Cage of souls – Adrian Tchaikovsky

Adrian est en surchauffe…

cage_of_soulsAdrian Tchaikovsky est un auteur à la fois prolifique et très éclectique : ces quatre dernières années, il a publié aussi bien de la Sword & Sorcery plus ou moins parodique (Spiderlight) qu’une Fantasy épique plus classique (Redemption’s blade) ou une autre au parfum Young adult (le cycle Echoes of the fall), de la Flintlock (Guns of the dawn), ainsi que des romans ou novellas relevant de différents sous-genres de la SF, dont le magistral Dans la toile du temps (dont la suite, Children of ruin, sort le 16 mai en VO), le très bon Dogs of war (qui sort en français en octobre sous le titre Chiens de guerre) et le correct mais pas transcendant The expert system’s brother. On remarque donc que depuis qu’il s’est éloigné de l’univers de sa décalogie de Fantasy Shadows of the Apt, l’auteur semble se faire plaisir en explorant un à un les différents embranchements de l’arbre taxonomique de la SFF, passant d’un sous-genre et d’un genre à un autre de texte en texte. Il était donc logique que sa dernière production en date (mais plus pour longtemps, vu que deux nouvelles parutions sont prévues dès le mois prochain…) relève une fois encore de quelque chose de complètement différent, à savoir ce que j’ai appelé, dans mon essai, la SFF de la Terre mourante (nous allons en reparler plus loin), ou plutôt d’un dérivé de celle-ci.

Et justement, c’est, à mon sens, à la fois dans cette productivité (trois romans -un court, deux longs- publiés rien qu’en 2019…) et cet éclectisme que réside la source du problème de Cage of souls, qui, avec Spiderlight, est incontestablement le plus dispensable des bouquins de Tchaikovsky parus récemment. C’est simple, même The expert system’s brother est meilleur. Attention, je ne dis pas que, pris globalement, Cage of souls est mauvais (bien que certains pans de son écriture soient effectivement maladroits), mais plutôt que Tchaikovsky nous ayant habitués à bien meilleur, on ne peut qu’être déçu par ce roman bavard, à la structure biscornue et qui peine à vraiment intéresser son lecteur. Même si, sur certains plans (notamment son positionnement taxonomique), il présente aussi des éléments intéressants. Clairement, rarissimes sont, pour moi, les écrivains capables de maintenir un tel niveau de productivité ET de passer avec brio d’un genre et sous-genre à l’autre, et à mon sens, Tchaikovsky commence à montrer ses limites dans l’exercice. L’avenir nous le dira, mais peut-être aurait-il intérêt à plus resserrer son champ d’action (sur les cinq dernières années, je le trouve plus pertinent en SF qu’en Fantasy) et à publier moins mais plus constant en terme de qualité.

SFF de la Terre mourante / de la fin des temps

Il existe un sous-genre (voire genre alternatif) très particulier dans la taxonomie des littératures de l’imaginaire, au carrefour de la SF, de la Science-Fantasy, voire, dans certains cas (chez Clark Ashton Smith, par exemple), de la Fantasy tout court. C’est ce que l’on appelle la SFF de la Terre mourante (faisant ainsi mention au cycle du même nom de Jack Vance) / de la fin des temps (ici une référence à Michael Moorcock). Comme son nom l’indique, elle se place dans un avenir inimaginablement lointain, à la fin du système solaire, voire de l’univers tout entier, et décrit les sociétés qui survivent dans un monde à l’agonie. Il faut bien comprendre la différence entre ce sous-genre et la SF (voire la Fantasy, désormais) post-apocalyptique : ici, il n’est pas question du « monde d’après » une catastrophe ou guerre quelconque, mais plutôt d’une Terre à l’agonie du fait des simples effets du temps et de l’entropie.

