Le Désert du monde – Jean-Pierre Andrevon

Percutant… au bout d’un moment

Cette critique est réalisée suite à un service de presse offert par le Bélial’. Merci à Olivier Girard, Laêtitia Rondeau et tout particulièrement à Erwann Perchoc (mon Bélialien préféré, avec le Durastanti).

Avant de parler du roman, Le Désert du monde de Jean-Pierre Andrevon, qui est le sujet principal de cet article, il me faut avant tout évoquer la nouvelle collection, Archive du futur, dans laquelle il s’inscrit, et dont il constitue le deuxième livre publié, juste après L’Espace de la révélation d’Alastair Reynolds. Son éditeur, le Bélial’, la définit comme un sanctuaire pour classiques / chefs-d’œuvre en péril, un havre doublé d’une bibliothèque idéale. En clair, ce que fait la fameuse collection anglo-saxonne S.F. Masterworks (et ses branches annexes Fantasy Masterworks et Gateway Essentials), sous un nom ou un autre, depuis 1986 et plusieurs centaines de titres, mais à la française et 40 ans plus tard. Alors oui, le Bélial’ n’est pas la seule maison d’édition hexagonale à avoir une démarche patrimoniale, puisque Mnémos ou Calidor, principalement, en ont une connexe, mais dans le premier cas, on parle le plus souvent d’intégrales de cycles en un volume unique accompagnées d’un copieux paratexte, tandis que dans le second, on se concentre plutôt sur de la très vieille Fantasy lourdement méconnue et oubliée de tous à l’exception d’une poignée de spécialistes, même si Calidor propose aussi une collection devant donner un nouvel écrin luxueux à certains classiques s’inscrivant dans divers genres. Néanmoins, ayant publié pendant des années des articles enjoignant l’édition française à mettre fin à des gabegies éditoriales rendant indisponibles, à moins de les payer d’occasion à prix d’or (des dizaines d’euros, parfois des centaines, voire des milliers !), des romans, voire des cycles entiers, qui me paraissaient fondamentaux dans la construction d’une échelle de qualité / d’affinage des goûts personnels (qui est un des axes principaux du Culte d’Apophis depuis sa création), je ne peux que saluer chaleureusement l’initiative d’Olivier Girard, qui co-dirige la collection avec sa collaboratrice, l’éditrice Laëtitia Rondeau.

Archive du futur (un nom très bien choisi, je trouve) proposera donc 4 à 5 titres par an, « en particulier de SF » (on espère qu’il y aura également de la Fantasy, voire d’autres genres comme le Fantastique). On sait déjà qu’un deuxième roman du cycle des Inhibiteurs de Reynolds sera de la partie, ainsi qu’Olaf Stapledon, mais au-delà de ça, mystère, pour le moment. La collection, tout comme Une Heure-lumière, chez le même éditeur, a été conçue avec une identité graphique bien à elle (qui ne s’arrête pas à la couverture, mais aussi au dos du livre ou à des éléments typographiques ou illustratifs intérieurs), notamment en faisant appel, là aussi, à un illustrateur unique pour toutes les couvertures, ici Zariel et non pas Aurélien Police. Personnellement, je n’ai rien contre Zariel et n’ai rien à redire sur son travail, mais son style très figuratif, dans le cadre d’Archive du futur du moins, ne correspond pas à mes goûts personnels, qui me portent nettement plus vers quelqu’un comme Manchu, par exemple. Les goûts et les couleurs, hein… Tout compte fait, l’objet laisse une impression de qualité de conception et de fabrication qui, conjuguée à la qualité des textes proposés pour l’instant ou annoncés, et surtout à un prix très contenu (19.90 euros pour le Reynolds malgré quasiment 700 pages, 15.90 pour l’Andrevon qui n’en fait « que » 300 – ce qui est plus typique de son époque de parution initiale -), en font, à mon avis, pour l’instant une réussite. On verra si le public accroche ou pas aux choix de textes qui ont été faits (j’en redirai un mot en fin d’article), mais pour le moment, Archive du futur me semble relativement bien partie.

