Le marteau de dieu – Arthur C. Clarke

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Clarke a trop utilisé son marteau sur sa propre tête !

Une version modifiée de cette critique est sortie dans le numéro 102 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Publié en 1993, le roman Le marteau de Dieu est une version étendue d’une nouvelle parue dans le magazine Time l’année précédente. Et le moins que l’on puisse dire est que le procédé est douloureusement visible et très maladroitement réalisé ! L’intrigue est supposée parler de la menace pour toute vie sur Terre que constitue Kali, un astéroïde détecté en 2109 par le programme de surveillance Spaceguard (un postulat de base qui rappelle franchement celui de Rendez-vous avec Rama, ce à quoi il convient d’ajouter deux éléments recyclés de 2001 et 2010), ainsi que de la mission menée par le capitaine Singh pour le dévier de sa trajectoire, mais le roman débute en nous parlant du passé du protagoniste, l’astéroïde n’étant abordé, quand on y pense, que de façon presque marginale durant les deux premières parties du livre. Il faut même attendre plus du tiers de ce dernier pour que l’histoire de la découverte de Kali soit relatée. On a la nette impression que l’astéroïde n’est pas le principal sujet de l’ouvrage, un comble !

Pendant ce temps, l’auteur s’étend à n’en plus finir sur l’existence (pas franchement passionnante) de son protagoniste, et tente de nous dépeindre les changements sociétaux, technologiques ou autres qui ont eu lieu au XXIe siècle et au début du XXIIe. Autant le dire, c’est un échec : ce qui n’est pas du cent fois vu, en mieux qui plus est, chez Clarke ou d’autres, nécessite parfois un considérable degré de suspension de l’incrédulité, comme avec l’hypothèse de départ rien moins qu’absurde de la formation d’un syncrétisme chrétien / islamique. Ce qui est d’autant plus grave qu’il a un rôle non négligeable à jouer dans l’intrigue ! Les parties spécifiquement consacrées à l’astéroïde sont d’une faiblesse intolérable pour un auteur de Hard SF du calibre de Clarke, sans compter une absence quasi-totale de dramaturgie inacceptable dans ce genre de SF apocalyptique (les problèmes se règlent pratiquement aussi vite qu’ils apparaissent !).

La structure inutilement bavarde et aérée de l’ensemble (bien des chapitres sont ridiculement courts et / ou n’apportent rien à l’histoire, manière d’augmenter artificiellement le nombre de pages de l’ouvrage, tout comme le fait de le découper en une quantité excessive de parties) se conjugue à un patchwork de chapitres n’ayant rien à voir avec ceux qui forment l’intrigue principale et insérés n’importe comment entre eux, ainsi qu’à la faiblesse de tous les aspects traités, pour donner un roman dont on se passera aisément, surtout chez un romancier comme Clarke, qui a produit tant d’autres livres intéressants, voire incontournables. Et ce d’autant plus que dans la thématique de l’astéroïde tueur, d’autres (à commencer par Benford / Rostler avec Shiva le destructeur, dont on se demande d’ailleurs si Clarke ne s’en est pas inspiré) ont fait bien mieux.

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Le courage de l’arbre – Leafar Izen

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Ta gueule, c’est botanique !

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse fourni par AMI. Un grand merci à l’éditeur et en particulier à Gilles Dumay !

Moins de deux ans après La marche du Levant, Leafar Izen revient, le 20 avril 2022, avec un deuxième roman publié chez Albin Michel Imaginaire, cette fois intitulé Le courage de l’arbre (titre assez incompréhensible, même une fois le livre achevé, et pour tout dire vaguement ridicule). Je pourrais faire de ce nouveau livre quasiment la même critique que pour son prédécesseur, à savoir qu’il est absolument plein à ras bord d’emprunts, hommages ou, pourquoi pas, de convergences fortuites avec des œuvres plus anciennes et surtout bien plus prestigieuses, que taxonomiquement, il est flou (il est au mieux Soft SF, et à mon avis relève plus de la Science Fantasy, en raison d’un point à la fois inexpliqué et quasiment « magique » du worldbuilding -et le problème est qu’il s’agit du point central de ce dernier- sous des oripeaux vaguement Hard SF qui ne résisteront pas une minute face à quelqu’un qui maitrise ce sous-genre / la vraie science -je vais en reparler-), que la fin se veut un twist énorme (un peu comme dans La marche du Levant) alors que personnellement, j’avais vu venir certaines choses dès la deuxième page, et qu’en fin de compte, c’est nettement plus taillé pour séduire les débutants et / ou ceux qui n’ont pas lu leurs classiques (et ce n’est pas tout à fait la même chose : on peut avoir énormément lu de SF mais pas forcément les classiques concernés) que pour des gens comme votre serviteur.

