Paria – Jamie Sawyer

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Alien 5

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Une version condensée de cette critique a été publiée dans le 95e numéro du magazine Bifrost. Elle est reproduite dans la partie « En conclusion »

Paria est le premier tome de la trilogie La guerre sans fin, qui fait suite au cycle Lazare en guerre (vous trouverez des liens vers mes critiques de ses trois livres en fin d’article) et en reprend un des personnages, le second dudit Lazare, Keira Jenkins, qui est cette fois mise en vedette. Signalons qu’à mon avis, il est tout à fait possible de lire ce second cycle sans rien connaître du premier (l’auteur explique les fondamentaux de son univers), même si cela me paraît peu pertinent vu qu’une partie de l’intérêt de Paria est justement dans le contraste avec la première trilogie.

Après un premier cycle qui mélangeait Alien, Apocalypse Now, les Tyranides de Warhammer 40 000 et la saga Halo (inspiration qui s’affirmait de tome en tome), cette seconde saga (ou partie de la saga globale) met la première de ces influences beaucoup plus en avant. En fait, l’auteur se comporte comme s’il modifiait le début d’Alien 3, en reprenait un des prisonniers, mettait en avant une version adulte d’un personnage de l’Aliens de James Cameron, avant de faire subir un twist aux expériences génétiques d’Alien : La résurrection.  Alors que les humains étaient au centre de Lazare en guerre, ce sont ici les Krells qui sont, quelque part, le sujet principal. Et comme nous allons le voir, ce n’est que la plus visible des inversions de perspective ou de paradigme utilisées par l’auteur pour rafraîchir son propos ou nous surprendre ! Lire la suite

The human – Neal Asher

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Neal Asher repousse toutes les frontières de la SF

the_human_asherThe human est l’ultime roman de la trilogie Rise of the Jain (après The soldier et The warship), un sous-cycle qui s’inscrit dans le cadre beaucoup plus large de la saga Polity, qui compte donc désormais dix-huit livres, répartis en trois trilogies (Rise of the Jain, donc, Spatterjay et Transformation), une pentalogie (Agent Cormac) et quatre romans isolés mais se déroulant dans cet univers commun. Seuls deux de ces dix-huit bouquins ont été traduits en français (L’écorcheur, premier tome de Spatterjay, et le standalone Drone). Les sous-cycles et romans isolés, bien que partageant un cadre et souvent des personnages communs, étant réputés lisibles de façon indépendante (même si on y perd forcément car on ne saisit pas de subtiles références à des événements s’étant déroulés dans d’autres livres), j’ai commencé ma découverte de Polity en 2018 par The soldier, celui-ci présentant l’avantage de débuter une nouvelle histoire. Je savais, après ma lecture de Voyageurs (roman indépendant qui n’a rien à voir avec Polity), que Neal Asher était un excellent auteur de SF, mais j’avais tout de même été impressionné par l’énorme qualité de The soldier, sorte de version de la Culture de Iain M. Banks avec les curseurs scientifiques, militaires et transhumanistes poussés beaucoup plus loin que chez le regretté auteur écossais, et une prose particulièrement nerveuse et efficace. Pour patienter en attendant la sortie de The warship en 2019, j’avais alors repris le cycle Polity par l’autre bout, en lisant les autres romans dans l’ordre préconisé par la chronologie interne de cet univers (et pas par l’ordre de publication).

En ce mois de mai 2020, j’attendais donc The human avec impatience. Je savais qu’il allait être bon (aucun livre d’Asher n’est mauvais, même si certains sont plus aboutis ou intéressants que d’autres), mais rien ne m’avait préparé au choc absolu qu’a constitué sa lecture. Je le termine KO debout, sidéré par la façon dont Asher s’est transcendé avec cette dernière production. Car avec elle, il passe du statut de très bon auteur de SF à celui de titan digne de figurer au panthéon du genre, et pousse les curseurs scientifiques / transhumanistes / militaires au-delà des limites. Ce n’est pas « plus que de la SF », mais en revanche, c’est de la SF +++ : là où les autres auteurs écrivant dans les mêmes sous-genres que lui évoluent sur une échelle graduée jusqu’à 10, atteignant même 11 pour les plus audacieux, lui se balade au minimum à 12… voire 14. Sur 10. Bref, on tient là un roman absolument unique, sans conteste le chef d’oeuvre absolu de son auteur, une oeuvre qui redéfinit ce dont la science-fiction est capable de proposer quand elle est menée de main de maître. Lire la suite

