Les chroniques de Méduse – Stephen Baxter / Alastair Reynolds

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Gestion des problèmes de voisinage via l’ingénierie planétaire et stellaire, mode d’emploi

chroniques_meduseDepuis une vingtaine d’années, Stephen Baxter, un des maîtres de la Hard SF (genre de prédilection de ce blog), s’est lancé le défi de donner une suite à quelques textes majeurs de la Science-Fiction, dont La machine à explorer le temps et La guerre des mondes de H.G. Wells. Il était donc logique qu’Alastair Reynolds, autre pape de ce sous-genre qui a eu envie de rayer le mot « fin » en conclusion de la nouvelle Face-à-face avec Méduse d’Arthur C. Clarke, fasse appel à Baxter pour écrire ce qui se passait ensuite à quatre mains (et ce d’autant plus que Baxter avait co-écrit plusieurs livres avec le Maître -non, pas Federer-).

Les chroniques de Méduse sont donc le fruit de cette excitante collaboration. Si la lecture préalable de la nouvelle de Clarke n’est pas strictement indispensable, elle est en revanche utile pour mieux saisir certaines allusions. Attention toutefois : ne lisez ni la quatrième de couverture, ni ma critique si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire la nouvelle ET que vous avez l’intention de le faire. Si vous n’avez pas l’intention de lire le texte de Clarke, en revanche, la quatrième et ma recension peuvent être lues sans danger de vous spoiler.  Lire la suite

L’univers captif – Harry Harrison

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Un texte de Soft-SF magistral

captive_universeSi le nom d’Harry Harrison n’a pas, pour le « grand public » de la SF, la résonance de ces patronymes prestigieux que sont Clarke ou Asimov, cet auteur américain (1925 – 2012) a pourtant produit une quantité impressionnante de livres marquants : Soleil vert (adapté au cinéma avec Charlton Heston dans le rôle principal), une référence de la Dystopie (si vous ne connaissez pas certains noms de sous-genres, voyez mes articles), le cycle de Deathworld (saga majeure du Planet Opera), ceux de Bill le héros galactique et surtout du Rat en acier inox (deux séries de SF humoristique -satirique- emblématiques). Et malgré tout cela, il n’a jamais reçu le moindre prix de SF d’envergure (rejoignant, en cela, d’autres écrivains majeurs, comme Iain M. Banks par exemple).

Notez que même si l’illustration de couverture ci-dessus correspond à une édition en langue anglaise (celle dans laquelle j’ai lu ce roman court), ce texte existe en français (vous pouvez le trouver d’occasion), mais seulement en version physique. De fait, j’ai eu beaucoup de mal à choisir, parmi les différentes éditions, quelle image j’allais utiliser pour illustrer cet article : la VF a une couverture particulièrement inesthétique, et si celle d’une des VO est superbe, elle a aussi le très gros inconvénient de dévoiler le point central de cette novella, son grand secret, d’un seul coup d’œil. Car tel va être mon très, très gros problème avec cette critique : il est pratiquement impossible d’analyser correctement ce livre… sans spoiler. Je me suis même posé la question de savoir si j’allais proposer ladite critique ou pas, ce qui est une première sur ce blog. Mais bon, d’après les stats, c’est le 300e article du Culte, alors… Et puis cette novella est tout simplement magistrale, donc il me fallait absolument en dire un mot, même nébuleux. Lire la suite

Face-à- face avec Méduse et autres nouvelles – Arthur C. Clarke

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Les 0.99 euros les mieux dépensés de mon existence

meeting_with_medusaFace-à-face avec Méduse et autres nouvelles est un recueil de textes courts signés Arthur C. Clarke comprenant, outre la nouvelle éponyme (Nebula 1973 de la meilleure Novella), Marée neutronique et Retrouvailles. Je ne vais pas vous présenter l’auteur, vu qu’il fait partie des happy few dont le nom est connu même du grand public pas vraiment amateur de SF. Je vous dirais en revanche que Clarke a une place spéciale dans mon panthéon personnel, à la fois comme maître de la Hard SF, un de mes sous-genres de prédilection, et comme le tout premier auteur de science-fiction que j’ai lu lorsque j’avais environ dix ans (comme quoi, hein, la Hard SF qui serait systématiquement ardue à lire…).

