House of suns – Alastair Reynolds

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Un roman qui explose toutes les (dé)mesures ! 

house_of_sunsAlastair Reynolds est un auteur Gallois qui, avant de se consacrer à plein temps à l’écriture (à partir de 2004), faisait partie d’une subdivision de l’ESA (l’Agence spatiale européenne) en tant qu’astrophysicien. Au vu de son expertise scientifique, et de son attitude qui consiste à dire qu’il ne peut utiliser, dans sa science-fiction, un procédé auquel il ne croit pas (le déplacement supraluminique, par exemple), à moins qu’il n’apporte un élément indispensable à l’intrigue, vous ne serez pas surpris d’apprendre (si vous ne le savez pas déjà) qu’il exerce son art dans le registre de la Hard SF, sous-genre dont il est considéré comme un des plus grands maîtres avec des écrivains comme Greg Egan, Stephen Baxter ou Arthur C. Clarke (liste évidemment non-exhaustive). Son cycle des Inhibiteurs, notamment, fait référence, mais le livre dont je vais vous parler aujourd’hui n’en fait pas partie : c’est un roman indépendant, développé à partir d’une novella antérieure, Thousandth night (dont il s’écarte d’ailleurs sans complexe à certains moments, faisant par exemple intervenir des personnages qui y sont morts).

House of suns partage par contre une constante avec le reste de l’oeuvre de Reynolds, à savoir cette conquête spatiale « à la dure », sans moteur hyperspatial, une SF ayant à la fois la vastitude des contextes multi-planétaires du (New) Space Opera, le côté sombre du roman noir et, donc, un certain réalisme dans l’existence (ou pas) des technologies futures, qui restent cohérentes avec les lois de la physique telles qu’on les comprend aujourd’hui (sauf si cela sert, à l’extrême rigueur, un point capital de l’intrigue). Personnellement, j’aime beaucoup cette ambiance, cette idée qu’on ne traverse pas une galaxie en un après-midi en passant en « vitesse-lumière » et en n’y prêtant aucune attention tant la chose est banale, routinière. Mais, dans ce roman, l’auteur va bien, bien plus loin que dans son cycle phare des Inhibiteurs, puisqu’il dilate l’espace humain a la dimension… de la galaxie ! L’univers (et sa démesure !) sont le très, très, très gros point fort de House of suns, même si le roman est par ailleurs critiquable (ou plutôt améliorable) sur quelques points finalement assez mineurs. 

Tout empire périra

L’action se déroule… un peu plus de 6 millions d’années dans le futur, alors que l’homme, les posthumains (l’humanité s’est fragmentée en un million d’espèces-filles, certaines étant à peine capables de se reconnaître entre elles, même si la « forme de base » reste majoritaire) ainsi que des intelligences artificielles issues de la civilisation humaine (le Peuple Machine) se sont répandus dans toute la galaxie. Cette dernière s’est révélée vide de toute vie extraterrestre, à l’exception de millions d’artefacts (ressemblant de façon suspecte aux Orbitales de Iain M. Banks, plus des machines énigmatiques aux environs du trou noir central de la Voie Lactée) laissées par une race, disparue sans laisser de trace il y a un milliard d’années, appelée en anglais les Priors (Précurseurs, disons). Certaines de ces machines ont pu être réutilisées par les humains, mais la plupart restent impénétrables ou utilisent des principes incompréhensibles. La galaxie d’Andromède a « disparu », laissant un vide noir à la place. et personne ne sait ni pourquoi, ni comment.

