Godblind – Anna Stephens

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Un agneau déguisé en loup

godblind_stephensGodblind est à la fois le premier roman de la britannique Anna Stephens, ainsi que le tome inaugural d’une trilogie. C’est aussi la « grosse sortie » de l’année de Bragelonne, qui nous promet comme à chaque fois qu’il s’agit là d’une découverte extraordinaire, d’un futur classique, d’un écrivain appelé à devenir un des grands du genre, etc. Sauf qu’à part quelques exceptions notables, les livres en question se révèlent souvent sympas mais sans plus. Eh bien là, nous sommes encore un stade au-delà : voilà un ouvrage qui non seulement est plutôt bizarre sur le plan taxonomique (en gros, c’est de la High Fantasy mais avec un côté explicite, sanglant et violent très Grimdark, étiquette sous laquelle il est d’ailleurs présenté), mais qui en plus est du mille fois vu et cumule les défauts d’écriture (d’un style assez pauvre à une structure extrêmement hachée en passant par des personnages perfectibles).

Signalons qu’on va vous demander 28 euros (pour moins de 500 pages, plutôt aérées qui plus est) si vous souhaitez acquérir la version physique. Oui, moi aussi, quand je l’ai acheté, je n’ai pas compris pourquoi ce prix était aussi inhabituellement élevé. Mais il se trouve que la couverture, superbe, m’a convaincu, pour une fois, de délaisser la version électronique au profit de la physique. Faut bien se faire plaisir de temps en temps… Et donc, pourquoi un tel tarif ? Couverture rigide (mais l’illustration n’est pas imprimée sur la couverture elle-même mais plutôt sur une jaquette), impression sur la deuxième et la troisième de couv’, papier de meilleure qualité que celui utilisé d’habitude par Bragelonne sont quelques éléments de réponse. Mon avis sur la corrélation entre le prix demandé et la qualité proposée ? Relativement mitigé. C’est le prix d’un Mnemos, sauf que chez eux on a un signet intégré, l’impression directement sur la couverture (ce qui évite que la jaquette aille se balader ailleurs ou finisse par se déchirer -ça  a déjà commencé pour la mienne-, sans compter qu’en 2017, une jaquette, ça fait grand genre et petits moyens), et en général du paratexte. Là, on a certes une carte, mais pas un Dramatis personæ, qui aurait pourtant vraiment été indispensable étant donné la dizaine de points de vue adoptés. Et puis, bon, celui qui n’a pas de liseuse et qui ne peut ou ne veut pas dépenser 28 euros pour un seul bouquin n’a hélas plus qu’à attendre une éventuelle version poche. Je pense qu’il aurait été plus pertinent de proposer cette version « de luxe » en tirage limité ou en POD, et en parallèle avec une autre, plus classique, à couverture souple, à 22-25 euros.  

Univers

Alors ça va être plutôt facile à résumer, en fait : il y a mille ans, les pays des gentils ont exilé le peuple des Mirécès dans les montagnes à leur frontière, là où il fait plus froid que dans mon frigo et où il n’y a que de la caillasse, sur laquelle c’est un poil compliqué de faire pousser sa becquetance. La raison : au lieu d’adorer les Dieux de la Lumière comme tout le monde, eux vénéraient la Dame de l’Ombre et le Dieu du sang (des divinités avides de sacrifices et très « dark », avec un vague côté aztèque -surtout la Dame qui me rappelle un peu Tlazolteotl-). Depuis, ce peuple biclassé Vikings (des montagnes)- Talibans (l’auteure insiste sur leur propension à se sacrifier avec joie pour atteindre leurs objectifs politico-militaro-religieux) lance des raids sanglants sur les terres agricoles frontalières, et se comporte comme une brute de cour d’école puissance dix aussi bien chez lui que chez les autres : meurtres, viols, femmes traitées comme des objets sexuels (sauf l’élue de la Dame de l’Ombre), brutalité physique et morale institutionnalisée, sacrifices humains, conversions forcées, et j’en passe.

