L’homme qui voulait tuer l’empereur – Thomas Day

Et là, c’est le drame !

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 100 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.

L’homme qui voulait tuer l’empereur (qui résulte de l’expansion d’une novella antérieure) est présenté comme le second tome de La voie du sabre, mais s’il partage le même univers (trente-trois ans après) que le roman éponyme, ainsi que quelques-uns de ses personnages ou leurs enfants, il a en fait tout du roman indépendant. Et ce d’autant plus qu’il y est bien plus question d’arpenter la voie de la vengeance et de l’arc que celle du sabre. Ceci pourrait ne relever que de la péroraison si ce second roman dans le Japon fantasmé par Thomas Day gardait la très grande qualité du premier. Ce n’est malheureusement pas le cas.

Daigoro est un puissant seigneur qui, pour son plus grand malheur, a une superbe concubine, Reiko. L’empereur-dragon, qui vient de perdre sa fille, cherche une compagne pouvant lui donner un nouvel enfant, et jette son dévolu sur la jeune femme. Quand Daigoro refuse de s’en séparer, l’Empereur fait tuer ses deux enfants, sa femme enceinte, et assiège sa forteresse. Durant le siège, Reiko est tuée, et son corps est possédé par un puissant démon du feu. Celui-ci va fournir au samouraï déchu les moyens d’assouvir sa vengeance, en ouvrant toute grande la porte des Enfers, lui permettant ainsi peut-être d’atteindre le souverain au cœur de son palais et de le tuer. En plus de sa concubine possédée, Daigoro pourra compter sur l’appui d’un truculent français, Bertrand, à la recherche de ce que dans le film Highlander, on appelait un Tolède salamanque. Ce qui n’est d’ailleurs pas le seul clin d’œil, puisque le dialogue p. 189 est du Gladiator dans le texte et qu’on croise un hollandais nommé… Pieter de Vries !

Ce texte a des défauts intrinsèques (les personnages ne deviennent attachants qu’à la fin, Reiko est effacée d’un trait de plume fort déconcertant, les péripéties s’enchaînent trop rapidement, l’apocalypse des zombies est du cent fois vu, les scènes de sexe sont plus racoleuses qu’autre chose, etc), mais souffre surtout terriblement de la comparaison avec La voie du sabre, chef-d’œuvre d’un Thomas Day en état de grâce. Le verbe reste fluide et plaisant, mais de la richesse thématique, de la profondeur philosophique et morale, de celle de la psychologie des personnages, de l’habileté stylistique, du jeu entre les registres de langue et les sentiments opposés (amour / haine, violence / douceur, etc), plus aucune trace. Histoire tristement banale de vengeance, catabase comme il en existe tant d’autres dans l’imaginaire, ce roman n’a rien du charme raffiné de son prédécesseur, se contentant d’être une suite de scènes de sexe et de combat insipides, menées par des personnages basiques et en grande partie indifférents aux événements. Seul un aspect mythologique érudit et fascinant le sauve du complet naufrage.

La triste conclusion est que si Daigoro voulait tuer l’Empereur, Thomas Day, lui, a fait hara-kiri à La voie du sabre.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de Boudicca,

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6 réflexions sur “L’homme qui voulait tuer l’empereur – Thomas Day

  1. Les retours sur le « second » tome, en dessous du formidable « La Voie du Sabre » ne m’ont guère encouragée à poursuivre avec un PAL gargantuesque. Peut-être qu’un jour je le lirai pour me faire mon propre avis…
    Je te conseille Le Trône d’Ebène.

    J’aime

  2. Ping : Le livre du jour : La voie du sabre, tome 1 Les cendres de l’enfance par Thomas Day, Mathieu Mariolle et Federico Carlo Ferniani – Mattchaos88

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