Le fait que le déplacement supraluminique soit impossible, ainsi que des facteurs sociologiques, font que les civilisations humaines s’effondrent immanquablement, au bout d’un temps allant de quelques millénaires à un ou deux millions d’années au plus (pour avoir fait des recherches sur le sujet sur le net à une certaine époque, il me semble que la limite théorique couramment admise est de sept millions d’années). Lorsqu’elles s’effondrent, d’autres cultures, voire races humaines, émergent de leurs ruines, en un cycle incessant baptisé le turnover (la rotation). Par exemple, les « Centaures » qu’on aperçoit au début du roman sont la treizième forme d’humain à vivre dans leur système. Au sein de la meta-civilisation humaine galactique, il n’y a que quelques îlots de stabilité, dont la Vigilance (des posthumains spécialistes de l’archivage / du recueil d’information et de l’observation d’Andromède -ou plutôt du vide qui se tient là où elle devrait être-), quelques factions majeures comme les Scapers (terraformeurs), les Movers (déplaceurs de planètes et d’étoiles) ou encore les Rebirthers (qui utilisent des trous de ver pour transférer de la masse d’une étoile saine à une étoile mourante), qui font partie des Lines (Lignées), regroupées dans une Commonality (Communauté). Seul le Peuple Machine (il est intéressant de noter qu’il est plus civilisé que la plupart des sociétés humaines et ne leur a jamais fait de mal) a une stabilité comparable, mais il est plus récent de plusieurs millions d’années que les Lignées, dont l’histoire remonte au XXXIe siècle et à ce qu’on appelle « l’Heure dorée » (qui n’a, d’ailleurs, rien à voir avec une période mais avec une distance et une megastructure : vous découvrirez cela si vous lisez ce roman). Les meilleures stratégies de survie sont le fait de rester confiné dans son système d’origine ou bien d’adopter le mode de vie nomade des Lignées : l’expansionnisme est futile, ce qui n’empêche pas de nouveaux émergents d’essayer sans cesse (formant des superpuissances de plusieurs milliers de systèmes, parfois), malgré les enseignements tirés de six millions d’années d’Histoire. A part la Vigilance, la Commonality et le Peuple Machine, le record de longévité mentionné dans l’intrigue est de 2.2 Millions d’années, détenu par la « High Benevolence », l’ancêtre des Scapers modernes, qui a mis au point leurs techniques de terraformation. Les Lines sont, avec le Peuple Machine, les entités politiques les plus craintes de la galaxie : elles obtiennent toujours ce qu’elles veulent, il n’y a jamais d’exception. Ce qui ne signifie pas qu’elles sont tyranniques : les Gentian, par exemple, sont altruistes, égalitaires, sans leaders, et ne se mêlent que très peu des affaires galactiques.

Les Lignées étaient, à l’origine, formées chacune de mille clones de la même personne. Leur origine étant une des révélations (mineures) du roman, je ne vais pas en dire plus. Chaque clone peut être du même sexe ou de l’autre par rapport au modèle original, et fait modifier son apparence pour refléter ses propres goûts. Chaque Lignée parcourt l’espace, exerçant son domaine d’expertise (pour celle que nous suivons, les Stardams -voir plus loin-) et surtout recueillant des données dans ses troves (coffre au trésor / banque d’informations, disons). Car en cette période post-pénurie, à la technologie incroyablement avancée, la seule vraie monnaie d’échange est l’information, surtout si, vu les contraintes posées par le voyage et la communication infraluminique, celle que vous apportez est plus récente que les données dont disposait jusque là votre interlocuteur. A intervalles réguliers, tous les membres d’une lignée survivants convergent vers un point de rendez-vous, afin d’échanger données et surtout souvenirs (au sens neurologique du terme), recomposant ainsi une mémoire nourrie par un millier de points de vue différents et gardant la trace de dix millions de cultures humaines. A l’origine, il y a six millions d’années, chaque circuit d’exploration pouvait ne prendre que quelques dizaines d’années, mais au fur et à mesure de l’expansion du volume occupé par les humains, ils sont désormais de 200 kilo-années (200 000 ans, quoi !) et s’étendent sur toute la « zone de confort » de la galaxie (la région dans laquelle les planètes nécessitent le moins de terraformation). Ce qui représente assez de temps pour stopper dans cent systèmes. Se déroule alors ce que l’on appelle les « Mille nuits » au point de rendez-vous, qui ne commencent que lorsque tout le monde est arrivé. Ce qui signifie que les premiers sur place peuvent attendre, en stase (je vais y revenir) jusqu’à 7-8000 ans que les retardataires arrivent ! Au moment où le récit démarre, le 31e circuit va s’achever, et les 888 Gentians restants convergent vers la même planète.

