Dogs of war – Adrian Tchaikovsky

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Encore un chef-d’oeuvre !

dogs_of_warDogs of war est le nouveau roman d’Adrian Tchaikovsky, très prolifique auteur de SFF britannique, aussi à l’aise en Fantasy qu’en SF, qui m’avait bluffé avec l’excellent Children of time. S’il s’agit toujours de science-fiction, le contexte est cette fois différent, puisqu’il concerne la Terre d’un futur très proche (une grosse génération, à priori) et s’inscrit dans le sous-genre militaire. Nous suivons un groupe de bioformes expérimentales, des animaux (chien, ours, reptile, abeilles -ah, j’ai capté l’attention de Lutin, là-) transformés par l’ingénierie génétique et la cybernétique, et utilisés pour mener une sale guerre corporatiste au sud du Mexique. Endoctrinées et dotées de puces de Feedback devant les contrôler, les bestioles finissent cependant par penser par elles-mêmes et par s’interroger sur la pertinence des ordres… Cependant, cette partie martiale n’est qu’un (long) prologue pour quelque chose de beaucoup plus profond et ambitieux, en lien avec un thème récurrent chez l’auteur : la coexistence et les relations entre formes de vie différentes, les relations entre une créature et son créateur.

Avec ce titre, nous revitalisons un peu le cycle SF biologique lancé l’année dernière et un peu laissé de côté en 2017. J’en profite aussi pour en lancer un autre, le cycle anticipation militaire, qui se propose de réunir des romans se passant dans un futur très proche et tentant de réfléchir, d’une façon un minimum réaliste, à ce que pourrait être la guerre demain.  Lire la suite

2312 – Kim Stanley Robinson

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Fuyez, pauvres fous…

2312_KSRKim Stanley Robinson (KSR) est un auteur américain de SF (et de Cli-Fi -fiction climatique-) multi-primé (un World Fantasy Award, 6 prix Locus, 3 Nebula -dont un pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui-, 2 Hugo) considéré comme un des plus importants écrivains (particulièrement de Hard-SF) du genre. Contrairement à la majorité de la SF américaine, ses thèmes de prédilection (anticapitalisme et modèles économiques et politiques alternatifs, écologie, justice sociale) le placent à gauche de la scène politique et dans une niche singulière par rapport à ses petits camarades. Malgré tout, sa fascination pour les nouvelles frontières (représentées ici par la colonisation spatiale) l’inscrit pleinement dans une des thématiques favorites de la science-fiction américaine.

L’oeuvre la plus connue de KSR reste sa trilogie martienne, un monument du Planet Opera qui décrit d’une façon extraordinairement détaillée tous les aspects (économiques, sociaux, culturels, scientifiques, techniques, etc) de la colonisation et de la terraformation (transformation en monde semblable à la Terre) de la planète rouge. Les descriptions des paysages martiens, notamment, sont si vivantes qu’on jurerait que Robinson s’y est personnellement rendu ! Malgré tout, il reste un auteur clivant, car son style froid, fonctionnel, lent, très intellectuel, à du mal à passer auprès de certains lecteurs. Je dois dire que moi-même, même si j’ai adoré la trilogie, ai ressenti de nettes longueurs sur d’autres livres, comme Chroniques des années noires, par exemple.

En grand fan de KSR, de Hard-SF et de tout livre décrivant la colonisation du système solaire, il était évident que je ne pouvais pas passer à côté de 2312, surtout que j’espérais quelque chose du calibre de la trilogie martienne, mais largement étendu au-delà des frontières de la planète rouge (je savais que le roman parlait beaucoup de la terraformation de Vénus, notamment, un thème bien trop délaissé à mon goût en SF). Je vous laisse donc imaginer ma déception après avoir commencé l’ouvrage, qui s’est révélé effroyablement long, pédant, mal construit, plat et n’apporter pas grand-chose de neuf, pour ne pas dire rien. Bref, j’anticipe un peu sur la conclusion, mais franchement, si vous ne connaissez pas KSR, ne commencez surtout pas votre découverte de son oeuvre par ce roman, qui n’en vaut pas la peine. Et si vous êtes plutôt fan, comme moi… fuyez. Gardez vos éventuels bons souvenirs de la trilogie martienne, ça vaudra mieux.  Lire la suite

The last good man – Linda Nagata

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Un contexte et des personnages très solides, mais un roman globalement un peu long et qui manque un poil de nervosité

last_good_man_nagataLinda Nagata est une auteure américaine basée à Hawaï, publiant ses livres sous son propre label, Mythic Island Press, et titulaire d’un prix Locus et d’un Nebula. Un seul de ses romans a été traduit en français. Connue pour être la reine du nanopunk, elle s’est réorientée ces dernières années vers une SF militaire (à fort aspect thriller) se déroulant dans un futur proche. Après sa trilogie Red, son nouveau livre (un one-shot), The last good man, nous plonge à nouveau dans ce type de contexte.

SF d’anticipation, Postcyberpunk, The last good man est aussi une SF militaire d’un type paradoxalement assez marginal, dans le sens où elle se passe sur Terre, sans vaisseaux spatiaux et dans un futur très proche. On peut d’ailleurs être étonné par le fait que ce genre de background ne soit finalement que minoritaire en SF militaire, même si certains techno-thrillers sont plus ou moins à la limite du genre.  Lire la suite

La maison des Derviches – Ian McDonald

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Une mise en place des pièces du puzzle lente mais magistrale

maison_dervichesAprès l’excellent Luna, je poursuis mon exploration de l’oeuvre de Ian McDonald avec La maison des derviches, qui est à la fois proche et très éloigné de la dernière parution de l’auteur (Je vous annonce aussi que Le fleuve des dieux et La petite déesse seront au programme dans le futur). Ce roman a, entre autres, reçu le Prix Planète SF des blogueurs (le groupement auquel j’ai l’insigne honneur d’appartenir depuis quelques mois) 2013.

