Planetside – Michael Mammay

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Surprenant

planetside_mammayMichael Mammay est un auteur de SF et de Fantasy qui, de son propre aveu, met le plus souvent en vedette des personnages militaires (et son propre passé dans l’Armée -c’est un vétéran de la première guerre du Golfe, de la Somalie, de l’Irak et de l’Afghanistan- n’y est sûrement pas étranger). Son roman Planetside, le premier d’un cycle (le second, Spaceside, sort fin août 2019), ne déroge pas à la règle, puisqu’on y suit le Colonel Carl Butler, envoyé sur une lointaine planète, où les humains affrontent des insurgés indigènes, pour y retrouver le fils d’un gros ponte, dont on a perdu la trace. Ou comment mélanger Avatar (mais avec un gros twist…) avec les classiques de l’enquête militaire, que ce soit au cinéma (Presidio, Des hommes d’honneurLe déshonneur d’Elisabeth Campbell, A l’épreuve du feu, etc) ou à la télévision (JAG, NCIS, etc), plus un petit bout de Au coeur des ténèbres (ou d’Apocalypse Now, c’est la même chose).

Au vu du résumé, si je m’attendais à un roman sympa, je n’étais cependant préparé ni au fait qu’il soit aussi prenant, ni à une fin très particulière (qui ouvre de fascinantes perspectives sur la suite). Au final, et même s’il ne s’agit certainement pas du livre de SF de l’année, cette lecture s’est avérée excellente, et je lirai la suite avec un grand plaisir. Lire la suite

Embers of war – Gareth L. Powell

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Peut-être pas très original, mais en tout cas intéressant ! 

embers_of_warGareth L. Powell est un auteur britannique qui était jusqu’ici surtout connu pour son uchronie Ack-Ack Macaque (oui, c’est le vrai titre…), titulaire du British Science-Fiction Award 2013. C’est même d’ailleurs une uchronie dans une uchronie, puisqu’on y parle d’un jeu vidéo qui décrit une Seconde Guerre mondiale alternative au sein d’un contexte où la France et la Grande-Bretagne ont fusionné.

Embers of war, premier roman de la trilogie du même nom (les volumes suivants, Fleet of knives et Light of impossible stars, sortiront respectivement en février 2019 et 2020 -et seront critiqués sur ce blog-), est sur un registre différent, puisqu’il s’agit d’une SF « à la Iain Banks ». Alors attention, si j’ai apprécié ma lecture, je n’irais cependant pas, pour ma part, dire, comme la citation en première de couverture, que Powell rejoint cet auteur, Alastair Reynolds ou Peter Hamilton au premier plan de la SF, même britannique. S’il s’agit d’un livre agréable, son manque flagrant d’originalité, pour ne pas dire sa copie servile de Banks, est tout de même un gros handicap pour tresser à Powell de tels lauriers. Pour ma part, j’attendrai de voir dans quelle direction partent les tomes 2 et 3 avant de me prononcer.

Notez que même les non-anglophones parmi vous vont pouvoir se faire leur propre opinion, puisque les droits de ce roman ont été achetés par Lunes d’encre. Lire la suite

Avaleur de mondes – Walter Jon Williams

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Phénoménal

avaleur_de_mondesAvaleur de mondes est un stand-alone de Walter Jon Williams publié par l’Atalante en 2009 (et -excellemment- traduit par le camarade Jean-Daniel Brèque). Eh oui, à cette époque déjà, l’éditeur nantais avait un problème avec ses titres français qui, outre qu’ils sonnent souvent mal et ne donnent pas franchement envie de découvrir le bouquin (on se rappellera le récent Rapprochement à gisement constant), n’ont parfois qu’un rapport très nébuleux avec le titre original (pour reprendre le même exemple, celui-ci était… For honor we stand). Ici, le titre est encore plus mal choisi, car celui adopté par Walter Jon Williams (Implied spaces) avait à la fois le mérite d’éveiller la curiosité et d’être totalement en rapport avec le propos. Mais bon, loin de moi l’idée de taper sur l’Atalante, car ils ont été bien inspirés de traduire ce roman, un des plus colossaux sur le plan du sense of wonder qu’il m’ait été donné de lire. Si vous êtes comme moi et que l’univers, et l’émerveillement qu’il provoque, est pour vous le point le plus important dans un livre relevant des littératures de l’imaginaire, alors celui-ci est incontestablement pour vous (et j’espère vous en convaincre).