Toutefois, il y a plusieurs nuances à apporter à cette comparaison entre les deux romans SF de l’auteur : tout d’abord, la première moitié du Courage de l’arbre est bien plus enthousiasmante que pratiquement toute La marche du Levant, la fin exceptée (malheureusement, la suite est bien plus bancale…) ; ensuite, les personnages sont encore moins bons (si, si !) que ceux de La marche du Levant ; néanmoins, le style d’Izen s’est amélioré, ou disons plutôt qu’il s’est « allégé », et il donne moins dans l’emphatique. On peut cependant conclure que globalement, Le courage de l’arbre séduira probablement le même type de public (celui qui ne décodera pas les influences et donc ne devinera pas l’histoire 400 pages à l’avance, littéralement) et fera lever les yeux au ciel des vieux briscards dans le genre de votre serviteur. À ceci près que l’effet de surprise, de découverte d’un nouvel auteur dans le champ des littératures de l’imaginaire, n’est plus là : je ne suis pas certain que les gens ayant eu un avis mitigé sur La marche du Levant vont être aussi enclins à dépenser une vingtaine d’euros pour un livre qui, à quelques détails près, n’a pas vraiment tiré de leçons de la réception de son prédécesseur. Au bout d’un moment, il va falloir, notamment, qu’Izen développe SON univers plutôt qu’aller faire son marché chez les autres. Surtout que, hein, comme je le disais, les clichés / emprunts commencent dès la deuxième page ! Lire la suite

Les villes nomades – intégrale – James Blish

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Un cycle majeur de la SF ? Hmmm…

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 101 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

Chez Mnémos comme en SF, on est friand des Histoires du futur. Après celles d’Heinlein, de Smith ou de Niven, l’éditeur publie celle créée par James Blish dans les années 50 et 60 dans les quatre tomes du cycle Les villes nomades. Certains sont des fix-ups, d’autres des romans écrits d’une traite, l’un d’eux a été rédigé des années après les autres et inséré entre les deux premiers tomes de la trilogie initiale, et tous ont subi des révisions en réponse à des points soulevés par les lecteurs. Aux hommes les étoiles décrit un 2018 où la Guerre Froide est toujours d’actualité, et où, pour combattre l’URSS, les USA se sont transformés à leur tour en un état policier et totalitaire ; pour préserver la culture occidentale, une cabale initie un projet scientifique secret, notamment un « pont » dans l’atmosphère de Jupiter devant permettre de valider certaines théories scientifiques alternatives ; dans Villes nomades, l’aboutissement du projet a permis, mille ans plus tard, à des villes entières de s’arracher de la surface de la Terre pour proposer leurs compétences industrielles ailleurs, sur le modèle des Okies, travailleurs migrants de l’Oklahoma des années 20 et 30 ; dans La Terre est une idée, on suit les aventures intergalactiques de New York, une des plus prestigieuses de ces villes nomades, menée de main de maître par le (très Asimovien) maire Amalfi ; enfin, dans Un coup de Cymbales, Blish va au terme de ses 2000 ans d’Histoire future et au bout de celle de l’univers !

La préface se plaît à souligner la solidité scientifique de l’ensemble (Blish était un critique à la dent dure, et en reprochait l’absence à certains de ses collègues auteurs) et le fait qu’il s’agit d’un cycle majeur de la SF, « même s’il fait son âge ». La prétendue solidité de la chose doit être nuancée, car ce qui n’a pas été invalidé depuis les années 50/60 est parfois employé de façon abracadabrante, notamment en cosmologie et dans le premier et le dernier roman, où on a plus du technobabillage que de la vraie science, même de son époque. Pour ce qui est du statut de cycle majeur, on est loin des autres Histoires du futur, d’autant plus que des quatre romans, seul le troisième présente un réel intérêt : le premier est poussif pour le peu qu’il a à raconter (qui plus est résumé en quelques paragraphes dans les autres tomes), le second est un roman d’apprentissage trop classique (même si son protagoniste est attachant), et le dernier est trop bancal sur le plan scientifique pour convaincre. Malgré tout, on mettra au crédit de l’ensemble de cette saga un incroyable Sense of wonder, et un excellent troisième tome.

