The shadow of the gods – John Gwynne

Le miracle John Gwynne s’accomplit de nouveau !

Shadow_of_the_gods_gwynneCela fait maintenant plusieurs années que l’Ours Inculte et moi (enfin, surtout lui, vu qu’il est plus avancé dans la bibliographie de l’auteur que moi) vous parlons de John Gwynne, qui est, pour nous et pour beaucoup de ses lecteurs, le nouveau David Gemmell. Oh, je sais, on a déjà attribué à nombre d’autrices et d’auteurs cet héritage, sauf que cette fois-ci, c’est vrai. Ce qui ne rend d’ailleurs le fait que pas un seul des sept romans précédents du britannique n’ait été traduit que plus abracadabrant, surtout de la part de la maison d’édition qui a fait une partie de sa renommée avec les bouquins de Gemmell et qui, donc, aurait logiquement dû se jeter sur l’œuvre de son successeur. Mais bon, ladite maison n’est pas la seule coupable, puisque je sais que d’autres se sont penchées sur le cas Gwynne sans le publier, essentiellement en raison du coût des traductions et des ventes à réaliser pour être à l’équilibre. Espérons que le bouquin dont je vais vous parler aujourd’hui fasse pencher la balance !

Alors que les sept romans précédents de John Gwynne (une tétralogie et une trilogie) se situaient tous dans le même univers, The shadow of the gods, le premier tome de la trilogie The Bloodsworn saga, en introduit un tout nouveau, un monde secondaire (imaginaire) mais très inspiré par la civilisation Viking et la mythologie nordique. Ce qui n’a absolument rien d’un hasard : dans les remerciements, l’auteur explique être fasciné par les Sagas depuis ses neuf ans et faire partie, avec ses trois fils, d’un groupe de reconstitution viking se baladant en cotte de mailles, l’épée ou la hache au poing, prêt à former un mur de boucliers. Son cycle est donc, cette fois, inspiré par Beowulf et par le Ragnarök, la fin du monde dans les mythes scandinaves.

Le point le plus étonnant chez John Gwynne est que sa Fantasy est ultra-classique (quoi que dans le cas de ce nouveau roman, on puisse un peu nuancer, comme nous allons le voir), mais tellement bien réalisée que même les vieux loups de mer comme moi peuvent y prendre un sincère (et grand) plaisir. Sans compter que comme le dit Robin Hobb en personne, la prose de Gwynne vous rappelle pourquoi vous êtes devenu(e) fan du genre. C’est ce que j’appelle « le miracle John Gwynne » : il peut multiplier les tropes et les clichés mais entre la qualité des personnages et un art du conteur consommé, entre autres qualités, il arrive tout de même à rendre addictive la lecture de ses romans même pour quelqu’un qui a vu tout ça mille fois en Fantasy. Et tout ça tout en ayant l’immense avantage, justement parce qu’il propose une Fantasy « basique » (et je dis cela sans la moindre connotation négative), d’être parfaitement accessible aussi bien au débutant qu’au lecteur ou à la lectrice venant du Young Adult et souhaitant passer à une fantasy plus exigeante ou plus sombre.

Univers *

* Powersnake, Brothers of Metal, 2020 (au passage, Pouvoirserpent, comme j’aime à l’appeler, est l’hymne officiel de l’Apophisme).

L’action se passe dans un monde imaginaire, sur le continent nordique de Vigrid (au passage, c’est le nom de la plaine où est supposé se dérouler le Ragnarök). Près de trois siècles auparavant, les dieux se sont affrontés et entretués, faisant une victime collatérale, l’Oskutred, l’équivalent local de l’Yggdrasil, l’Arbre Monde. La plus puissante de ces divinités, Snaka (sorte d’hybride d’Odin -pour la puissance / l’importance- et de Jörmungandr -pour la forme ophidienne), a réveillé un volcan, dans sa chute, dont la lave, en tombant dans l’Inframonde, a forcé ses créatures, les vaesen, à se répandre dans le monde des hommes. Le corps du serpent géant s’est recouvert de terre, de roc et de végétation, et forme aujourd’hui une chaine de montagnes coupant le continent en deux. La seule passe étant gardée par une forteresse pour éviter que le gros des vaesen ne se répande sur les terres humaines, même si un nombre loin d’être négligeable y a réussi. Notez que tous les vaesen ne sont pas maléfiques, puisqu’il est possible de nouer des pactes avec certains d’entre eux (c’est le cas d’un des personnages principaux). Mais la plupart le sont, et correspondent à l’arsenal classique de monstres des univers de Fantasy les plus épiques (qui ont d’ailleurs tendance à plus ou moins disparaître en faveur de contextes plus « réalistes », à la Guy Gavriel Kay) : serpents et araignées géantes, trolls, etc.

