Empire of silence – Christopher Ruocchio

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Le nom du vent + Dune + Gladiator = Empire of silence ! 

empire_of_silence_1Christopher Ruocchio, dont Empire of silence est le premier roman (et le tome inaugural d’une tétralogie appelée Sun Eater), n’est pourtant pas tout à fait un néophyte dans le monde de l’édition : il exerce en effet l’activité d’assistant editor chez Baen Books. Ce livre nous arrive précédé d’une énorme réputation, créée par les lecteurs anglo-saxons ayant bénéficié de SP, servi de Beta-lecteurs ou ayant lu l’ouvrage en avance pour le compte de telle ou telle maison d’édition : l’évocation d’un mélange du Nom du vent et de Dune revient en effet avec une grande régularité. Ce qui ne peut qu’éveiller la curiosité, à la fois vu la notoriété immense des œuvres concernées et leur côté antinomique : le cycle de Frank Herbert fonctionne par prolepses (des prophéties nous montrent sans arrêt ce qui va / peut arriver), tandis que la saga de Patrick Rothfuss est une analepse géante (un personnage célèbre fait son autobiographie et raconte comment il est devenu ce qu’il est aujourd’hui). Et, de fait, le buzz autour de Empire of silence est immense : le paratexte (qui fait plusieurs dizaines de pages, et comprend un -indispensable- Dramatis Personæ, un glossaire un catalogue des différentes planètes évoquées, etc) nous apprend qu’il a d’ores et déjà été traduit en français (pas seulement acheté, traduit) et en allemand, alors qu’il sort à peine dans l’édition anglo-saxonne !

Alors, le bouquin est-il à la hauteur de sa réputation naissante ? Pas totalement, en fait. Outre un monstrueux manque d’originalité, il y a un gros problème de longueur et un travail éditorial qui n’a pas été correctement fait (ce qui est étonnant vu le background professionnel de l’auteur…), tant il aurait pu être allégé de centaines de pages sans retentissement majeur sur l’impact de l’histoire, bien au contraire. Pourtant, d’un autre côté, ce livre est très loin d’être mauvais (juste perfectible), et je lirai avec grand plaisir sa suite : je me refuse juste à parler de chef-d’oeuvre, pour ma part. Pas pour le moment, en tout cas. On verra pour les tomes 2+.  Lire la suite

The freeze-frame revolution – Peter Watts

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Watts fait son Zendegi ou son Cérès et Vesta

freeze_frame_wattsThe freeze-frame revolution est un roman court signé Peter Watts, centré autour de Sunday Ahzmundin, un personnage qui apparaissait déjà dans les trois textes consacrés à l’Eriophora dans Au-delà du gouffre. Signalons que la lecture de ces derniers n’est pas indispensable pour comprendre cette novella (l’auteur présente de façon efficace cet univers) mais constitue évidemment un plus (notamment quand Sunday évoque son épiphanie à la surface du soleil, ce qui fait directement référence à la nouvelle Éclat).

Petit résumé, malgré tout, destiné à ceux qui n’ont pas eu l’occasion de lire ces textes : l’Eriophora (nommé d’après un type d’araignée) est un vaisseau-astéroïde de plusieurs dizaines de kilomètres de long qui parcourt la galaxie à une vitesse inférieure à celle de la lumière pour construire, grâce à des robots autoréplicateurs appelés vons (en référence à John von Neumann, évidemment), une toile de portes spatiales permettant un transfert instantané de l’une à l’autre, le tout au bénéfice des successeurs posthumains de l’Humanité. Il possède un équipage de 30 000 humains (génétiquement modifiés et entraînés pour être entièrement dévoués au succès de la mission) en stase cryogénique, partis de la Terre au XXIIe siècle, et dont une poignée ne sont réveillés que si l’IA (faible, au sens informatique de ce terme) de bord, le Chimp(anzé), a un problème qu’elle ne sait pas résoudre dans le système où doit se dérouler le prochain chantier (ce qui ne se produit que dans 6% des cas à peine). En moyenne, une personne ne se réveille que quelques jours tous les… deux millénaires, avant de replonger en hibernation. Au moment où le récit commence, l’Eri (comme il est surnommé) en est à son 32e circuit complet autour de la Voie Lactée, ce qui représente 100 000 portes construites et un voyage de… 66 millions d’années !  Lire la suite