P.-S. : L’auteur a, par contre, écrit des recueils ou romans bien plus dignes, de mon point de vue, d’intérêt, à commencer par le fondamental, dans le domaine de la Panthropie, voire en SF dans son ensemble, Semailles humaines.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cet ouvrage, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de Xapur,

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Elder race – Adrian Tchaikovsky

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Witchcraft to the ignorant… simple science to the learned *

* The sorcerer of Rhiannon, Leigh Brackett, 1942.

Si je vous précise que Elder Race, (assez) court roman (200 pages) signé Adrian Tchaikovsky, est le douzième des textes publiés par ce dernier chroniqué sur ce blog, vous pouvez, je pense, me croire sur parole quand je vous assure que dans la pléthorique production de l’auteur, l’excellent alterne avec le passable, voire le carrément mauvais. Chaque sortie est donc une prise de risque. Le résumé d’Elder Race disponible sur les sites marchands ne m’ayant pas donné envie de le lire, j’avais décidé de faire l’impasse dessus. Quelques jours avant sa sortie, j’ai cependant, et fort heureusement, lu une critique anglo-saxonne présentant en avant-première le roman, et en disant beaucoup plus à son sujet. Suffisamment pour qu’un parallèle avec Inversions de Iain M. Banks me frappe immédiatement et m’incite, évidemment, à changer d’avis. À la lecture, le parallèle est pleinement justifié, mais le livre de Tchaikovsky ne se réduit pas à cela, loin de là.

Celui-ci fini, on peut sans problème le classer parmi les meilleurs de sa production, que ce soit en général (l’auteur est connu pour balayer un nombre ahurissant de genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire) ou dans le registre science-fictif en particulier. Notez toutefois qu’alors que dans ce dernier, Tchaikovsky a tendance à tendre vers la Hard SF, nous sommes ici plus clairement sur une Ethno-SF / une SF linguistique, donc une Soft-SF. Lire la suite

Activation Degradation – Marina J. Lostetter

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Renversements de perspective

Activation Degradation est un standalone (bien qu’à la lecture de la fin, on se fasse la réflexion qu’une suite soit non seulement possible, mais qu’elle serait, de plus, probablement très intéressante) signé Marina J. Lostetter, qui avait déjà publié, en Science-Fiction et dans la forme longue, la trilogie Noumenon. Présenté par son éditeur comme un roman dans la lignée de l’AssaSynth de Martha Wells (dont j’ai lu le premier volet, qui m’a laissé un profond sentiment d’incompréhension à propos de son triomphe critique, commercial et en terme d’attribution de prix… Il faut croire que la culture SF s’est perdue en route !), Activation Degradation est en fait bien plus que cela : il est mieux construit, mieux écrit, plus profond, bref, de mon point de vue, bien meilleur.

En fait, à peu de chose près, il n’a qu’un seul défaut : il est extrêmement difficile de le chroniquer sans divulgâcher énormément de surprises. Je vais donc, malheureusement, rester très évasif, y compris au niveau des autres références auxquelles on peut le rattacher. Car il me paraît, notamment, très inspiré par un film de SF assez récent (avec un très gros twist), mais en mentionner jusqu’au simple titre serait déjà spoiler. Je vais donc faire ce que je peux, hein, en espérant que la très grosse part de mystère dans ma critique vous donne d’autant plus envie de lire ce livre, et à un éditeur de le traduire  😉 Lire la suite

Récursion – Blake Crouch

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Peut-être pas le livre le plus essentiel de la rentrée littéraire, mais…

Le 6 octobre 2021, sortira chez J’ai Lu, dans la collection Nouveaux Millénaires, Récursion (avec un « é ») de Blake Crouch, traduction de… Recursion (avec un « e »), publié en anglais il y a un peu plus de deux ans. Mais si, vous savez, Blake Crouch, l’auteur de Dark Matter, roman (en VF, comme son nom ne l’indique pas forcément) fort efficace mais qui avait le défaut d’être 1/ quasiment impossible à chroniquer sans divulgâcher et 2/ d’être un peu trop inspiré par les livres (plus prestigieux) d’autres auteurs. Eh bien vous savez quoi ? On pourrait faire quasiment les mêmes remarques pour Récursion, qui n’est pas une suite de Dark Matter mais en partage pourtant nombre des caractéristiques, tout en étant, à mon avis, un peu plus intéressant.

