La Campagne écarlate – Brian McClellan

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Un tome intermédiaire inhabituellement intéressant

Le 23 septembre 2022 paraîtra La Campagne écarlate de Brian McClellan, second volet de la trilogie des Poudremages. Je ne pense pas que la majorité de ceux qui ont lu La Promesse du sang aient besoin d’être convaincus de lire la suite (mais plutôt qu’ils vont se ruer dessus dès sa sortie !), mais au cas où il y aurait encore quelques indécis, ayant lu ce tome 2 en VO, je peux assurer que pour un tome intermédiaire de trilogie (classiquement le moins intéressant des trois, coincé entre l’effet découverte du premier et l’effet épique / dramatique du dernier), celui-ci est inhabituellement bon et intéressant. Il a aussi le gros mérite de prendre le lecteur systématiquement à contre-pied, en ne jouant pas la partition à laquelle il pouvait s’attendre et en le surprenant constamment. On notera aussi une vraie dynamique psychologique et relationnelle entre les personnages, ainsi, bien entendu pour la Rolls de la Fantasy à poudre, que le côté épique des combats.

Si vous avez aimé le roman précédent, il n’y a donc, logiquement, aucune raison de ne pas lire sa suite. Celles et ceux d’entre vous qui voudraient en savoir plus à son sujet pourront se référer à ma critique complète de la VO.

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Malice – John Gwynne (VF)

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Le digne héritier de David Gemmell

Le 26 août 2022, sortira (sous le même titre) la traduction de Malice, premier des quatre tomes du cycle Le Livre des Terres Bannies. Si vous suivez nos blogs et nos réseaux sociaux, ça fait un moment que le camarade Inculte et moi (le camarade Culte ^^) vous parlons de l’auteur, John Gwynne, qui est pour nous clairement l’héritier (le vrai, hein) de l’immense David Gemmell. Jusqu’ici, la prose du britannique n’étant disponible que dans la langue de Shakespeare, la plupart d’entre vous devait, malheureusement, se contenter de notre parole en la matière, ainsi que lorsque nous vous expliquions à quel point c’était exceptionnellement immersif et doté de personnages particulièrement vivants et attachants. Heureusement, pour ce cycle comme pour bien d’autres, les éditions Leha sont venues à la rescousse, et entament donc sa traduction dans la langue de Molière.

J’ai, pour ma part, lu l’ouvrage il y a quatre ans et demi, pour le compte d’une maison d’édition (pas Leha) qui n’a pas donné suite (pas pour des raisons de qualité, mais de rapport coût de la traduction / recettes projetées). Je concluais ma critique (que vous pouvez lire en intégralité sur cette page) ainsi : tome introductif d’une tétralogie de beaux pavés, Malice réalise une sorte d’impossible mélange entre éléments de structure ou de style propres à J.R.R. Tolkien, G.R.R. Martin ou (surtout) David Gemmell (dont John Gwynne est à mon avis un sérieux prétendant au titre d’héritier), entre épique et intime. High Fantasy à fort aspect politique, écrite dans un style, un univers, une narration et une atmosphère évoquant fortement Gemmell, cette histoire brille particulièrement sur deux plans, à savoir une immersion extraordinaire et des personnages inoubliables. On appréciera la place laissée à une civilisation de géants (ce qui ne court pas les rues en Fantasy) dans ce monde, ainsi qu’un certain twist aux codes de la High Fantasy lorsque deux des personnages croient servir le bien alors que le lecteur, lui, a des doutes. Quoi qu’il en soit, Malice est un premier roman absolument impressionnant, ouvrant un cycle dont chaque tome est réputé meilleur que le précédent (si, si). C’est donc avec un grand plaisir que je lirai la suite. Car ce roman, c’est pour moi un Retour vers le futur : ce sont les sensations et l’immersion d’un Elric, des Princes d’Ambre ou du Seigneur des anneaux, mais à 47 ans, pas à 10-15 ! Inutile de dire que cela ne m’arrive pas tous les quatre matins, blasé, inévitablement, que je suis après 37 ans de lectures SFFF…

Sachez, pour terminer, que depuis la parution de cette tétralogie, Gwynne a amplement confirmé son statut 1/ de très grand auteur de Fantasy « à l’ancienne » et 2/ d’héritier (désormais incontestable) de David Gemmell, notamment avec le premier tome de sa dernière trilogie en date, The Shadow of the gods. Bref, très clairement, si vous êtes amateur de Fantasy, je vous conseille vivement la lecture de Malice, vous ne le regretterez pas !