Au Rilpor (le pays frontalier), outre l’armée officielle, un groupe de citoyens a pris les armes pour défendre les contreforts formant la frontière avec les autres excités : on les appelle les Loups. Ils sont basés dans la cité des Sentinelles et dans des villages / camps secrets dispersés un peu partout. Toute ressemblance avec les Rôdeurs du Seigneur des anneaux ou avec la Garde de Nuit n’est bien entendu absolument pas fortuite (et dans le genre, la capitale divisée en « cercles » à la Minas Tirith, hein…).

Le Roi du pays, Rastoh, a été psychologiquement brisé par le meurtre sauvage de son épouse Marisa, sur lequel planent de grosses zones d’ombre. Heureusement, il a son héritier, le prince Janis, ainsi qu’un autre fils, Rivil.

Bref, un univers comme on en a vu des centaines en Fantasy, sans la moindre trace d’originalité. A l’heure où d’autres auteurs anglo-saxons publiant leur premier roman proposent des contextes plus originaux les uns que les autres (cf Blackwing ou Soleri par exemple), celui d’Anna Stephens fait franchement pâle figure en comparaison.

Genres

Dieux de l’ombre et du sang d’un côté, adorés par un peuple de salopards de première, Dieux de la Lumière adorés par des gens (les Loups en particulier) qui font plein de hugs et de poutous (les bisous, pas l’homme politique par interim) de l’autre, élu(e-s) et prophéties (voir plus loin), on se dit que malgré le côté parfois extrêmement « dark », explicite, brutal et sanglant de la chose, c’est en réalité à une High Fantasy basique à laquelle nous avons affaire. Le côté Grimdark n’est donc qu’une couche de surface. Ce roman, c’est un agneau déguisé en loup, sauf que la ruse est vite déjouée : c’est la même intrigue de base, avec deux camps opposés très manichéens, ombre contre lumière, méchants contre gentils, damoiselle en détresse, élu(e-s) prédestiné(e-s), etc, qu’on nous ressert en boucle depuis plus de soixante ans. Et en faire des tonnes dans le graveleux, le sordide, le sang, les tripes, les viols et j’en passe n’y changera pas grand-chose. Sans compter un langage volontiers ordurier (et je dis bien ordurier, pas populaire, nuance), alors que le vrai bon Grimdark / la vraie bonne Dark Fantasy s’en passe très bien (Trône de fer, Compagnie noire, etc). Argotique, pourquoi pas, ordurier (chibre, connard, femelle ou chienne à la place de femme, petite merde visqueuse, bande de branleurs, l’ouvrir de la bite à la gorge, salopards de putains d’enculés de merde -s’il y a un film ou une série, il faut intégrer Lambert Wilson au casting !-, et ainsi de suite), non merci. Je suis le premier à gueuler contre les styles ampoulés, mais l’excès inverse n’est pas plus recommandable.

Mais bon, comme je me refuse à classer un livre à la fois dans la High et la Dark Fantasy (sous-genres antithétiques pour moi, le manichéisme exacerbé de l’une n’est en rien compatible avec la nuance morale et psychologique qui signe la seconde), j’ai préféré le cataloguer dans cette dernière, histoire de prévenir qu’il y a certaines scènes tout de même hardcore là-dedans, dont une de « crucifixion » vraiment extrême (ceux qui ont lu le livre sauront de quoi je parle).

Structure, écriture, traduction

Je ne reviens pas sur le langage volontiers ordurier (voir plus haut), et je finirais sur le style en le qualifiant de relativement pauvre. Pauvreté qu’on retrouve dans la caractérisation des personnages, mono-dimensionnels, stéréotypés, et manquant (je trouve) parfois d’une « voix » propre. L’auteure introduit trop de personnages principaux, sans prendre le temps, pour la plupart, de les rendre vivants dans l’esprit du lecteur (c’est vraiment flagrant pour Corvus, par exemple, qui se réduit à un pur stéréotype) : seul Crys bénéficie d’une phase de mise en place correcte, la plupart des autres sont balancés tels quels et du coup font très coquille vide. Et la situation s’aggrave lorsqu’on sait que quatre au moins d’entre eux correspondent au même stéréotype (soldat courageux plus ou moins entravé par des supérieurs politiques débiles). Remarquons tout de même que certains acquièrent plus d’épaisseur au fur et à mesure du récit (Mace, Durdil, Gilda).