Voilà un roman qui plaira au novice en littératures de l’imaginaire autant qu’au vieux briscard, même si ce sera sans doute pour des raisons différentes. Seul celui qui cherchera une approche nouvelle dans des tropes (motifs scénaristiques récurrents) frôlant souvent le cliché restera sur sa faim, car tout a été vu ailleurs (autres auteurs ou recyclage de choses déjà vues chez Crouch lui-même), et s’il y a des twists dans l’intrigue, que le vétéran verra venir, il n’y en a pas dans les thématiques utilisées.

On ne peut certainement pas dire que Récursion est le roman de SFFF le plus attendu de la rentrée littéraire (il y a des chances pour que Vers Mars ou Le retour du Hiérophante puissent revendiquer cet honneur), ni qu’il est le plus réussi (titre qui appartient, à mon humble avis, à La nuit du Faune), et il ne sera vraisemblablement pas la bonne surprise qui était passée inaperçue, noyée au milieu de dizaines de sorties (moi, je miserais plutôt sur La ville dans le ciel dans ce rôle là…) : cela n’en fait ni un mauvais livre, ni une sortie indigne d’intérêt  😉

Celles et ceux d’entre vous qui voudront en savoir plus pourront se référer à ma critique complète de la VO, en sachant que comme pour Dark Matter, il est particulièrement difficile de chroniquer de façon décente ce roman sans divulgâcher (un peu, hein). Même si, dans le cas de la VO de Récursion, j’ai fait le choix de ne dire que le STRICT nécessaire, vous laissant découvrir le reste à la lecture du bouquin.

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Vers Mars – Mary Robinette Kowal

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Décevant

Le 6 octobre 2021, paraîtra chez Denoël, dans la collection Lunes d’encre, la très attendue suite de Vers les étoiles de Mary Robinette Kowal, un roman appelé Vers Mars. Notez que depuis la parution de ce second volet du diptyque, l’autrice a signé un contrat pour (au moins) trois romans supplémentaires, dont un, The relentless moon (dont les événements se déroulent en parallèle de ceux décrits dans Vers Mars), est déjà paru en anglais au moment où je rédige ces lignes (les deux autres seront consacrés à la base martienne et -et j’attends celui-là de pied ferme- à une colonie vénusienne).

J’ai, pour ma part, lu la VO de Vers Mars (The fated sky) à sa sortie anglo-saxonne, il y a trois ans, et j’en suis sorti déçu, en raison d’un changement radical d’atmosphère, de maladresses au niveau des personnages, de la structure, de la narration et de l’intrigue (le fameux coup de l’incident à l’intérieur de l’incident à l’intérieur de l’incident !), et peut-être surtout à cause du fait que dès qu’on évoque Mars, certaines références incontournables (Robinson, Weir, etc) viennent logiquement à l’esprit, et que la comparaison n’est pas vraiment flatteuse pour Kowal. Mais ce qui fait, à mon humble avis, le plus de mal à Vers Mars est tout simplement la comparaison avec Vers les étoiles, qui est bien meilleur (ce qui est étrange vu que les deux volets ne formaient à l’origine qu’un seul roman, coupé en deux par l’éditeur anglo-saxon).

J’invite celles et ceux d’entre vous qui voudront en savoir plus sur Vers Mars à lire ma critique détaillée de la VO, sachant que, de mon point de vue, son propre successeur, The relentless moon, est à peine plus enthousiasmant. Reste à voir ce que vont donner les deux tomes suivants. J’étais très enthousiaste pour le 5, consacré à ce rare sujet qu’est un traitement hard SF de la colonisation de Vénus, mais depuis, est sorti The house of Styx de Derek Künsken, qui, dans le domaine, me paraît aussi difficile à dépasser, désormais, que la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson l’est en ce qui concerne la planète rouge. On verra…

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Inhibitor Phase – Alastair Reynolds

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Tell me who’s that writin’ ? Alastair the revelator ! 

