La ballade de Black Tom – Victor LaValle

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Une expérimentation littéraire audacieuse et bluffante

black_tomVictor LaValle est un auteur américain qui, en plus de la SFFF, écrit aussi des essais et des critiques de livres. Les problèmes mentaux ainsi que les vies de personnages afro- ou latino-américains dans les décennies passées sont des thèmes récurrents dans son oeuvre. La ballade de Black Tom (son premier texte traduit en français) revisite ainsi L’horreur de Red Hook d’H.P. Lovecraft du point de vue d’un jeune noir, et fait donc partie de cette vague de textes donnant leur place, dans les univers du Maître, à ceux qui n’en ont pas ou trop peu sous sa plume (les femmes, les personnes de couleur, etc). A cet égard, la dédicace de l’auteur est très éclairante : « A H.P. Lovecraft, avec tous mes sentiments contradictoires » (au passage, on savourera un passage de la fin du roman, où la police new-yorkaise conseille à un trouble-fête de retourner vers sa chère Providence voir si le climat lui convient mieux). Dans le même registre, on peut également citer L’éclosion des Shoggoths d’Elizabeth Bear ou La quête onirique de Vellitt Boe de Kij Johnson.

On voit souvent passer à propos du texte de Victor LaValle le terme de « réécriture » de celui de Lovecraft, et on est en fait très exactement dans ce registre là : alors que Kij Johnson s’est appropriée un des univers d’H.P.L, ainsi qu’un de ses personnages et le squelette d’une de ses intrigues, LaValle est allé beaucoup plus loin, proposant au lecteur une véritable expérimentation (et expérience) littéraire, comme nous allons le voir.  Lire la suite

L’ennemi dans l’ombre – David Weber

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Les Solariens, enfin ! 

ennemi_ombre_1_weberL’ennemi dans l’ombre est le second livre du cycle Saganami (il s’agit d’une tétralogie -le quatrième roman, L’ombre de la victoire, étant prévu pour juin-), après L’ombre de Saganami. Comme la plupart des ouvrages rattachés à l’univers d’Honor Harrington, il est divisé en deux tomes d’environ 460 pages chacun. Ce livre 2 montre des événements compris entre mars et décembre 1921 Post-Diaspora, soit vingt ans après Mission Basilic et sur une période qui correspond à une partie des événements finaux de L’ombre de Saganami, à Torche de la liberté (et pas Plaies d’honneur, comme le stipule improprement la quatrième de couverture -ce roman se déroulant plusieurs années avant L’ennemi dans l’ombre-), Coûte que coûte et qui donne un aperçu de ce qui va advenir dans En mission. La préface de David Weber est très intéressante : il explique la conception des deux sous-cycles (voir plus loin) et précise qu’ils ne doivent pas être vus comme des sagas séparées se déroulant dans le même univers mais comme une seule et même histoire dont des petits bouts sont insérés dans chacun des trois cycles (le troisième étant celui d’Honor Harrington). Ce qui explique aussi pourquoi certains livres reprennent des scènes déjà vues dans d’autres cycles, en adoptant un point de vue différent. Je suis moyennement convaincu par la pertinence du procédé, personnellement, surtout qu’il finit par coûter cher et est riche en possibilités de spoil (notamment, ici, sur l’opération Baie des huîtres).

Mais bon, je suis sans doute allé un peu vite en besogne : si vous êtes beaucoup plus nombreux à avoir découvert l’Honorverse (du fait de la -re-sortie des premiers tomes des aventures d’Honor en poche -made in l’Atalante et pas J’ai lu, cette fois-) depuis la dernière fois où j’ai publié une critique d’un roman signé ou co-signé David Weber, tout le monde n’a peut-être pas pris conscience de la structure tortueuse du meta-cycle d’HH. Allez hop, c’est parti pour un peu de pédagogie !  Lire la suite

Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) Gunpowder / Flintlock Fantasy

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ApophisIl s’agit du premier article du Guide de lecture des littératures de l’imaginaire que je vous propose, après la présentation du concept et le point de départ (souvenez-vous que les articles ne seront pas écrits dans l’ordre présenté mais en fonction de ce qui est le plus pratique pour moi). Le suivant ne sera publié qu’à la fin de l’été. Pourquoi un tel écart ? Parce que le présent article doit me servir de plate-forme de test afin d’avoir des retours sur la présentation et le fond et de corriger le tir pour les suivants si besoin. 

