The poppy war – R.F. Kuang

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Un livre schizophrène, alternant roman d’apprentissage quasi-Young Adult et grimdark fantasy militaire ultra-hardcore

poppy_warRebecca F. Kuang est une sino-américaine de vingt-deux ans, arrivée aux USA en 2000 et étudiante en Histoire de la Chine. Avec The poppy war (tome inaugural d’une trilogie et premier roman de l’auteure), son ambition était de dénoncer les exactions des japonais en Chine durant les années trente et quarante, particulièrement (comme nous l’apprend son site) le massacre de Nankin ou les expérimentations menées par l’unité 731 (j’y reviendrai), ainsi que de montrer comment une personne peut se transformer en dictateur (son personnage principal est modelé sur Mao -en version féminine-). Sur le papier, il s’agit d’une Fantasy militaire (lourdement) grimdark, écrite par quelqu’un qui connaît à la fois bien la Chine et la stratégie / histoire militaire, et qui pense que certaines blessures ne peuvent être refermées qu’après une analyse sans concession du passé. On pourrait donc croire que nous avons affaire à quelque chose d’à la fois solide, engagé et très noir et adulte.

Malheureusement, on s’aperçoit rapidement que ce roman est schizophrène, car il alterne une première moitié qui relève presque du Young Adult (à 2-3 points près) ET qui, de plus, est outrageusement pompée sur Patrick Rothfuss (influence d’ailleurs jamais citée par l’auteure qui, dans un post sur Goodreads, parle plutôt d’Avatar – Le dernier maître de l’air, de La stratégie Ender, de La grâce des rois de Ken Liu et bien entendu du Trône de fer) avec une seconde moitié dont certains passages ne sont vraiment, mais alors vraiment pas faits pour les âmes sensibles. En gros, donc, il y a de tels écarts d’ambiance que ce livre est, pour parler vulgairement, le cul entre deux chaises, divisé en deux moitiés dont chacune plaira à un public bien précis (plutôt Young Adult / adepte de roman d’apprentissage pour la première, et aux fanatiques du plus radical des Grimdarks ou de la plus extrême des Fantasy Historiques pour la seconde) mais (et c’est là le souci) dont l’autre moitié sera détestée par le public en question (les adeptes du Grimdark vomiront la première partie, les fans de YA / roman d’apprentissage la Fantasy militaire extrêmement noire de la seconde partie). Et donc, au final, ce livre n’est taillé pour plaire… à pratiquement personne. Enfin, logiquement et / ou en France, en tout cas. Il faut cependant nuancer lorsqu’on voit la réputation flatteuse et la bonne note dont il peut se vanter sur Goodreads (même si la réception d’un même roman sera parfois très différente entre les USA / l’Angleterre d’un côté et l’Hexagone de l’autre : des livres comme Godblind ou La justice de l’Ancillaire sont là pour en attester).  Lire la suite

Les jardins de la Lune – édition Leha – Steven Erikson

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Une lecture incontournable ! 

mbotf_1_LehaLe 18 Mai, sortira en français (pour la troisième fois…), sous la bannière des éditions Leha cette fois, Les jardins de la lune, le premier tome du cycle phare de Steven Erikson (rebaptisé pour l’occasion Le livre des martyrs), une des œuvres majeures de la Fantasy sortie ces vingt dernières années, et très probablement de toute l’histoire du genre. Je ne saurais donc trop vous conseiller de vous y intéresser, et vous propose de (re)découvrir la critique que j’avais écrite il y a quelques années d’une des traductions antérieures (parue à l’époque chez Calmann-Lévy). Si cette recension reste valable sur le fond, je vous ferais cependant remarquer qu’elle ne peut pas se prononcer sur la qualité de la nouvelle traduction (signée Emmanuel Chastellière) qui est présentée par Leha comme très supérieure à celle des deux éditions françaises antérieures, offrant une expérience de lecture largement améliorée. Je ne vous proposerai de critique de la version Leha qu’à partir du tome 3, donc l’année prochaine (si le programme de l’éditeur est mené à bien, chaque tome paraîtra six mois après le précédent).