Vous devez vous demander pourquoi je vous propose cette critique, et pas celle d’un texte plus fondamental de Clarke : la raison en est simple, Bragelonne a la bonne idée de publier, en janvier, Les chroniques de Méduse, roman co-signé par deux autres grands maîtres de la Hard SF, Alastair Reynolds et Stephen Baxter, et qui est une suite de la nouvelle de Clarke. N’ayant pas encore eu l’occasion de lire cette dernière, il m’a donc paru pertinent de combler cette lacune avant d’attaquer le roman, et de vous faire bénéficier d’une recension dans la foulée. Et puis tant qu’à faire, autant proposer celles des deux autres textes, c’est cadeau. Et pourtant, c’est mon anniversaire, je devrais en recevoir, pas en distribuer  😀 Lire la suite

From darkest skies – Sam Peters

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Beaucoup de potentiel, un résultat assez décevant (tout en restant d’un niveau correct)

from_darkest_skies_petersFrom darkest skies est le premier roman de Sam Peters. Les remerciements nous apprennent que l’univers du livre est issu d’une campagne de jeu de rôle (si j’ai bien tout saisi), et que l’auteur n’a lu Carbone modifié de Richard Morgan qu’après avoir écrit son propre livre. Précision heureuse, car il y a en effet certaines (vagues) ressemblances entre les deux œuvres. Mais à vrai dire, j’en verrais plus encore avec celle de Peter Hamilton, lui-même grand utilisateur de policiers du futur (Paula Myo, La grande route du Nord), voire même avec Dan Simmons (l’IA qui enquête sur sa propre mort) et Alastair Reynolds (la dite IA a été construite à partir des aperçus de la personnalité de l’épouse décédée du protagoniste disponibles en ligne, un peu comme la reconstitution d’Eunice Akinya dans la trilogie Les enfants de Poséidon).

Premier roman, donc, et cela se voit : trop ambitieux pour son propre bien, parfois maladroit ou un peu difficile à suivre, From darkest skies n’est pourtant pas dépourvu de qualités, bien au contraire. Sam Peters travaille actuellement sur la suite, Species traitor (il ne s’agit donc pas d’un one-shot, même s’il peut éventuellement se lire comme tel) et aura, on l’espère, corrigé ces défauts de jeunesse.  Lire la suite

Les feux de Cibola – James S.A. Corey

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Inégal

feux_cibolaLes feux de Cibola est le quatrième volume du cycle The Expanse, par James S.A Corey (pseudonyme commun de Ty Franck et Daniel Abraham / Hanover). Le septième, Persepolis rising, paraîtra (en VO) dans très exactement un mois (et au passage, Actes Sud est vraiment à la traîne, puisque trois autres pays européens sont à jour dans les traductions des tomes 1-6). Le tome 3 s’est révélé verbeux et assez mauvais, mais il introduisait un énorme changement d’échelle dans l’univers, ce qui fait que je dois dire que j’attendais ce nouvel opus avec une certaine impatience et une curiosité encore plus grande. Mais aussi avec une certaine crainte : alors que j’avais trouvé le tome 1 bon, le 2 excellent et le 3 nettement plus mauvais, quel allait être le niveau du 4 ? Ne faisons pas durer le suspense, la qualité globale (et j’insiste là-dessus) remonte (un peu), même si Les feux de Cibola se révèle très contrasté, et très loin d’être dépourvu de défauts, qu’ils soient propres à ce roman ou commencent à émerger au niveau du cycle dans son ensemble.