La technologie est très avancée, malgré l’absence de déplacement supraluminique : on a un contrôle absolu sur la matière, l’énergie, les champs, on maîtrise la gravité, l’accélération, l’inertie, les champs de force, et on a même des champs de stase, forme hyper-technologique d' »hibernation » qui permettent de ralentir l’écoulement du temps à l’intérieur de la bulle d’espace-temps exotique qu’ils forment d’un facteur pouvant aller jusqu’à un million : un jour subjectif à l’intérieur correspond, ainsi, à 2740 ans dans l’univers extérieur, voire plus si la chambre de stase est à l’intérieur d’un vaisseau frôlant la vitesse de la lumière (dilatation temporelle oblige). Un « petit » vaisseau des Lignées fait plusieurs kilomètres de long, un « moyen » des dizaines, un gros a la taille d’une petite lune, et chacun est assez puissant pour annihiler une planète ou détruire une flotte des émergents (les civilisations éphémères qui n’ont pas la stabilité des acteurs majeurs de la géopolitique galactique) avec une terrifiante facilité. La Lignée que nous suivons collecte les anneaux-mondes des Précurseurs (il y en a des millions dans toute la Voie Lactée) et les utilise pour bâtir des stardams (barrages stellaires) devant « tenir en laisse » les supernovae et éviter, accessoirement, qu’elles ne crament le pays… pardon, c’est mon côté Léodagan, je veux dire qu’à coups de radiations, elles n’incinèrent les civilisations mineures alentour. Ces nomades (c’est l’essence des Lignées : elles ne s’attachent pas à des planètes, car c’est un des facteurs d’instabilité d’une civilisation), la Gentian Line (Lignée Gentiane), parcourent notre univers-île (ancien nom poétique des galaxies) à la recherche d’actes altruistes à effectuer, de systèmes inédits à explorer, d’autres déjà connus où réactualiser leurs données et voir qui ou quoi a émergé depuis la dernière visite d’un Shatterling (éclat, nom donnés aux membres de la même lignée clonale). Enfin, la meta-civilisation humaine a développé diverses formes d’immortalité, physiologique ou autre, en suivant diverses voies (la plus étonnante étant celle des Conservateurs de la Vigilance, qui est basée sur une croissance incessante de leur corps).

Technologie avancée, certes… mais avec des limites. Pas de vitesse ou de communications plus rapides que la lumière, et pas de possibilité de transmettre autre chose que de la matière brute (du plasma stellaire) via les trous de ver : on ne peut y faire passer ni information (comme un signal modulé), ni, surtout pas, un vaisseau. On peut créer des « nuages » de Dyson (le terme consacré dans la littérature étant plutôt bubble ou shell, d’ailleurs), mais pas des Sphères (les Priors le pouvaient, eux). Le résultat ? Un univers encore plus fascinant, par son échelle, que celui des Inhibiteurs !

Car qu’on se le dise, c’est à la fois cet univers et l’échelle de ce dernier qui sont le KOLOSSAL point fort de ce roman : personnellement, je lis avant tout de la SF pour avoir ma dose de Sense of wonder (sentiment d’émerveillement / d’épiphanie / de sidération), et si je trouve parfois du plaisir à lire de la Soft-SF à sous-texte politique / social tel que nous en avons eu de plus en plus ces dernières années, elle ne me donnera jamais le même plaisir que les livres dans le style de House of suns. Quelle démesure extraordinaire ! Six millions d’années, la Voie Lactée entièrement colonisée par des humains qui en sont quasiment les seuls maîtres, un auteur qui fait s’écouler les années (le personnage de Campion attend la réponse des Archivistes de la Vigilance a ses demandes d’accès près de dix-huit ans), voire les siècles ou les millénaires comme tous les autres ou quasiment (seul Stephen Baxter opère à ces échelles) font s’écouler les jours ! (une anecdote, certains signent des contrats commerciaux sur… deux millions d’années). Voilà exactement, ce que moi je veux lire !

Comparaisons et influences

La première comparaison se fait donc avec le reste de l’oeuvre de Reynolds lui-même : c’est la même limitation de base (infraluminique) que dans le cycle des Inhibiteurs, mais avec une échelle spatiale et peut-être surtout temporelle immensément plus grande, et une technologie globalement plus avancée (dans la saga phare de l’auteur, à part la propulsion Conjoineur qui tapait dans le Big Bang et de la nanotechnologie, voire certains éléments liés aux fameux Inhibiteurs, cela restait relativement limité, en tout cas beaucoup plus que dans House of suns). Malgré tout, on retrouve l’ambiance noire, la conquête spatiale à la dure, ainsi que les sous-intrigues dont on ne voit initialement pas trop en quoi elles sont liées, ladite liaison ne se faisant qu’à la fin. On peut tout de même remarquer qu’à part les Priors, ici c’est l’humain la race aînée.