Inutile de dire que le cataclysme a dévasté le monde des hommes, ce qui fait que la religion est désormais un crime passible de mort, et que ceux en qui coule le sang des dieux, les Tainted (les Impurs, disons), ont longtemps été traqués et tués comme des bêtes, avant qu’on ne découvre un moyen (très astucieux, au passage) de les mettre en esclavage sans risque, exploitant alors les pouvoirs que leur héritage divin leur confère. Toutes les divinités ayant au moins partiellement forme animale, leurs descendants sont quelque part entre le machin-garou et un guerrier ou magicien indien tirant des pouvoirs spéciaux (la férocité du loup, le flair du chien, etc) d’un totem animal. Signalons, pour terminer sur le magicbuilding, que les fragments d’os ou reliques des dieux ont un puissant pouvoir (notamment pour repousser les vaesen) et qu’en parallèle des pouvoirs innés (dus à leur hérédité) des Tainted, il existe aussi des magiciens runiques totalement humains.

Certaines Warbands (entre la bande de mercenaires, l’équipage de Drakkar et le nettoyeur de monstres, avec une vague touche de Wyld, mais en mode épique plus qu’humoristico-nostalgique) se sont spécialisées dans la chasse aux Vaesen et / ou aux Tainted, tout en assurant tout de même des missions plus banales, comme combattre les ennemis du Jarl (seigneur) qui les engage. Car alors que jusqu’ici, chaque ville ou village s’administrait très bien tout seul, merci, et que dans les fermes isolées, les hommes étaient libres de toute féauté, prenant modèle sur le continent plus au sud (d’inspiration russe / varègue / mongole-hun-alain), dominé par un empereur (pardon, un Grand Khagan) unique, deux seigneurs (le Jarl Störr et la reine Helka) se sont mis à prendre des vassaux (en bonne partie à l’insu de leur plein gré) et à se constituer leurs petits royaumes, dans le but avoué de devenir le seul maître de Vigrid.

Ce qui est très intéressant avec ce contexte est qu’il mêle des éléments Historiques, tirés de la mythologie scandinave ou de la bien réelle civilisation viking, avec des choses beaucoup plus fantastiques et complètement imaginaires. Ainsi, le crâne du dieu-serpent Snaka (au passage, je veux pas dire, mais la plus puissante déité de cet univers est un serpent géant, comme moi, hein : Giant Snake FTW !) abrite une ville, et son corps mort fait son petit Griaule en se transformant en chaine de montagnes longue comme un continent. Je me plains souvent que la Fantasy est vraiment trop timorée à mon goût, mais des livres comme celui-ci, celui de Kerstin Hall ou de Jy Yang me redonnent foi dans la capacité de ce genre littéraire à proposer lui aussi du Sense of wonder, alors que lorsqu’on y réfléchit, la Fantasy est, à la base, mieux armée que beaucoup de livres de SF pour le faire, puisqu’elle n’est pas contrainte par les lois de la physique, voire de la vraisemblance.

Le problème, par contre, de s’être autant inspiré du monde réel est qu’il vaut mieux connaître les bases des sociétés scandinaves / islandaises pour lire ce roman (d’autant plus qu’il n’y a ni glossaire, ni notes de bas de page). Ce n’est pas que ce soit compliqué, ou qu’on n’arrive pas à déduire la plupart des termes nordiques du contexte, mais la lecture est plus plaisante ainsi (je sais -parce que j’ai consciencieusement lu mon John Haywood et mon Régis Boyer- ce qu’est un thing ou un althing, mais ce n’est sans doute pas le cas de tout le monde). Sachant que nous ne sommes pas chez Guy Gavriel Kay et que ça reste mineur, hein.

Taxonomie *

* Hel, Brothers of Metal, 2020.

