Rétrograde – Peter Cawdron

19

A fuir ! 

retrograde_VFLe 11 octobre sortira chez Denoël, dans la collection Lunes d’encre, le roman Rétrograde de l’auteur australien Peter Cawdron. Sur ce blog, je tente d’habitude de vous conseiller le meilleur de ce que les littératures de genre ont à offrir, mais là, autant être clair, on en est très, très loin. Je ne saurais donc trop vous déconseiller l’achat de ce livre, l’ayant lu en VO (ma critique) et l’ayant trouvé mauvais de la première à la dernière page. Mais la VF va encore plus loin : en effet, la couverture montre un champignon atomique sur Mars… alors qu’aucune explosion nucléaire n’a lieu sur cette planète dans le roman ! Bref, certains ont de la chance que les Razzies n’existent plus…

Si malgré mes avertissements, vous dépensez vos euros durement gagnés là-dedans, que vous êtes client d’Amazon et souhaitez soutenir le blog, passez par un des liens suivants pour votre achat, cela ne vous coûte strictement rien de plus mais permet d’aider à financer l’infrastructure du Culte (nom de domaine, etc) ! Merci d’avance  😉

Acheter en version papier

Acheter en version Kindle

***

Retour à la page d’accueil

American Elsewhere – Robert Jackson Bennett

63

Cyclopéen ! 

american_elsewhereAmerican Elsewhere est le troisième titre faisant partie du lancement d’Albin Michel Imaginaire, le 26 septembre. aux côtés des tomes 1 d’Anatèm et de Mage de bataille. Gilles Dumay le présente comme « un thriller Kingien / Lovecraftien, lisible par le grand public, peut-être un peu mainstream pour un lectorat hardcore » (la presse US évoquait également Neil Gaiman, au passage). De plus, le livre est plus ou moins rangé sous l’étiquette « Fantastique », à laquelle les gens rattachent de toute façon tout ce qui est lié à Lovecraft (ce qui est absurde : ce dernier a balayé tous les genres, du pur Fantastique au Weird, la SF et la Fantasy). Je ne suis que partiellement d’accord avec cette présentation : oui, c’est « lisible » (et de façon très fluide et agréable, qui plus est) par le grand public, mais clairement, ce dernier va rater des tonnes de clins d’œil à Lovecraft et risque, de plus, d’être un peu décontenancé par les éléments science-fictifs qui ont une importance capitale dans l’intrigue. Lisible, donc, par le lecteur lambda, qui ne sort pas de l’imaginaire mainstream d’habitude, mais disons que celui-là va perdre une partie de la… Pandimensionnalité de l’ensemble (il faudra lire ce roman pour saisir la blague :D) et ne va voir que les ombres sur la paroi de la caverne, pas cette dernière.

Car American Elsewhere relève, à mon sens, bel et bien du Weird / New Weird, ce genre hybride popularisé par Lovecraft puis, plus près de nous, par des gens comme Miéville, Ligotti ou VanderMeer. Ou de la SF un peu barrée et cachée sous des oripeaux Fantastiques à la Stephen King, à la rigueur. Quoi qu’il en soit, même un lecteur peu expérimenté dans les littératures de l’imaginaire (même « mainstream », comme King) devrait vraiment apprécier cette lecture, car ce thriller horrifique s’avère, malgré sa longueur qui peut faire peur (pas loin de 800 pages), extrêmement prenant, et il se lit à une vitesse folle. Et c’est clairement passionnant, on tourne les pages avec fièvre pour savoir le fin mot de l’histoire et le devenir de son héroïne ! Et pour ce qui est du « peut-être trop mainstream pour un lectorat hardcore », clairement pas non plus, car je pense pouvoir sans problème m’inclure dedans et je n’ai pas trouvé ça trop grand public. Je dirais même plus : même pour un amateur éclairé de Néo-Lovecrafteries, ça se place à mon avis clairement dans le haut du panier, et est donc, dans ce registre, à lire et non pas à écarter d’un revers de main car trop orienté vers les gros bataillons du lectorat.

