Jack Four – Neal Asher

3

Survivor

Jack Four est le dernier roman en date de Neal Asher, sorti le 10 juin 2021. Il s’inscrit au sein du vaste cycle Polity, mais n’est pas lié à un de ses sous-cycles : c’est un standalone, comme Prador Moon, Drone (bien que, pour ma part, je considère ce dernier comme le tome 0 du sous-cycle Agent Cormac), Hilldiggers et The technician (ces deux derniers seront critiqués sur ce blog avant fin 2022, normalement. Et en général, pour ce qui est des romans de Neal Asher, que je lis toujours avec grand plaisir, ces prédictions sont respectées). Ce qui veut dire que vous pouvez vous lancer dedans sans avoir rien lu d’autre, l’auteur expliquant d’ailleurs succinctement mais efficacement les bases de son univers (Prador – Polity – virus Spatterjay).

Après l’énormissime The human, sans nul doute le chef-d’œuvre d’Asher, je me demandais comment ce dernier allait pouvoir faire aussi bien, et je m’attendais donc « forcément » à quelque chose de moins bon. Si Jack Four n’est « évidemment » pas aussi bon, il reste tout de même très prenant (surtout dans sa première moitié, comme nous allons le voir), bien qu’à mon avis un peu trop long sur la fin, trop surchargé en combats dans sa deuxième moitié, et avec une révélation finale téléphonée. Pourtant, dans mon panthéon personnel, l’auteur britannique a su se faire une place au sein de mes valeurs sûres, aux côtés des David Weber et autres Peter Hamilton, des auteurs auxquels je reviens toujours avec plaisir et en toute confiance en sachant que même un roman « moyen » émanant de leur plume va me faire passer un très bon moment. Et cela a été le cas ici. Lire la suite

Pollen from a future harvest – Derek Künsken

7

Sowing the seeds of love *

* Tears for fears, 1989.

Pollen from a future harvest est officiellement une novella appartenant à la toute nouvelle collection, Satellites, consacrée par l’éditeur britannique Solaris à ce format bien précis de romans courts / nouvelles très longues (c’est un peu l’équivalent de ce qu’est Une heure-lumière chez nous). Outre le texte de Derek Künsken dont je vais vous parler aujourd’hui, elle comprend également The difficult loves of Maria Makiling de Wayne Santos et These lifeless things de Premee Mohamed. Je ne peux me prononcer sur ces deux derniers, vu que je ne les ai pas lus (et n’ai pas l’intention de le faire), mais dans le cas de Pollen from a future harvest (un texte par ailleurs déjà publié dans le numéro de juillet 2015 de Asimov’s Science Fiction), l’appellation novella me paraît étrange : d’après Amazon et isfdb, la version papier de l’ouvrage fait 105 pages (ce que je ne peux confirmer, l’ayant lu en version électronique ; notez que l’éditeur, annonce, lui, 176 pages, ce qui me parait douteux), dont un tiers sont en réalité consacrées à six chapitres d’un autre roman de Kûnsken (l’excellent The house of Styx), à la présentation des autres bouquins de l’auteur ainsi qu’à ceux de la collection Solaris Satellites. Je n’ai pas regardé le compte de mots / signes, mais je dirais qu’on doit être plus proche, dans ce cas précis, de la novelette que de la novella.

Pollen from a future harvest prend place dans le même lieu où se déroule une bonne partie du roman Le jardin quantique (que vous pourrez lire en français, si je ne m’abuse, en 2022) et explique une partie des événements du début du Magicien quantique. Précisons que Bélisarius et sa bande n’interviennent pas du tout dans cette novella… euh novelette et, plus important encore, qu’elle se suffit à elle-même et ne nécessite pas la lecture préalable d’autres textes de Künsken. Son avantage étant qu’elle reprend un des plus gros points générateurs de sense of wonder de The quantum garden (en un peu moins développé) en le combinant avec une passionnante enquête, pour donner un texte efficace et à grand spectacle. Lire la suite

Dans les profondeurs du temps – Adrian Tchaikovsky

13

Aussi sidérant que cela paraisse, Tchaikovsky fait ENCORE MIEUX qu’avec Dans la toile du temps !

