieillir (ce qui rappelle la très postérieure « Maladie de Merlin » de Dan Simmons). Un repli au bout duquel l’Histoire, où plutôt toutes les Histoires, finissent (comme dans le récent Terminus de Tom Sweterlitsch). Lorsqu’il est renvoyé dans son époque d’origine, Peter Caxton n’aura de cesse de retourner dans le Palais et d’acquérir l’immortalité, mais il va se retrouver pris dans la guerre temporelle que se livrent deux Détenteurs (humains capables de se déplacer librement dans le Temps).

On connaissait le Space Opera d’un côté, le Time Opera de l’autre : dans ce roman, van Vogt invente un prodigieusement ambitieux Space-Time Opera, quand tous les moyens sont bons pour Caxton pour tricher avec la mort : repli du Temps, donc, cryogénie, « soleil célibataire » dont l’approche catapulte un vaisseau dans une autre époque, et surtout un voyage infraluminique d’un demi-millénaire en catalepsie vers Alpha du Centaure, dans la partie correspondant à Destination Centaure, de loin la plus claire et la plus intéressante du fix-up (notamment via l’énorme choc culturel et psychologique qui attend les astronautes à l’arrivée). Si tout cela semble bel et bon, l’exécution (et / ou la traduction ?) est calamiteuse : la pseudo-science de van Vogt est floue, mal expliquée (ou trop tard), datée (notamment sa Vénus dotée de nombreux continents et d’océans) et bancale (« la vélocité est égale au cube de la racine cubique de GD »), et l’ensemble du roman vacille sous le poids d’un empilement de concepts de voyage dans le temps et les univers alternatifs très nébuleux, une intrigue particulièrement confuse pour laquelle le lecteur perd peu à peu son intérêt. Certains passages demeurent cependant fascinants, tout particulièrement la partie correspondant à Destination Centaure. Rien que pour l’ambition, l’imagination, le sense of wonder dont fait preuve l’auteur, Quête sans fin demeure donc une lecture stimulante, à défaut d’être pleinement enthousiasmante.

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2 réflexions sur “Quête sans fin – A.E. van Vogt

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