Cette fois, l’action se passe sur Terre, plus précisément en Turquie en avril 2027. Alors qu’Istanbul est écrasée par une canicule précoce, les destins, à priori séparés, de personnages dont le seul point commun est d’habiter dans une ancienne Maison des Derviches vont se croiser, l’occasion pour l’auteur de décrire un futur très détaillé d’une Turquie où se croisent Europe et Asie, tradition et modernité, religion / mysticisme et nanotechnologie.  Lire la suite

Luna – Ian McDonald

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Quelle claque ! 

luna_mcdonaldIan McDonald est un écrivain britannique (irlandais par sa mère) vivant à Belfast. Les conflits d’Irlande du Nord (et les facteurs qui les sous-tendent) ont d’ailleurs marqué son oeuvre, qui est également caractérisée par son fort aspect technologique et postcyberpunk, par une tendance aux contextes exotiques (inspirés par l’Inde, la Turquie, l’Afrique, l’Amérique du sud) et par des économies et des sociétés en plein développement ou changement de paradigme.

Luna est le premier tome d’une trilogie (une nouvelle, The fifth dragon, est également un prélude à ce cycle). Le roman parle des intrigues associées aux cinq familles qui contrôlent l’industrie d’une Lune colonisée, ce qui, pour reprendre les propres termes de l’auteur, donne un « Game of Domes » ou un « Dallas de l’espace ». Les nombreux fans de McDonald seront d’ailleurs ravis d’apprendre que la traduction du tome 2 (qui doit sortir en VO le 28 mars) est d’ores et déjà entamée. J’anticipe un peu, mais je peux vous dire que personnellement, je vais attendre cette suite avec une GRANDE impatience ! Lire la suite

Terre – David Brin

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Une anticipation en partie brillante, mais en majorité bancale (et surtout datée), des ressorts de l’intrigue complètement irréalistes, une narration trop éclatée, un livre bien trop long et ressemblant beaucoup trop à un essai et pas à un roman, un rythme très mal maîtrisé

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Avant de vous expliquer en détails pourquoi, malgré certaines qualités, je ne conseille pas ce roman, je tiens à préciser une chose importante : j’aime beaucoup David Brin et ce que j’ai lu du reste de son oeuvre. Son cycle Marée Stellaire / Élévation / Jusqu’au cœur du soleil est un modèle en matière d’univers où les races extraterrestres foisonnent et bien évidemment pour tout ce qui concerne le processus consistant à amener des animaux terrestres à une intelligence / conscience de niveau humain. J’ai juste un problème avec ce roman précis, le reste de la production de Brin est parfaitement recommandable.

Deuxième précision importante : il ne s’agit que d’une réédition en un tome unique d’un roman sorti chez nous en 1992 en deux tomes, et rédigé en réalité en 1989. Vous allez vite comprendre à quel point cette précision est importante pour juger la qualité du roman.

Ce roman est un véritable Planet Opera dont le sujet est… la Terre ! Eh oui, pas besoin d’aller sur Arrakis ou Ténébreuse pour donner dans ce genre là, la bonne vieille planète bleue peut parfaitement faire l’affaire, surtout si on change 2-3 facteurs écologiques, sociaux et technologiques clefs. Attention par contre, malgré ce que vous pourriez imaginer, ce livre ne relève pas de la Hard-SF. Oui, il y a tout un tas d’éléments qui pourraient vous faire croire le contraire, mais comme l’explique l’auteur en personne dans son interminable postface, ils sont soit complètement imaginaires (ses noeuds cosmiques et autres types exotiques de singularités), soit tellement spéculatifs (des couches supraconductrices à très haute température près du noyau terrestre) qu’en pratique, ça revient au même. Donc c’est comme le Canada Dry, ça a parfois la couleur de la Hard SF, mais ce n’en est pas.

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Zendegi -Greg Egan

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Un Greg Egan très inhabituel mais de fait plus accessible que les autres

zendegi

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Greg Egan est un des auteurs les plus emblématiques de la branche dite « hard » de la SF, celle où l’aspect « science » est fortement marqué par rapport à l’aspect « fiction ». En clair, il s’agit d’une SF qui se veut un maximum cohérente / réaliste par rapport aux théories actuellement en vigueur. Personnellement, je mettrais même Egan carrément à part, dans une catégorie « hard-hard-SF », tant certaines fois on a l’impression que pour le lire ou apprécier ses histoires au maximum, il faut être titulaire d’au moins un doctorat et lire les dernières publications scientifiques en date.

En conséquence, Egan est souvent époustouflant car ses développements romanesques liés aux dernières théories sont systématiquement ambitieux et visionnaires, mais il est de fait souvent difficile à lire. Chez d’autres auteurs de hard SF, la théorie scientifique sert de germe à l’intrigue et s’efface en bonne partie devant la narration et les personnages. Chez Egan, c’est l’inverse : l’idée SF dérivée de la théorie scientifique de pointe choisie est le pivot du roman, et l’intrigue qui en est tirée ainsi que, très souvent, la caractérisation des personnages, les dialogues, etc, sont accessoires. C’est moins vrai dans ses nouvelles que dans ses romans, et les premières sont plus intéressantes, en moyenne, que les seconds. Lire la suite