Sublimation angels – Jason Sanford

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Bof…

sublimation_angelsJason Sanford est un auteur américain assez prolifique en matière de nouvelles de SF, qu’il publie via différents magazines, dont Interzone. Sublimation angels est en revanche une novella (roman court), et la postface nous apprend qu’il ne s’agit que de la première devant décrire ce qui se place sur la planète Eur. La précision est d’importance, puisque comme l’auteur l’explique, le fait qu’il ne s’agisse pas tout à fait d’une histoire isolée peut expliquer le sentiment de trous dans l’intrigue ou le worldbuilding que certains peuvent ressentir (*lève la main*). Au passage, Goodreads n’indique pas d’autre novella appartenant au même cycle, donc il est possible que le projet de l’auteur ne se soit finalement pas concrétisé. Le texte semble pourtant avoir été apprécié, puisqu’il a été finaliste pour le Nebula 2009 dans sa catégorie.

On m’a parlé de lui comme « du Egan, mais en mieux » (l’auteur, lui, dit s’être inspiré de A pail of air de Fritz Leiber, qui traite également de survie sur un monde glacé). Et vu que je suis en train de lire tout ce qui me paraît intéressant en matière de textes courts primés ou finalistes au Hugo / Nebula / Locus / etc ces dernières décennies, et que je m’étais mis en tête qu’il s’agissait de Hard SF, je l’ai mis en haut de ma PAL. Sauf que… ce n’est pas, pour moi, de la Hard SF, et que ça n’arrive pas à la cheville de Egan. Bref, je ressors de cette lecture profondément dubitatif, parce que sans être totalement mauvais, ce roman court présente trop de défauts pour me convaincre, et que j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi il a une telle réputation.  Lire la suite

Hardfought – Greg Bear

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La guerre éternelle… en mieux ! 

hardfought_bearEtant donné que j’ai de la demande pour des critiques de Greg Bear, j’ai décidé de vous proposer quelque chose qui sortait des sentiers battus concernant cet auteur (un peu laissé sur le bord de la route par l’édition française ces dernières années, malgré une production assez prolifique -mais à forte orientation militaire, ceci expliquant sans doute cela-) en vous parlant de Hardfought, une de ses novellas, qui a obtenu le prix Nebula dans cette catégorie de textes en 1984. Il s’agit d’un texte à la fois très ambitieux, très exigeant et prodigieusement intéressant, montrant le combat interminable et absurde dans lequel sont englués les humains et une race extrêmement ancienne. Car aussi ahurissant que cela puisse paraître, les deux civilisations sont en guerre depuis trente ou quarante mille ans, mais n’ont jamais tenté de communiquer entre elles. Un postulat qui rappelle évidemment La guerre éternelle de Joe Haldeman, sauf qu’ici nous sommes sur quelque chose d’encore plus pointu, dystopique et intelligent. Et clairement, ce texte est tellement hardcore qu’il ne se destinera certainement pas à tous les publics. Sans compter une densité, pour une novella, proprement exceptionnelle : j’ai pris autant de notes pour préparer cette critique que je le fais d’habitude pour un roman trois ou quatre fois plus grand !  Lire la suite

Les chroniques de Méduse – Stephen Baxter / Alastair Reynolds

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Gestion des problèmes de voisinage via l’ingénierie planétaire et stellaire, mode d’emploi

chroniques_meduseDepuis une vingtaine d’années, Stephen Baxter, un des maîtres de la Hard SF (genre de prédilection de ce blog), s’est lancé le défi de donner une suite à quelques textes majeurs de la Science-Fiction, dont La machine à explorer le temps et La guerre des mondes de H.G. Wells. Il était donc logique qu’Alastair Reynolds, autre pape de ce sous-genre qui a eu envie de rayer le mot « fin » en conclusion de la nouvelle Face-à-face avec Méduse d’Arthur C. Clarke, fasse appel à Baxter pour écrire ce qui se passait ensuite à quatre mains (et ce d’autant plus que Baxter avait co-écrit plusieurs livres avec le Maître -non, pas Federer-).