Au passage, c’est le deuxième livre signé Bennett que je lis en quelques semaines, et les deux fois, ça a été une claque magistrale. Attention cependant, je placerais American Elsewhere deux bons crans au-dessus de Foundryside en terme de qualité, et l’atmosphère, voire même le style d’écriture, sont largement différents, même si à la base, l’idée est un peu la même : la Réalité est malléable.  Lire la suite

Le Volcryn (Nightflyers) – George R. R. Martin

36

L’oeuvre de G.R.R. Martin ne se réduit pas à la Fantasy ! 

volcrynC’est un aspect de son travail qui a, aujourd’hui, largement été occulté par le succès colossal de son cycle phare de Fantasy, Le trône de fer, mais bien avant d’écrire dans ce registre des littératures de l’imaginaire, George R. R. Martin était un écrivain de Science-Fiction (Chanson pour Lya, Les rois des sables) et d’Horreur (Armageddon Rag, Riverdream) respecté.

Le Volcryn est une novella parue en 1980, et titulaire du prix Locus l’année suivante. Etant donné qu’une série télévisée basée sur elle est prévue cette année (nommée d’après son titre original, Nightflyers), elle va être rééditée en octobre en français sous le même nom (selon la même logique qui a présidé à la nouvelle appellation d' »Altered Carbon » pour le Carbone modifié de Richard Morgan). Notez qu’il s’agit de sa seconde adaptation sur un écran, puisqu’un film en a également été tiré en 1987 (toujours sous le même nom). Notez aussi que l’univers dans lequel ce roman court se déroule est le même que celui d’autres textes, dont L’agonie de la lumièreChanson pour Lya ou le multi-primé Les rois des sables.

Tout comme ce dernier texte, Le Volcryn est un hybride de SF et d’Horreur, inspiré à Martin par la réflexion d’un critique opposant ces deux genres et les qualifiant d’incompatibles. Je pense qu’il est inutile que je vous cite la liste de longs-métrages à succès venant démentir cette assertion ridicule, non ? Quoi qu’il en soit, sachez que ce roman court n’est pas du tout ce qu’il paraît être de prime abord. Car ce qui y est important n’est pas tant la destination du vaisseau convoyant l’équipe scientifique impliquée, mais plutôt le voyage et le huis clos qui en résulte.  Lire la suite

Prador Moon – Neal Asher

19

Blowing the bastards to Bouillabaisse

prador_moonPrador Moon est un des seize romans (publiés au moment où je rédige ces lignes) de l’énorme cycle Polity, par Neal Asher. S’il est loin d’être le premier livre de la saga si on se réfère à l’ordre de parution, en revanche, dans la chronologie interne de cet univers, il doit théoriquement être lu en premier. Toutefois, étant donné que les sous-cycles ou stand-alone ont la réputation de pouvoir se lire indépendamment, j’ai personnellement commencé par… le seizième et dernier en date (ainsi que dans la chronologie interne), à savoir The soldier. Et comme j’ai beaucoup aimé à la fois l’écriture de l’auteur et son univers, j’ai eu envie de reprendre les choses du début, en attendant le tome 2 du sous-cycle Rise of the Jain, et ai donc suivi l’ordre de lecture recommandé.

Prador Moon, donc, nous montre la première rencontre entre la civilisation humaine (dirigée par les IA) appelée Polity (une société post-pénurie où le luxe est standard et la pauvreté un choix, un style de vie) et des extraterrestres ultra-agressifs nommés Prador (une déformation du mot « Predator », ce que sont ces bestioles sur leur monde d’origine). Comme à son habitude, Neal Asher ne perd pas de temps, brossant de façon rapide et efficace un succinct tableau de son univers avant de vous projeter en plein dedans. Car dès la scène d’ouverture, tout espoir de coexistence pacifique est annihilé par les Prador, qui non seulement massacrent la délégation diplomatique humaine, mais en plus la mangent ! Suivra alors un roman assez court, extrêmement nerveux, au carrefour de la SF militaire et horrifique, avec une petite touche de Hard-SF vraiment très bien faite. Bref, deuxième bouquin du cycle Polity, et deuxième très bon moment de lecture pour moi ! Lire la suite

Le revenant – Jamie Sawyer

19

Un final trépidant

lazare_3Le revenant (signalons d’ailleurs que son titre est -doublement- mieux choisi que celui de la VO, Origins, pour des raisons que vous comprendrez mieux en le lisant) est le troisième et dernier roman du cycle Lazare en guerre, par Jamie Sawyer. Toutefois, il ne marque pas la fin de l’exploration de cet univers par l’auteur, puisque ce dernier a lancé un second cycle, The eternity war (qui compte déjà un livre, le second étant attendu dans six mois), qui se déroule dans le même contexte et reprend un personnage que nous connaissons déjà. Espérons d’ailleurs que l’Atalante en assurera la traduction.