Boum badaboum, en cette fin d’été et ce début d’automne 2021, les auteurs de la vieille garde font un retour tonitruant sur le devant de la scène, un come-back qui claque autant qu’une mandale assénée par Belmondo : alors qu’on attend très prochainement (en VO) de nouveaux Benford et Baxter, c’est Alastair Reynolds qui sort, sous vos yeux ébahis, un roman inédit de son fameux cycle des Inhibiteurs. Si, si. Fini le Solarpunk de la trilogie Les enfants de Poséidon, fini le quasi-Young Adult de Vengeresse, le gallois en revient (enfin !) à son univers le plus connu, celui qui a fait sa gloire et lui a permis de signer son fabuleux contrat « 10 ans, 10 romans, 1 million de livres sterling » avec Gollancz. Pour autant, il n’en oublie pas celles et ceux d’entre vous qui débutent en SF et ne connaissent ni L’espace de la révélation, La cité du gouffre, L’arche de la rédemption ou Le gouffre de l’absolution : ce nouveau roman, Inhibitor Phase, a été spécifiquement conçu pour être aussi lisible de façon isolée par quelqu’un qui n’aurait aucune connaissance de cette saga et de cet univers. Bien sûr, les vieux de la vieille décoderont les allusions et comprendront quel est le vrai nom du Gobe-Lumen John the revelator ou du Porcko Pinky, saisiront l’importance de la référence à telle planète, faction, événement ou personnage. Mais, pour n’avoir rien lu dans le cycle depuis… longtemps, je peux attester qu’on peut aborder ce nouveau tome sans aucun problème même en ne connaissant pas cet univers ou en ayant des souvenirs flous et lointains des tomes précédents. D’ailleurs, l’auteur en personne fournit, à l’usage des néophytes, un résumé des fondamentaux de ce contexte et surtout de sa chronologie (quasiment au bout de laquelle se place ce nouveau roman, à l’exception de quelques aperçus d’un futur encore un peu plus lointain donnés dans Le gouffre de l’absolution). Signalons qu’il explique également que les événements de ce tome peuvent sembler contredire, justement, la chronologie de ce dernier roman ainsi que celle de Galactic North, mais que ce n’est pas grave, parce qu’on peut expliquer la chose de telle ou telle façon (très… non-euclidienne), donc ça va. Mouais… Précisons, enfin, que Reynolds explique que si ce tome partage certains éléments avec les autres, il ne les divulgâche pas (donc : vous pouvez lire celui-là d’abord, et les autres ensuite sans problème, même si personnellement, je ne crois pas que ce soit très pertinent).

Les fans du cycle des Inhibiteurs tout comme les néophytes ne le connaissant pas mais appréciant d’autres pans de l’œuvre de Reynolds, ou bien les lectrices et lecteurs toujours à la recherche d’un bon roman de SF, doivent se demander ce que vaut Inhibitor Phase. La réponse est complexe : c’est un bon livre de science-fiction, un Alastair Reynolds bien plus enthousiasmant que nombre des bouquins sortis dans le cadre de son contrat « 10 ans, 10 romans, 1 million de livres sterling » avec Gollancz, mais de mon point de vue, on reste relativement loin des meilleurs moments du cycle. Sans compter que le livre est très inégal, le début et la fin étant très bons, tandis que les parties sur Yellowstone et pire encore, Ararat, présentent (de mon point de vue) longueurs et / ou faiblesses. Bref, un bilan, pour ma part, en demi-teinte. On est loin des claques qu’ont été L’arche de la rédemption ou, dans d’autres pans de la bibliographie du gallois, House of suns, mais on est aussi au moins un bon cran au-dessus de la plupart de sa production récente. Lire la suite

Prométhée en orbite – Harry Harrison

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Quand le ciel nous tombe VRAIMENT sur la tête !

