Titanshade – Dan Stout

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Disco Inferno ! 

titanshadeDan Stout est un auteur américain qui, après être passé, comme beaucoup de ses compatriotes, par la case « nouvelles publiées dans des magazines et autres anthologies », propose, avec Titanshade, son premier roman proprement dit. Et autant le dire tout de suite, c’est une grande réussite, à commencer par l’originalité du contexte. En effet, si d’autres écrivains, comme Max Gladstone ou Brian McClellan, ont déplacé l’époque d’inspiration de la Fantasy à monde secondaire (imaginaire) plus loin que le médiéval / antique classique dans ce genre, Stout est allé plus loin encore qu’eux (seul le précurseur Shadowrun -un jeu de rôle- a plus poussé le curseur), dépassant le début du XXe siècle de Gladstone (Three parts dead) et la Seconde Guerre mondiale de McClellan (War Cry) pour mener l’Arcanepunk vers un territoire nouveau, à savoir… les seventies ! On se retrouve donc avec un monde qui mêle cassettes audio (ou plus précisément les 8-tracks, pour les connaisseurs), .38 special, bagnoles, télévision, musique disco, pétrole, mais aussi magiciens, dieu déchu et sept races non-humaines en plus de notre espèce, le tout sur une planète imaginaire où huit continents ont fusionné en un seul. Comme vous le voyez, le contexte est donc déjà très intéressant, et comme beaucoup d’autres éléments d’écriture sont aussi haut de gamme (surtout pour un premier roman !), voilà une lecture incontournable pour qui veut vraiment sortir des sentiers battus en matière de Fantasy !

Et encore, le meilleur est peut-être à venir… Il ne s’agit que du premier roman d’un cycle (The Carter archives), et, qui sait, le suivant sera peut-être encore plus réussi que celui-ci ! Lire la suite

T’ien-Keou – Laurent Genefort

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C’est presque ça

tien_keou_genefortT’ien-Keou est une nouvelle de Laurent Genefort, une des dix qui forment le recueil Colonies, à paraître dans dix jours chez le Belial’. Elle est mise à disposition gratuitement par l’éditeur, jusqu’à la fin mars 2019, soit au téléchargement, soit en lecture directe en ligne. Si vous ne connaissez pas l’auteur (moi-même, si je le connais de réputation et l’apprécie dans le podcast Procrastination, je n’ai lu de lui qu’une autre nouvelle -excellente-, Chaperon), c’est l’occasion de découvrir sa prose, avant, peut-être, de vous laisser tenter soit par Colonies, soit par la BD qui a été tirée de T’ien-Keou (qui n’est donc pas une nouvelle récente, puisque ledit album date de 2004).

Comme son nom et son appartenance à Colonies, recueil de SF, le suggèrent, T’ien-Keou explore un segment qui, s’il n’est pas rarissime, n’en est pas moins bien peu courant : celui de la science-fiction d’inspiration asiatique. Les références en sont bien connues, d’Aliette de Bodard et son univers Xuya (hophop et hop) à David Wingrove (Zhongguo) ou Liu Cixin (clic). Et justement, comment Laurent Genefort peut-il être jugé à l’aune desdites références ? Je dirais que sur le plan de l’ambiance asiatique et du respect des codes de cette sphère culturelle, l’auteur s’en est remarquablement tiré. Par contre, un point m’a complètement gâché la chute (pourtant à la base de bonne facture). Bref, j’en ressors avec un bilan en un sens mitigé (même si T’ien-Keou est par ailleurs de qualité) : si le texte de Genefort est globalement bon, il n’éclipsera pas Aliette de Bodard dans le domaine du Space Opera asiatique pour moi, et un point de nature logique de la chute m’a un peu gâché celle-ci, même si ça ne dérangera probablement pas la plupart des autres lecteurs.  Lire la suite

The ghost ship Anastasia – Rich Larson

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Délicieusement dégueulasse ! 

clarkesworld_124Après avoir lu Meat and salt and sparks du très prolifique Rich Larson, j’ai clairement eu envie de découvrir plus de nouvelles signées par l’auteur (et il y en a beaucoup). L’un des aponautes ayant eu la gentillesse de me diriger vers les textes les plus marquants, j’ai donc décidé de commencer par The ghost ship Anastasia, qu’il m’avait décrit comme dans la même veine que Les étoiles sont légion de Kameron Hurley, roman qui m’avait beaucoup déçu du fait d’un aspect strictement science-fictif très maigre (qui n’était d’ailleurs qu’un problème parmi d’autres, mais passons). Rien de tel ici : je suis venu pour voir de la SF à vaisseaux vivants, et je n’ai pas perdu mon temps ! Car tout ce que le bouquin de Hurley avait de percutant (le côté « salement organique »), la nouvelle de Larson le fait mieux, et tout ce qui était bancal dans Les étoiles sont légion (l’intrigue, le worldbuilding, etc) est ici magistralement traité. Outre la longueur, la différence essentielle entre les deux textes étant que Larson laisse de côté l’aspect féministe / social qui est au centre du roman d’Hurley.