J’en parle depuis un moment, mais outre le fait que les échanges de tropes SF –> Fantasy s’intensifient de plus en plus ces dernières années de manière générale (un exemple frappant ayant été donné par Les maîtres-enlumineurs ou par tout ce qui relève de la toute nouvelle Fantasy temporelle), la Fantasy post-apocalyptique est vraiment un sous-genre en plein essor. Et ce qui est agréable avec elle est qu’elle est beaucoup moins répétitive que la SF post-apo, qui tourne en boucle autour des mêmes causes ou conséquences de la destruction du monde. En effet, il y a finalement peu de choses en commun entre Mage du ChaosAutrefois les ténèbres et Blackwing, ce dernier étant d’ailleurs le représentant le plus extrême de ce sous-genre émergent… jusqu’ici. Car il faut bien avouer qu’un monde post-Ragnarök où on habite dans les squelettes des dieux, ça se note 11 sur une échelle de 10, tout de même. Remarquons, au passage, qu’il y avait déjà un aspect post-apo similaire dans le précédent univers de John Gwynne, mais qu’il était beaucoup moins mis en avant (dans le tome 1, du moins).

En matière de taxonomie, je veux cependant insister, justement, sur une différence fondamentale avec les deux cycles précédents du britannique : en effet, ceux-ci relevaient d’une High Fantasy manichéenne (Bien contre Mal) mais avec un fort aspect politique et une touche héroïque Gémellienne non-négligeable. Sur ce plan, The shadow of the gods est profondément différent, que ce soit en terme de classement ou (surtout) d’ambiance, puisqu’il relève d’une Dark Fantasy particulièrement sombre et surtout violente. À un point tel qu’en exagérant (vraiment…) à peine, elle ferait passer les bouquins d’Abercrombie pour l’œuvre de la Comtesse de Ségur ! Le tour de force étant que puisque c’est écrit par John Gwynne, ce n’est pourtant en rien dénué d’humanité… bien au contraire. Vous comprenez pourquoi je parle de « miracle » au sujet de sa prose ?

Personnages et base de l’intrigue *

* Brothers unite, Brothers of Metal, 2020.

Le nombre de personnages principaux / points de vue est moins élevé (trois) que dans le cycle The faithful and the fallen, même si, comme à son habitude, Gwynne multiplie les personnages (pas si) secondaires (auxquels il ne faut pas trop vous attacher, tant leur mortalité est élevée  😀 ), à un point tel que franchement, il y a des fois où on est à la limite de s’y perdre (la carte du monde est certes très esthétique, mais outre un glossaire, le manque d’un dramatis personae est criant). Un seul point de vue est adopté par chapitre, et il varie de l’un à l’autre, mais pas forcément sur une base régulière (il n’y a pas de cycle pdv perso 1 puis 2 puis 3 puis nouveau cycle).

Nous suivons tout d’abord Orka, une trappeuse qui vit avec son mari Thorkel et son fils de dix ans Breca dans la forêt, à proximité d’un village. Le malheur va frapper sa petite famille, la lançant dans une quête de vengeance sanguinaire, flanquée de deux acolytes qui vont se révéler, parfois, d’une utilité surprenante.

Nous découvrons ensuite Varg, un thrall (esclaves des sociétés scandinaves : dans celle de John Gwynne, seuls les Tainted sont en-dessous dans l’échelle sociale) en fuite qui a assassiné son maître. Il partageait un lien quasiment empathique avec sa sœur Froya, et sait donc qu’elle est morte, mais pas de quelle manière. Il recherche donc une sorcière-seidr (Tainted) ou un Galdurman (magicien runique humain) pour pratiquer un rituel de sorcellerie lui permettant de revivre les derniers instants de sa parente. Une opportunité va alors se présenter : les Bloodsworn, les plus fameux mercenaires de ce monde, viennent de perdre un homme et réalisent un véritable « casting » (si, si !) pour lui trouver un(e) remplaçant(e) (j’en profite pour préciser que sur le continent de Vigrid, un combattant ou un Jarl peut indifféremment être un homme ou une femme, aucun rôle ou presque ne semble être réservé à un genre donné). Intégrer ce groupe prestigieux permettrait à Varg d’avoir accès à leurs jeteurs de sort et d’accomplir sa quête. De plus, l’ancien esclave va faire l’apprentissage, ce faisant, des codes du monde des guerriers, qui lui sont étrangers, et être impliqué dans la recherche, loin au Nord, d’une chose qui massacre à tour de bras. Ce solitaire de nature va aussi découvrir l’amitié, la fraternité, la camaraderie, des concepts qui lui étaient jusqu’ici eux aussi étrangers du fait de son existence d’esclave.