Mais revenons au roman : initialement publié en 1977, Le Désert du monde est considéré par l’auteur lui-même (il le dit explicitement dans l’interview, par Olivier Girard, qui termine l’ouvrage) comme un de ses textes importants (au passage, et pour l’anecdote, Andrevon a une vision très… singulière, dirons-nous, d’Albin Michel Imaginaire, qu’il voit comme une sorte de Bélial’ Hard SF / SF Posthumaniste hardcore, alors que si on prend en compte la dernière demi-douzaine de sorties, on est nettement plus près d’un Harlequin romantasy que d’autre chose. Mais je digresse et médis, c’est très mal). Il est donc étonnant qu’il ait été indisponible (sauf d’occasion et à prix d’or) depuis… 1984, une anomalie désormais réparée. Andrevon, probablement extrêmement mal connu (façon polie de dire : complètement inconnu) d’une nouvelle génération de lecteurs qui a déjà du mal à situer Dan Simmons, Iain Banks et Alastair Reynolds dans le grand tableau de la SF mondiale, est pourtant un véritable monstre sacré des littératures de genre (Science-fiction, donc, mais pas seulement, puisqu’on lui doit un nombre conséquent de polars, parfois mâtinés d’imaginaire), par l’importance (dans tous les sens du terme) de sa production comme par sa longévité (il a 88 ans au moment où je tape ces lignes). Il est aussi connu pour être un des auteurs de sa génération (littéraire) les plus engagés à gauche, particulièrement sur le volet écologiste et antinucléaire, et par des thématiques récurrentes dans son œuvre, les totalitarismes, l’écologie, donc, et la chute des civilisations ou de la race humaine dans son ensemble, ce que résume très bien la présentation faite par l’éditeur en début de roman (une initiative à saluer : resituer un auteur et un texte dans son époque est, pour moi, cardinal dans toute démarche éditoriale ou critique sérieuse). Continuer à lire « Le Désert du monde – Jean-Pierre Andrevon »

La Vie secrète des robots – Suzanne Palmer

Quelques nouvelles dispensables, mais, globalement, un recueil franchement recommandable

J’ai reçu ce roman dans le cadre d’un Service de presse fourni par les deux coéditeurs. Merci au Bélial’ et aux Quarante-Deux pour cet envoi.

Suzanne Palmer est une autrice de SF basée dans le Massachusetts, détentrice de deux prix Hugo de la meilleure nouvelle longue (novelette dans la nomenclature des prix littéraires américains), en 2018 et 2022, pour deux textes justement à l’affiche du recueil dont je m’apprête à vous parler, celui qui lui donne (presque) son nom (robots remplaçant bots) et l’ouvre ainsi que celui qui le ferme, Les Bots de l’arche perdue. Toutes les nouvelles de l’ouvrage sont inédites en français, à l’exception de Joe 33%, qui était auparavant au sommaire du numéro 117 du magazine Bifrost, également publié par le Bélial’. Bien que Palmer écrive des nouvelles depuis 2005, publiées dans les plus prestigieux périodiques de SFF anglo-saxons (Interzone, Asimov’s Science-Fiction, Clarkesworld Magazine, etc.) et des romans depuis 2019, elle était, sans lui faire injure, presque totalement inconnue sous nos latitudes, à part par la poignée d’experts qui, justement, lisent lesdits magazines en anglais. Nul doute que son inclusion dans la prestigieuse collection Quarante-Deux, dirigée par Ellen Herzfeld et Dominique Martel, qui nous a donné de nombreux chefs-d’œuvre comme Au-delà du gouffre de Peter Watts ou La Fabrique des lendemains de Rich Larson, va changer cette situation du tout au tout !

On notera une couverture à rabats très réussie (et une qualité d’impression remarquable) signée par un certain Dofresh (jamais entendu parler, mais je vais clairement m’intéresser à son œuvre), et une traduction qui l’est tout autant (mais avec lui, on a l’habitude), signée Pierre-Paul Durastanti.

Comme toujours avec les recueils de nouvelles, je vais brièvement résumer chacune d’entre elles avant de donner mon sentiment et mon analyse à son sujet, et terminerai mon article en donnant une impression plus générale portant sur l’ensemble de l’ouvrage. Les textes sont au nombre de treize, ont été publiés en VO entre 2011 et 2022, et font 20-30 pages en moyenne, quelques-uns atteignant ou frôlant les 45. Continuer à lire « La Vie secrète des robots – Suzanne Palmer »