Si j’avais trouvé que le premier tome était un mélange bluffant de SF « intelligente » et de divertissement / action, j’avais en revanche été un peu déçu par son successeur, qui était « juste » un bouquin de SF militaire et n’offrait pas une réflexion aussi poussée sur des thématiques profondes. Qu’en est-il du tome 3, donc ? Eh bien il poursuit dans la veine martiale / horrifique, mais pousse le potar jusqu’à onze, pour nous offrir un final trépidant, où le rythme et la tension ne faiblissent quasiment jamais, et qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. Dans l’ensemble, le cycle Lazare en guerre s’impose donc comme un des meilleurs représentants de la SF militaire sortie ces dernières années, sans atteindre toutefois les hauteurs cyclopéennes d’un David Weber ou d’un Jack Campbell.  Lire la suite

A colder war – Charles Stross

10

Presque une claque !

cold_war_cthulhuJe continue à me bâtir ma propre anthologie (oui, ça y est, j’ai le mega-melon !) idéale des Lovecrafteries du XXIe siècle, en explorant aujourd’hui la nouvelle A colder war, par Charles Stross. Notez que ce texte a été traduit en français dans le cadre du projet Exoglyphes, sous le titre Une guerre encore plus froide. J’ai pour ma part lu cette histoire en VO, dans l’anthologie New Cthulhu : the recent Weird (qui contient d’autres excellents textes -signés Caitlin R. Kiernan, China Mieville, Neil Gaiman ou Kim Newman, excusez du peu !-, et dont j’aurais sans doute l’occasion de vous reparler). Sachez que cette novelette est également présente dans plusieurs autres anthologies anglo-saxonnes et qu’elle est lisible gratuitement en ligne ici.

Notez que ce texte, s’il ne relève pas à proprement parler du cycle de la Laverie, est toutefois situé dans un univers qui en très proche, au ton près (je vais en reparler).  Lire la suite

The gone world – Tom Sweterlitsch

18

Le roman définitif sur le voyage temporel et les univers parallèles ? 

gone_worldTom Sweterlitsch est un écrivain américain qui a débuté sa carrière en 2014. Il est peut-être surtout connu pour être le co-auteur des scénarios de trois courts-métrages (RakkaFirebase et Zygote) avec Neill « District 9 » Blomkamp. C’est d’ailleurs ce dernier qui va réaliser l’adaptation cinématographique du roman qui nous occupe aujourd’hui, The gone world. Celui-ci mélange voyage dans le temps, univers « parallèles » (voir plus loin) (vaguement) uchroniques, post-apocalyptique, le tout lié par l’enquête menée par un agent spécial du désormais célèbre Naval Criminal Investigative Service. Time Opera et NCIS, il n’en fallait pas plus pour me convaincre ! Je pensais tomber sur un thriller temporel dans le genre du Déjà vu de Tony Scott, avec éventuellement un peu de Leroy Jethro Gibbs dedans, mais j’ai en fait eu affaire à quelque chose de beaucoup plus ambitieux, d’une qualité littéraire impressionnante et d’une envergure science-fictive bluffante. Il y a certes quelques vagues zones d’ombre (je vais en reparler), mais certainement pas de quoi impacter négativement l’impression d’ensemble.  Lire la suite

Retrograde – Peter Cawdron

34

Mauvais de la première à la dernière page

retrograde_cawdron_VOPeter Cawdron est un auteur australien de Hard SF vivant à Brisbane. Retrograde est d’abord passé par le circuit de l’auto-édition en 2016 (sous le nom de Mars Endeavour), avant d’être publié par un éditeur traditionnel l’année suivante.