Cage of souls relève en bonne partie des codes de la SFF de la Terre mourante (d’après un chiffre qui est cité, il se place au moins cent mille ans dans le futur, sur une planète bleue dont le soleil est malade et dont la fin est inéluctable, et où l’Humanité est réduite à une maigre population concentrée dans une unique cité, où hédonisme et décadence règnent en maîtres), mais quelques petits détails (comme le fait qu’il soit suggéré que la mort prochaine du soleil soit le fait d’une manipulation technologique d’une antique civilisation humaine plus avancée, la mention d’un environnement riche en radiations, la présence de robots biotechnologiques tueurs, etc) font que je pense que nous avons en réalité affaire à une sorte de chaînon manquant entre la SF post-apocalyptique et la SFF de la Terre mourante (la fin du livre venant d’ailleurs à l’appui de cette hypothèse), même si, globalement, au niveau codes et surtout ambiance, le livre tend clairement vers cette dernière. À un détail près, peut-être : certains des personnages font longtemps preuve d’une volonté de se battre contre la fatalité, le déclin, l’inéluctabilité (ou du moins ce qui est perçu comme tel), qui n’est pas vraiment courante dans ce registre des littératures de l’imaginaire (l’auteur déclare, par la voix du protagoniste : « My story is, despite all that has happened, one of hope »). On notera aussi une autre demi-originalité : ce n’est pas seulement le passage des éons et l’effet de l’entropie qui a lentement érodé l’âme humaine, mais plutôt l’impossibilité de franchir le gouffre entre les étoiles avec sa technologie qui, selon l’auteur, l’a brutalement brisée. On ajoutera, pour être complet, que cette SFF de la Terre mourante là est plus proche de celle de Vance (l’humour en moins), dans son aspect « nouveau monde sauvage et propice aux aventures » (bien que le récit de Tchaikovsky ne s’inscrive pas du tout, en terme de ton, dans ce registre), que de celles d’autres écrivains de cette mouvance.

Et justement, c’est là que réside une partie du problème : les autres auteurs ayant exercé dans ce sous-genre. Parce que c’est quasiment la chasse gardée des plus grands : C.A. Smith, Vance, Moorcock, Arthur Clarke, H.G. Wells, G.R.R. Martin, et j’en passe. Or, Tchaikovsky est très loin de proposer un roman qui a l’impact de leurs œuvres : qu’il propose sa déclinaison de la SFF de la fin des temps, certes, c’est son droit, mais très honnêtement, son roman ne restera pas dans les annales de cette branche des littératures de l’imaginaire.

Notez que sur un pur plan SF, Cage of souls ne se contente pas d’explorer la fin des temps, puisqu’il y a des (plus ou moins vagues) éléments de Time Opera, de SF à androïdes et de SF transhumaniste dans le bouquin (pas assez pour être classé dans ces sous-genres, à mon sens, cependant). On y retrouve, de plus, une utilisation des pouvoirs psychiques et une emphase sur l’exploration de milieux inconnus et dangereux très typique des littératures de l’imaginaire pré-années 80, voire 60 dans le second cas.

Univers

Terre, (au moins) cent mille ans dans le futur. Ce qui reste de l’Humanité ne vit plus que dans une seule ville, Shadrapar. Et encore, il y a bien plus de bâtiments que de gens, la périphérie entière de la cité étant plus ou moins abandonnée. Autour : des déserts où se trouvent les ruines d’anciennes civilisations (« assez pour mille expéditions », d’après un des personnages), ainsi que d’étranges créatures ou machines biomécaniques qui tuent à vue à l’aide d’un rayon de la mort ; des jungles où, sans doute accélérée par la mort prochaine du soleil malade, l’évolution s’est tellement emballée qu’elle est presque visible à l’œil nu (même deux visites rapprochées de quelques mois dans le même endroit peuvent montrer des créatures ayant changé significativement) ; enfin, une « mer » formée d’un liquide empoisonné, qui préserve des formes de vie mortes depuis des millénaires. Car Shadrapar est une cité entourée de frontières : temporelle, bien sûr, puisqu’elle se trouve à la fin de l’Histoire, mais aussi spatiales, entourée de milieux et de créatures hostiles (on remarquera d’ailleurs qu’Adrian l’entomologiste est toujours aussi passionné par ses arthropodes). Le récit est centré sur une prison (voir plus loin) que je qualifierais « d’explicite », mais en réalité ce n’est pas la seule du livre, puisque, quelque part, Shadrapar en est une d’un autre genre. Et pas seulement sur le plan spatio-temporel, mais sur celui de la psychologie : ni espoir, ni élan, ni innovation n’y règnent plus depuis longtemps.

La dernière des cités du monde est divisée en différents districts (en gros : vieilles familles aristocratiques, gouvernement, industrie, ouvriers), et surtout entre sa partie de surface et sa partie souterraine, où vit tout un écosystème de criminels et autres communautés, religieuses, scientifiques ou autres, étranges. L’Autorité qui dirige la ville ne s’embarrasse pas de prétextes pour bannir ceux qui troublent sa quiétude hédoniste et décadente : les gêneurs, c’est-à-dire ceux qui veulent changer les choses, ceux qui produisent de nouvelles connaissances (dans une société avant tout caractérisée par sa stagnation, par l’attente de la fin du monde, l’innovation fait peur), sont expédiés sans autre forme de procès sur l’île, en réalité une structure flottante qui n’est maintenue à flot que par le travail incessant d’antiques générateurs alimentant des pompes, que seule une poignée de personnes savent entretenir.