Enfin, nous faisons la connaissance d’Elvar, farouche jeune femme (elle déclare : « La gentillesse vous rend faible ») membre d’un autre équipage de Drakkar prestigieux, les Battle-Grim. Jeune, mais déjà une guerrière accomplie, en recherche de gloire et de la reconnaissance des autres membres de sa troupe. Elle incarne le côté le plus héroïque du roman (et des trois protagonistes, c’est de loin la plus humaine). Un marché passé par son chef avec la mère d’un enfant enlevé (un thème récurrent dans The shadow of the gods) va l’impliquer dans la quête d’un lieu mythique, celui de la souche de l’Arbre Monde, où se trouvent des trésors inimaginables, os et reliques des dieux. En chemin, elle va aussi faire l’apprentissage de l’amour.

Comme vous le voyez avec ce que j’ai surligné en gras, nous sommes sur des tropes et des moteurs de l’intrigue tout ce qu’il a de classique, pour ne pas dire stéréotypé, en Fantasy (mais, de fait, adaptés aux débutants ou aux lecteurs en transition d’une fantasy YA à l’adulte -sans doute actuellement le plus gros gisement pour faire progresser le lectorat SFFF, en tout cas bien plus que les lecteurs exclusifs de blanche). Le fait que malgré tout, les romans de Gwynne en général, et celui-là en particulier, fonctionnent sur des lecteurs, voire d’autres écrivains, très expérimentés dans le genre est un signe indubitable de l’immense talent du britannique.

Comme souvent avec des protagonistes multiples, un ou plusieurs ont tendance à voler la vedette aux autres, au moins pour certaines catégories de lectrices ou de lecteurs : dans mon cas, j’ai trouvé que les points de vue d’Orka et dans une moindre mesure d’Elvar étaient plus intéressants que celui de Varg, même si l’auteur nous mène longtemps en bateau, avec ce dernier, car il nous conduit à échafauder une hypothèse qui se révélera fausse. Précisons d’ailleurs qu’aucun de ces trois personnages n’est ce qu’il semble être de prime abord : Orka n’est pas qu’une simple trappeuse (on ne découvrira qui elle est vraiment que dans, littéralement, les toutes dernières lignes de ce tome 1 -qui finit d’ailleurs de façon explosive), Varg est loin d’être ordinaire (là aussi, il faudra attendre la dernière partie du livre pour en savoir plus), et Elvar n’est pas une banale guerrière (dans son cas, la révélation est bien plus précoce, même si nettement plus bégnine, du coup).

Certains des personnages secondaires sont extrêmement sympathiques (Svik en particulier, et dans une moindre mesure Grend, Rokia ou Einar), même si leur nombre effroyablement élevé fait qu’on finit à la longue par ne plus se souvenir si machin ou machine est avec les Battle-Grim ou les Bloodsworn, sans compter une caractérisation parfois un brin succincte ou stéréotypée (ce qui fait que plusieurs persos se ressemblent un peu). Vu que le côté vivant des personnages, même tertiaires (à la Guy Gavriel Kay), était le gros point fort de Malice, et que The shadow of the gods est plus court que la grande majorité des bouquins de l’auteur (qui font souvent entre 600 et 800 pages en VO), je subodore une autolimitation pour remplir une exigence de ses éditeurs anglo-saxons (un quota de pages, pour être clair), et peut-être pour être plus attractif à l’international (diminuant ainsi le coût des traductions qui a, d’après ce que j’ai compris, été la raison essentielle pour laquelle Gwynne n’a pas -encore ?- été traduit en France). Avec ses 496 pages, The shadow of the gods a ainsi plus de chances de l’être, surtout que là, le bandeau rouge est tout trouvé : LE NOUVEAU DAVID GEMMELL.