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Haute-école – Sylvie Denis

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De bonnes idées, insuffisamment exploitées

Une version modifiée de cette critique est sortie dans le numéro 103 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Haute-école est le premier roman de Sylvie Denis, le seul qui relève de la Fantasy. Il s’agit d’une déclinaison inhabituelle du genre, surtout pour l’époque de sa parution, avec sa société pré-industrielle devant plus à l’Ancien Régime qu’au Moyen Âge, sa magie remplaçant la technologie, et son histoire sortant des canons de celles centrées sur une école de magie. Le problème étant que depuis 2004, on a fait bien mieux dans ces registres, ce qui fait que ce livre accuse son âge… ce qui n’est hélas pas son seul souci.

Le worldbuilding, singulier, s’articule autour de deux royaumes concentriques : l’un, dit Intérieur, entoure le centre du monde, un désert calciné par le Solaire, l’autre, dit Extérieur, est limité par la mer et des Murailles de Brume infranchissables. Ils sont en guerre, depuis si longtemps que la raison du conflit a été oubliée. Dans le royaume Intérieur, on tue les magiciens, jugés trop dangereux, à la naissance ; dans l’Extérieur, ils sont enrôlés de force dans la Haute-école. Les plus chanceux finissent professeurs, les autres au service de l’armée, l’administration ou de riches privilégiés, servant de système d’éclairage public, à actionner les pompes pour l’eau courante, et ainsi de suite (l’école les qualifie de matériaux : ce ne sont plus des humains, mais des machines. On est loin de l’élite que forment les mages dans les autres univers de Fantasy). La répétitivité de ces tâches conduisant à la folie, au suicide ou une fuite punie de mort. Et le Grand Méchant, qui vient de s’emparer de l’école par le meurtre, a des projets encore plus sinistres : pour donner au processus la dimension d’un véritable travail à la chaîne, il veut créer un programme eugéniste et faire se reproduire les mages entre eux. Les rafles et l’embrigadement ne suffisent plus, voilà qu’arrivent l’élevage en batterie et les expérimentations humaines (pour développer de nouveaux pouvoirs). Lire la suite

Noon du soleil noir – L.L. Kloetzer

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Un roman de Leiber Leiber Kloetzer

Noon du soleil noir est le nouveau (et troisième) roman de L.L. Kloetzer qui, comme on le sait, n’est que le pseudonyme commun des époux Laurent et Laure Kloetzer (un peu comme le « James S.A. Corey » auteur de The Expanse n’est qu’un nom de plume pour deux écrivains différents). Et l’attente a été longue pour ses fans, puisque la précédente œuvre de l’artiste bicéphale, Anamnèse de Lady Star, datait d’il y a déjà neuf ans, même si de son côté, le seul Laurent a été plus productif, y compris chez le Bélial’, qui avait déjà publié son Issa Elohim dans la collection Une heure-lumière en 2018. Les plus éveillés d’entre vous remarqueront que 1/ c’est le premier roman de Fantasy de L.L. Kloetzer, 2/ c’est par contre un retour à ce genre pour le seul Laurent, et que 3/ Olivier Girard est tout de même un fin renard de publier de la Fantasy (ce qui est très inhabituel pour sa maison d’édition) au moment où « tout le monde » fait surtout de la SF, qui est plus dans l’air du temps.

Je me suis, jusque là, tenu à l’écart de la prose SF des Kloetzer, que ce soit Issa Elohim ou les deux romans rédigés en commun, car je n’étais pas convaincu qu’ils étaient susceptibles de me séduire. Seulement voilà, quand le Bélial’ a commencé à communiquer sur Noon, il a mis en exergue le fait qu’il s’agissait d’un hommage au cycle des épées de Fritz Leiber, une œuvre pour laquelle j’ai une tendresse toute particulière. Un hommage assumé, ce qui est finalement devenu rare : je pourrais citer plusieurs ouvrages de SF, rédigés dans la langue de Molière ou traduits, qui tirent significativement leur substance d’un autre auteur, mais qui, pourtant, ne citent jamais l’influence de l’inspirateur, semblant, au contraire, parier sur la méconnaissance des classiques d’une grande part du lectorat actuel pour lui vendre de pales ersatz des originaux. Rien de tel ici, ce qui est clairement à mettre au crédit du Bélial’ et des deux co-auteurs.