L’absence de Dramatis personae n’aide en tout cas vraiment pas, et sans les notes que je prends pour la rédaction de mes critiques, j’aurais été complètement perdu par moment. J’ajoute que les personnages en question sont sans aucune nuance, ils correspondent aux codes de la High Fantasy et absolument pas à ceux de la Dark (c’est flagrant pour les deux méchants, caricaturaux et sans grand intérêt), et qu’il est parfois relativement difficile de s’attacher à certains (Tara est sous-exploitée, Corvus sous-décrit, la famille de Dom est formée de spectres qui se réduisent à un nom et un trait de caractère saillant -à part Gilda, qui prend de l’ampleur sur la fin-). Seul Durdil et dans une moindre mesure son fils Mace m’ont réellement accroché, mais plus sur la fin, là aussi, que sur tout le livre. Et je ne parle pas de Rillirin, à qui j’avais envie de balancer des claques tout le long tant elle est nunuche et correspond aux clichés les plus éhontés et les plus vomitifs de la brave et gentille héroïne « courageuse ».

La narration est certes dynamique, mais aussi et surtout extrêmement éclatée : il y a dix points de vue (pdv), qui alternent (sur une base irrégulière) à chaque chapitre (Rillirin, Corvus, Crys, Durdil, Dom, Lanta, Galtas, Mace, Tara, Gilda). Et vu que ces derniers sont plutôt courts (parfois quelques pages seulement), on passe sans arrêt d’un pdv à l’autre. Alors que ce soit clair, je ne suis pas de ceux qui ont les pdv multiples en horreur, au contraire : je trouve que cela apporte de la richesse à la narration… à condition de ne pas en abuser. Et là, une dizaine pour 470 pages, c’est vraiment, vraiment beaucoup. Beaucoup trop, sans doute.

Seul point vraiment positif dans l’écriture de Stephens : le rendu des combats, assez prenant, très bien décrit et plutôt réaliste. Mais cela suffit-il à sauver le reste ? Pas vraiment !

Un mot sur la traduction : là aussi, il y a des choses à dire. Outre une overdose de majuscules dès qu’on parle d’une divinité (on croirait le texte traduit de l’Allemand, c’est tout dire !), le traducteur ne semble pas savoir qu’il existe tout un tas de synonymes à « ale », par exemple. Rien que l’emploi de « bière » (ou mousse, bibine, cervoise, brune, etc) aurait pu apporter plus de variété et rendre le texte moins monotone. Parce qu’au bout de la 37e occurrence de « ale », hein… De plus, il a la désagréable habitude de faire du franglais sur les noms des personnages, chose que je déteste au plus haut point. On se retrouve ainsi avec de « magnifiques  » Dalli Shortspear ou Lim Broadsword, d’autant plus étranges qu’il parle de la ville d’Aiglepic et pas d’Eaglepeak. Un peu de cohérence, que diable…

Intrigue

Au début de l’intrigue, on apprend que le voile qui sépare les Dieux rouges du monde mortel est sur le point de se déchirer, à condition qu’assez de sang coule. Grâce à une cinquième colonne, les Mirécès vont envahir le Rilpor très bientôt. Sauf que leur roi, qui va une nouvelle fois violer Rillirin, son esclave préférée, se fait proprement zigouiller par cette dernière, qui s’enfuit et se retrouve chez les Loups (les Rangers civils-en-armes du Rilpor, ça va, vous suivez ?). Là, elle tombe sur Dom, le Calestar, un devin qui a de puissantes visions de l’avenir ou de lieux éloignés et qui sent que la jeune femme est ultra-importante.

En parallèle, nous suivons les intrigues de palais au Rilpor, et l’identité des meurtriers de la reine et des traîtres est dévoilée (à ceux qui n’ont pas deviné cent pages avant, littéralement, la subtilité n’est pas vraiment une qualité d’écriture de l’auteure). L’intrigue mettra aussi en jeu de nombreux militaires, dont la seule femme capitaine de l’Armée. On abordera, au passage, des thèmes comme l’homosexualité, le harcèlement sexuel et le viol, mais pas de façon suffisamment développée ou intéressante pour que ce livre soit vraiment marquant à ce niveau (il manque cruellement de la profondeur de ceux de Jy Yang ou de Seth Dickinson par exemple). Sans compter que j’ai une désagréable impression d’ajout avec comme arrière-pensée les bons points que ça allait rapporter auprès des votants aux prix littéraires anglo-saxons, en général très favorables à l’inclusion de ces thématiques, et pas de réel livre militant.