Bref, vous risquez de voir pas mal de critiques de Rich Larson sur ce blog dans les mois à venir, car quel que soit le registre émotionnel dans lequel l’auteur opère, il fait preuve d’une impressionnante maîtrise et offre des nouvelles de grande qualité. Si vous voulez lire, vous aussi (en anglais), The ghost ship Anastasia, vous pouvez le faire gratuitement sur cette page du site de Clarkesworld (elle est parue dans le numéro 124 du magazine, en janvier 2017). Lire la suite

Ancestral night – Elizabeth Bear

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Sense of banality

ancestral_nightAncestral night est le premier roman d’un nouveau diptyque de science-fiction, White space, signé Elizabeth Bear. J’ai déjà eu l’occasion de découvrir la Fantasy de l’auteure, ainsi que le volet Lovecraftien de son oeuvre, et dans les deux cas j’ai vraiment apprécié la balade. C’est donc en toute confiance que j’ai abordé ce livre, et, de fait, le début était relativement prometteur. Sauf que voilà, la baudruche se dégonfle très rapidement, et, entre autres défauts, ce bouquin réussit l’exploit assez extraordinaire de balancer au lecteur tout un tas d’éléments qui devraient, en temps normal, générer un énorme sense of wonder et qui, ici, ne provoquent qu’un ennui profond et persistant. Car, en gros, Bear a systématiquement fait les mauvais choix, de l’univers à la narration en passant par les personnages, le rythme, l’intrigue, l’antagoniste, et j’en passe.

Alors que (surtout si vous lisez en anglais) les romans de New Space Opera ne sont pas particulièrement rares en ce moment, on vous conseillera de vous tourner vers autre chose pour avoir votre dose hebdomadaire de sense of wonder. J’annonce d’ailleurs tout de suite que je ne lirai pas la suite, vu à quel point je me suis ennuyé à la lecture de cette première partie.  Lire la suite

The line of Polity – Neal Asher

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Trop long et avec trop de points de vue, mais ça reste tout de même fort intéressant ! 

line_of_polity_asherThe line of Polity est le second tome du cycle Agent Cormac, lui-même un sous-cycle de l’énorme saga Polity, dont le dix-septième roman, The warship, paraîtra le 2 Mai (c’est, et de très loin, la parution que j’attends avec le plus d’impatience en 2019). C’est aussi le troisième livre publié par Neal Asher, qui, après Gridlinked, a écrit L’écorcheur (un des très rares composants de Polity à avoir été traduit en français). Dans la chronologie interne de l’univers, il doit être lu en quatrième position, après Prador MoonDrone et évidemment Gridlinked.

Si Neal Asher n’atteint pas encore dans ce tome l’efficacité redoutable dont il fera preuve par la suite, The line of polity m’a paru plus ambitieux que Gridlinked, un peu trop pour son propre bien d’ailleurs : trop long et utilisant trop de points de vue, ainsi, parfois, que des scènes non pas inintéressantes, mais dispensables (à la Peter F. Hamilton), le roman est clairement perfectible. Cependant, Asher nous en met aussi plein les yeux, propose un worldbuilding convaincant, et si les points de vue sont trop nombreux, ils concernent des personnages, protagonistes ou antagonistes, attachants et / ou intéressants. Et sur le plan de la SF militaire, ça reste franchement valable. Bref, si le bilan est contrasté, il reste encore et toujours positif, même si on sent que les tomes suivants (particulièrement les 4 et 5) risquent d’être largement au-dessus, ayant été écrits plus tard, à un moment où le style de l’auteur britannique avait presque atteint son plein potentiel. Lire la suite

Black friday – Alex Irvine

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Glaçant

black_friday_irvineAlex Irvine est un écrivain américain plutôt éclectique, puisqu’il publie aussi bien de la littérature de genre que de la fiction Historique, des textes liés à des univers de comics, de films ou de jeu de rôle, ou bien s’inscrivant dans ceux créés par d’autres écrivains (Isaac Asimov, Tom Clancy -ce dernier point expliquant probablement une solide connaissance des armes à feu-). La nouvelle dont je m’apprête à vous parler, Black friday, est disponible gratuitement (en anglais) sur Tor.com. Elle s’inscrit dans un registre partiellement similaire à celui du récent court roman Vigilance de Robert Jackson Bennett, à une différence cruciale près : il s’agit ici d’une vraie SF d’anticipation, et pas de quelque chose de plus allégorique ou spéculatif.