Quand, comme moi, vous êtes cité sur la quatrième de couverture de la seule intégrale (intégrale complète, hein, pas le machin partiel paru chez Bragelonne -oui, l’intégrale-pas-intégrale, c’est un concept…) existant en français (celle parue au Livre de Poche) de cette saga fondamentale en Fantasy, lire un roman qui s’en réclame est pratiquement une obligation « professionnelle ». J’avais toutefois des doutes sur la capacité de l’écriture des co-auteurs à me convenir, doutes levés quand l’éditeur a eu la bonne idée de mettre en ligne un extrait gratuit de ladite prose. De fait, elle est élégante sans être pompeuse, fort rythmée, musicale, fluide et agréable. J’ai d’ailleurs dévoré ce (petit) roman à une vitesse devenue rarissime chez moi, signe certain de sa qualité. Tout comme le fait que je lui attribue la distinction enviée (si, si) de (roman) Culte d’Apophis !

On signalera également que l’ouvrage est richement illustré par Nicolas Fructus, qui signe aussi la couverture. Outre le fait que les dessins intérieurs vont du « correct » au « magnifique » (les paysages, le jardin médicinal, etc. ; certains constitueraient presque à eux seuls un motif d’achat, même en ne tenant pas du tout compte du texte), ils permettent de visualiser plus clairement l’action ou ses protagonistes, et contribuent à renforcer la puissante atmosphère déjà tissée par la prose des Kloetzer.

Je ressors de cette lecture d’autant plus satisfait que ce livre m’a réservé bien des surprises, à commencer par le fait que s’il est marqué du sceau de Fritz Leiber, ce n’est pas la seule influence qui a servi à le forger, la seule fée inspiratrice à s’être penchée sur son berceau. Et à vrai dire, l’une d’elles est aussi présente que celle du père du cycle des épées… voire presque plus sur certains points capitaux de l’intrigue et de la construction du monde. Je ne saurais trop recommander la lecture de Noon du soleil noir aux amateurs de Fantasy « à l’ancienne », Sword & Sorcery et Heroic Fantasy, qu’ils aiment le travail des Kloetzer ou pas. Et comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, je compte bien revenir, un jour ou l’autre, sur le reste de leur bibliographie, commune ou celle du seul Laurent (et ce d’autant plus que j’ai Issa Elohim en stock, récupéré sous forme électronique lors du Confinement, il me semble). Lire la suite

Hors-série Une heure-lumière 2022

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Les femmes à l’honneur

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un SP fourni par le Bélial’. Un grand merci à Olivier Girard et Erwann Perchoc !

Pour la cinquième année consécutive, le Bélial’ vous propose, à partir du 26 mai, pour l’achat de deux titres de la collection Une heure-lumière en version papier (le but étant de soutenir les libraires -l’opération est aussi évidemment valable sur le site de l’éditeur lui-même-), un Hors-série gratuit qui ne sera disponible que par ce biais et seulement dans la limite des stocks disponibles. L’objet ayant une dimension collector, s’il vous intéresse, il ne faut pas traîner. Et justement, c’est aussi le 26 mai 2022 que sortiront les deux nouveaux titres d’UHL, à savoir Un an dans la Ville-Rue de Paul Di Filippo et Opexx de Laurent Genefort. J’ai lu le premier pour le compte de Bifrost (vous pourrez retrouver ma critique dans le numéro 107 du magazine, à paraître début juillet), et ne vous en dirai donc pas grand-chose, sinon que c’est un excellent livre, à la traduction (signée Pierre-Paul Durastanti) d’une impressionnante qualité, mais peut-être pas tout à fait destiné à tous les profils de lecteurs. Vous trouverez ma critique du second ici.

L’ouvrage (112 pages au compteur tout de même) est illustré, comme d’habitude avec brio, par Aurélien Police pour la couverture (très esthétique, mais n’ayant finalement aucun rapport avec le contenu, comme nous allons le voir) et Anouck Faure pour l’unique illustration intérieure (vous retrouverez une autre de ses œuvres dans le numéro 107 de Bifrost, en ouverture d’une nouvelle de Sarah Pinsker). Il débute avec un court édito d’Olivier Girard, le capitaine à la barre du navire Bélial’, qui revient sur le chemin parcouru par la collection en six ans (avec un coup de canif, à mon avis complètement mérité mais encore trop gentil, envers ces autres maisons qui, soudain, trouvent d’immenses mérites au format court, pour lequel elles n’avaient, jusqu’ici, que mépris) et souligne le fait que le format très singulier d’UHL favorise la prise de risque, aussi bien pour l’éditeur (moins de papier, moins de coûts -éventuels- de traduction) que pour le lecteur (moins cher payé, plus vite lu, donc un moyen facile de tester une autrice ou un auteur). Lire la suite

La promesse du sang – Brian McClellan – version Leha

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Enfin !