Le gros problème avec cette intrigue est que c’est du mille fois vu, premier point, et qu’elle est ultra-mega-prévisible (il faut vraiment être particulièrement obtus ou novice en Fantasy pour être surpris par quoi que ce soit là-dedans !), second point. Parce que bon, hein, la jeune-femme-en-détresse-mais-super-courageuse (et puis jolie comme un cœur) qui va justement tomber sur un gars badass et élu des Dieux (gentils) qui va finir amoureux de la damoiselle et va tout faire pour la protéger des vilains-pas-beaux qui lui veulent du mal, si vous n’avez pas vu ça trente fois minimum, c’est que vous avez du boulot pour découvrir le genre !

Bref, monde sans aucune originalité (à l’heure où un Max Gladstone propose ce genre de contexte, un univers médiéval-fantastique basique fait vraiment pâle figure à côté !), Grimdark Canada dry cachant une High Fantasy des plus classiques, écriture assez pauvre, narration ultra-éclatée et relativement pénible à suivre, intrigue sans aucune surprise, j’aimerais vraiment comprendre en quoi ce livre est exceptionnel. Je le trouve tout juste passable, c’est tout dire ! Pour avoir suivi de très près les premiers romans de nouveaux auteurs anglo-saxons prometteurs cette année, je peux dire qu’il y aurait eu bien plus intéressant à traduire, par exemple Soul of the world, ou pour rester dans le Grimdark, The court of broken knives (même si ce dernier a aussi ses défauts).

Toutefois, j’entrevois un angle d’analyse où une telle traduction se justifierait, voire serait très hautement attractive : ce roman, c’est de la High Fantasy ultra-manichéenne dont sont si friands certains lecteurs français mais avec un vernis Grimdark très à la mode depuis le succès du Trône de fer (la série télévisée). Et donc, sur un plan marketing, ça a le potentiel pour plaire à un très large public. Très honnêtement, personnellement je l’ai acheté pour la couverture parce qu’on m’avait vendu de l’explicite, du brutal, du sanglant, un style rentre-dedans, mais si j’avais su que c’était en réalité de la High gnan-gnan avec quelques scènes plus racoleuses qu’autre chose et un niveau de langage ordurier en lieu et place d’un style sombre mais un minimum travaillé (que ce soit dans l’argotique ou le langage soutenu), je me serais évidemment abstenu. Bref, a priori, je ne lirai pas les suites, sauf si un commentateur fiable en fait l’apologie. Et c’est dommage, j’étais intrigué par la Légion Morte, qu’on mentionne 2-3 fois en passant, et j’aurais bien aimé en savoir plus sur ce point précis. Et voir si Dom se tape la Dame de l’Ombre, ça m’aurait plu aussi. Ah mince, j’ai exprimé ça à voix haute ?  😀

En conclusion

Alors que l’éditeur présente plus ou moins ce roman comme la sortie de l’année (et a mis les petits plats dans les grands en terme de standing de l’édition proposée -pour la « modique » somme de 28 euros-), je me suis franchement ennuyé à sa lecture (sauf sur la fin, où c’était plus intéressant). Cette High Fantasy archi-classique cachée sous un vernis Grimdark n’est attrayante ni en terme de style (pauvre), ni de structure (éclatée entre une dizaine de points de vue différents alternant sans arrêt dans des chapitres de quelques pages), ni d’intrigue (à la fois trop classique et beaucoup trop prévisible), ni de personnages (mal caractérisés, stéréotypés, parfois peu attachants) et encore moins en terme d’univers (sans la moindre trace d’originalité). Seule la description vivante et réaliste des combats relève le niveau, mais pas assez pour rattraper le reste. Signalons quelques scènes hardcore et un langage volontiers ordurier pas vraiment taillés pour plaire au fan de High Fantasy, et un manichéisme puissant (et un côté gnan-gnan) qui, lui, fera fuir ceux de Grimdark / Dark Fantasy. Bref, je peine à comprendre en quoi Godblind est exceptionnel, vu que je le trouve (en étant charitable) à peine passable, et que, pour avoir lu en VO pas mal d’autres premiers romans d’auteurs anglo-saxons parus cette année, je le classerai sans le moindre doute dans le bas du panier, et certainement pas dans le haut.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Xapur, de Blackwolf sur Blog-o-livre,