Mais revenons un instant sur l’auteur : alors que Walter Jon Williams est un des écrivains majeurs du Cyberpunk et un romancier de grande valeur (de SF, mais pas que : il a aussi écrit de la Fantasy, des romans historiques, du Star Wars, du Wild Cards, etc), j’ai toujours eu le sentiment qu’il n’avait pas la reconnaissance qu’il méritait en France, où il est éclipsé, notamment dans le sous-genre qui l’a fait connaître, par William Gibson par exemple. Et pour tout dire, je suis proprement sidéré qu’Avaleur de mondes ne soit pas plus connu, car il s’agit pour moi d’un livre absolument majeur au sein du sous-genre auquel il appartient.

J’attire votre attention sur le fait que, justement, parler dudit sous-genre peut divulgâcher les 78 premières pages de l’histoire. Je vais donc commencer par vous résumer ces dernières, avant d’émettre un avertissement à l’intention de ceux qui ne veulent pas en savoir plus. Sachant que bien entendu, le reste de ma critique ne vous dévoilera aucun point critique de l’intrigue, mais vous donnera une idée plus précise du genre et sous-genre des littératures de l’imaginaire où se place ce roman. Lire la suite

City of broken magic – Mirah Bolender

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Démineurs + SOS Fantômes + Alien + Lovecraft = City of broken magic

city_broken_magicCity of broken magic est le premier roman de l’américaine Mirah Bolender, ainsi que le tome inaugural d’un cycle appelé Chronicles of Amicae. Et le moins que l’on puisse dire est que pour sa première publication, la jeune femme n’a pas choisi la voie de la facilité : au lieu de nous resservir l’éternelle quête de l’élu dans un monde médiéval-fantastique d’inspiration européenne, Miss Bolender nous place dans un monde d’inspiration (vaguement) japonaise (ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait qu’elle a voyagé dans ce pays), avec une bestiole au croisement de Lovecraft et d’Alien, dans une nation dont le niveau de technologie n’est pas celui du Moyen-âge mais plutôt des années 1910, et non pas dans les pas de l’élue de la prophétie mais d’une employée banale d’une brigade de « déminage »… magique. Bref, elle nous propose de l’Arcanepunk, sous-genre qui est en train de recevoir un sérieux coup de booster ces derniers temps avec cette publication ou celles de War Cry de Brian McClellan ou encore de Ravencry d’Ed McDonald. Au passage, si elles ne sont évidemment pas encore majoritaires, les sorties qui ne sont inspirées ni de l’Europe, ni de la période médiévale, sont de plus en plus nombreuses.

On l’aura compris, City of broken magic est original, mais est-ce un bon livre ? Globalement, la réponse est oui, même s’il est affligé d’un côté relativement (et faussement, en réalité) décousu et d’un rythme sur courant alternatif qui pourra gêner certains lecteurs. Je préfère, pour ma part, retenir l’intensité des scènes d’action, l’excellence de l’univers et des personnages très travaillés. Lire la suite

Empire of sand – Tasha Suri

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Quand t’es dans le désert, depuis trop longtemps… *

empire_of_sand_suri* Jean-Patrick Capdevielle, 1979.

Tasha Suri est une autrice (et libraire) britannique d’origine Pendjabi, installée à Londres. Empire of sand est son premier roman et le tome inaugural du cycle The books of Ambha. Ce dernier comprendra au moins un autre livre, Realm of ash (consacré au personnage d’Arwa, devenu adulte), et les différents opus seront lisibles comme des stand-alone, même s’ils se déroulent dans le même monde (ils en visiteront d’ailleurs différentes parties) et partagent parfois des protagonistes communs.

Ce livre a plusieurs particularités, mais la plus évidente est qu’il propose un univers et une magie inspirés par l’Inde, particulièrement celle de la période Moghole. Il a donc au moins le mérite d’offrir au lecteur féru de Fantasy une ambiance radicalement différente de celle, européenne, celtique / romaine / nordique à laquelle il est habitué. Ceci, conjugué au talent de conteur de l’auteure, ainsi qu’à vingt-cinq premiers % enthousiasmants, aurait donc dû en faire une lecture de qualité. Malheureusement, les trois autres quarts sombrent brusquement dans une romance à l’eau de rose, un rythme d’une lenteur géologique et tiennent plus du pensum que du chef-d’oeuvre. Je ne dirais pas que nous tenons là ma déception de l’année (le simple fait que je prenne la peine d’écrire une critique sur ce livre montre 1/ que je l’ai fini et 2/ qu’il y a tout de même quelque chose à y sauver), mais en tout cas j’avoue que rien ne présageait une dégringolade pareille dans un bouquin qui, au début, me faisait penser à… la Trilogie de l’empire de Feist / Wurts ! Lire la suite