Unity – Elly Bangs – VF

Dichotomique et magnifique

Le 28 septembre 2022 paraîtra chez Albin Michel Imaginaire Unity, premier roman d’Elly Bangs, jusqu’ici connue pour des nouvelles de qualité, dont Dandelion, qui paraîtra dans Bifrost. Le dernier point sur l’état de la collection fait par Gilles Dumay nous apprend qu’à lui seul, le dernier Émilie Querbalec, Les Chants de Nüying, a concentré plus de demandes de SP que les deux prochaines parutions d’AMI, à savoir Les Flibustiers de la mer chimique de Marguerite Imbert et, donc, Unity d’Elly Bangs. Je ne me prononcerais pas (encore) sur le Querbalec (reçu mais pas lu en raison d’un problème de santé mi-août qui m’a laissé KO et dont je ne me suis pas encore entièrement dépêtré) ni sur le Imbert (que je n’ai aucune intention de lire), mais ayant lu Unity en VO, je peux dire avec une absolue certitude que négliger ce roman serait une erreur encore plus grande que passer à côté de Summerland. Et si j’en juge par ce que j’ai vu passer, ceux qui m’ont fait confiance concernant ce dernier n’ont pas eu de raison de le regretter.

Eh bien c’est pareil ici, à un détail près. Unity, est, en effet, un roman très dichotomique, sa première partie ne reflétant absolument pas la qualité de la deuxième, facilement deux ou trois ordres de grandeur au-dessus. Il va donc falloir être patient et ne pas abandonner avant d’avoir atteint ce point de bascule, qui se situe, de mémoire, quasi-exactement à 50% du bouquin. De toute façon, parvenu à ce point, vous serez tellement happé que vous ne pourrez plus lâcher Unity, littéralement. Pour ma part, ayant déjà lu Bangs, je savais, ou plutôt je croyais savoir, quelle puissance émotionnelle elle était capable de dégager, et c’est en confiance que j’ai continué à tourner les pages. Confiance bien placée, donc. Précisons toutefois que même la première partie est intéressante au moins sur le plan d’un worldbuilding plus singulier qu’il n’y paraît de prime abord : post-apocalyptique, certes, mais post- plusieurs apocalypses, avec des humains vivant surtout dans des villes sous-marines et une technologie qui est très au-delà d’un Mad Max ou équivalent.

Je n’insisterais jamais assez : Unity est un roman qui, pris dans sa globalité, est de tout premier ordre, et c’est clairement une des sorties SF de l’année. Si vous voulez en savoir plus à son sujet, sans spoiler (à vrai dire, la quatrième de couverture d’AMI en dévoile plus que ma critique, à mon sens), ma chronique de la VO est à votre disposition. Je vous encourage donc à demander un SP ou à faire l’acquisition de ce livre, faute de passer un peu bêtement à côté d’une des parutions majeures de cette rentrée littéraire 2022.

Envie de soutenir le blog ?

Ce livre vous intéresse, vous êtes client d’Amazon et souhaitez soutenir le blog ? Passez par un des liens affiliés suivants pour votre achat, cela ne vous coûte strictement rien de plus !

VF : acheter en version papierKindle

Si vous lisez sur Kindle, vous pouvez également soutenir le blog en vous inscrivant pour un essai gratuit de l’abonnement Kindle, via ce lien, et si vous audiolisez, vous pouvez aider le Culte en essayant gratuitement Audible via ce lien.

***

Retour à la page d’accueil

Demain et le jour d’après – Tom Sweterlitsch

Sombre mais d’une grande beauté

Une version modifiée de cette critique est sortie dans le numéro 103 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Après le succès de Terminus, Tom Sweterlitsch revient chez AMI avec la traduction d’un roman antérieur, Demain et le jour d’après. En 2048, un attentat nucléaire rase Pittsburgh, tuant l’écrasante majorité de ses habitants, dont la femme, enceinte et quasiment à terme, de Dominic, absent de la ville ce jour fatidique. Dix ans plus tard, on a créé une reconstitution en Réalité Simulée de la cité, l’Archive, grâce aux données des caméras de surveillance, des webcams, des réseaux sociaux et à un peu d’interpolation à partir des souvenirs de ceux qui la visitent, grâce à l’implant cérébral que tous portent, et qui permet par ailleurs de les faire vivre dans une omniprésente et invasive Réalité Augmentée dans le monde réel. À la base conçue comme un espace de recueillement, l’Archive sert aussi aux enquêteurs mandatés par les compagnies d’assurance, comme Dominic, à rechercher la cause exacte de la mort de telle personne ou de la destruction de tel édifice, dans le but d’éviter de payer les juteuses primes. Mais il va découvrir par hasard un cadavre dans l’Archive, une femme tuée avant l’attentat et dont le sort n’intéresse personne. Sa consommation de drogue (renforçant son immersion) va lui faire perdre son emploi, et lors de sa thérapie légalement imposée, son psychiatre va lui proposer de travailler pour un riche mandataire, qui cherche sa fille, qui semble avoir été effacée de l’Archive. Les deux affaires vont se révéler liées de bien ténébreuse façon !