Profondeurs_temps_TchaikovskyLe 9 juin 2021, paraîtra dans la collection Lunes d’encre des éditions Denoël le très attendu Dans les profondeurs du temps, suite de l’excellent Dans la toile du temps. Avec ce dernier, Adrian Tchaikovsky avait placé la barre très haut, et rien que le fait de proposer un tome 2 d’aussi bonne qualité aurait déjà été méritoire. Eh bien croyez-le ou non, mais le britannique a fait mieux. Et pas dans de petites proportions, qui plus est. Si vous avez aimé le tome 1 de ce cycle, je vous conseille vraiment de vous ruer sur cette suite, qui étend beaucoup cet univers (et sa fin vertigineuse promet de très belles choses pour le tome 3 !).

Celles et ceux d’entre vous qui souhaitent en savoir plus pourront se référer à ma très complète critique de la VO. Il me faut d’ailleurs vous avertir : elle évite soigneusement de dévoiler la nature d’une des espèces impliquées dans l’intrigue, mais cela ne sera pas le cas de toutes les chroniques de la version anglaise qui sont déjà présentes sur le net (ou de celles de la VF qui vont débarquer via les SP dans les tout prochains jours). Lire certaines recensions sur ce roman est donc à vos risques et périls si vous souhaitez garder le maximum de surprises ! Lire la suite

The last watch – J.S. Dewes

35

Jon Snow chez les romains de l’espace

The_last_watchJ.S. Dewes est une autrice américaine, dont The last watch est à la fois le premier roman (mais la dame a un background dans l’écriture pour l’audiovisuel, apparemment) et le tome inaugural d’un cycle appelé The Divide. Le tome 2 arrive d’ailleurs très, très vite, puisque alors que The last watch n’est sorti que le 20 avril 2021, sa suite, The exiled fleet, débarquera dès le 17 août !

Alors qu’il est présenté comme un mélange entre The Expanse (ce qui est faux) et Game of thrones (ce qui est vrai, du moins sur un point très précis), ce livre doit en fait beaucoup à d’autres sagas ou sous-genres de la SFFF, et la présentation fait, à mon avis, complètement l’impasse sur deux éléments qui hissent ce récit au-dessus de la concurrence : un grand sens de l’humain et surtout un énorme, monstrueux, gigantesque Sense of wonder dans sa dernière partie (dans les 15 derniers %, en gros). Ce n’est certainement pas un bouquin parfait (c’est une première œuvre, après tout, et ça se sent parfois nettement), mais dans la masse de NSO ou de SF militaire publiée chez les anglo-saxons, ça s’élève au-dessus du niveau de l’eau de la tête et des épaules. Je ne lui décernerais donc pas le titre (envié, si, si) de (roman) Culte d’Apophis, mais en tout cas, ça a été une rudement bonne surprise, tant le début était relativement moyen (bien que poussant à en lire sans cesse un petit peu plus) mais tant le bouquin n’a fait que prendre de l’ampleur au fur et à mesure que j’avançais. Je m’attendais à un roman sympa mais mineur, et finalement, sans en faire un monument, je suis sincèrement motivé pour lire la suite. Lire la suite

Snow in the desert – Neal Asher

9

Bientôt sur vos écrans !

The_gabble_asherComme lors de chaque printemps pour la quatrième année consécutive, Neal Asher débarque sur Le culte d’Apophis. Et ce d’autant plus que l’actualité du britannique est chargée : depuis que la crise sanitaire a commencé, il a sorti un recueil de nouvelles (logiquement nommé Lockdown Tales), dont je devrais vous parler d’ici quelque temps, s’apprête à publier un standalone situé dans l’univers de la Polity (clic), Jack Four (qui sera chroniqué ici le plus tôt possible après sa parution), et surtout, une des ses nouvelles, Snow in the desert, a été choisie pour figurer dans la deuxième saison de la série Love, death & robots, qui sera mise en ligne sur Netflix dans deux semaines. Rappelons que cette dernière est formée de courts-métrages d’animation, réalisés par des équipes différentes et dans des styles variés, tous basés sur des nouvelles d’auteurs de SF, dont une bonne partie sont très appréciés en ces lieux : dans la saison inaugurale, il s’agissait par exemple de Peter Hamilton, Alastair Reynolds, John Scalzi, Ken Liu ou Marko Kloos (excusez du peu !), tandis que dans la deuxième, outre Asher, on retrouvera des vidéos inspirées par Paolo Bacigalupi, Harlan Ellison, Rich Larson ou J.G. Ballard. Signalons que l’épisode Asher sera le plus long de la saison (15 minutes) avec celui de Bacigalupi.