Je l’ai lu en version anglaise, mais sachez qu’il sera disponible en français le 11 octobre 2018 (sous le nom Rétrograde). Et autant le dire tout de suite, ne gaspillez surtout pas votre argent dans ce livre, qui est bancal sur tous les plans et ce quasiment de la première à la dernière page. La volonté de surfer sur le succès de Seul sur Mars (sur les traces duquel il marche, au moins pendant une partie de l’intrigue) a sans doute été le moteur de l’acquisition des droits de cet ouvrage, mais si vous avez apprécié ce dernier roman / film, fuyez Retrograde, non seulement il ne lui arrive pas à la cheville mais en plus il propose un twist d’une rare idiotie, multiplie les maladresses et est dépourvu de la plus petite trace d’originalité.  Lire la suite

2001 – L’odyssée de l’espace – Arthur C. Clarke

56

Ainsi parlait Apophis (ce livre tu liras !)

2001Bon, bon, bon, j’étais parti pour vous parler de 2001 et 2010 de Clarke dans le neuvième numéro de l’œil d’Apophis (pas le suivant, celui d’après), mais finalement j’y ai jeté à nouveau plus qu’un vague coup d’œil (^^) ces derniers jours et j’ai préféré vous proposer des critiques complètes (celle de 2010 suivra dans quelques jours). Car si, paradoxalement, Clarke et le film de Kubrick sont très connus, combien d’entre vous ont lu 2001 ? Pas grand-monde, j’en mettrais ma main au feu… D’ailleurs, ledit film, s’il est reconnu comme un chef-d’oeuvre du cinéma (de SF, mais pas que), a paradoxalement probablement fait beaucoup de mal au roman, qui a été développé en parallèle (et qui présente d’ailleurs quelques différences avec sa contrepartie, ainsi qu’avec sa propre suite, 2010) à partir d’une nouvelle antérieure, La sentinelle (où le Monolithe est remplacé par une pyramide). Les gens qui ont tenté le visionnage en sont, pour beaucoup, ressortis dubitatifs, tant le début et la fin de l’intrigue ont pu leur paraître obscurs. Ayant lu le livre avant, pour ma part j’ai pu apprécier le film à sa juste valeur. D’ailleurs, 2001 a une place vraiment à part dans mes lectures, puisque c’est le premier livre de science-fiction que j’ai lu (suivi de 2010 et de Fondation, excusez du peu !) lorsque j’avais environ dix ans. Et même trente-trois ans plus tard, cela reste pour moi un des meilleurs. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.
Lire la suite

Rédemption – Jamie Sawyer

17

Une initiative à saluer

lazarre_vol2b.inddRédemption est une novella de 117 pages s’inscrivant entre les tomes 2 et 3 du cycle Lazare en guerre de Jamie Sawyer. L’Atalante a d’ailleurs choisi de suivre la numérotation adoptée sur Goodreads, ce qui fait que le dos porte le numéro 2.5, et la couverture la mention « intermède ». Si vous suivez ce blog, vous êtes familier de cette tendance récente des auteurs anglo-saxons à publier des textes courts s’insérant avant ou entre les romans de leurs cycles (pour les livres proprement dits -préludes ou nouveaux tomes s’insérant entre deux tomes existants, parfois écrits des décennies auparavant-, cela se fait depuis longtemps), et permettant soit d’explorer d’autres pans de l’univers, soit de revenir plus en détails sur certains personnages ou événements. C’est dans ce dernier cas que nous sommes ici : Rédemption se déroule quelques heures avant la fin du tome 2 du cycle, et explique son coup de théâtre final.

Je tiens à saluer l’initiative de l’Atalante de proposer au lecteur non-anglophone une de ces novellas intermédiaires, car il y en a de plus en plus et car les éditeurs français les ont jusqu’ici consciencieusement ignorées. Certes, ces textes sont, selon les auteurs et les cycles, d’un intérêt variable (en Fantasy, par exemple, si celles de Brian McClellan sont très intéressantes pour mieux comprendre les motivations du protagoniste principal du cycle des Poudremages, on ne peut pas dire que Sandrunners d’Anthony Ryan apporte grand chose au cycle The draconis memoria), mais certains d’entre eux (ceux de McClellan, donc, ou de Bradley P. Beaulieu, par exemple) sont vraiment de très bonne facture et mériteraient une traduction. On espère donc que, étant donné en plus l’intérêt autour du format court (enfin) impulsé par le considérable succès commercial et critique de la collection Une heure-lumière du Belial’, d’autres éditeurs suivront l’intelligente initiative de l’Atalante (je pense à Actes Sud avec The expanse, par exemple).  Lire la suite