À la lecture de ce roman post-apocalyptique particulièrement sombre, on pense avant tout à Peter Hamilton pour l’enquête dans une ville simulée (La Grande route du Nord), à Dan Simmons pour le procédé technologique permettant de revivre les souvenirs heureux (Flashback), à Vernor Vinge (Rainbows End) pour la Réalité Augmentée omniprésente (et ses pop-ups publicitaires continuels) et à un mélange de Jean Baret (l’humour en moins) et de Robert Jackson Bennett (Vigilance) pour la société décrite, où le porno et le sordide sont mis en scène en permanence et sans vergogne, comme lorsque les condamnations à mort présidentielles sont filmées ou que la dernière victime d’un crime du jour voit ses vidéos intimes balancées à une populace avide (de sexe, d’obscène, de scandale) et amorale. À cette critique, sans concessions, des dérives à peine exagérées et projetées de la société américaine du futur proche, à l’enquête (très addictive) de Dominic pour résoudre le meurtre et la disparition, s’ajoute le récit de sa catharsis (et de sa quête de justice pour les victimes) et de celui de l’impossible tentative de rédemption de l’autre protagoniste, Albion. Et c’est sur ce niveau de lecture que se situe le vrai intérêt du roman, très référencé culturellement, sombre mais d’une grande beauté, qui prouve une fois de plus que Sweterlitsch est un grand auteur de SF.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de Célinedanaë, celle de Gromovar, de Yossarian, de Just a word, d’Alias, du Nocher des livres, du Maki, de FeyGirl,

Envie de soutenir le blog ? 

Ce livre vous intéresse, vous êtes client d’Amazon et souhaitez soutenir le blog ? Passez par un des liens affiliés suivants pour votre achat, cela ne vous coûte strictement rien de plus !

Acheter en version brochéeKindle

Si vous lisez sur Kindle, vous pouvez également soutenir le blog en vous inscrivant pour un essai gratuit de l’abonnement Kindle, via ce lien, et si vous audiolisez, vous pouvez aider le Culte en essayant gratuitement Audible via ce lien.

***

Retour à la page d’accueil

L’espace entre les guerres – Laurent Genefort

Non pas un mais deux romans de Planet Opera Hard SF très recommandables !

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 100 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

L’espace entre les guerres est un recueil réunissant deux romans respectivement parus en 1998 et 2000, Dans la gueule du dragon et Une porte sur l’éther. S’inscrivant dans l’univers des Portes de Vangk commun à d’autres textes de l’auteur, ils mettent en scène son seul héros récurrent, Jarid Moray, qui refera une apparition dans Lum’en. Il correspond au trope du médiateur, mi-diplomate, mi-enquêteur, envoyé par le gouvernement (ici diverses corporations interstellaires) quand la situation locale devient explosive (on retrouve le même type de protagoniste chez Serge Lehman -notamment dans La perle– ou Adam Troy-Castro -dans Émissaires des morts-, par exemple). Il est la dernière étape avant une intervention militaire : la conciliation coûte moins cher que la guerre !

Dans la gueule du dragon se passe sur une protoplanète qui n’est qu’un océan de lave radioactive où seul un îlot rocheux, le Berg, forme une graine de continent, que la technologie humaine empêche d’être dissous. Jarid y est expédié par la Semeru, la multimondiale titulaire de la concession (qui ne sert que de vitrine technologique pour les actionnaires et les concurrents, son utilité économique étant nulle), afin d’enquêter sur le meurtre des deux précédents gouverneurs, alors que le nouveau entame une violente répression, cherche à imposer des lois d’exception et à exacerber les tensions, tandis que les factions politiques locales (des utopistes aux non-violents en passant par les radicaux meurtriers) se déchirent. Une porte sur l’éther met en scène un cadre encore plus extraordinaire, deux planètes partageant la même orbite, reliées par un Big Dumb Object, l’Axis, d’origine extraterrestre et formé de diamant, ayant pour but de permettre le complexe cycle de vie d’une céréale au potentiel nutritif hors-norme et au goût inimitable. L’une des planètes, aux mains d’une junte militaire nationaliste et intolérante, responsable d’un génocide ayant contraint certains groupes à l’exode dans l’Axis, fait entendre des bruits de bottes pour effacer ses crimes passés en conquérant ce dernier et renégocier à la dure le partage des profits, encaissés en premier lieu par le monde jumeau. Les habitants de la structure, divisés entre des groupes aussi divers que des primitivistes, des posthumains et des fanatiques religieux, vont se retrouver pris au piège. La mission de Moray, pour le compte d’une autre multiplanétaire, la DemeTer, sera de désamorcer la crise. Continuer à lire « L’espace entre les guerres – Laurent Genefort »