Les chroniques de Méduse sont donc le fruit de cette excitante collaboration. Si la lecture préalable de la nouvelle de Clarke n’est pas strictement indispensable, elle est en revanche utile pour mieux saisir certaines allusions. Attention toutefois : ne lisez ni la quatrième de couverture, ni ma critique si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire la nouvelle ET que vous avez l’intention de le faire. Si vous n’avez pas l’intention de lire le texte de Clarke, en revanche, la quatrième et ma recension peuvent être lues sans danger de vous spoiler.  Lire la suite

L’univers captif – Harry Harrison

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Un texte de Soft-SF magistral

captive_universeSi le nom d’Harry Harrison n’a pas, pour le « grand public » de la SF, la résonance de ces patronymes prestigieux que sont Clarke ou Asimov, cet auteur américain (1925 – 2012) a pourtant produit une quantité impressionnante de livres marquants : Soleil vert (adapté au cinéma avec Charlton Heston dans le rôle principal), une référence de la Dystopie (si vous ne connaissez pas certains noms de sous-genres, voyez mes articles), le cycle de Deathworld (saga majeure du Planet Opera), ceux de Bill le héros galactique et surtout du Rat en acier inox (deux séries de SF humoristique -satirique- emblématiques). Et malgré tout cela, il n’a jamais reçu le moindre prix de SF d’envergure (rejoignant, en cela, d’autres écrivains majeurs, comme Iain M. Banks par exemple).

Notez que même si l’illustration de couverture ci-dessus correspond à une édition en langue anglaise (celle dans laquelle j’ai lu ce roman court), ce texte existe en français (vous pouvez le trouver d’occasion), mais seulement en version physique. De fait, j’ai eu beaucoup de mal à choisir, parmi les différentes éditions, quelle image j’allais utiliser pour illustrer cet article : la VF a une couverture particulièrement inesthétique, et si celle d’une des VO est superbe, elle a aussi le très gros inconvénient de dévoiler le point central de cette novella, son grand secret, d’un seul coup d’œil. Car tel va être mon très, très gros problème avec cette critique : il est pratiquement impossible d’analyser correctement ce livre… sans spoiler. Je me suis même posé la question de savoir si j’allais proposer ladite critique ou pas, ce qui est une première sur ce blog. Mais bon, d’après les stats, c’est le 300e article du Culte, alors… Et puis cette novella est tout simplement magistrale, donc il me fallait absolument en dire un mot, même nébuleux. Lire la suite

Une nuit sans étoiles – Peter Hamilton

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Retour aux fondamentaux

hamilton_fallers_2Une nuit sans étoiles est la deuxième partie du diptyque Les naufragés du Commonwealth, après L’abîme au-delà des rêves. Après l’énorme rebondissement de la fin de ce dernier, il nous aura donc fallu patienter un an et demi pour connaître la suite de cette histoire, qui met (provisoirement, sans doute, puisque Peter Hamilton n’exclut pas d’y revenir dans le futur -contrairement à certaines rumeurs-) un terme à l’exploration de l’univers du Commonwealth par l’auteur. Il a en effet annoncé que sa prochaine trilogie (Salvation) se situerait dans un contexte inédit.

Ce second roman se déroule (pour l’essentiel) 265 ans après la fin du tome 1. Il mélange nouveaux personnages et anciens du meta-cycle du Commonwealth (qui comprend les cycles de Pandore, du Vide et le présent diptyque). Mais surtout, le plus important est qu’après un tome 1 qui cassait en partie les codes Hamiltoniens, celui-là revient sagement aux fondamentaux.

J’attire votre attention sur le fait qu’il est impossible de chroniquer ce tome 2 sans spoiler la fin du 1. Si vous n’avez pas encore achevé ce dernier, je vous conseille vivement de passer directement à la conclusion.  Lire la suite