Car en cette fin des temps, les technologies du passé ne sont pour la plupart plus vraiment maîtrisées, et on peut à peine entretenir les plus basiques. Le secret de leur fabrication est le plus souvent perdu (et pas par hasard : ce qui n’est plus « à la mode » est volontairement oublié et jamais réinventé). La seule exception concerne la chirurgie esthétique et l’ingénierie génétique, qui servent à augmenter la durée de vie des membres de l’élite et à leur donner leur apparence très particulière. En effet, en parallèle de caractéristiques physiques autrement parfaites, le gotha de la cité aime s’affubler de ce qu’il appelle des « difformités cosmétiques élégantes », ou encore une « décadence fabriquée ». En clair, il exhibe des bosses ou autres parties contrefaites du corps, pour mieux souligner, quelque part, la perfection du reste. On retrouve bien là, au passage, le vice, la décrépitude morale, qui caractérise tant la SFF de la Terre mourante. Notez aussi qu’à Shadrapar, même les classes riches et éduquées vivent dans les dettes, et, au lieu de chercher à les rembourser, se font au contraire un devoir d’esquiver perpétuellement leurs créanciers ou de monter des systèmes pyramidaux où le prêt qu’on obtient des uns sert à rembourser les dettes contractées auprès des autres. Un signe de plus, avec le fait que la majorité de la ville est sous le contrôle des gangs, du vice et de la décadence qui gangrène la « veuve des cités ».

Régulièrement, un bateau quitte Shadrapar et, cheminant via le fleuve qui traverse la ville, puis la jungle, rejoint le lac où se trouve la prison appelée l’île. Là, un trio infernal règne sans partage : le gouverneur, qui vit en reclus à l’abri de la lumière (alors que les prisonniers se languissent d’elle) et ne s’intéresse qu’à l’astronomie, sa maîtresse, adepte d’expériences scientifiques indicibles pour garder sa jeunesse et sa beauté (on la croirait tout droit sortie de la famille Báthory ou de chez Karl Edward Wagner), et surtout le chef des gardiens, qui tue les prisonniers au moindre prétexte. Quand vous saurez qu’en plus les quartiers disciplinaires sont ouverts à l’eau du lac qui grouille de monstres… Bref, il vaut mieux éviter de contrarier l’Autorité de Shadrapar, car en plus, c’est un aller sans retour : c’est d’une sentence à vie (ou plutôt de mort, le plus souvent) dont il s’agit. Car inutile de penser franchir le lac pour s’enfuir dans les marais puis la jungle : entre des bestioles cauchemardesques issues de l’hyper-évolution et un mystérieux peuple humanoïde appelé les Web-children, réputé anthropophage, point de salut.

Intrigue, structure, narration

L’intrigue est relativement simple à résumer : c’est un récit à la première personne du singulier, avec adresse occasionnelle au lecteur, fait un certain Stefan Advani qui, justement, est sur le bateau pénitentiaire en route vers l’île. Tout le livre constitue en fait ses mémoires. Ce qui signifie (et nous en reparlerons) que vous savez qu’il va survivre à tous les événements qu’il vous relate. Au bout d’un moment, Tchaikovsky va intercaler à cette narration linéaire des flashbacks, qui soit font l’objet de parties séparées, soit qui s’insèrent dans les parties concernant le « présent », c’est-à-dire la (sur)vie de Stefan dans la prison. Ce qui, au moins sur un plan (là aussi, nous allons en reparler), est plutôt bienvenu, vu que depuis le début, ce personnage faisait référence à des gens, des événements et des lieux sans qu’on ait fourni au lecteur les moyens de comprendre ce dont il parlait. Ces retours en arrière, donc, vont vous raconter qui est Stefan, pourquoi il s’est retrouvé dans la prison, et aussi vous montrer sa vie dans l’Underworld, la partie souterraine de Shadrapar. Le dernier flashback va lui révéler ce qui se passe pendant ce temps dans la cité, et impulser un tournant des événements que n’importe quel lecteur doté de deux neurones fonctionnels a vu venir depuis quelque chose comme 400 pages. Même si l’auteur nous réserve un deuxième effet Kiss Cool qui, lui, ne se voit pas venir.

Pourquoi est-ce un livre dispensable ? 