Activation Degradation – Marina J. Lostetter

Renversements de perspective

Activation Degradation est un standalone (bien qu’à la lecture de la fin, on se fasse la réflexion qu’une suite soit non seulement possible, mais qu’elle serait, de plus, probablement très intéressante) signé Marina J. Lostetter, qui avait déjà publié, en Science-Fiction et dans la forme longue, la trilogie Noumenon. Présenté par son éditeur comme un roman dans la lignée de l’AssaSynth de Martha Wells (dont j’ai lu le premier volet, qui m’a laissé un profond sentiment d’incompréhension à propos de son triomphe critique, commercial et en terme d’attribution de prix… Il faut croire que la culture SF s’est perdue en route !), Activation Degradation est en fait bien plus que cela : il est mieux construit, mieux écrit, plus profond, bref, de mon point de vue, bien meilleur.

En fait, à peu de chose près, il n’a qu’un seul défaut : il est extrêmement difficile de le chroniquer sans divulgâcher énormément de surprises. Je vais donc, malheureusement, rester très évasif, y compris au niveau des autres références auxquelles on peut le rattacher. Car il me paraît, notamment, très inspiré par un film de SF assez récent (avec un très gros twist), mais en mentionner jusqu’au simple titre serait déjà spoiler. Je vais donc faire ce que je peux, hein, en espérant que la très grosse part de mystère dans ma critique vous donne d’autant plus envie de lire ce livre, et à un éditeur de le traduire  😉 Continuer à lire « Activation Degradation – Marina J. Lostetter »

Unity – Elly Bangs

Un concurrent sérieux au titre de roman SF de l’année !

Elly Bangs est une autrice américaine basée à Seattle dont j’avais déjà lu la nouvelle Dandelion, qui nous offrait un incroyable voyage émotionnel, beaucoup d’humanité et une fin grandiose. Inutile de dire, donc que quand j’ai appris qu’elle sortait son premier roman, Unity, mi-avril, je me suis empressé de l’inscrire dans mon programme de lecture, même si divers facteurs ont fait que je n’ai pas pu le lire aussi près de sa parution que possible. Après l’avoir achevé, je suis absolument sidéré que ce livre n’ait pas eu plus d’écho que cela, car c’est, et de très loin, une de mes meilleures lectures SF récentes. J’imagine que, comme nous le verrons, il a peut-être pâti d’une première moitié qui ne reflète absolument pas la qualité (hallucinante) de la seconde, d’un manque de visibilité ou de notoriété de son autrice. Quoi qu’il en soit, j’espère que ma critique incitera les anglophones, parmi vous, à lire ce bouquin, et surtout l’édition française à s’y intéresser, tant il mériterait vraiment d’être traduit ! Car à nouveau, Bangs mêle Sense of wonder, émotion, humanité et une (pré-) fin très réussie en un mélange magistral (si on prend en compte la totalité du livre), qui plus est très en prise avec les préoccupations progressistes actuelles sans être non plus (trop) agressivement militant.

Inutile de dire qu’après deux textes (un court, puis un long) aussi réussis, je vais me jeter, à l’avenir, sur tout ce que publiera l’autrice, et ce d’autant plus qu’elle me sort, ainsi, d’une série de lectures VO qui ont rarement été enthousiasmantes. Continuer à lire « Unity – Elly Bangs »

Les ténèbres hurlantes – Christopher Ruocchio

Une des sorties récentes les plus marquantes en matière de Space Opera d’envergure

Le 2 juin dernier est sorti le roman Les ténèbres hurlantes de Christopher Ruocchio, second tome du cycle Le dévoreur de soleil, après L’empire du silence. Et la suite arrive très vite, puisque la VF du tome 3, Le démon blanc, sera publiée le premier septembre, tandis que la VO du tome 4, Kingdoms of death, paraîtra en mars 2022. Je signale aussi que l’auteur a écrit une (grosse) novella consacrée à Crispin Marlowe, The lesser devil, qui s’insère entre les deux premiers tomes du cycle.