Après cela, il y a des parallèles à faire avec d’autres auteurs, de Hard SF, bien entendu, mais pas seulement : les Orbitales et l’essence nomade de la culture dominante (ainsi que les IA plutôt favorables à l’Humanité) rappellent Iain M. Banks, la démesure spatio-temporelle Stephen Baxter, l’immortalité des personnages et la façon de traiter les millénaires comme, dans d’autres romans, on parle d’heures, font penser au Robert Reed du Grand Vaisseau, et un certain point très précis (que je vais soigneusement éviter de développer) évoque Greg Egan. Tout ce qui tourne autour des Prior ou d’Andromède évoque David Brin, et dans la relation machines-humains qui est un des thèmes du roman, il est difficile de ne pas penser à la fois à Banks, donc, mais aussi à une certaine inversion des conceptions de Dan Simmons. Enfin, je me demande dans quelle mesure Reynolds n’a pas été inspiré par Peter F. Hamilton, tant un point précis a l’air de venir de chez lui (c’est même une des idées de base du roman…).

Intrigue, structure, personnages *

* In the court of the Crimson King, King Crimson, 1969.

Le roman est découpé en différentes parties, chacune commençant par un chapitre unique nous montrant un flashback se déroulant au XXXIe siècle (non, pas celui d’Ulysse…) et mettant en scène Abigail Gentian, la fondatrice de la lignée du même nom. Sa croissance a été artificiellement stoppée à la pré-puberté pendant trente-cinq ans, qu’elle passe donc sous la forme d’une petite fille (ce fait est expliqué dans le roman, il ne sort pas de nulle part). Une grosse part de ces chapitres introductifs montre les aventures d’Abigail dans une sorte de jeu en réalité simulée très perfectionné, Palatial, de nature médiévale-fantastique. Sachez que si ces chapitres ont l’air, de prime abord, à la fois peu utiles, rallongeant le roman pour pas grand-chose, et de plus jurant avec les parties Hard SF, ils sont en fait très utiles une fois qu’on a compris qu’ils sont une allégorie, une façon pour le personnage de se souvenir, disons, d’autre chose. Quelque chose de réprimé. Impossible d’en dire plus sans divulgâcher, mais si vous lisez ce roman, soyez très attentif à ces scènes, elles vous donnent certaines clefs de décodage pour le reste.

Dans les autres chapitres de chaque partie (où, je le signale, le point de vue change à chaque fois, entre Purslane et Campion, et où la narration se fait à la première personne du singulier, avec en plus un flashback dans un chapitre précis), en revanche, nous suivons les membres de la Lignée clonale d’Abigail, la Gentian Line. Chacun de ses membres a (en anglais) un nom de fleur (la Lignée est aussi appelée la Maison des Fleurs) : par exemple, les deux protagonistes, Campion (un procrastinateur de compet’, puisque chez lui, c’est à l’échelle du quart de million d’années !) et Purslane, correspondent respectivement au Silène enflé et au Pourpier, tandis que bien entendu, Gentian = Gentiane. Et puisque j’en suis à décoder les noms, sachez que ceux d’autres personnages viennent tout droit de King Crimson (Cadence et Cascade ; d’ailleurs, le fait qu’il y ait un posthumain à trompe d’éléphant rappelle un autre titre de ce groupe, Elephant talk), tout comme certains noms de vaisseaux (Yellow jester et Fire witch, par exemple, viennent tout simplement du légendaire The court of the crimson king), même si au moins l’un d’entre eux provient de Neil Young (Silver wings of morning, l’astronef de Purslane, est nommé d’après la chanson Look out for my love). Et puis bien sûr, cette histoire d’aspics, hein… Notez, pour finir sur ce chapitre Easter eggs (the wise men share a joke  😉 ), que l’influence de KC sur Alastair Reynolds est puissante, puisque en VO, Dans le sillage de Poséidon s’appelle Poseidon’s Wake, ce qui est un hommage évident à la chanson (et à l’album) In the wake of Poseidon.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos plantes. Deux Shatterlings (éclats, disons, même si je ne suis pas très satisfait de cette trad’) de la Lignée Gentiane (qui n’est pas, au passage, la plus puissante), Campion et Purslane voyagent ensemble, ce qui est très inhabituel dans la Commonality. Et plus inhabituel encore, ils sont en couple. Car si l’orgie occasionnelle lors des Mille nuits est tolérée, en revanche la relation à long terme est mal vue. Dans leurs deux puissants vaisseaux, Dalliance et Silver wings of morning, ils se rendent vers le lieu de la prochaine réunion, devant déposer un posthumain aquatique très mal élevé (et détestant le Peuple Machine) au passage, à la fois dans l’espace de la Vigilance et à la réunion de la Lignée Gentiane. Ce faisant, ils vont aller de complication et de péril en péril, dans une intrigue impossible à résumer sans en dévoiler les principaux rebondissements et révélations. Même au niveau thématiques, c’est délicat : disons que cela a à voir avec la coexistence des humains et des IA, thème à priori mille fois vu mais qui bénéficie ici d’un traitement ma foi assez original. il y a d’autres thématiques (stabilité des civilisations interstellaires / STL, génocides et effacement de l’histoire, responsabilité des descendants de leurs auteurs, possibilité de violer ou non la causalité, racisme anti-IA, etc), mais je vais éviter d’en dire trop.