Vous avez entendu parler d’une Fantasy mêlant armes à feu, mondes imaginaires, magie et créatures fantastiques, et souhaitez découvrir ce style de romans, ou bien vous perfectionner et aller au-delà des livres de base ? Cet article est fait pour vous !  Lire la suite

Le modèle de Pickman – H.P. Lovecraft / L’autre modèle de Pickman – Caitlin R. Kiernan

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Dunwich, Innsmouth, Boston, Hollywood, c’est le même destin !

ghoul_LovecraftC’est désormais presque une tradition, pas un mois sans parler d’une nouvelle signée Caitlin R. Kiernan sur ce blog. Et pas un mois non plus sans composer pas à pas ma petite anthologie Apophienne idéale du meilleur de ce que les Lovecrafteries du XXIe siècle ont à nous offrir. Dans ce registre, L’autre modèle de Pickman signé par l’autrice est un représentant de choix, tant il revient avec régularité dans différentes anthologies, qu’elles soient françaises ou anglo-saxonnes (vous trouverez une liste de liens en fin de critique). Comme son nom l’indique, ce texte est basé sur un de ceux du maître, Le modèle de Pickman, ce qui fait que je vous en propose également la critique, « en tandem » pourrait-on dire. Comme avec beaucoup de Lovecrafteries modernes, la nouvelle de Kiernan met en exergue ce qui était laissé dans l’ombre, voire complètement passé sous silence, chez H.P.L (les femmes, l’homosexualité, le sexe et la pornographie), tout en répondant, pour une certaine catégorie de créatures, aux mêmes questions posées dans Le cauchemar d’Innsmouth, par exemple.  Lire la suite

L’œil d’Apophis – Numéro 9

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Eye_of_ApophisNeuvième numéro de la série d’articles l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, mal promus par leur éditeur, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans ou cycles : aujourd’hui, il s’agit d’Accelerando de Charles Stross, de la trilogie Éon de Greg Bear et de L’âge de diamant de Neal Stephenson.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt le tag (Roman) Culte d’Apophis). Lire la suite

Blackwing – La marque du corbeau – Ed McDonald

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Une brillante Dark Fantasy post-médiévale et post-apocalyptique

blackwing_1_VFLe 18 avril 2018 sortira en français Blackwing tome 1 : La marque du corbeau, par Ed McDonald, que j’ai, pour ma part, lu l’année dernière en anglais et trouvé à la fois original et très intéressant, avec un univers qui sort des sentiers battus, une puissante ambiance, un personnage central très travaillé et une excellente intrigue. Je vous invite donc à lire ma critique de la VO, sachant que je ne peux évidemment pas juger la qualité de la traduction, de la relecture, de l’édition, etc. On remarquera toutefois que dans la langue de Shakespeare, La marque du corbeau (Raven’s mark) est le nom du cycle, pas celui du premier tome, qui s’appelle simplement Blackwing. Au passage, je vous reparlerai très bientôt du tome 2, Ravencry, qui sort (en VO) en juin.

Si ce livre vous intéresse, que vous êtes client d’Amazon et que vous souhaitez soutenir le blog, je vous invite à passer par un des liens suivants pour votre achat, cela ne vous coûte strictement rien de plus mais permet d’aider à financer l’infrastructure du blog (nom de domaine, thèmes payants, espace de stockage, etc) :

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La porte de cristal – N.K. Jemisin

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Presque aussi bon que La cinquième saison

porte_cristal_jemisinLa porte de cristal est le second tome de la trilogie Les livres de la Terre fracturée, après La cinquième saison. Comme son prédécesseur, il a obtenu le prix Hugo, et deux consécutifs pour un même auteur, deux années successives et pour les bouquins d’un même cycle, ça n’arrive tout de même pas tous les quatre matins. Et quand on sait que le tome 3 est également nominé cette année… Même si ce deuxième opus, donc, a été couronné à l’égal du premier, on peut tout de même légitimement se demander s’il est du même niveau de qualité (le tome intermédiaire d’une trilogie étant rarement à la hauteur des deux autres). La réponse est, de mon point de vue, oui, ce qui est d’autant plus remarquable que cette fois, l’auteure ne bénéficie pas de l’effet de surprise, puisque nous connaissons déjà l’univers, qui, à mon sens, constituait un des points forts (mais pas le seul et peut-être pas le principal) de La cinquième saison.

Etant donné que chez J’ai lu, on a décidé que l’édition électronique de ce roman serait vendue 19.99 euros, soit 87 % (!) des 23 demandés pour la version physique (on doit être sur un record, là…), que je ne suis pas une vache à lait Lactalis, que je boycotte toute maison pratiquant un tarif supérieur à 60%, que je lis l’anglais et que la version dématérialisée en VO est vendue… 6.49 euros, j’ai lu ce livre dans la langue de Shakespeare. Je ne peux donc pas me prononcer sur la qualité de la traduction, de la relecture, etc. Et je précise, pour ceux qui voudraient faire de substantielles économies tout en incitant l’éditeur à un peu plus de réalisme en matière de tarification, que le niveau d’anglais de ce bouquin est tout à fait abordable et que passer de la VF à la VO ne pose absolument aucun problème. Lire la suite