 

 

34 réflexions sur “Godblind – Anna Stephens

  1. J’avais lu la critique de Xapur, je viens de lire la tienne… Je ne lirai donc pas Godblind.
    Je trouve ça révoltant que ce soit ça leur sortie de l’année alors que clairement Le Sang du Dragon d’Anthony Ryan aurait pu être présenté comme ça, vu que LUI est VRAIMENT original.

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    • Alors là, on est carrément d’accord. Il me semble qu’ils ont acheté Blackwing d’Ed McDonald également, et quitte à faire sortir une trad’ en grande pompe, ça aurait pu être celle là aussi.

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      • C’est ça ! Je ne comprends pas pourquoi ils s’obstinent à vouloir faire de la promotion d’un truc qui n’est clairement pas au niveau.
        Surtout qu’à ce prix là, on peut avoir une superbe intégrale venant de n’importe quel autre éditeur !

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  2. Ouais, le combo xapur-apophis ça refroidit direct. Les 10 POV et l’intrigue cliché cachée sous le ton ordurier c’est un non direct pour moi.

    Pour justifier la mise en avant de l’éditeur, je pense qu’ils visent maintenant le mainstream et choisissent leurs traductions comme on ferait des placements boursiers en surveillant ce qui buzz sur la sphère VO. Même sur le petit réseau d’auteurs anglophones twitteriens que je suis, godblind revient beaucoup, donc ça envoie du mot-clé.

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    • Peut-être aussi l’idée que le mélange « gnan-gnan + viol/torture porn » pouvait séduire le public de l’Epée de Vérité, qui a longtemps été la grosse vente de Bragelonne. Personnellement ça doit être le seul gros best-seller de fantasy à m’avoir vraiment gonflé, mais quand on voit que les gens y revenaient en masse même au bout de x tomes, ils devaient bien avoir quelques raisons d’y trouver leur bonheur (dont l’attachement sur la durée au couple de héros sûrement, mais aussi ce double goût guimauve-fisherman je pense). Après, je ne sais pas si ça peut remarcher automatiquement sur cette seule équation, surtout que je vois déjà deux problèmes : le langage ordurier et les 10 pov, ces aspects ne me semblant pas forcément coller aux attentes de ce lectorat.

      Sinon sur l’aspect « sortie de l’année », même moi qui kiffe pas mal de sorties Bragelonne, je dois bien reconnaître que ce sont rarement celles-là ^^

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  3. Je viens de remarquer quelque chose, en allant voir les autres avis (anglophones ou francophones) et j’ai remarqué que la majorité des personnes ayant aimé le livre sont des femmes.
    Du coup je me demande si le fait d’avoir en personnage principal (enfin si on veut, comme tu le dis il y a 10 points de vue) une femme victime qui arrive à sortir de la spirale avec du soutient ne joue pas sur l’empathie naturelle des lectrice (qui ont pu subir ce genre de violences elles même par exemple – sans que ça ai un quelconque rapport) bien plus que chez les hommes.

    Après c’est vrai qu’en y réfléchissant on a l’impression en fantasy certaines fois que quoi que soit le personnage femme c’est toujours cliché, si elle est forte (et donc forcement se retrouve contre certains hommes) c’est cliché, si elle est victime c’est cliché, si elle est victime mais se relève pour prendre les armes c’est cliché, si elle est juste fille de, épouse de ou mère de c’est cliché. Limite on dirait qu’être femme est cliché.

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    • Je trouve qu’Anna Stephens passe un peu trop vite sur l’aspect « victime qui relève la tête », justement. Il y aurait eu de la matière pour faire autre chose de ce personnage, mais elle va tellement vite et change si souvent de point de vue que ça n’a pas été fait.