Sachez juste que cette intrigue est foisonnante : il y a des tas de sous-intrigues, qui n’ont pas l’air d’être reliées entre elles, mais le sont alors qu’on approche de la fin du roman (ce qui est habituel chez Reynolds -ou Peter Hamilton, d’ailleurs-). Il y a même des clefs de décodage, comme nous l’avons vu, qui n’ont pas l’air d’en être, et plus retors encore, des éléments très importants d’intrigue qui sont habilement déguisés en morceaux de… worldbuilding, voire de character-building. Il faut donc avoir une lecture très « critique » de ce roman, vous demandant sans cesse pourquoi Reynolds vous raconte cela exactement. Certains bouts d’intrigue ont l’air de ne servir à rien, mais c’est rarement le cas, en fait, on s’en rend compte à la fin. Personnellement, j’aime beaucoup qu’un auteur fasse appel à mon intelligence, ne me mâche pas le travail, donc j’étais plutôt content de cette initiative.

Les personnages sont très intéressants (Campion, Purslane, Hespérus, Mezereon, Cadence et Cascade principalement), même si on peut regretter que la relation entre les deux premiers soit un peu moins mise en avant qu’il aurait été intéressant de le faire. Car entre autre choses, c’est leur histoire d’amour inconditionnel qui est au cœur (ou un des cœurs, disons) de ce livre. Même si, sans jamais être ennuyeuses, certaines péripéties sont un peu trop développées à mon goût (et encore, Reynolds a déclaré avoir compressé son histoire pour qu’elle tienne en 500 pages…), on prend plaisir à lire ce livre, et c’est de plus en plus vite qu’on tourne les pages pour connaître le sort de deux des protagonistes et surtout les révélations finales (sur ce chapitre, la fin m’a parue un peu abrupte, et surtout même si la plupart des questions trouvent une réponse -grandiose-, certaines resteront à jamais sujettes à spéculation -du genre, les armes Homunculus ? kécecé ?-. Ou pas, vu que Reynolds a évoqué une possible suite, House of machines). Signalons de nombreuses séquences de combat ou avec un petit côté thriller qui ne sont pas désagréables du tout, et un bon rythme des révélations (même si certaines restent relativement prévisibles).

Bref, tout ça pour vous dire que si House of suns n’est pas tout à fait parfait, il mérite amplement son sceau « Roman culte d’Apophis » (vous savez, les machins qui ont donné leur nom au blog…). A vrai dire, j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi on a préféré traduire certains romans à mon avis plus mineurs de l’auteur, alors que là, on tient une vraie pépite de Hard SF et de Sense of wonder.

En conclusion 

Ce standalone signé Alastair Reynolds, un des maîtres de la Hard SF, explose littéralement tous les compteurs de (dé)mesure et de Sense of wonder : situé six millions d’années dans le futur, dans une Voie Lactée entièrement colonisée par l’homme avec des vaisseaux moins rapides que la lumière, une galaxie dépourvue d’intelligences autres qu’artificielles (et originaires de la Meta-civilisation humaine), il met en scène une des Lignées clonales de la Commonality, la Gentian Line, qui échappe de peu à une attaque sur fond de complot galactique et de questions sur la capacité de l’humain et de l’IA à co-exister. Difficile de parler plus avant des thèmes ou de l’intrigue sans spoiler, mais les deux sont solides, avec tout un tas d’informations cryptiques ou déguisées que le lecteur prendra plaisir à décoder. Un livre relativement exigeant, donc, parfois un peu long, mais dont le seul univers est, à mon sens, un argument imparable d’achat. Quel est le dernier livre où vous avez vu une civilisation trimbaler des milliers d’anneaux-mondes que ne renieraient ni Niven, ni Banks, afin de former un barrage devant tenir en laisse une explosion de supernova ? Dans quel roman voit-on les millénaires passer comme des jours ? Bref, en deux mots, une SF ambitieuse (seul Stephen Baxter est capable de rivaliser à ces échelles spatio-temporelles), tel qu’on aimerait en voir un peu (euphémisme !) plus souvent !