Nous avons déjà vu, au moins partiellement, certaines des raisons qui font que ce livre est dispensable (mineur dans le registre de la SFF de la Terre mourante, récit sans grosses surprises -à part sur la fin- puisque vous savez déjà que ni le narrateur, ni la Terre ne vont survivre), mais il y en a d’autres. D’abord, fondamentalement, pour quelque chose qui tire visiblement une partie de son inspiration de l’aventure / exploration dans des mondes perdus / sauvages (typique de la SFF de l’âge d’or), on s’ennuie mais alors carrément. Le livre est trop gros, trop verbeux, trop mou en terme de rythme et de narration, peine à faire frémir le lecteur pour les personnages, et même lorsqu’il y a des morts, de toute façon on s’en fiche un peu, vu qu’ils ne sont pas spécialement attachants (surtout le protagoniste principal, caractérisé essentiellement par sa lâcheté -ce qui peut cependant être perçu comme une originalité intéressante dans un registre littéraire, l’imaginaire, où le protagoniste est dans l’écrasante majorité des cas caractérisé avant tout par son courage-). Et surtout, il est mal construit : les flashbacks cassent complètement l’immersion, vu que vous êtes brutalement projeté dans une ambiance, des lieux, une sous-intrigue et un casting très différents de ceux que vous suiviez jusque là. Sachant que cela fonctionne aussi dans l’autre sens, le retour à la prison étant rude (sachant que ces flashbacks sont souvent bien plus intéressants -surtout la partie sur l’Underworld- que les parties dans la prison). Bref, sur le plan littéraire, c’est un peu une catastrophe pour un écrivain qui a déjà prouvé plusieurs fois qu’il était capable de faire bien mieux.

Il  y  notamment un point qui m’a particulièrement énervé, à savoir l’adresse au lecteur pour dire, à propos de tel compagnon de cellule, ami, gardien ou ennemi de Stefan, « ah, si j’avais su ce qui arriverait ensuite, je me serais comporté autrement… » : il n’y a pas mieux pour gâcher toute surprise au lecteur, puisque celui-ci sait que ça va tourner mal pour untel ou untel. On peut aussi s’interroger sur les excessives longueurs de certains passages (la description des combats ou celle de périodes où il ne se passe pas grand-chose de fascinant dans la prison, par exemple) surtout lorsqu’on la met en balance avec le côté abrupt de la fin de certains chapitres / de la description expédiée d’événements pourtant autrement plus intéressants.

Ensuite, alors que dans ses livres de SF et de Fantasy, Tchaikovsky développe avec brio de profondes thématiques, ici tout est non seulement flou, mais en plus déjà vu en bien mieux dans les autres romans sur la Terre mourante. Certes, il nous parle du comportement (moral) de l’humain face à la fin du monde, de l’évolution non seulement de l’Homme (tout l’aspect génétique) mais aussi des races qui vont potentiellement remplacer celui-ci comme l’espèce intelligente dominante (la Vermine -qui fait très Skaven-, les Web-children -au passage, on voit ici une convergence avec Dans la toile du temps : l’Humanité mourante coexiste avec une autre espèce intelligente reliée à la notion de « web », même si la signification est différente dans les deux bouquins, à savoir toile d’araignée d’un côté et mains palmées de l’autre, et qui est sur la pente ascendante, contrairement à l’Humanité), il oppose la Loi (Shadrapar / le Marshal / les Gardiens / l’évolution dirigée de l’élite et du Transforming Man) au Chaos (la Nature / Gaki / les prisonniers / l’évolution qui s’est emballée dans les jungles), le nihilisme des élites et du gouvernement de Shadrapar au volontarisme de Stefan et de ses amis (particulièrement dans l’aspect psychique du roman) ou au fait que dans l’Underworld, on est trop occupé à penser au challenge constitué par le jour suivant pour se préoccuper de la fin du monde, mais nom de moi-même, que tout cela est flou, à peine esquissé ! Et pourtant, il y avait du potentiel : le côté pouvoirs psychiques, l’évolution accélérée, voire même les Macathars. J’ai d’ailleurs eu bon espoir concernant le second de ces trois axes : à un moment, un des personnages mentionne le fait qu’il pense que cette évolution accélérée est dirigée par une intelligence globale type hypothèse Gaïa sous stéroïdes ; pourtant, l’auteur ne fait strictement rien de cette idée (ou quasiment) dans la suite de son livre. De même, Tchaikovsky évoque une utilisation des pouvoirs psychiques plutôt que de la technologie au néolithique (rejoignant ainsi les élucubrations disant que les pyramides ou Stonehenge ont été construits par ce biais), et pense que leur redécouverte à la fin du monde est la promesse d’un second âge d’or ; pourtant, là aussi, il n’exploite pas plus cette piste. C’est clairement dommage ! Une des seules thématiques qui est correctement exploitée est, à mon sens, la dénonciation de la rapacité de l’Homme (qui ne peut se contenter de vivre en harmonie avec son environnement) et de ses tendances génocidaires, son premier réflexe étant de vouloir détruire tout ce qui n’est pas lui.