Drone – Neal Asher

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La naissance d’un héros

drone_asherDrone fait partie de l’énorme meta-cycle Polity (seize romans au moment où je rédige ces lignes, bientôt dix-sept), par Neal Asher. C’est un des deux seuls livres de cette saga qui a été traduit en français par Fleuve noir, en 2010. Pour des raisons de disponibilité sous forme électronique, de prix et afin de tout lire dans la même langue (je sais, d’expérience, à quel point il peut être pénible de lire certains livres en VO et d’autres en VF au sein d’un même cycle, vu qu’il faut sans arrêt établir des correspondances entre les deux langues pour les termes propres à l’univers concerné), je l’ai lu dans sa version anglaise, appelée Shadow of the scorpion.

S’il est paru sept ans après le roman inaugurant Polity, Shadow of the scorpion doit en revanche se lire en second, après Prador Moon, si on suit la chronologie interne de la saga. Il constitue un prélude à Gridlinked, premier livre du sous-cycle principal de Polity, celui consacré à l’Agent Cormac. Et il a précisément pour but de nous montrer les « origines » du personnage, comme on dit en matière de comics et de super-héros (même si nous ne sommes pas sur ce registre ici), dont la façon dont il est devenu Agent et dont il a acquis son arme emblématique.

C’est le troisième bouquin du cycle que je lis, et des trois, c’est celui qui m’a le moins impressionné. Non pas qu’il soit mauvais (c’est un bon livre, sans conteste), mais je l’ai trouvé moins nerveux ou spectaculaire que les deux autres. Je suppose cependant que je lui trouverai un tout autre intérêt dans l’éclairage qu’il apporte sur le passé de Ian Cormac une fois que j’aurai lu les autres livres qui lui sont consacrés. Ce qui ne tardera pas, Gridlinked étant programmé en décembre (2018, hein 😀 ). On remarquera néanmoins que, un peu moins axé sur l’action ou le sense of wonder, il propose plus de réflexion ou de profondeur que mes deux précédentes lectures relevant de Polity. Lire la suite

Lords of the starship – Mark S. Geston

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Dommage…

lords_of_the_starshipMark S. Geston est un auteur américain, dont Lords of the starship est le premier roman (court ; 154 pages, parfois très aérées), écrit alors qu’il était encore étudiant. Il a été publié pour la première fois en 1967. Trois autres romans, à l’aura moindre, s’inscrivent également dans le même univers. Il a été traduit en français en 1980 par Opta sous le nom Les seigneurs du navire-étoile, mais je l’ai acheté en VO, la disponibilité, la couverture et surtout le prix étant plus attractifs.

Il s’agit d’un livre sur la décadence à la fois culturelle et humaine, extrêmement noir, qui s’inscrit à la fois dans le registre post-apocalyptique et dans celui des arches stellaires. Présenté par certains comme un chef-d’oeuvre, et de fait publié dans la prestigieuse collection Gateway essentials, il se révèle effectivement solide pour un premier roman (surtout écrit par quelqu’un d’aussi jeune), mais n’en rate pas moins le coche : au bout d’un moment, et particulièrement à la fin, il s’égare dans de la Science-Fantasy, alors qu’en restant dans le pur registre SF, il aurait clairement eu plus d’impact. De plus, le ton adopté, à la limite du conte philosophique parfois, n’aide pas. Bref, sans parler de mauvais livre, j’en sors déçu, bien que sur le pur aspect des arches spatiales, il soit assez original. Lire la suite

Thin air – Richard Morgan

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Richard Morgan 2.0 (ou quasiment)

thin_air_morganAprès quelques années sans publier de roman, Richard Morgan revient nous coller quelques bastos dans le buffet avec son nouvel opus, Thin air. L’auteur, que nombre d’entre vous a découvert cette année via la série Altered Carbon, est en revanche bien connu des aficionados de SF couillue mâtinée de roman noir, et ce depuis une quinzaine d’années. Thin air se situe dans le même univers que Black Man (rebaptisé Thirteen aux USA), mais en est indépendant et peut se lire sans problème comme un stand-alone, l’intrigue ayant un début, un milieu et une fin.