Le 25 mars 2022, les éditions Leha publieront à nouveau, après un premier faux départ en 2014 chez Panini, le tome inaugural (La promesse du sang) de la saga emblématique de la Fantasy à poudre, les Poudremages, réalisant ainsi le souhait des nombreux membres du fandom qui, tels votre serviteur, l’Ours Inculte ou bien des membres de la communauté Elbakin, ont milité, au cours des années, pour que la traduction de ce cycle soit reprise (et cette fois menée à terme). Espérons que cette sortie contribuera également à (enfin…) mieux faire connaître et surtout apprécier en France ce sous-genre récent (une dizaine d’années) de la Fantasy à monde secondaire, tant ses fondamentaux (époque d’inspiration, technologie) tranchent radicalement avec le médiéval-« fantastique » de la Fantasy à papa et apportent un vent de fraicheur bienvenu à ce genre littéraire dans son ensemble.

Mais l’originalité n’est pas la seule qualité des Poudremages, car cette trilogie en cumule bien d’autres, à commencer par d’excellents personnages, dont, évidemment, celui qui est représenté sur la magnifique couverture (on félicite d’ailleurs Leha d’avoir repris les illustrations de la VO), Tamas, sans oublier un système de magie unique, car basé sur l’utilisation de la… poudre ! Je ne vais pas m’étendre plus sur le sujet, car à ce stade, si vous ne jetez pas vos euros, Francs suisses, dollars canadiens, dinars et autres Francs CFA sur votre moniteur, je ne peux plus rien pour vous  😉 (et oui, au passage, 25 euros est un tarif plutôt onéreux pour un roman de cette taille, mais croyez-moi, il les vaut largement).

Celles et ceux, toutefois, qui voudraient en savoir (beaucoup) plus sur ce livre peuvent se référer à la critique très détaillée que j’ai écrite lorsque j’ai lu l’édition précédente. Je précise également que vous trouverez sur le Culte les chroniques du tome 2 et du tome 3, et aussi celles consacrées à la dizaine de nouvelles (très intéressantes, pour certaines) complétant ces romans ici et , plus celle d’une novella (ici) introduisant un personnage de la seconde trilogie se déroulant dans cet univers et mettant en scène certains protagonistes (survivants…) des Poudremages.

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Age of ash – Daniel Abraham

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Démêler les fils

Spontanément, le nom de Daniel Abraham peut ne pas vous dire grand-chose, à moins que vous ne fassiez partie des fins connaisseurs de la SFF, qui savent qu’il est un des deux auteurs (avec Ty Franck) se cachant sous le pseudonyme commun de James S.A. Corey, le papa du cycle de romans The Expanse, qui a lui-même engendré une série télévisée qui est une des plus réussies dans le registre science-fictif ces dernières années. Mais Daniel Abraham, sous le pseudonyme d’Hanover, est aussi responsable de la pentalogie La dague et la fortune (dont les trois premiers tomes ont été traduits en France), qui était, cette fois, une Fantasy de fort bonne facture.

C’est justement de ce dernier genre littéraire dont relève le nouveau projet de l’auteur, le cycle Khitamar. On pourrait croire à une trilogie de plus (ce dont la Fantasy est très loin de manquer !) si l’argumentaire de l’éditeur n’attirait pas notre attention sur la singularité (pour ne pas dire l’exotisme) de la chose : « Les trois romans de la trilogie Khitamar se déroulent lors de la même année, mais sont narrés selon le point de vue d’un personnage différent. Leurs histoires vont s’imbriquer et s’entrelacer, et la vérité pleine et entière, si tant est qu’une telle chose existe, sera comprise en suivant chaque fil narratif ». Nous examinerons d’ailleurs l’intérêt (ou pas) de la chose et la différence par rapport à une trilogie plus classique dans la suite de ce propos. Lire la suite

Le seigneur des empereurs – Guy Gavriel Kay

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Un extraordinaire second volet