Signalons que si le propos est plus disons… avant tout épique que dans la Fantasy que je qualifierais de progressiste qui a explosé ces dernières années, il ne s’agit pas, pour autant, d’un roman de gare qui mise tout sur le spectacle et une violence très graphique, vu qu’il n’est pas dépourvu de fond : outre un gros focus sur le statut des Tainted dans cette société (ils sont considérés comme moins qu’humains, comme une ressource, une bête qui peut être domptée, mise en esclavage et utilisée), il y a aussi une réflexion que j’ai trouvée très pertinente sur qui constitue notre vraie famille (celle dont on hérite du fait des liens du sang, ou celle qu’on se choisit, qu’on se forge ?), ainsi que sur la montée des impérialismes quand les hommes, jadis libres de régler leurs propres affaires selon leur bon vouloir, sont enrôlés de force dans un des deux camps en formation quand deux roitelets sont en compétition pour la domination totale du continent. Et bien sûr, il y a ces vérités simples, marquées du sceau du bon sens, de la sagesse populaire (ou Géméllienne ^^), sur la haine, la vengeance, la peur, le courage, l’honneur. On retiendra tout particulièrement le passage suivant :

La renommée guerrière n’est rien; elle n’est que paille au vent. Les liens tissés par l’amour, l’appartenance à une même famille, la passion ou l’amitié : voilà ce à quoi nous devrions aspirer […] Si tu aimais et honorais les tiens plus que tu ne désirais la gloire et une place dans les sagas, le monde serait un endroit meilleur.

Un roman noir et carmin *

* One, Brothers of Metal, 2020.

Gwynne voulait écrire (et on sent qu’il y a pris énormément de plaisir) une version Fantasy des sagas et des mythes nordiques, en retrouver l’esprit, et on peut dire qu’il a réussi au-delà de toute espérance. Sa Dark Fantasy epico-apocalyptique fait mouche, ménageant des scènes et des décors ultra-spectaculaires, des antagonistes hors-normes, de grands moments d’émotion et de surprise, des combats d’une sauvagerie impressionnante qu’il nous fait vivre avec brio, sans oublier ce qui fait sa caractéristique essentielle en tant qu’auteur : ne jamais oublier l’humain au sein de l’épique, de l’héroïque. Je dirais que ce nouveau roman, tout en étant digne de son imprimatur (roman) Culte d’Apophis, est tout de même un petit cran en-dessous de Malice, plus maîtrisé au niveau des personnages secondaires. Il s’agit toutefois d’une lecture extrêmement recommandable si vous lisez l’anglais ou s’il est traduit.

Mais…

Mais c’est un roman calligraphié en encre noire et carmin, tant on n’y est vraiment pas là pour rigoler (de ce point de vue là, même si la vie dans le monde de Malice était dure, le propos était tout de même nettement plus positif) : parents tués ou mis en esclavage, nombreux enfants enlevés ou mis en esclavage… par leurs propres parents, scènes de torture, protagonistes ou antagonistes massacrés à tour de bras (avec des descriptions rappelant certains des passages les plus gore du Trône de fer), protagonistes parfois très ambigus (ou très humains, selon votre point de vue sur la question) se demandant s’il faut trahir ceux qui les aident pour mieux atteindre leurs objectifs, ne tenant pas leur parole, plus antihéros, pour certains, que vrais héros / héroïnes (ce qui, là aussi, est une caractéristique très Gémellienne : aucun des protagonistes de cet auteur n’était « parfait »), vision très pessimiste de certains sur l’âme humaine et la confiance (c’est-à-dire aucune) que l’on peut accorder à ses congénères, monde qui se reconstruit à peine et qui va… mais vous verrez ça en lisant ce livre. Pour vous situer la chose, la première tuerie a lieu à… 2% du bouquin (sachant que ça compte le sommaire, la carte, etc)  😀

Je dirais qu’en fait, la différence avec Malice, au niveau du ressenti, du ton, de l’ambiance ou du classement taxonomique, est due à l’inspiration : Malice était très manichéen, donc très positif au niveau des protagonistes appartenant au camp du Bien, car son inspiration était avant tout chrétienne ; The shadow of the gods est tout à la fois plus violent, héroïque et sombre parce que la sienne est tirée des mythes nordiques. Bref, si les deux livres se valent presque en qualité, ils sont pourtant profondément différents, et aimer l’un n’est pas automatiquement la garantie d’aimer l’autre (même si personnellement, j’ai apprécié les deux).