De prime abord, on se dit que Morgan n’a rien changé à sa recette, la transposant juste sur Mars alors que Black Man se déroulait sur Terre, remplaçant une variante 13 par un Hibernoïde (je vais y revenir), ajoutant aux codes du Biopunk et du roman noir une partie de l’ambiance d’un western de l’espace, et gardant le personnage central de l’ex-super-soldat qui disperse, qui ventile, enfin vous connaissez la chanson. Sauf que en matière de worldbuilding, de personnages secondaires et surtout d’intrigue, Morgan a carrément passé la vitesse supérieure. Voire même deux. Alors certes, les scènes de sexe décrites avec un grand luxe de détails alternent avec celles nous faisant vivre de sauvages combats, mais le livre de Morgan n’a, en terme de profondeur et de complexité, pas à rougir devant qui que ce soit désormais. Bref, tout en gardant ses fondamentaux, l’auteur a créé un roman enthousiasmant, propre à intéresser des gens qui n’auraient pas forcément été attirés par le cocktail, vu comme un peu bourrin ou basique, qu’il proposait jusque là. Lire la suite

Chaperon – Laurent Genefort

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Bluffant ! 

chaperon_manchuChaperon est une courte nouvelle disponible dans l’anthologie 2014 des Utopiales ou dans le numéro 482 (de juillet 2010) du magazine Ciel & Espace. C’est d’ailleurs en parcourant ma collection de ce dernier que je suis retombé dessus. Signalons que s’il ne publie évidemment pas de nouvelles de SF avec régularité (c’est un magazine d’astronomie, à la base, pas dédié aux littératures de l’imaginaire, bien que ses colonnes leur témoignent souvent une profonde sympathie), on en trouve pourtant de temps en temps une dedans, dans l’écrasante majorité des cas d’excellente qualité. On remarquera au passage que dans ce même numéro 482, se trouve une interview de David Brin relative à ses positions (similaires à celles de Stephen Hawking) opposées à l’émission de signaux radio vers l’espace (rétrospectivement, dans une perspective très Cixin Liu-ienne, si on me pardonne ce néologisme barbare).

Mais revenons au texte, signé Laurent Genefort, et qui s’étend sur à peine cinq pages du magazine (illustrées avec son brio habituel par Manchu, collaborateur régulier de C&E). Eh bien croyez-le ou non, mais sur un volume aussi réduit, l’auteur se débrouille pour caser une histoire passionnante et un sense of wonder qui rivalise avec celui des plus grands, de Liu à Rajaniemi, d’Egan à Watts ! (profitez-en bien, hein, vous ne me verrez pas souvent encenser de la SF française…). Avec un concept central rappelant Robert J. Sawyer (et je n’en dirai pas plus).  Lire la suite

Le gambit du renard – Yoon Ha Lee

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Un roman unique en son genre

gambit_renardYoon Ha Lee est un auteur texan d’origine coréenne et vivant en Louisiane. Le gambit du renard est à la fois son premier roman (et il a été distingué dans cette catégorie par le prix Locus 2017) et le tome inaugural d’une trilogie (il n’est d’ailleurs signalé nulle part dans la VF que c’est le cas, même s’il est évident à la lecture qu’il ne s’agit pas d’un stand-alone). Le cycle est achevé dans l’édition anglo-saxonne, et les droits du tome 2 ont d’ores et déjà été acquis par Denoël (source ; vous remarquerez que le même lien vous donne un autre aperçu de ce qui est à venir dans la collection).

Après deux titres (Autonome et Rétrograde) qui n’ont pas vraiment déchaîné l’enthousiasme des spécialistes de la SF, et un nouveau Christopher Priest plutôt controversé, Pascal Godbillon joue gros en publiant cette SF… militaire. Oui, vous avez bien lu, de la SF militaire en Lunes d’encre, chose inconcevable pendant l’ère Dumay (et vu que la traduction de Dogs of war a été annoncée, il ne s’agira pas d’un cas isolé). Rien que pour ça, et pour l’originalité de l’univers et l’ambition de ce titre, j’aurais donc tendance à le soutenir, mais il faut cependant immédiatement préciser que clairement, ce roman ne se destinera pas à tous les publics, du fait de sa complexité et de son contexte / atmosphère très particuliers. Lire la suite