Percutant… au bout d’un moment
Cette critique est réalisée suite à un service de presse offert par le Bélial’. Merci à Olivier Girard, Laêtitia Rondeau et tout particulièrement à Erwann Perchoc (mon Bélialien préféré, avec le Durastanti).
Avant de parler du roman, Le Désert du monde de Jean-Pierre Andrevon, qui est le sujet principal de cet article, il me faut avant tout évoquer la nouvelle collection, Archive du futur, dans laquelle il s’inscrit, et dont il constitue le deuxième livre publié, juste après L’Espace de la révélation d’Alastair Reynolds. Son éditeur, le Bélial’, la définit comme un sanctuaire pour classiques / chefs-d’œuvre en péril, un havre doublé d’une bibliothèque idéale. En clair, ce que fait la fameuse collection anglo-saxonne S.F. Masterworks (et ses branches annexes Fantasy Masterworks et Gateway Essentials), sous un nom ou un autre, depuis 1986 et plusieurs centaines de titres, mais à la française et 40 ans plus tard. Alors oui, le Bélial’ n’est pas la seule maison d’édition hexagonale à avoir une démarche patrimoniale, puisque Mnémos ou Calidor, principalement, en ont une connexe, mais dans le premier cas, on parle le plus souvent d’intégrales de cycles en un volume unique accompagnées d’un copieux paratexte, tandis que dans le second, on se concentre plutôt sur de la très vieille Fantasy lourdement méconnue et oubliée de tous à l’exception d’une poignée de spécialistes, même si Calidor propose aussi une collection devant donner un nouvel écrin luxueux à certains classiques s’inscrivant dans divers genres. Néanmoins, ayant publié pendant des années des articles enjoignant l’édition française à mettre fin à des gabegies éditoriales rendant indisponibles, à moins de les payer d’occasion à prix d’or (des dizaines d’euros, parfois des centaines, voire des milliers !), des romans, voire des cycles entiers, qui me paraissaient fondamentaux dans la construction d’une échelle de qualité / d’affinage des goûts personnels (qui est un des axes principaux du Culte d’Apophis depuis sa création), je ne peux que saluer chaleureusement l’initiative d’Olivier Girard, qui co-dirige la collection avec sa collaboratrice, l’éditrice Laëtitia Rondeau.
Archive du futur (un nom très bien choisi, je trouve) proposera donc 4 à 5 titres par an, « en particulier de SF » (on espère qu’il y aura également de la Fantasy, voire d’autres genres comme le Fantastique). On sait déjà qu’un deuxième roman du cycle des Inhibiteurs de Reynolds sera de la partie, ainsi qu’Olaf Stapledon, mais au-delà de ça, mystère, pour le moment. La collection, tout comme Une Heure-lumière, chez le même éditeur, a été conçue avec une identité graphique bien à elle (qui ne s’arrête pas à la couverture, mais aussi au dos du livre ou à des éléments typographiques ou illustratifs intérieurs), notamment en faisant appel, là aussi, à un illustrateur unique pour toutes les couvertures, ici Zariel et non pas Aurélien Police. Personnellement, je n’ai rien contre Zariel et n’ai rien à redire sur son travail, mais son style très figuratif, dans le cadre d’Archive du futur du moins, ne correspond pas à mes goûts personnels, qui me portent nettement plus vers quelqu’un comme Manchu, par exemple. Les goûts et les couleurs, hein… Tout compte fait, l’objet laisse une impression de qualité de conception et de fabrication qui, conjuguée à la qualité des textes proposés pour l’instant ou annoncés, et surtout à un prix très contenu (19.90 euros pour le Reynolds malgré quasiment 700 pages, 15.90 pour l’Andrevon qui n’en fait « que » 300 – ce qui est plus typique de son époque de parution initiale -), en font, à mon avis, pour l’instant une réussite. On verra si le public accroche ou pas aux choix de textes qui ont été faits (j’en redirai un mot en fin d’article), mais pour le moment, Archive du futur me semble relativement bien partie.