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 101 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Second volet du diptyque La mosaïque Sarantine, Le seigneur des empereurs fait suite à Voile vers Sarance. Il introduit un nouveau personnage, Rustem, un médecin Bassanien envoyé espionner Sarance, et qui, comme Crispin, est un autre étranger portant un regard extérieur sur les Sarantins. Un homme ordinaire placé, bien contre son gré, au cœur des intrigues tissées par trois femmes exceptionnelles pour s’emparer du pouvoir ou le conserver. Kay a toujours particulièrement soigné ses personnages, tout spécialement les féminins, mais il a probablement atteint ici le sommet de son art en la matière. S’il nous place au point où le paradigme bascule, où l’Histoire prend un nouveau cours, dans les pas des souverains et autres hauts personnages, il n’en oublie pas pour autant le sort des gens modestes. D’ailleurs, les scènes de plus grande envergure ne sont pas placées à la fin du roman, mais bien avant, et la conclusion met à nouveau en lumière l’art du mosaïste et celui qui lui donne vie. Lire la suite

Engines of empire – R.S. Ford

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Paradoxalement à la fois plutôt novateur ET très (trop ?) classique !

Engines of empire est le premier tome d’un cycle (à priori une trilogie, vu que l’auteur en a déjà sorti plusieurs) appelé The age of uprising, dont on sait déjà que le second se nommera Engines of chaos (et ce pour une bonne raison : son chapitre introductif est présent à la suite du roman -en plus d’un extrait de The justice of kings de Richard Swan). Et d’ailleurs, en parlant de l’auteur, je n’ai pas tout de suite fait le lien entre « R.S. Ford » et le Richard Ford du cycle Havrefer, mais il s’agit pourtant bel et bien de la même personne. On remarquera, au passage, que Engines of empire part d’un postulat de départ très exactement inverse de celui d’Havrefer, puisque cette fois, les événements sont vus par les yeux de personnages issus de la plus haute société de cet univers.

Ce roman s’est révélé très paradoxal : d’un côté, par son aspect technomagique, ses différents systèmes de magie, le fait qu’il s’agit d’une sorte de version condensée ou hybride des deux premiers tomes des trilogies classiques de Fantasy, il est plutôt du côté novateur des œuvres relevant de ce genre ; mais d’un autre côté, on y retrouve des références très Sword & Sorcery qui évoquent beaucoup plus la Fantasy (très) ancienne que les dernières évolutions du genre, sans compter un empilement de clichés côté personnages, voire de certains points de l’univers (on sent que le britannique s’est fait plaisir en recyclant des éléments de ses écrivains ou contextes favoris, y compris cinématographiques, comme nous le verrons). Le truc assez fou, c’est que malgré ces paradoxes, voire ces défauts, ça fonctionne franchement bien : certains personnages font grincer des dents, mais le bouquin a un net de goût de reviens-y, et on (moi, en tout cas) sort de sa lecture en étant satisfait. Même si, clairement, ce ne sera pas la sortie Fantasy de l’année (il faut dire qu’il y a du très, très lourd à venir), juste un fort honnête roman. Et c’est déjà pas mal ! Lire la suite

Les Hurleuses – Adrien Tomas

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Une nouvelle pépite de la Fantasy Industrielle à la française

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 101 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Les Hurleuses est la première partie du diptyque Vaisseau d’Arcane, qui se déroule dans le même univers qu’Engrenages et sortilèges, Young Adult paru chez Rageot, mais se destine cette fois aux adultes et se place dans un autre coin du monde. Il s’agit d’Arcanepunk / Fantasy industrielle mélangeant technologie et magie, la première étant alimentée par la seconde (l’arcanicité remplace l’électricité). En effet, la magie peut se présenter sous forme solide ou liquide, pouvant notamment frapper quelqu’un pris sous un « orage de mana » et le transformer en « Touché », dont la personnalité et l’intelligence sont quasiment annihilées mais qui, contrairement à un mage classique, a accès à des réserves d’énergie surnaturelle illimitées, utilisées pour alimenter trains, canons à rayons et autres ascenseurs à lévitation. La magie a de plus des effets mutagènes, transformant des essaims d’insectes en intelligences de groupe ou les poissons des abysses en une civilisation hautement évoluée, qui explore la surface via des aéroscaphes mécaniques. On comprendra donc que les villes humaines soient sous dômes ! Lire la suite