Brass Man – Neal Asher

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Neal Asher fait son Excession

brass_man_asherBrass Man est le troisième des cinq tomes du cycle Agent Cormac (après Gridlinked et The line of Polity), qui fait lui-même partie de l’énorme saga Polity (dont nous allons très prochainement reparler sur ce blog, à l’occasion de la sortie d’un autre tome 3, celui du sous-cycle Rise of the Jain, à savoir The human). La postface nous apprend que le personnage de Mr Crane, le Golem (IA logée dans un corps robotique) au revêtement extérieur cuivré, ayant été massivement apprécié du lectorat du cycle, celui-ci a demandé à Neal Asher s’il pouvait le faire revenir. Donc Brass Man (« homme de laiton ») est en partie axé sur le retour du mutique Androïde, et sur une exploration de son passé doublée de ses nouvelles aventures dans le présent. Mieux encore, le début du roman poursuit aussi l’histoire du tome 2, The line of Polity, et réutilise certains de ses personnages secondaires. Mais un autre axe se dessine peu à peu : en effet, dans ce tome 3, le trésor que constitue la technologie Jain va, malgré ses dangers, attiser bien des convoitises, jusqu’à provoquer une scission là où le lecteur n’en imaginait pas vraiment une. Ce qui, il faut l’avouer, rappelle de façon suspecte un des axes majeurs de l’Excession de Iain M. Banks. Je vous parlais d’ailleurs, dans ma critique de The soldier, des convergences mais aussi des divergences entre la Culture et Polity, entre Banks et Asher.

Une fois fini, le roman laisse une bonne impression d’ensemble, un dernier tiers haletant rattrapant une mise en place un poil laborieuse et surtout une narration très éclatée au niveau des points de vue, des lieux, des époques et des ambiances. L’écriture d’Asher n’a pas encore atteint, au moment de la parution de Brass Man (2005), l’efficacité redoutable qui est aujourd’hui la sienne, mais il n’en est pas si loin, et quand elle fonctionne, elle le fait à 110%. Bref, si vous avez débuté le cycle Agent Cormac, aucune raison de se priver de ce troisième tome, bien au contraire. Pour ma part, outre la critique de The human le mois prochain, je vous proposerai en 2020, si le programme est respecté, celles des deux derniers volets de la pentalogie, puis celle de The technician, avant de continuer à explorer peu à peu cette énorme saga en 2021. Lire la suite

La nef des fous – Richard Paul Russo

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À la fois très prenant… et très frustrant !

nef_des_fous_russoRichard Paul Russo est un écrivain américain de SF, pas franchement prolifique (sept romans de 1988 à 2005, et quasiment rien -seulement deux nouvelles- depuis, d’après isfdb). La nef des fous est son livre le plus fameux, qui combine deux tropes bien connus du genre (voir plus loin) dans une perspective horrifique et laissant une large place à la foi religieuse, ainsi qu’une réflexion sur le libre-arbitre. C’est en préparant, il y a un peu plus de deux ans, mon article sur les arches stellaires que je me suis fait la réflexion qu’il y avait encore quelques classiques ou livres réputés relevant de ce domaine que je n’avais pas eu l’occasion de lire, et cette critique vise à commencer à combler ces quelques lacunes.

Ce roman m’a laissé une impression très paradoxale : d’une part, je l’ai lu à une vitesse rare chez moi, et à part dans la longue séquence « finale » (la dernière centaine de pages, en très gros), j’ai pris beaucoup de plaisir à ma lecture. Mais d’un autre côté, je pense que l’auteur a voulu trop en faire, lançant des tas de bouts d’intrigue qu’il ne résout jamais, ne laissant pas, dans les tropes explorés, une impression aussi marquante que d’autres auteurs (à commencer par le récent et magistral Aurora de Kim Stanley Robinson -au passage, cette critique Bifrostienne est signée par votre serviteur-), et surtout prenant le risque de décevoir ses lecteurs (certains, du moins) via une fin relativement peu satisfaisante. Clairement, si vous êtes du genre à vouloir toutes les réponses à la fin d’un bouquin, évitez celui-ci, sinon vous en sortirez forcément frustré. Mais… il n’en reste pas moins que La nef des fous a aussi (et sans doute surtout) d’immenses qualités, que ce soit sa narration, son ambiance, ses personnages ou certaines des réflexions catalysées (sur le libre-arbitre, la foi et la religion, principalement). Le bilan est donc (très) contrasté, mais certainement pas négatif. Lire la suite