Au final, et même si Irvine n’a évidemment pas la même place pour développer ses thématiques (et si la fin est un peu abrupte et décevante, quoique logique), sa nouvelle n’a pas vraiment à rougir face à la novella, pourtant exceptionnelle, de Bennett. Lire la suite

Meat and salt and sparks – Rich Larson

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Une nouvelle d’une redoutable efficacité

meat_salt_spark_larsonRich Larson est un grand voyageur, mais il est actuellement basé en Alberta. Spécialisé dans les nouvelles de SF, cet auteur est extrêmement prolifique (c’est le recordman du nombre de publications dans ce domaine en 2015), mais très peu traduit en français (deux seulement, dont une cette année). Celle dont je vais vous parler aujourd’hui est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Et croyez-moi, mais si vous lisez la langue de Shakespeare, vous ne perdrez vraiment pas votre temps avec ce texte, qui commence comme une « banale » science-fiction d’enquête dans un univers Biopunk (également inspiré par David Brin), avant de virer à une SF transhumaniste de très grande qualité sur la fin. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de remarquer que Meat and salt and sparks était un des textes gratuits les plus mis en favoris (et de loin) par les visiteurs du site, ce qui en dit long sur sa qualité. Lire la suite

Fleet of knives – Gareth L. Powell

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Loin d’être dépourvu de défauts, mais vraiment très prenant !

fleet_of_knivesFleet of knives est le second tome de la trilogie Embers of war, après le roman éponyme. « Ah, encore un machin en VO, bon je vais faire autre chose… », se dit probablement une majorité d’entre vous. ALLLLLLLLLLLOOOOOOOOOOOOOOO ???!!! Fleet of knives est donc la suite de Embers of war, c’est-à-dire Braises de guerre, donc le bouquin qui sort en français chez Denoël / Lunes d’encre dans six semaines (je vous referai un rappel de sortie le moment venu, pas de panique). Aaaah, ça y est, j’ai récupéré l’attention de beaucoup plus de monde, là !

Son prédécesseur était un roman certes prévisible, certes très (trop ?) inspiré par Iain M. Banks, mais aussi et surtout fort bien écrit et franchement prenant. Ce tome 2 en garde les qualités, mais intensifie les défauts, tout en restant globalement toujours aussi agréable à lire. Au final, si le bilan reste relativement mitigé, je persiste à conseiller ce cycle pour qui aime les bons (New) Space Opera. Lire la suite

Helstrid – Christian Léourier

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Que de défauts…

HelstridChristian Léourier est un auteur français de SF, écrivant aussi bien à destination des adultes que de la jeunesse (ce qui fait en général sonner des alarmes chez moi, car j’ai souvent constaté un appauvrissement de la partie adulte de l’oeuvre des auteurs concernés -prise de mauvaises habitudes dues à un degré d’exigence moindre du lectorat jeunesse ?-). Il est particulièrement connu pour son cycle de Lanmeur. La novella dont je vais vous parler aujourd’hui, parue dans la collection Une heure-lumière chez le Belial’, n’en fait cependant pas partie. Alors que les premiers retours étaient très encourageants, je dois dire que pour ma part, j’ai trouvé à ce texte de (trop) nombreux défauts, même si j’ai lu avec un certain empressement la seconde moitié, car j’avais fait une hypothèse (qui s’est révélée exacte) que j’avais hâte de confirmer ou d’infirmer. Et donc, sans tout à fait considérer que Helstrid n’est bon qu’à caler une table ou alimenter le poêle à bois, je le tiens cependant pour un titre franchement dispensable, dans une collection qui en contient bien peu. Lire la suite

A dead Djinn in Cairo – P. Djèli Clark

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Le culte d’Hathor ! 

a_dead_djinn_in_cairoA dead Djinn in Cairo est, dans l’ordre de parution, la première nouvelle qui s’inscrit dans l’univers uchronique mêlant magie et technologie imaginé par P. Djèli Clark, univers qui a été repris dans le roman court dont je vous parlais hier, The haunting of Tram Car 015. Et c’est justement parce que j’ai beaucoup apprécié ce texte que j’ai eu envie de prolonger ma balade dans ce Caire d’un 1912 fantasmé. Signalons d’ailleurs que A dead Djinn in Cairo est disponible gratuitement (an anglais) sur cette page du site de Tor, pour ceux qui souhaiteraient faire comme moi.

Si je ne pensais évidemment pas être déçu, je dois dire que quelque part, j’ai encore plus apprécié cette nouvelle que le roman court sorti avant-hier, car elle comprend deux éléments qui ont eu un puissant effet « waouh ! » sur moi : des anges très particuliers et un aspect Lovecraftien qui fonctionne toujours aussi bien, même plus de trente ans après ma découverte des écrits blasphématoires du Maître. La combinaison des deux textes dépeint un univers au potentiel inouï, sans doute au niveau (mais dans un style différent) de celui dépeint dans le cycle The Craft sequence de Max Gladstone. Et au passage, l’inclusion (pour ne pas dire l’incursion) d’éléments Lovecraftiens renforce la ressemblance avec l’oeuvre de Stross, du moins sur certains plans (d’existence, mouhaha !). Bref, je ne saurais trop vous conseiller de jeter plus qu’un coup d’œil (d’autant plus que c’est gratuit et dans un anglais très accessible) à cette nouvelle, dépaysement garanti ! Lire la suite