Mais revenons au roman : initialement publié en 1977, Le Désert du monde est considéré par l’auteur lui-même (il le dit explicitement dans l’interview, par Olivier Girard, qui termine l’ouvrage) comme un de ses textes importants (au passage, et pour l’anecdote, Andrevon a une vision très… singulière, dirons-nous, d’Albin Michel Imaginaire, qu’il voit comme une sorte de Bélial’ Hard SF / SF Posthumaniste hardcore, alors que si on prend en compte la dernière demi-douzaine de sorties, on est nettement plus près d’un Harlequin romantasy que d’autre chose. Mais je digresse et médis, c’est très mal). Il est donc étonnant qu’il ait été indisponible (sauf d’occasion et à prix d’or) depuis… 1984, une anomalie désormais réparée. Andrevon, probablement extrêmement mal connu (façon polie de dire : complètement inconnu) d’une nouvelle génération de lecteurs qui a déjà du mal à situer Dan Simmons, Iain Banks et Alastair Reynolds dans le grand tableau de la SF mondiale, est pourtant un véritable monstre sacré des littératures de genre (Science-fiction, donc, mais pas seulement, puisqu’on lui doit un nombre conséquent de polars, parfois mâtinés d’imaginaire), par l’importance (dans tous les sens du terme) de sa production comme par sa longévité (il a 88 ans au moment où je tape ces lignes). Il est aussi connu pour être un des auteurs de sa génération (littéraire) les plus engagés à gauche, particulièrement sur le volet écologiste et antinucléaire, et par des thématiques récurrentes dans son œuvre, les totalitarismes, l’écologie, donc, et la chute des civilisations ou de la race humaine dans son ensemble, ce que résume très bien la présentation faite par l’éditeur en début de roman (une initiative à saluer : resituer un auteur et un texte dans son époque est, pour moi, cardinal dans toute démarche éditoriale ou critique sérieuse). Continuer à lire « Le Désert du monde – Jean-Pierre Andrevon »



L’espace entre les guerres est un recueil réunissant deux romans respectivement parus en 1998 et 2000, Dans la gueule du dragon et Une porte sur l’éther. S’inscrivant dans l’univers des Portes de Vangk commun à d’autres textes de l’auteur, ils mettent en scène son seul héros récurrent, Jarid Moray, qui refera une apparition dans Lum’en. Il correspond au trope du médiateur, mi-diplomate, mi-enquêteur, envoyé par le gouvernement (ici diverses corporations interstellaires) quand la situation locale devient explosive (on retrouve le même type de protagoniste chez Serge Lehman -notamment dans
Activation Degradation est un standalone (bien qu’à la lecture de la fin, on se fasse la réflexion qu’une suite soit non seulement possible, mais qu’elle serait, de plus, probablement très intéressante) signé Marina J. Lostetter, qui avait déjà publié, en Science-Fiction et dans la forme longue, la trilogie Noumenon. Présenté par son éditeur comme un roman dans la lignée de l’AssaSynth de Martha Wells (dont j’ai lu le premier volet, qui m’a laissé un profond sentiment d’incompréhension à propos de son triomphe critique, commercial et en terme d’attribution de prix… Il faut croire que la culture SF s’est perdue en route !), Activation Degradation est en fait bien plus que cela : il est mieux construit, mieux écrit, plus profond, bref, de mon point de vue, bien meilleur.
Elly Bangs est une autrice américaine basée à Seattle dont j’avais déjà lu la nouvelle Dandelion, qui nous offrait un incroyable voyage émotionnel, beaucoup d’humanité et une fin grandiose. Inutile de dire, donc que quand j’ai appris qu’elle sortait son premier roman, Unity, mi-avril, je me suis empressé de l’inscrire dans mon programme de lecture, même si divers facteurs ont fait que je n’ai pas pu le lire aussi près de sa parution que possible. Après l’avoir achevé, je suis absolument sidéré que ce livre n’ait pas eu plus d’écho que cela, car c’est, et de très loin, une de mes meilleures lectures SF récentes. J’imagine que, comme nous le verrons, il a peut-être pâti d’une première moitié qui ne reflète absolument pas la qualité (hallucinante) de la seconde, d’un manque de visibilité ou de notoriété de son autrice. Quoi qu’il en soit, j’espère que ma critique incitera les anglophones, parmi vous, à lire ce bouquin, et surtout l’édition française à s’y intéresser, tant il mériterait vraiment d’être traduit ! Car à nouveau, Bangs mêle Sense of wonder, émotion, humanité et une (pré-) fin très réussie en un mélange magistral (si on prend en compte la totalité du livre), qui plus est très en prise avec les préoccupations progressistes actuelles sans être non plus (trop) agressivement militant.
Le 2 juin dernier est sorti le roman Les ténèbres hurlantes de Christopher Ruocchio, second tome du cycle Le dévoreur de soleil, après
Le 2 juin 2021, paraîtra La troisième griffe de Dieu, second tome du cycle Andrea Cort, après le très bon Émissaires des morts (
S’il n’a pas l’aura des plus grands livres ou cycles de van Vogt, La guerre contre le Rull est tout de même considéré comme une de ses œuvres importantes. Comme l’écrasante majorité des publications de l’auteur dans les années cinquante, ce n’est pas un roman à proprement parler mais un fix-up (terme et concept inventés par l’auteur), l’assemblage de six nouvelles initialement indépendantes publiées entre 1940 et 1950, avec l’ajout de matériel pour faire le lien entre elles (les chapitres 5 et 20) et donner à l’ensemble un minimum de cohérence. Même si les coutures se voient parfois franchement, le résultat est cependant bien plus honorable que dans d’autres ouvrages de l’auteur, comme Quête sans fin, par exemple. Le principal défaut de cet assemblage est ici sa répétitivité : plusieurs des nouvelles mettent en scène soit le héros, soit un de ses antagonistes, soit le héros et l’un d’eux, qui se retrouvent échoués sur une planète hostile et n’ont souvent pas d’autre choix, pour survivre, que de coopérer avec leur pire ennemi.