On a vraiment le sentiment que l’auteur a voulu se faire plaisir, rendre hommage aux grands auteurs de l’âge d’or et / ou du registre de la Terre mourante / de la fin des temps, mais le résultat final est un roman mou, trop long, à la structure trop convolutée, et au message flou. Vous aurez donc compris que Cage of souls est, pour moi, une déception, mais, pour autant, il y a des éléments de worldbuilding, certains personnages (Faith) ou événements qui m’ont séduit (sans compter un côté positif inhabituel -et séduisant- dans son sous-genre). Je me dis que l’idée de départ de Tchaikovsky (revisiter le sous-genre de la Terre mourante qui n’est plus spécialement à la mode, notamment parce qu’il est bouffé par le post-apocalyptique bien plus proche de nous) était bonne, mais que son exécution est, soyons honnête, calamiteuse.

En conclusion

Avec ce roman, Adrian Tchaikovsky, auteur très prolifique et surtout très éclectique ces dernières années, revisite un sous-genre des littératures de l’imaginaire un peu tombé en désuétude, alors qu’il a attiré les meilleurs écrivains (Clark Ashton Smith, Jack Vance, Michael Moorcock, etc) et donné bien des œuvres très marquantes : la Terre mourante / de la fin des temps. Il revisite aussi une SFF basée sur l’aventure, l’exotisme, les nouveaux environnements sauvages et étranges, elle aussi réminiscente de l’âge d’or de la science-fiction et de la Fantasy. Sous la plume, de plus, d’un auteur capable du meilleur comme Tchaikovsky, on pouvait donc s’attendre à un roman majeur.

Au final, on obtient, hélas, un bouquin qui n’est satisfaisant sur aucun plan : pas assez immersif pour donner le sentiment de vivre une grande aventure, évacuant d’emblée tout suspense (le protagoniste survivra, les humains sont foutus), trop flou ou stéréotypé sur le plan des thématiques pour séduire l’intellect plus que les tripes, et trop maladroit sur un pur plan technique, littéraire. Bref, Tchaikovsky, qui publie à tour de bras (trois romans -dont un court / une novella- cette année), donne le sentiment d’être en surchauffe. Et prouve qu’il est difficile d’être Vance ou Zelazny, capables de passer d’un genre ou sous-genre à l’autre sans souci, voire de les mélanger. Adrian Tchaikovsky est un grand auteur, mais pas encore un maître, et Cage of souls en est la preuve manifeste et incontestable.

Niveau d’anglais : pas de difficulté.

Probabilité de traduction : franchement, il y a bien plus intéressant à traduire chez cet auteur, à commencer par Guns of the dawn, voire Redemption’s blade.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de FeydRautha,

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15 réflexions sur “Cage of souls – Adrian Tchaikovsky

  1. la SFFF terre mourante était un théme qui me séduisait…. tu noteras l’emploi d’un temps au passé. Je vais en effet, me rabattre sur le mot « dispensable ». QUitte à lire Adrian, autant lire le top.
    Ceci dit, ta critique est plutôt équilibrée. Je n’aurais rien sur mes tablettes, une envie de lire un bouquin sur cette thématique, je foncerai.

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  2. Je ne sais pas si on peut vraiment lui attribuer l’originalité du concept d’un héros lâche dans une terre mourante, vu que c’est la définition de Cugel…

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    • Relis le passage de ma critique auquel tu fais mention, je parlais des littératures de l’imaginaire en général. Dans ce cadre-là, le protagoniste courageux est majoritaire d’une façon écrasante par rapport à celui qui fait preuve de lâcheté, sauf dans les sous-genres les plus noirs caractérisés par leurs antihéros. Et pour ce qui est de Cugel, il est lâche et manipulateur, alors qu’à mon sens (et à celui de l’auteur, qui le répète à de nombreuses reprises), Stefan est juste lâche (même s’il va mentir au gouverneur pour ce qui concerne une traduction qu’il va lui confier, en allant moins vite que prévu et en recrutant une aide parmi les autres prisonniers dont il n’a en réalité pas besoin. Mais fondamentalement, c’est Gaki qui a le rôle du manipulateur).

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  3. Le monde est quand même mal fait, on se retrouve avec des auteurs qu’on voudrait voir produire plus/plus vite et des auteurs qu’on voudrait voir produire moins/plus lentement, c’est pas de bol. =P

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