Au passage, Actes Sud, qui a repoussé la sortie du livre du 7 juin à début Novembre, rend une bien mauvaise copie : je ne compte plus les tournures maladroites, les phrases qui ne veulent pas dire grand-chose, les insuffisances de la relecture (parfois énormes, comme ce splendide « une femme aux cheveux noire » p 253 ou « un carré de cette espace » p 279) ou la ponctuation occasionnellement aux abonnés absents. Pour un éditeur de ce calibre et compte tenu de cinq mois de délai supplémentaire, ce n’est pas franchement brillant, surtout à ce prix là.  Lire la suite

2312 – Kim Stanley Robinson

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Fuyez, pauvres fous…

2312_KSRKim Stanley Robinson (KSR) est un auteur américain de SF (et de Cli-Fi -fiction climatique-) multi-primé (un World Fantasy Award, 6 prix Locus, 3 Nebula -dont un pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui-, 2 Hugo) considéré comme un des plus importants écrivains (particulièrement de Hard-SF) du genre. Contrairement à la majorité de la SF américaine, ses thèmes de prédilection (anticapitalisme et modèles économiques et politiques alternatifs, écologie, justice sociale) le placent à gauche de la scène politique et dans une niche singulière par rapport à ses petits camarades. Malgré tout, sa fascination pour les nouvelles frontières (représentées ici par la colonisation spatiale) l’inscrit pleinement dans une des thématiques favorites de la science-fiction américaine.

L’oeuvre la plus connue de KSR reste sa trilogie martienne, un monument du Planet Opera qui décrit d’une façon extraordinairement détaillée tous les aspects (économiques, sociaux, culturels, scientifiques, techniques, etc) de la colonisation et de la terraformation (transformation en monde semblable à la Terre) de la planète rouge. Les descriptions des paysages martiens, notamment, sont si vivantes qu’on jurerait que Robinson s’y est personnellement rendu ! Malgré tout, il reste un auteur clivant, car son style froid, fonctionnel, lent, très intellectuel, à du mal à passer auprès de certains lecteurs. Je dois dire que moi-même, même si j’ai adoré la trilogie, ai ressenti de nettes longueurs sur d’autres livres, comme Chroniques des années noires, par exemple.

En grand fan de KSR, de Hard-SF et de tout livre décrivant la colonisation du système solaire, il était évident que je ne pouvais pas passer à côté de 2312, surtout que j’espérais quelque chose du calibre de la trilogie martienne, mais largement étendu au-delà des frontières de la planète rouge (je savais que le roman parlait beaucoup de la terraformation de Vénus, notamment, un thème bien trop délaissé à mon goût en SF). Je vous laisse donc imaginer ma déception après avoir commencé l’ouvrage, qui s’est révélé effroyablement long, pédant, mal construit, plat et n’apporter pas grand-chose de neuf, pour ne pas dire rien. Bref, j’anticipe un peu sur la conclusion, mais franchement, si vous ne connaissez pas KSR, ne commencez surtout pas votre découverte de son oeuvre par ce roman, qui n’en vaut pas la peine. Et si vous êtes plutôt fan, comme moi… fuyez. Gardez vos éventuels bons souvenirs de la trilogie martienne, ça vaudra mieux.  Lire la suite

Le sultan des nuages – Geoffrey A. Landis

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Ça plane pour moi !

sultan_nuagesGeoffrey Alan Landis est un sacré bonhomme, c’est le moins qu’on puisse dire. Scientifique travaillant à la NASA (spécialiste de l’énergie solaire), il est aussi poète et un écrivain de SF très prolifique, spécialisé dans la forme courte. Il a obtenu, pour ses nouvelles et novellas, la bagatelle d’un Nebula, un Locus, deux Hugo et un prix Theodore Sturgeon, ce dernier précisément pour le texte dont je vais vous parler aujourd’hui. Il s’agit d’un roman court d’une centaine de pages (très aérées), présenté sous une superbe couverture (une de plus !) signée par l’impeccable Aurélien Police. Je n’achète plus si souvent mes bouquins sous forme physique (l’e-book coûte moins cher et prend moins de place), mais là…

Le sultan des nuages constitue un mélange de Postcyberpunk, de Hard-SF (compréhensible sans problème) et de Planet Opera, servi par une vision pleine de Sense of wonder et non dépourvue d’une certaine poésie (ce qui se comprend sans peine vu le background de l’auteur). Décrivant une forme de colonisation de la planète Vénus, il s’impose comme une des références dans ce domaine, aux côtés des textes d’écrivains plus prestigieux comme Ben Bova, Alastair Reynolds ou Kim Stanley Robinson en personne.  Lire la suite