Ce texte de 35 pages est lisible soit isolé (sous forme électronique uniquement), soit intégré au recueil The gabble – and other stories, sous forme papier, électronique et audio. Il s’inscrit lui aussi dans l’univers Polity. Lire la suite

Le Janissaire – Olivier Bérenval

14

La justice du Janissaire

janissaire_bérenvalOlivier Bérenval est un auteur de SF français dont Le Janissaire est le troisième roman. Il se déroule dans le même univers que le second, Nemrod, mais peut se lire de façon tout à fait indépendante et sans aucune connaissance de ce dernier (ce qui était mon cas). Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez que je suis nettement plus porté vers la Science-Fiction anglo-saxonne que francophone, mais pourtant, il arrive que je trouve dans cette dernière des autrices et des auteurs de grande qualité, les Genefort, Lehman, Lucazeau et autre Pleynet. Ce sont les avis positifs de certains de mes camarades de la blogosphère qui m’ont incité à lire Le janissaire (je signale aussi une couverture de toute beauté), et je dois dire que je n’ai pas de motif majeur de me plaindre de cette lecture, même si j’ai eu quelques points de crispation.

Comme beaucoup d’auteurs de SF (qui tiennent la route…), Bérenval est un fan et un connaisseur du genre, et comme l’écrasante majorité de ceux qui sont encore en début de carrière, il a tendance à rendre hommage aux écrivains qui l’ont inspiré. C’était déjà apparemment le cas dans Nemrod, et c’est également le cas ici. Pour autant, son univers a sa propre personnalité et une atmosphère assez unique et fort agréable. La preuve qu’on peut s’inspirer d’une autre œuvre sans donner dans la copie servile et sans âme ! Lire la suite

L’écart des missiles – Charles Stross

21

Disco volante

missile_gap_strossJ’ai déjà parlé, sur ce blog (dans la critique de A colder war), du projet Exoglyphes, qui s’est donné pour mission (pour ne pas dire sacerdoce) de traduire les « causes perdues » de la SFFF, les textes qui, bien que de grande valeur, n’intéressent pas les éditeurs (ou ne sont pas jugés potentiellement rentables, difficilement traduisibles, etc). Et en 2020, les membres d’Exoglyphes ont pour ambition d’en ajouter une belle à leur tableau de chasse, déjà bien fourni, à savoir le formidable Ribofunk de Paul Di Filippo, dont je n’ai jamais compris pourquoi il n’avait pas bénéficié d’une VF, tant c’est un recueil fondamental dans les domaines du Biopunk et plus généralement du Postcyberpunk. Si je vous reparle de tout cela aujourd’hui, c’est qu’Exoglyphes met à disposition gratuitement et en français la version électronique d’une novella de Charles Stross, appelée Missile Gap en VO et L’écart des missiles en VF, que vous pourrez récupérer ici.

Ce court roman réunit plusieurs motifs récurrents chez Stross : le sense of wonder spatio-temporel, les barbouzes (y compris, parfois, de l’occulte) et la Guerre Froide revue selon le prisme de la SFFF. Il aborde un nombre considérable de thèmes science-fictifs, dans une perspective semblant mêler Robert Charles Wilson et Arthur C. Clarke (pour ce dernier, on pense à un texte précis, même si je ne peux vous en parler sans divulgâcher la fin). Et émerveillement, il y a : rien que le contexte / le postulat de départ sont époustouflants, sans parler de certains éléments du reste du texte (dont la fin) ! Lire la suite

Aurora – Kim Stanley Robinson

25

Le meilleur roman de KSR depuis la trilogie martienne

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 96 de Bifrost. Vous pouvez retrouver tous mes articles publiés dans le magazine sous ce tag.