      Non, pas d’accord. Même sans y réfléchir, je vois au moins deux exemples de personnages féminins forts qui ne relèvent d’aucun de ces clichés, à savoir Jehane chez Guy Gavriel Kay (dans Al-Rassan) ou Tenar chez Ursula LeGuin.

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    • Effectivement, une femme « forte » qui se bat contre les hommes devient un peu cliché, justement pour cette raison d’être contre les hommes. Une femme forte peu l’être indépendamment de cette adversité. Premier exemple en tête : Mara des Acomas chez Feist.
      Et le liste des femmes intéressantes est imposante, justement dans les genre un peu plus nuancé ou exotique. La Dame, chez Cook, Jehane chez Kay, Lady de Trent chez Brenan, Essun chez Jemisin,….
      Je pense que la femme est cliché dans tout ce qui touche à la fantasy plus ou moins voisine de la High. Mais, le femme n’est pas la seule à y être cliché, la pluspart des protagonistes le sont, les situations,….

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  4. Ahh! Je n’étais plus très preneuse…. désormais, c’est un non catégorique. C’est le reproche que je fais à la majorité de la fantasy française qui m’ennuie le plus : donner à un roman des habits de Dark, mais découvrir un truc totalement manichéen. Cela me fait l’impression d’une promesse non tenue : un peu comme si tu ramener à la maison une superbe créature, et tu t’aperçois qu’elle est en papier mâché… La dark grim, et compagnie (noire forcément) ce n’est pas juste un langage vulgaire, des scènes de violence, et un ou deux petits meurtres. J’ai l’impression que cela n’est pas assimilé chez nous, mais aussi chez d’autres auteurs….
    Alors comme cela tu aimes les poutous ? (le bisous, pas l’intermittent du spectacle politique) 😉

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  5. Je me demande si vous êtes Xapur et toi, la cible de ce livre…
    Pour ma part pas besoin de lire vos critiques pour savoir que ce n’était pas pour moi… (mêmes si elles étaient excellentes) 😉

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    • Ah si ce livre avait réellement été du pur Grimdark (et pas juste un « vernis »), je crois que vu ma forte affinité pour la Dark Fantasy j’étais tout à fait la cible, oui. Mais dans le cas présent, clairement, non, tu as raison.

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  6. Pingback: Godblind – Anna Stephens | Les Lectures de Xapur

  7. Pingback: Chroniques des livres éligibles au Prix Planète-SF 2018 : A à K (par titre) - Planète-SF

  8. Arf! 28 euros??? My God! Tu n’est pas le seul à avoir effectivement un avis mitigé sur ce roman. Je vais passer! De toutes manières, le prix prohibitif m’empêche d’investir!

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    • En temps normal, je prends les versions électroniques, c’est plus économique et plus raisonnable. Mais de temps en temps, je me fais plaisir et je prends une version physique, principalement pour la beauté ou la qualité de l’édition. Mal m’en a pris dans ce cas là, y compris pour la qualité de l’édition, d’ailleurs. Je n’avais pas saisi qu’il s’agissait juste d’une jaquette (c’est l’inconvénient des commandes par internet…), et si je l’avais su, je n’aurais pas claqué 28 euros là-dedans. Et si, encore, le roman lui-même avait été de qualité… Mais non, il a fallu que je tombe sur un truc sans la moindre originalité !

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    • C’est clair qu’à partir du moment où tu dépasses le cap d’un certain nombre de bouquins de Fantasy lus, un univers de ce genre, sans la moindre originalité, ne peut plus passer.

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  9. Mon Dieu, 28 € pour ça, non merci ! Premièrement je me méfie de Bragelonne, juste parce que je ne pense pas être la cible de leurs sorties fantasy, et deuxièmement encore plus du tapage marketing de ce genre. Ton avis ne fait que confirmer mes a priori.

    Au pire ça pourra servir de cas d’école pour les écrivains en herbe : regardez, lisez, ce qu’il ne faut pas faire !