Si L’empire du silence était, globalement, un bon roman mais qui n’était pas dépourvu de bien des défauts, sa suite est deux, voire trois divisions au-dessus, sans pour autant se débarrasser de certaines des dites maladresses, mais en les compensant très largement par d’énormes qualités (notamment une grande dramaturgie, une phénoménale intensité et une dimension grandiose). J’ai, pour ma part, lu Les ténèbres hurlantes en anglais il y a deux ans, et voici la conclusion de ma critique (que vous pouvez lire en intégralité sur cette page) : ce roman conserve certes quelques-uns des défauts de son prédécesseur (longueur et trop grand degré de copier-coller par rapport à Frank Herbert et Dan Simmons), mais propose surtout des scènes d’une prodigieuse intensité dramatique, un fond très solide, une fascinante allégorie de La divine comédie de Dante, d’excellents personnages et un fort sense of wonder. Ce qui, à mon sens, fait de lui une des sorties récentes les plus marquantes en matière de Space Opera d’envergure. Je ne saurais donc trop vous conseiller de le lire si vous avez apprécié le tome 1, et de lui donner tout de même sa chance même si L’empire du silence vous a laissé une impression mitigée.

***

Retour à la page d’accueil

La troisième griffe de Dieu – Adam-Troy Castro

Classique, prévisible, mais particulièrement bien réalisé et très prenant

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse fourni par Albin Michel Imaginaire : merci à l’éditeur et à Gilles Dumay !

Le 2 juin 2021, paraîtra La troisième griffe de Dieu, second tome du cycle Andrea Cort, après le très bon Émissaires des morts (clic et clic). Comme ce dernier, il s’agit en fait d’un recueil qui comprend, outre le roman éponyme, une novelette, Un coup de poignard, qui se place entre les romans 2 et 3. Ce qui est amusant, c’est que si, sur certains points, ma critique de ce second tome pourrait être identique à celle de son prédécesseur (en terme de prévisibilité, principalement, mais aussi de qualité globale), j’ai, cette fois, eu une impression complètement inverse sur un plan précis : autant, dans le recueil Émissaires des morts, j’avais trouvé qu’Adam-Troy Castro était plus pertinent dans la forme courte que dans la longue, autant là j’ai eu un sentiment totalement opposé, ayant trouvé le roman La troisième griffe de Dieu proprement dit à la fois très maîtrisé et très réussi, mais m’interrogeant, par contre, sur l’utilité de la nouvelle Un coup de poignard, que j’ai trouvée assez anecdotique (elle sert apparemment à introduire un personnage récurrent dans une demi-douzaine d’autres textes courts de l’auteur).

Précision importante : Castro fait un rappel, (très habilement) intégré au texte, des événements relatés dans le roman et les nouvelles précédentes, ce qui fait que théoriquement, vous pourriez presque lire ce tome 2 de façon isolée. Mais (parce qu’il y en a un, et un gros) vous y perdriez une partie de ce qui fait l’intérêt du nouveau bouquin, à savoir mesurer l’évolution psychologique et sociale considérable de Cort. Je vous conseille donc vraiment de lire l’intégralité du cycle, et dans l’ordre. Continuer à lire « La troisième griffe de Dieu – Adam-Troy Castro »

La guerre contre le Rull – A.E. van Vogt

Combattre le feu par le feu, c’est prendre le risque de s’y brûler

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 98 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag

la_guerre_contre_le_rull_van_VogtS’il n’a pas l’aura des plus grands livres ou cycles de van Vogt, La guerre contre le Rull est tout de même considéré comme une de ses œuvres importantes. Comme l’écrasante majorité des publications de l’auteur dans les années cinquante, ce n’est pas un roman à proprement parler mais un fix-up (terme et concept inventés par l’auteur), l’assemblage de six nouvelles initialement indépendantes publiées entre 1940 et 1950, avec l’ajout de matériel pour faire le lien entre elles (les chapitres 5 et 20) et donner à l’ensemble un minimum de cohérence. Même si les coutures se voient parfois franchement, le résultat est cependant bien plus honorable que dans d’autres ouvrages de l’auteur, comme Quête sans fin, par exemple. Le principal défaut de cet assemblage est ici sa répétitivité : plusieurs des nouvelles mettent en scène soit le héros, soit un de ses antagonistes, soit le héros et l’un d’eux, qui se retrouvent échoués sur une planète hostile et n’ont souvent pas d’autre choix, pour survivre, que de coopérer avec leur pire ennemi. Continuer à lire « La guerre contre le Rull – A.E. van Vogt »