Focus trilogie Rifteurs – Peter Watts

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Ma première participation au magazine

Bifrost_93Je vous propose aujourd’hui le premier papier que j’ai rédigé pour Bifrost, lorsque j’ai intégré l’équipe de chroniqueurs du magazine en septembre 2018. Il s’agissait d’un article synthétique portant sur la trilogie Rifteurs de Peter Watts, pour le dossier qui était consacré à l’auteur canadien dans le numéro 93, paru en janvier 2019. Sachez qu’à l’avenir, vous pourrez retrouver toutes les critiques et articles écrits pour le périodique sous le tag Publié dans Bifrost (il y en aura notamment une autre début février).

Cet article constitue une meta-analyse de l’ensemble du cycle. Il a été conçu pour spoiler le moins possible, mais j’attire votre attention sur le fait qu’il s’agit d’une analyse et pas d’une chronique sans spoilers. Sa lecture est donc à vos risques et périls. Lire la suite

βéhémoth – Peter Watts

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Une fin de cycle assez décevante

behemoth_wattsβéhémoth est l’ultime roman de la trilogie Rifteurs, et il présente une particularité plutôt rare : alors que l’édition française a tendance a couper en deux volumes des livres publiés en un seul chez ses confrères anglo-saxons, ici c’est l’inverse qui a eu lieu. En effet, en VO, il a été scindé en deux (βehemoth : β-Max et βehemoth : Seppuku), mais pas en VF, où il se présente sous la forme d’un volume unique. La réception par le lectorat anglo-saxon de Seppuku a été relativement mitigée, les lecteurs reprochant notamment à Watts une fin un peu facile et un côté trop prolixe des scènes de torture. L’auteur en est d’ailleurs conscient, puisqu’en postface d’un de ses autres romans, il prédisait que celui-ci serait probablement sa plus grosse gamelle depuis βéhémoth. 

Pour ma part, je ressors vraiment mitigé de cette lecture : elle n’est pas à proprement parler mauvaise, mais ce tome 3 n’est en tout cas pas à la hauteur de ses deux prédécesseurs, particulièrement de Starfish, qui constitue pour moi le sommet du cycle et le meilleur roman du canadien après Vision aveugleLire la suite

Starfish – Peter Watts

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Fish-tre, c’est noir, mais c’est bien ! 

starfish_wattsOn ne présente plus, sur ce blog, Peter Watts, mais précisons tout de même que le canadien est biologiste marin de formation, ce qui, comme nous allons le voir, a fortement influé sur le roman dont nous allons parler aujourd’hui. Premier livre publié par Watts (en VO ; en VF, il n’est sorti qu’après Vision Aveugle), Starfish est basé sur une nouvelle datant de 1990, Une niche (qui est d’ailleurs reprise en intégralité après le prologue, avec quelques modifications). C’est le tome inaugural d’une trilogie appelée Rifteurs (le tome 3 ayant été coupé en deux en VO mais existant sous forme unique en VF).

Starfish substitue aux profondeurs de l’espace celles de l’océan, et propose un huis-clos à l’atmosphère oppressante, et pas seulement en raison de l’endroit où l’intrigue se déroule : en effet, ses personnages vraiment très particuliers achèvent d’en faire une expérience assez unique pour le lecteur. De plus, le roman est construit comme un jeu de miroirs, et l’un d’eux consiste à brouiller les cartes avant que le vrai enjeu de l’intrigue se développe. Au final, Starfish est une lecture d’une très grande qualité (finalement pas si loin que ça de Vision aveugle, mais en plus accessible), même si sa noirceur extrême ne le destinera manifestement pas à tous les publics.  Lire la suite

Skinner box – Carole Johnstone

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Une brillante nouvelle, entre Peter Watts et Frank Herbert

skinner_boxCarole Johnstone est une autrice écossaise, qui a obtenu le British Fantasy Award de la meilleure nouvelle en 2014. Déjà publiée par une dizaine d’éditeurs, elle nous propose aujourd’hui gratuitement (en anglais) une novelette (ou nouvelle longue, dans la terminologie française) sur cette page du site de Tor, une maison avec laquelle elle souhaitait travailler depuis longtemps.

