L’œil d’Apophis – Numéro 7

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Eye_of_ApophisSeptième numéro de la série d’articles l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, mal promus par leur éditeur, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans : aujourd’hui, il s’agit de Kirinyaga de Mike Resnick, de La paille dans l’œil de Dieu de Larry Niven et Jerry Pournelle et de La sphère de Gregory Benford.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt le tag  (Roman) Culte d’Apophis).

Kirinyaga – Mike Resnick

KirinyagaMike Resnick est un auteur américain qui propose souvent une SF originale, qu’elle relève de certains codes du western (voir cet article) comme dans Santiago, ou soit très inspirée par le continent africain. Il a beaucoup écrit dans ce dernier registre (Ivoire, la trilogie de l’infernale comédie, Sous d’autres soleils), et son oeuvre la plus marquante est sans doute Kirinyaga, un fix-up qui nous montre, bien avant La Terre bleue de nos souvenirs d’Alastair Reynolds, une Afrique du futur.

En ce XXIIe siècle, le continent s’est occidentalisé, et certains Kenyans décident de recréer, dans un astéroïde terraformé, une « utopie » Kikuyu, comprenez une société reprenant à la lettre les modes de vie et les codes traditionnels de cette ethnie, majoritaire au Kenya. Ce qui signifie excision, coupure de l’accès à l’éducation pour les fillettes, pas de technologie moderne (sauf pour le « sorcier » du village, qui peut ainsi provoquer certains effets « miraculeux »), le meurtre d’un bébé né par le siège (un signe funeste), le fait qu’on puisse se faire dévorer par des bêtes sauvages (qui ne sont plus présentes dans la véritable Afrique depuis longtemps), et j’en passe.

L’ouvrage développe de façon brillante tout un tas de thématiques : choc entre tradition et modernité, entre mode de vie propre à une ethnie et pression des modes de pensée et technologies issues de l’Occident, manipulation de l’Histoire et Utopie (pour certains) fondée sur le mensonge (fait à tous les autres), difficulté d’aller contre la marche en avant du progrès, qu’il soit technologique ou social, etc. Si le monde artificiel clos où une ethnie vit selon un mode de vie traditionnel et low-tech alors qu’elle est, sans d’ailleurs toujours le savoir, dans un environnement de très haute technologie, n’est pas forcément original (cf Captive universe, de Harry Harrison, dont nous reparlerons dans quelques mois), Kirinyaga se révèle vraiment très intéressant à de multiples niveaux : ses thématiques, bien sûr, son ambiance africaine et à la fois low- et high-tech, mais aussi son protagoniste très ambivalent, qui attire autant l’antipathie qu’une certaine forme de compassion ou de pitié tant son combat est vain mais génère, pourtant, de grandes souffrances, tant pour les autres que pour lui.

La paille dans l’œil de Dieu – Larry Niven et Jerry Pournelle

paille_niven_pournelleSi vous vous intéressez au premier contact extraterrestre, vous devez ab-so-lu-ment lire, si ce n’est déjà fait, ce pavé, qui est pour moi une des références incontournables, sinon LA référence, dans cette thématique. Il nous montre une société humaine avancée, qui s’est étendue dans l’espace et se relève de l’effondrement d’un premier empire interstellaire. Lorsqu’un vaisseau à voile solaire en provenance d’une des deux étoiles de la Nébuleuse du Sac à charbon (la région la plus sombre de la Voie Lactée) se comporte de façon hostile et se révèle être piloté par la première espèce alien jamais rencontrée par l’Humanité, on décide d’envoyer deux vaisseaux de guerre enquêter dans son système d’origine (au passage, si vous avez lu le cycle de Pandore de Peter Hamilton, vous constaterez que l’auteur britannique a du puiser quelques idées ou concepts de base dans le livre -antérieur- de ses deux confrères).

Quasi-Honor Harrington avant l’heure (du fait de son contexte militaire très inspiré par la Royal Navy du XIXe), boudé par ceux qui n’apprécient pas la SF « militariste », La paille dans l’œil de Dieu (au passage, parmi les différentes éditions, je vous conseille la traduction révisée publiée par le Belial’ -dont on apprécierait, par ailleurs, qu’il fasse enfin paraître la suite tant attendue, surtout qu’il l’annonce pour incessamment-sous-peu depuis… oh, plus que ça…-) a bâti une espèce non-humaine extrêmement soignée, que ce soit au niveau morphologique, physiologique ou culturel. Impossible d’en dire plus sans spoiler horriblement, mais en tout cas, on est terriblement loin des extraterrestres en peluche de la mauvaise ou pseudo-SF (Star Wars…). Un sujet dont, d’ailleurs, nous reparlerons dans les semaines à venir dans un tout nouvel épisode des A-Files.