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L’empire du léopard – Emmanuel Chastellière

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Un bon roman, qui aurait pourtant pu être encore meilleur

empire_leopardEmmanuel Chastellière est à la base le co-fondateur, le rédacteur en chef et la figure de proue d’Elbakin (principal forum et site d’information sur la Fantasy en France), et il a petit à petit ajouté d’autres cordes à son arc : il est traducteur depuis 2007, et auteur depuis 2016. Jusqu’ici, ses deux ouvrages n’avaient pas éveillé mon intérêt (en raison des genres explorés, Fantastique et Steampunk), mais pour sa toute dernière production, L’empire du Léopard, c’est en revanche une tout autre histoire. En effet, il s’agit d’une Gunpowder Fantasy mettant en scène des peuplades de type précolombien (pour simplifier : comme nous le verrons, la réalité est plus subtile) dans une allégorie de l’aventure des conquistadors (mais décalée à une époque où les trains et les bateaux à moteur existent !). Bref, cela rassemble à la fois nombre de tendances en vogue dans la Fantasy anglo-saxonne récente et un éloignement des carcans habituels du genre pour lequel je milite depuis que ce blog existe : c’est une Fantasy post-médiévale située dans un cadre non-européen, ce qui ne peut que m’attirer. Et Emmanuel Chastellière qui fait de la Gunpowder, ça ne se refuse pas : le personnage a une vraie légitimité dans ce domaine, vu qu’il est responsable des traductions des Mille noms  de Django Wexler et de la trilogie des Elfes de fer (dont La souveraine des ombres) de Chris Evans. Mais bon, sur le Culte, on a également acquis quelques connaissances dans le domaine 😉

Au final, si le résultat est plus qu’honorable par rapport aux précurseurs anglo-saxons, et plus encore par rapport à la moyenne de la production française en matière de Fantasy, il est malgré tout perfectible : trop long, trop bavard, avec des personnages paradoxalement beaucoup trop développés, il perd, à certains moments, de son impact et de son intérêt. Reste toutefois un univers très travaillé (sans doute trop pour un roman isolé) et peut-être surtout le fait qu’il va faire découvrir la Fantasy à poudre à un public français qui, en majorité, n’en a jamais entendu parler. Et ce d’autant plus que l’écriture fluide et agréable de l’auteur, ainsi que le simple fait que ce roman soit facilement disponible, et en français qui plus est, font que L’empire du léopard constitue une porte d’entrée idéale dans le genre pour un non-anglophone (les romans majeurs de la Flintlock / Gunpowder Fantasy n’ayant soit jamais été traduits, soit ayant été publiés par l’inénarrable Eclipse et n’étant pratiquement plus disponibles en français aujourd’hui).  Lire la suite

Blackwing – La marque du corbeau – Ed McDonald

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Une brillante Dark Fantasy post-médiévale et post-apocalyptique

blackwing_1_VFLe 18 avril 2018 sortira en français Blackwing tome 1 : La marque du corbeau, par Ed McDonald, que j’ai, pour ma part, lu l’année dernière en anglais et trouvé à la fois original et très intéressant, avec un univers qui sort des sentiers battus, une puissante ambiance, un personnage central très travaillé et une excellente intrigue. Je vous invite donc à lire ma critique de la VO, sachant que je ne peux évidemment pas juger la qualité de la traduction, de la relecture, de l’édition, etc. On remarquera toutefois que dans la langue de Shakespeare, La marque du corbeau (Raven’s mark) est le nom du cycle, pas celui du premier tome, qui s’appelle simplement Blackwing. Au passage, je vous reparlerai très bientôt du tome 2, Ravencry, qui sort (en VO) en juin.

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The tangled lands – Paolo Bacigalupi / Tobias S. Buckell

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Une fantasy alliant un solide fond (principalement écologiste) avec une forme à la fois exotique et sombre 

tangled_lands_bacigalupiContrairement aux apparences, The tangled lands n’est pas tout à fait un roman écrit à quatre mains par Paolo Bacigalupi et Tobias S. Buckell, mais plutôt un fix-up de (longues) nouvelles situées dans le même monde, partageant certains personnages, mentionnant des événements communs, mais pouvant, à part ça, se lire de façon indépendante, même si, lues à la suite, elles forment aussi une seule histoire de la ville de Khaim. Sur ces quatre textes, deux ont déjà été publiés (isolément et dans un recueil -audio- commun nommé The Alchemist and The Executioness), The alchemist de Bacigalupi (traduit chez nous sous le nom L’alchimiste de Khaim) et The Executioness de Buckell, tandis que les deux autres sont inédits (vous trouverez en fin de critique une liste complète de liens vous permettant de faire un tri là-dedans, en VO et en VF).