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    • Il n’y a pas que du mauvais chez Bragelonne en Fantasy, ils font partie des rares éditeurs ou collections à essayer de proposer autre chose que le médiéval-fantastique : des mille et une nuits / de la route de la soie (Sharakhaï), à armes à feu (Le porteur de lumière), à cadre exotique ET armes à feu (Le sang du dragon), et j’en passe. Même si, globalement, effectivement en moyenne ils proposent plus de passable (voire de bas de gamme) et de stéréotypé qu’autre chose dans la masse énorme de leurs publications. C’est plus une attitude « on balaye tous les genres et tous les publics et on voit ce qui marche » qu’une vraie démarche cohérente et suivie, à mon sens.

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      • Oui, il n’y a pas que du mauvais, mais c’est tellement tout venant que peu de publications me correspondent. Heureusement que des bloggueurs émérites se chargent de faire le tri ! 🙂

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  10. Deux-trois commentaires à propos de l’objet :
    – Pour moi c’est une impression directe sur couverture et sans jaquette qui fait un peu miséreux. Ajouter une jaquette coûte probablement un peu plus cher, surtout que les livres à jaquette ont aussi le coût d’une impression sur couverture : au moins le nom de l’auteur et le titre sont imprimés sur le dos, assez fréquemment avec des encres « métalliques » et parfois un peu d’embossage/gaufrage. Note en passant : quand je lis un relié, je le lis sans la jaquette, pour éviter justement les divers problèmes de manipulation (notamment dans les transports).
    – L’exemple Mnémos que tu cites est probablement une réédition je suppose (en tout cas c’est le cas de la plupart de leurs ouvrages reliés), ce qui est moins cher en terme de traduction, etc.
    – De plus, les indés de l’imaginaire, dont fait partie Mnémos, impriment majoritairement en Europe de l’Est. Bragelonne imprime la plupart de ses grands formats souple en France (chez Aubin) et certains grands formats « spéciaux » (reliés, etc.) en Italie (de mémoire). Puisque tu as l’ouvrage en main, tu pourras nous dire ce qu’il en est de ce livre en particulier (ayant bossé pendant presque une décennie avec des imprimeurs, ça m’intéresse toujours de savoir où sont imprimés les livres).
    – Il est tout à fait possible que Bragelonne suive le même schéma que sur d’autres séries publiées d’abord en relié (Troie, les Abercrombie, les Canavan) : sortie en relié, puis 6-12 mois après reprise en grand format souple et enfin reprise poche plus tard.

    Sur le livre en lui-même. J’avoue qu’avant que Bragelonne ne se mette à en faire la promo il y a quelques semaines, je n’avais pas du tout entendu parler de l’ouvrage, au contraire de livres comme Blackwings de McDonald dont il est question depuis des mois chez les gens que je suis un peu sur le net. J’ai donc été un peu surpris que ce livre soit autant mis en avant par l’éditeur. La moyenne chez Goodreads (un peu en-dessous de 4) n’est pas mauvaise mais n’a rien de flamboyant et après quelques retours dont le tien, j’hésite franchement à m’y lancer. J’ai peur de plus tomber sur un Havrefer bis que sur un Lamention ou un Nom du vent.

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    • Pour répondre à tes questions : je te confirme qu’il y a de l’embossage avec encre noire sur le dos, je parle effectivement des intégrales Mnemos (qui sont des rééditions) et des impressions directes de l’illustration sur couverture rigide, ce titre a bien été imprimé chez Aubin, et non, je ne te conseille pas ce livre, je pense que tu as bien plus intéressant à lire dans les sorties Fantasy récentes (en VO particulièrement), et que le côté gnan-gnan, manichéen et basique va vite t’ennuyer ou t’énerver.

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  11. Je l’ai vu passer plusieurs fois en librairie et sur internet, et il ne m’attirait pas vraiment.. Et puis il faut dire qu’en Suisse, les distributeurs se prennent une marge sur le prix du livre, ce qui fait que je le paierais l’équivalent de 36€, alors forcément ça calme ! Du coup c’est pas plus mal que tu dises qu’il n’est pas incroyable, ça m’évitera de vendre mon rein trop vite 😉

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    • Ah non, là clairement, à 36 euros ça ne vaut pas du tout le coup. Surtout que non seulement il n’est pas incroyable, mais en plus il n’est même pas vraiment bon. Plus passable qu’autre chose.

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