Reste que Gwynne a une écriture toujours aussi redoutablement efficace, que ce soit pour raviver régulièrement l’intérêt à coup de cliffhangers, de révélations inattendues, de revirements choquants ou de scènes épiques, pour nous faire vivre les émotions (puissantes) de ses protagonistes, pour brosser en quelques mots simples (pas d’esbrouffe stylistique aussi vaniteuse que vaine ici) une ambiance, un décor, un physique. Une prose éminemment Gémellienne, directe, sobre, simple mais en aucun cas simpliste, au pouvoir évocateur colossal, dotée de la capacité de faire vendre non pas quelques centaines de livres mais des centaines de milliers.

Niveau d’anglais : quelque part entre le facile et le moyen, du fait de l’inclusion d’un vocabulaire plus typiquement anglais (du sud) qu’américain ou universitaire, et de termes scandinaves expliqués nulle part (mais assez courants, surtout pour les fans de séries comme Vikings ou des tonnes de Fantasy d’inspiration scandinave).

Probabilité de traduction : je dirais faible, personnellement. Vu que nos éditeurs cherchent en ce moment une SFFF « exigeante », je ne crois pas trop que l’héritier de Gemmell va être traduit, cette fois encore. Et pourtant, malgré mes réserves sur le ton noir et la violence exprimées plus haut, cette fantasy classique mais très enthousiasmante a tout pour ratisser large. Y compris auprès du public qui sera très sensible à la filiation avec le grand (dans tous les sens du terme) David. D’ailleurs, Goodreads ne s’y est pas trompé : The shadow of the gods a, au moment où je rédige ces lignes, la note hallucinante de… 4.54 sur 776 avis !

Pour aller plus loin

Si vous voulez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de l’Ours Inculte,

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34 réflexions sur “The shadow of the gods – John Gwynne

  1. Leha étant en train de réussir son pari avec Eriksson, je me demande s’il ne faudrait pas leur proposer quelques cycles d’envergure à traduire….
    Gwynne serait une bonne continuité en terme de qualité vu ce que l’Ours et toi en ont dit.

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      • Moi non plus. Mais je leur enverrais un message pour tater le terrain et leur proposer ce cycle et qq autres injustement oubliés par une traduction fr. Je te tiendrais si j’arrive à avoir une réponse 😉
        Mais clairement, Gwynne c’était taillé pour Bragelonne.
        Dans un autre registre, j’espère toujours une trad’ de The Oppenheimer alternative.

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        • Cool, merci !
          Ah mais c’est clair, c’était totalement taillé pour Bragelonne. Mais bon, j’imagine que vu leurs ennuis actuels, tous les achats de droits doivent être gelés jusqu’à nouvel ordre, donc il ne faut probablement pas tabler sur eux sur ce coup là.
          Alors je n’ai pas d’infos secrètes pour le bouquin de Sawyer, mais ça m’étonnerait vraiment que cela ne se fasse pas à moyen terme, tant c’est un ouvrage exceptionnel.

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  2. Cet auteur est un véritable phénomène sur les chaînes Booktube anglophone. Tellement que j’étais persuadée qu’on aurait des VF assez vite. Mais vous brisez un peu mes espoirs.

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    • Sa tétralogie initiale (Malice / Valor / Ruin / Wrath) a été publiée en VO entre 2012 et 2016. Donc si une VF avait été à l’ordre du jour, elle serait là depuis un moment (même si on connaît aussi des cas où, en Fantasy, des traductions ont fini par arriver bien après la sortie anglo-saxonne. Mais elles restent clairement plus l’exception que la règle).
      Il reste une faible chance pour sa trilogie publiée de 2018 à 2020, mais les échos que j’ai eu ne vont clairement pas dans le sens d’une traduction. Trop de tomes, des livres trop gros, des traductions trop onéreuses, des incertitudes sur les ventes, bref un trop gros risque. Et pour ce qui est de cette nouvelle trilogie « viking », la ligne éditoriale de nombreuses maisons françaises n’est clairement pas orientée dans cette direction en ce moment.

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      • Merci pour cette réponse ! Il faut vraiment que j’ose me lancer dans la lecture en VO. Je lis pas mal en anglais pour le boulot mais j’ai toujours peur de pas bien comprendre l’histoire en anglais et de passer à côté du bouquin.