Je ne lis pas tous les textes gratuits que Tor propose, faute de temps ou, parfois, de motivation si le résumé en 2-3 lignes donné par l’éditeur au début ne m’inspire pas. Mais en général, si je commence une nouvelle, je la termine. Celle-ci a cependant failli être l’exception : ses prémices ne me semblaient pas très réalistes, et l’info dump vraiment maladroit. Heureusement pour moi (et pour vous !), j’ai continué, et bien m’en a pris, car Skinner Box est au final un texte brillant, quelque part au carrefour entre certaines œuvres de Frank Herbert et surtout Peter Watts. Si vous êtes anglophone, je vous conseille donc vivement de lire cette novelette, dont j’espère sincèrement qu’elle sera traduite (je suis même prêt à m’en charger moi-même, avis aux éditeurs amateurs !). Lire la suite

Walking to Aldebaran – Adrian Tchaikovsky

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Sur la route de brique jaune

walking_to_aldebaranWalking to Aldebaran est le tout nouveau roman court signé Adrian Tchaikovsky, publié chez Solaris en ce 28 mai 2019. Tout comme le récent Cage of souls, il remet au goût du jour de vieux tropes de la SF (nous allons en reparler), et comme Children of ruin, c’est un hommage à d’autres œuvres de l’imaginaire, qu’il s’agisse de romans, de films ou de séries. Car avec cette novella, Tchaikovsky réussit l’incroyable mélange du Magicien d’Oz, du mythe grec du Labyrinthe, de Cube 2 : Hypercube, de La grande porte de Frederik Pohl, de L’homme dans le Labyrinthe de Robert Silverberg, de la SF à Big Dumb Objects et du thème du « Piège cosmique », et peut-être surtout des chemins Silfens de Peter Hamilton. Très référencé, le livre cite ou évoque Frank Zappa, le Capitaine Kirk, Alien, 2001, Lovecraft, Blade runner et Star Wars. Même s’il joue sur le registre de l’Horreur, qu’elle soit cosmique ou gore, il n’est pourtant pas dépourvu d’humour, même s’il est parfois bien noir.

Étant donné que, depuis environ un an, Tchaikovsky a publié beaucoup, et des textes de qualité variable qui plus est (Children of ruin étant le meilleur, Cage of souls le pire, et The expert system’s brother restant relativement décevant), on aurait pu craindre qu’une novella si pleine de références et d’hommages à des livres / films / séries antérieurs soit trop peu originale pour convaincre. Et on ferait une erreur. Après tout, Dans la toile du temps était aussi lourdement influencé par David Brin, ce qui ne l’a pas empêché d’être un excellent roman. C’est aussi le cas ici. Au final, si vous aimez la SF à l’ancienne (ou qui en a le parfum, du moins) et l’horreur en science-fiction, et que vous êtes anglophone, vous auriez tout intérêt à jeter un coup d’œil à ce texte. Je ne le qualifierais pas de chef-d’oeuvre, contrairement à Children of ruin, mais il reste très intéressant à lire. Lire la suite

Children of ruin – Adrian Tchaikovsky

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Partez à, hum, l’Aventure ! 

children_of_ruinSorti il y a tout juste une semaine, Children of ruin est à la fois le dernier texte en date signé Adrian Tchaikovsky (plus pour longtemps : le suivant, la novella Walking to Aldebaran, sort dans cinq jours -nous en reparlerons à ce moment là-), et surtout la suite de Children of time, plus connu en France sous le nom Dans la toile du temps. Ce dernier étant, à mon sens, un des livres de SF les plus marquants sortis ces dernières années, la barre était donc placée haut, ne serait-ce que pour faire aussi bien. Eh bien Tchaikovsky a réussi l’exploit de faire encore mieux. Si, si.

Si ce second tome reprend certains des fondamentaux et des influences (principalement David Brin) de son prédécesseur, il ajoute ou développe d’autres thématiques, ou encore des concepts créés par d’autres auteurs, le principal étant Greg Bear. De plus, au cours du livre, et particulièrement à la fin, il étend les limites de cet univers de façon de plus en plus vertigineuse. Ainsi, tout en se plaçant dans la continuité de Dans la toile du temps, il constitue aussi un roman qui, en terme d’atmosphère, de thèmes et de tropes, en est également parfois sensiblement différent. Une véritable prouesse !

Au final, si vous avez aimé le premier tome de ce qui est désormais un cycle (il semblerait que l’auteur ait « quelques idées » pour une suite potentielle -et la fin de ce tome 2 est un tel teasing que pour moi, il ne peut en être autrement-), vous devez absolument lire cette suite, dont la parution en français n’est clairement qu’une question de temps. Lire la suite