aurora_KSRDans la bibliographie de Kim Stanley Robinson (KSR), Aurora, publié en VO en 2015, se place entre 2312, au solide univers mais incapable de raconter une histoire, et Red Moon, qui en narrait plus ou moins correctement une mais pêchait par contre au niveau d’un contexte lunaire décevant. Se pose donc la question de savoir comment ce roman va se situer, et les interrogations augmentent encore à la lecture de la quatrième de couverture, où le résumé ne fait que quelques phrases. Et pour cause…

En effet, si le point de départ est clair (un vaisseau à générations est dans la phase finale de son approche de Tau Ceti et de ses planètes), et si pendant un bon tiers, le roman suit la partition qu’on imagine, l’auteur va ensuite lui faire prendre un tournant complètement inattendu, qui va occuper les deux tiers suivants et qui explique la discrétion de la quatrième. Qui mentionne aussi une citation du Guardian selon laquelle il s’agirait du meilleur livre de KSR depuis la trilogie martienne, voire de son meilleur tout court. Si la première partie de la phrase est incontestable, en revanche la seconde est une question d’attentes. Volume unique, narration bien plus maîtrisée que dans 2312, meilleur univers que dans Red Moon, rythme et intérêt constants quasiment d’un bout à l’autre et profondeur des thématiques traitées, Aurora a tout pour plaire, surtout à celui qui ne connaît pas la prose de KSR ou n’y adhère pas d’habitude. Mais non, il n’éclipsera pas la trilogie martienne, monument du Planet Opera à la richesse hors-norme. Lire la suite

La fabrique des lendemains – Rich Larson

26

Enfin !

fabrique_lendemains_larsonCela fait maintenant plus d’un an et demi que sur ce blog, je vous parle, ou bien nous parlons avec les aponautes en commentaires, de Rich Larson, vingt-huit ans mais… 200 nouvelles au compteur. Si, si. Et outre sa faramineuse, Silverbergienne productivité, le jeune auteur peut se prévaloir d’une qualité moyenne de chaque texte extrêmement élevée. Et je pèse mes mots. Bref, on parle aujourd’hui de lui comme d’un écrivain de SF du calibre des Egan, Liu ou Chiang, un auteur comme on n’en voit typiquement émerger qu’une fois par décennie, au mieux. Et d’ailleurs, ce qui est fascinant, c’est que quelque part, comme le souligne très justement la préface du recueil dont je vais vous parler dans les lignes qui suivent, Larson est la fusion, la synthèse, la quintessence, du vertige scientifique du premier et de la profonde dose d’humanité injectée dans sa prose par le second.

Mais vu que tout le monde n’a pas la chance d’être anglophone, natif de la Belle Province (les Québecois ont réalisé quelques traductions) ou de lire assidument certains magazines de SF (ou des sites comme Tor ou celui de l’auteur), Larson était jusqu’ici resté inconnu du grand public français. Heureusement, Olivier Girard, les Quarante-Deux et Pierre-Paul Durastanti ont conjugué leurs talents et leurs efforts pour vous proposer un recueil de vingt-huit nouvelles (de 2 à 42 pages chacune), La fabrique des Lendemains (qui n’est pas le reflet de son homonyme anglo-saxon, cependant, mais un assemblage original -les deux n’ont que dix nouvelles en commun-). Qui est un fort dangereux concurrent pour le pourtant magistral Eriophora de Peter Watts pour le titre envié de sortie SF de l’année ! Lire la suite

Hot Rock – Greg Egan

10

Un Planet Opera (très) Hard SF de toute beauté

oceanic_eganHot Rock est la troisième et dernière nouvelle s’inscrivant dans l’univers de l’Amalgame, après Riding the crocodile et Gloire. C’est la seule qui a été publiée après Incandescence, le roman situé lui aussi dans ce contexte, et des trois, c’est clairement la plus Hard SF, et de très loin. Mais surtout, des trois, c’est, et là aussi de loin, la plus intéressante, un Planet Opera (très) Hard SF de toute beauté, rivalisant sur ce plan avec le formidable Retour sur Titan de Stephen Baxter.

Cependant, le tableau n’est pas tout à fait rose, puisque les tenants (deux citoyens de l’Amalgame décident de résoudre un mystère) sont très (trop…) similaires à ceux des deux autres nouvelles. Différence appréciable, cependant, ce texte là répond à un plus grand nombre des questions qu’il pose, et donc sa fin se révèle plus satisfaisante. Lire la suite