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        • Il ne faut pas hésiter à vous lancer, le niveau de la plupart des romans en anglais est très abordable, surtout si vous avez déjà l’habitude de lire dans cette langue dans le cadre professionnel 😉

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    • Il n’y en a pas. Une personne qui tente de rendre hommage à un dieu est tuée sans autre forme de procès. Vu la destruction causée par leur affrontement final, tout ce qui est lié aux dieux est l’objet de haine (y compris les Tainted). Seul le fait que les os, les artefacts des dieux ou les pouvoirs de leurs descendants soient utiles pour combattre les vaesen (les créatures de l’Inframonde) leur donne une place dans la société.

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  3. J’attendais vos retours (à toi et à l’Ours) avec impatience ! Bon, c’est plié et ajouté à la PàL. J’avais prévu de lire ces premiers cycles avant, mais là… Il y a beaucoup trop d’éléments que me plaisent :D. Merci pour ce super article !

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  4. (Oups, j’ai validé le commentaire précédent trop tôt, miss clic, désolée)
    Pas accroché au premier de sa trilogie précédente. Je me suis ennuyé et je l’ai trouvé vraiment moyen et manquant clairement de représentation féminine qui serve à quelque chose.

    En fait je crois que mon principal regret sur ce tome la est le fait qu’il n’y avait rien pour m’inciter à lire la suite (que du coup je n’ai jamais été tenté de lire). Pas de mystère, pas de personnage particulièrement attachant, pas d’intrigue qui soit suffisamment attractive pour vouloir la suite.

    Du coup peut être que la comparaison avec Gemmell était bien faite, vu qu’il s’agit d’une part de la fantasy ‘classique’ qui a aussi totalement échoué pour moi.
    J’en ai lu quelques uns, 3 tout de même, et aucun n’a fait de déclic pour moi, je me suis aussi ennuyé dedans.

    J’hésite à tenter celui ci. Peut être si je le trouve pas cher un jour, juste pour ne pas dire que je n’ai pas laissé toutes ses chances à l’auteur.

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  5. Aaaaah, comme j’ai hâte de le recevoir !

    Ta critique me fait plaisir sur plusieurs points, et l’utilisation de Brothers of metal pour l’illustrer en fait partie. 😉

    Comme tu dis, ce genre de fantasy est assez boudé par les éditeurs français qui préfèrent souvent le poetico-politico-socialo-prout-prout, une forme de snobisme par bien des égards alors que le potentiel commercial est énorme. Mais moi c’est clairement ce que je préfère donc je remercie Odin de savoir lire l’anglais.

    Aimé par 2 personnes

    • Merci ! Brothers of metal me paraissait être une évidence (j’aurais pu mettre du White Skull aussi, c’est bien Viking -et ça ne s’entend pas forcément, mais c’est une femme qui chante) :

      Mais c’est clair que le potentiel commercial est énorme ! Oui, les trads seraient sans doute onéreuses, mais à mon avis les éditeurs sont (très) pessimistes à propos des ventes.

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  6. J’ai encore sa seconde série qui patiente dans ma PAL mais John Gwynne a été une de mes meilleure lecture/découverte de ces dernières années. Merci l’Ours inculte et Apo, en passant. C’est dommage l’absence du dramatis personae, d’autant qu’il y en avait dans les séries précédentes et mis à jour à chaque tome, vraiment pratique. Très envie de m’abriter à l’ombre de ces dieux !

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  7. Oh bordel que ça me donne envie! J’espère aussi sincèrement que ce livre fera basculer un éditeur vers une VF (et si possible un traducteur sympathique hein) parce que j’ai pas le niveau pour la VO mais j’en crève d’envie.

    Aimé par 2 personnes

  8. Voilà encore un roman qui donne envie. J’espère sincèrement qu’il y aura une traduction, tant l’univers avec l’inspiration viking, le côté fantasy post-apo, et la prose. Du changement, le potentiel d’une histoire fascinante et qui sort des sentiers battus… Je croise les doigts, surtout si ça peut parler à différents niveaux de lecteur !
    (Je crois n’avoir lu qu’un seul David Gemmell. Aïe.)
    Et la chanson Powersnake est vraiment très accrocheuse !

    Aimé par 1 personne

  9. Ping : The shadow of the gods, post-Ragnarök | L'ours inculte

  10. Ping : C’est lundi… Que lisez-vous ? #34 – Fourbis & Têtologie

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