S’il est facile d’entendre parler, dans le milieu SFFF, des dernières nouveautés, il est en revanche plus compliqué de réaliser jusqu’à la simple existence de livres plus anciens (ce qui m’a d’ailleurs conduit à lancer L’œil d’Apophis). Et plus un roman l’est, plus ça devient improbable. Ce qui fait qu’on en vient parfois à lire certains bouquins par d’étranges hasards. C’est en regardant une vidéo sur Youtube, consacrée aux systèmes de propulsion possibles pour une sonde interstellaire, que j’en suis venu à me renseigner sur les derniers développements en matière de propulseurs nucléaires. Ce qui m’a conduit à lire un passage consacré aux réacteurs à cœur gazeux, qui, lui-même, citait un roman d’Harry Harrison utilisant cette technologie, roman dont je n’avais jamais entendu parler. Or, j’ai toujours trouvé que l’auteur américain (mort en 2012) était totalement fascinant dans sa capacité à exercer dans de multiples sous-genres ou registres de la SF (des dystopies type Soleil Vert à la satire du Rat en acier inox en passant par la parodie -d’Heinlein- qu’est Bill le héros galactique, de la Soft à la Hard SF -pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui) et que pour un écrivain aussi doué, le fait que certaines de ses œuvres n’aient pas été rééditées depuis les années soixante-dix (ce qui est le cas de Prométhée en orbite) était pour le moins aberrant. On comprend très mal, par exemple, pourquoi l’excellent L’univers captif ne l’est pas !

Ce qui est étonnant avec Prométhée en orbite est qu’il arrive à concilier les différentes facettes de la bibliographie d’Harrison, puisqu’on y trouve à la fois le ton grave de ses œuvres les plus noires MAIS qu’en même temps, ce roman est un vicieux coup de canif satirique dirigé vers les politiciens, les journalistes et les militaires. Hard SF « à la Clarke », c’est-à-dire compréhensible par toutes et tous, quasi-thriller haletant, non dépourvu d’une dimension sociétale (surtout au début) et centré sur un moteur nucléaire, Prométhée en orbite est un excellent roman, sorte de mélange d’éléments de 2010, de Voyage et de Vers les étoiles (je me suis d’ailleurs demandé dans quelle mesure le bouquin d’Harrison, sorti en VO en 1976 et en VF l’année suivante, avait pu inspirer leurs autrices et auteurs), un livre dont on se demande bien par quelle espèce de malédiction il n’est pas plus connu, reconnu et surtout POUQUOI, bordel de &!#@%, il n’est pas constamment réédité ! Lire la suite

Unity – Elly Bangs

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Un concurrent sérieux au titre de roman SF de l’année !

Elly Bangs est une autrice américaine basée à Seattle dont j’avais déjà lu la nouvelle Dandelion, qui nous offrait un incroyable voyage émotionnel, beaucoup d’humanité et une fin grandiose. Inutile de dire, donc que quand j’ai appris qu’elle sortait son premier roman, Unity, mi-avril, je me suis empressé de l’inscrire dans mon programme de lecture, même si divers facteurs ont fait que je n’ai pas pu le lire aussi près de sa parution que possible. Après l’avoir achevé, je suis absolument sidéré que ce livre n’ait pas eu plus d’écho que cela, car c’est, et de très loin, une de mes meilleures lectures SF récentes. J’imagine que, comme nous le verrons, il a peut-être pâti d’une première moitié qui ne reflète absolument pas la qualité (hallucinante) de la seconde, d’un manque de visibilité ou de notoriété de son autrice. Quoi qu’il en soit, j’espère que ma critique incitera les anglophones, parmi vous, à lire ce bouquin, et surtout l’édition française à s’y intéresser, tant il mériterait vraiment d’être traduit ! Car à nouveau, Bangs mêle Sense of wonder, émotion, humanité et une (pré-) fin très réussie en un mélange magistral (si on prend en compte la totalité du livre), qui plus est très en prise avec les préoccupations progressistes actuelles sans être non plus (trop) agressivement militant.

Inutile de dire qu’après deux textes (un court, puis un long) aussi réussis, je vais me jeter, à l’avenir, sur tout ce que publiera l’autrice, et ce d’autant plus qu’elle me sort, ainsi, d’une série de lectures VO qui ont rarement été enthousiasmantes. Lire la suite