Les préoccupations écologistes de Bacigalupi sont bien connues, bien que s’exerçant d’habitude dans un registre SF. Ici, elles sont transposées dans un monde secondaire et un contexte de Fantasy, où l’usage de la magie provoque la pousse d’une ronce empoisonnée qui finit par chasser les gens de leurs champs, de leurs mines et de leurs cités, créant des colonnes de réfugiés « climatiques », en quelque sorte. Et lorsqu’on sait que n’importe qui peut potentiellement utiliser la magie et que l’interdiction théorique de l’employer édictée par les autorités est en fait assez peu suivie… Lire la suite

A gathering of ravens – Scott Oden

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Quand un orc du Seigneur des anneaux rencontre Vikings (la série) et une version Grimdark de L’épée brisée de Poul Anderson, on balance son pognon sur son écran et puis c’est tout ! 

gathering_ravens_odenA gathering of ravens est un stand-alone qui a comme particularité de s’insérer dans une trilogie de romans pouvant également se lire de façon indépendante et partageant le même héros, Grimnir. Le second tome (Twilight of the gods) est d’ores et déjà annoncé. Le premier, donc, a été publié en Angleterre en 2017 (par une des subdivisions de Macmillan), et sera à nouveau publié, cette fois aux USA (par Bantam), le 17 mai 2018. L’auteur, Scott Oden, de nationalité américaine, a écrit un autre livre de Fantasy Historique, ainsi que des romans Historiques tout court.

Il s’agit d’une Fantasy relativement proche de L’épée brisée de Poul Anderson (et j’insiste sur le « relativement »), mêlant le monde réel des Xe et XIe siècles ainsi que la magie et les mythes scandinaves et celtiques. Toutefois, ce livre relève aussi (et peut-être surtout) du Grimdark, et met en scène l’antihéros le plus brutal et amoral vu, probablement, depuis le Kane de Karl Edward Wagner (avec lequel il partage d’ailleurs certaines caractéristiques -mais pas toutes-). Mais un Kane qui serait… un orc, tout droit (ou presque) sorti de chez Tolkien ! Traversée par des scènes d’une rare puissance, non dépourvue d’un fond que ne renieraient ni David Gemmell, ni Marion Zimmer Bradley, magnifiée par un personnage qui balaye les faibles d’un revers de sa lame tel un Conan orc adepte de Loki et non de Crom, cette oeuvre, dont on peut s’étonner qu’elle ne soit pas plus connue, impressionne par sa noirceur, son côté crépusculaire et sa brutalité.   Lire la suite

Le sang sur le sable – Bradley P. Beaulieu

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Un très bon second tome

le_sang_sur_le_sable_beaulieuLe sang sur le sable est le second tome du cycle Sharakhaï de l’auteur américain Bradley P. Beaulieu, après Les douze rois de Sharakhaï. Et la saga fait preuve d’une belle vitalité, puisque le tome 3 est attendu (en VO) en mars 2018, le 4 en 2019 (6 sont prévus au total), et que deux novellas d’une centaine de pages sont ou vont sortir en octobre / novembre (elles seront critiquées sur ce blog dans les mois qui viennent). Je vous rappelle également que je vous propose des recensions consacrées à la nouvelle In the village where brightwine flows et à la novella Of sand and malice made. D’ailleurs, la lecture de cette dernière est un plus non négligeable pour pleinement saisir certains passages du Sang sur le sable relatifs au Prince en haillons. Un petit mot sur la couverture, un pur chef-d’oeuvre (un de plus !) signé par le génial Marc Simonetti : c’est, clairement, l’illustration de l’année, à mon sens (ça sent le Prix Apophis dans quelques semaines, lors du bilan 2017…).

Ce tome 2, donc, reprend toutes les qualités du 1, en en gommant les petits défauts. Il est long, certes (pas loin de 700 pages), mais envoûtant quasiment de la première à la dernière ligne. Bref, il confirme tout le talent de l’auteur. Et lorsqu’on sait que son autre cycle phare, Lays of Anuskaya, est réputé encore meilleur… Bref, vous allez avoir droit à beaucoup de Bradley P. Beaulieu dans les mois et années qui viennent sur Le culte d’Apophis !  Lire la suite