Niveau d’anglais : à part les termes propres à cet univers, pas réellement difficiles à assimiler malgré l’absence de glossaire, pas de difficulté particulière.

Probabilité de traduction : vu que le roman est sorti en 2008, je dirais (très) faible. Vous savez à quel point la Hard SF est « populaire » en France, hein…

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22 réflexions sur “House of suns – Alastair Reynolds

  1. Mélanger hard-SF et space opera, il faut le faire ! Ce qui me laisse sceptique, c’est la durée incroyable des civilisations. Comment a-t-on pu exactement calculer qu’une civilisation ne pouvait pas durer plus de sept millions d’années, et pas moins ou plus ?

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    • J’ai vu passer ce chiffre il y a des années, je l’ai juste retenu mais ne me demande pas la source ou l’explication, je n’en ai plus la moindre idée. Maintenant, je pense que c’était un banal calcul de probabilités tenant compte de différents facteurs, un peu à la manière de l’équation de Drake.

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  2. >>> pas de possibilité de transmettre autre chose que de la matière brute (du plasma stellaire) via les trous de ver : on ne peut y faire passer ni information

    Je n’ai pas lu le roman et je ne sais donc pas à quel point cette phrase respecte le worldbuilding de l’auteur…mais elle est contradictoire.
    Si on peut faire passer de la matière (plasma ou autre) alors, par définition, on peut faire passer de l’information. Il suffit, par exemple, de convenir que l’envoi de matière représente 1 et l’absence d’envoi de matière représente 0. Et hop, un canal d’info est ouvert avec les gens de l’autre coté du trou de ver !
    Selon la fréquence avec laquelle on balance les bulles de plasma on peut avoir une bande passante plus ou moins décente.

    Bon après ce paragraphe un peu pédant, des remerciements sincères pour avoir attiré mon attention sur ce qui semble être une nouvelle gemme de hard-SF…et des malédictions non moins sincères pour les éditeurs francophones qui ne proposent pas de traduction 🙂

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    • L’auteur évoque ton hypothèse, mais explique que les essais n’ont pas permis de transmettre de l’information. Et je ne peux pas t’en dire plus sans dévoiler un des points capitaux de l’intrigue. Mais je peux t’assurer que ma phrase n’est pas contradictoire avec son worldbuilding.

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  3. Part One: « I was born in a house with a million rooms, built on a small, airless world on the edge of an empire of light and commerce… »
    C’est parti pour la lecture, dès la première phrase je sens que je vais adorer. Merci pour ce conseil.

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  4. Effectivement, il est plus qu’alléchant celui-ci!
    Tous les concepts me parlent notamment le post-humanisme, le « recyclage » des civilisations, les voyages « réalistes ». Et j’aime quand les intrigues sont alambiquées. Conclusion : je prends!

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  5. Han, y a des livres comme ça qui donnent bien envie mais malheureusement, la Hard/Sf et moi ça colle vraiment pas. Dès que ça devient un peu compliqué avec les technologies tout ça (dans la vraie vie ou dans les livres) je suis à la ramasse lol.

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    • La Hard SF de Reynolds n’a rien à voir avec celle d’Egan, par exemple : c’est plus hard dans le sens « on se limite à ce que les lois de la physique permettent » que hard dans le sens « on va donner plein de détails scientifiques ». C’est d’ailleurs pour cela qu’on peut conseiller Alastair Reynolds (ou Clarke) à quelqu’un qui veut découvrir ce sous-genre, alors qu’Egan par exemple est plutôt destiné à un vétéran (et / ou à quelqu’un qui a un très solide bagage scientifique -et encore, selon les romans, ça ne suffit même pas…-).

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  6. Ta chronique est passionnante, même si j’ai dû parfois m’accrocher pour tout comprendre. 😀
    Tu donnes vraiment très envie de le lire, mais je pense que ce serait un peu trop « hard » pour moi (même en français), pour l’instant.

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  7. Pingback: Les chroniques de Méduse – Stephen Baxter / Alastair Reynolds | Le culte d'Apophis

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