La sphère – Gregory Benford

sphere_benfordSi, clairement, les deux livres précédents sont, chacun dans leur genre, des chefs-d’oeuvre ou des références, ce n’est pas le cas de celui-ci, qui est « juste » un livre de Hard-SF ma foi fort sympathique mais relativement mineur. Si vous suivez un peu l’actualité scientifique, vous savez que chaque fois qu’un nouvel accélérateur de particules géant est mis en service (et vu le coût, la complexité et surtout la taille des bestiaux, ça n’arrive pas tous les quatre matins non plus), les mêmes peurs refont surface, à savoir qu’une expérience à très haute énergie forme un trou noir qui finisse par dévorer la Terre. Gregory Benford est visiblement parti de cette hypothèse, mais dans un twist fort intéressant, a fait accoucher tout autre chose du ventre de l’accélérateur meurtri après l’inévitable accident qui, bien entendu, le frappe.

Les particularités de l’objet formé, une sphère (rien à voir avec celle de Michael Crichton, au passage), sont franchement bien expliquées par l’auteur, et le roman se déroulant dans notre monde contemporain et avec des personnages auquel il est possible de s’attacher ou de s’identifier, je pense qu’il constitue une porte d’entrée ma foi fort correcte pour quelqu’un qui voudrait s’essayer à la Hard-SF sans donner tout de suite dans le Hardcore (Egan). Mais même pour quelqu’un qui est habitué, et depuis longtemps, à lire ce sous-genre, le livre de Benford s’avère plus que correct et intéressant.

23 réflexions sur “L’œil d’Apophis – Numéro 7

  1. Pingback: La paille dans l’oeil de Dieu – Larry NIVEN & Jerry POURNELLE | Le Blog uchronique de Daidin

  2. L’une des choses intéressantes, dans mon souvenir, de La sphère c’est qu’à côté de l’aspect scientifico-technique il y a aussi l’aspect scientifico-administrato-politique. Ou comment voir que la recherche scientifique ça n’est pas que des gens enfermés dans des labos à faire des expériences mais aussi des gens qui doivent se battre pour avoir des budgets, parfois s’intéresser à la politique, etc. 🙂

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    • Tout à fait. et d’après ce que j’en sais, c’est traité de façon fort réaliste (ce qui n’a rien d’étonnant, vu le background de Benford). Même si, sur cet aspect, à mon avis Voyage de Stephen Baxter fait au moins aussi bien.

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  3. Tu me fais saliver avec avec La Paille dans l’œil de Dieu. Dommage qu’il n’y ait pas de version numérique.

    [Mode vieux prof de français] C’est œil avec un œ ! Alt-o sur mon clavier.

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  4. Mike Resnick me tente depuis des années, j’attends juste une version numérique (légale) pour me lancer dans l’aventure.

    La paille dans l’oeil de Dieu a été lu mais je n’en ai aucun souvenir 😦

    Par contre La Sphère est mon premier Benford et l’un de mes premiers Hard-SF et j’avais adoré mais c’était il y a une bonne quinzaine d’années.

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  5. Il y a un petit moment que j’ai repéré Kirinyaga de Mike Resnick et ton retour ne fait que confirmer mon envie de le lire. J’apprends, grâce au commentaire de Yogo, qu’il n’y a pas de version numérique, du coup ça attendra quelques mois !
    Toujours bienvenue et fort pratique ces articles en tout cas

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  6. La Paille, je l’ai lu et chroniqué. Je ne peux donc applaudir des 2 mains et 2 pieds, c’est effectivement un roman essentiel de la SF tout court. Certes pas sans défaut, mais quelle puissance!
    Kiringaya il est dans ma Wish-list depuis un certain temps maintenant. Espérons que le Père Noël y songe….
    Je note La sphère de Benford et te remercie pour cette découverte qui entre dans mes thématiques de prédilection.
    Merci Apo!

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    • Vu que tu as publié récemment une critique d’un autre texte relevant de l’afrofuturisme (Binti), je pense que Kirinyaga est taillé pour toi. Je te conseille le recueil « Sous d’autres soleils » du même auteur, il est également très intéressant. Et si tu achètes / on t’offre Kirinyaga, il faut prendre la version Lunes d’encre / Denoël, qui contient une nouvelle supplémentaire.

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