Redemption’s blade – Adrian Tchaikovsky

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Le seigneur des anneaux IV : Après la guerre

redemption_s_bladeBien que le public français connaisse désormais la partie SF de l’oeuvre d’Adrian Tchaikovsky (via Dans la toile du temps et la traduction prochaine de Dogs of war), c’est en fait surtout un auteur de Fantasy, genre dont relève l’écrasante majorité de sa production. Et c’est aussi là qu’il faut classifier son tout dernier roman, Redemption’s blade, qui s’inscrit dans un cycle appelé After the war (en fait un univers partagé).

Le point central non pas tellement de l’intrigue mais plutôt des thématiques développées est le suivant : le Sauron local, le Kinslayer (le fratricide), a été vaincu. C’est très bien, tout le monde est content, mais si lui est mort, ses armées sont toujours là, certaines de ses forteresses encore debout, et les artefacts de pouvoir créés ou amassés par lui n’ont pas disparu. Comment les races élevées pour lui servir de soldats ou mises en esclavage vont-elles vivre dans le « monde d’après » ? Comment réparer les dommages, qu’ils soient physiques ou psychologiques, infligés au reste du monde, plongé dans un véritable stress post-traumatique géant ? C’est de l’héroïne qui a abattu le demi-dieu maléfique que viendra un début de réponse ! 

Genres

Je vais y revenir, mais le gros du background est quasiment Tolkienien, ce qui fait qu’il faudrait placer ce bouquin dans la High Fantasy. Sauf que dans l’équipe des protagonistes, il y a deux membres d’une race de monstres qui servaient de troupes de choc au Kinslayer, ainsi que deux collectionneurs d’objets magiques au comportement assez ambigu (en terme d’alignement, comme on dit dans Donjons & Dragons), et ça, ça inscrirait plutôt le roman dans la Dark Fantasy. Oui mais voilà, l’atmosphère, elle, se balade entre la Sword & Sorcery (sauf que le groupe de héros est un peu grand pour les codes traditionnels de ce sous-genre, et plus raccord avec la Fantasy Tolkienienne) et quelque chose de vaguement parodique (dans la lignée de Spiderlight), ce qui fait qu’au final, nous sommes devant une sorte de Fantasy épique située quelque part entre Tolkien, Abercrombie  / Cook et Leiber. On peut même dire qu’en un sens, Redemption’s blade s’inscrit dans le registre de cette Fantasy post-apocalyptique relativement à la mode ces derniers temps.

J’anticipe un peu sur les thématiques, mais il y a aussi une interrogation sur la motivation des actes héroïques, une opposition entre ceux, égoïstes, de l’Heroic Fantasy, et ceux, altruistes, de la High.

Univers, Thématiques

A priori, vous connaissez tous Le seigneur des anneaux, et nombre d’entre vous ont aussi lu La compagnie noire. Eh bien Tchaikovsky en a tout simplement fait un calque : il y a mille ans, les dieux ont envoyé les Gardiens (comprendre : les Istari -Gandalf, Saroumane, Radagast, etc-, sauf qu’ici ils sont beaucoup plus que cinq), des demi-dieux, pour guider les hommes. Il y a un siècle, l’un d’eux en a tué un autre, gagnant le surnom de Kinslayer (Fratricide ; comprendre : Sauron). Parce qu’ils étaient incapables de le détruire, il a été emprisonné (coucou le Dominateur…) sous terre par ses frères, mais en a profité pour y asservir ou (re)créer des races de soldats ou d’horribles monstres (dragons, etc), avant d’en jaillir il y a une décennie à la tête d’une armée et de mettre en coupe réglée… l’ouest (ça change un peu de Tolkien, où Sauron est à l’est). Pendant une dizaine d’années, il a fait tomber les royaumes les uns après les autres, tuant une demi-douzaine d’autres Gardiens, étendant sans cesse son empire du mal, jusqu’à ce qu’une coalition d’humains (essentiellement) ne commence à faire pencher la balance. Aux avant-postes de chaque bataille, chaque front ou siège, se trouvaient les Slayers (tueurs), une compagnie des plus grands champions des contrées libres, défenseurs de la veuve et de l’orphelin, etc. Suite à une manœuvre audacieuse mais meurtrière, coûtant la vie de milliers de soldats, ils ont pu s’infiltrer dans la forteresse de l’ennemi, et Celestaine, armée d’une épée capable de trancher n’importe quelle matière, qui lui avait été remise par un des Gardiens, a mis un terme à l’existence du demi-dieu maléfique. La guerre était donc finie en quelques mouvements de lame.

C’est à partir de ce point que Tchaikovsky diverge de Tolkien, qui, dans Le seigneur des anneaux, passe très vite sur le Quatrième âge (il avait commencé une suite du SdA, The new shadow, mais l’a abandonnée au bout de treize pages), même s’il y a une ébauche de ce dont je vais maintenant vous parler dans l’arc sur le nettoyage de la Comté (pardon, du Comté dans la nouvelle traduction) qui, mille fois hélas, n’a jamais été repris par Peter Jackson, même pas dans l’édition longue du Retour du roi. Ici, Tchaikovsky se pose les questions suivantes : certes, le Kinslayer (Sauron, donc) a été vaincu, mais certains de ses généraux et armées restent. Certes, certaines forteresses ont été prises, des mines pleines d’esclaves libérées, mais d’autres restent aux mains des races créées, transformées ou endoctrinées par le tyran. De plus, le demi-dieu était sans cesse à la recherche d’artefacts devant augmenter son déjà considérable pouvoir, qu’il les fasse forger ou qu’il les vole. Que sont devenues ces reliques, qui s’en est emparé, et dans quel but ? Quelle est la place de ces espèces élevées pour la guerre, craintes et détestées par leurs anciennes victimes humaines (ou autres) dans ce nouveau monde post-guerre ? (il faut toutefois nuancer en disant qu’un passage explique clairement que l’obéissance au seigneur du Mal naissait plus de la peur que d’une sincère dévotion, du moins pour la majorité des troupes : des fanatiques existent, et sont d’ailleurs évoqués à plusieurs reprises).

Allant plus loin encore, Tchaikovsky s’interroge sur la reconstruction, que ce soit celle des villes, de l’environnement, des gens ou des relations inter-royaumes. Des quartiers entiers ont été rasés, des champs brûlés, tout manque, des outils à la nourriture. Comment nourrir et loger tout le monde, habitants du crus ainsi que réfugiés ou déplacés ? Le Kinslayer était d’une nature interne si pervertie et son pouvoir était si grand que cette corruption s’est étendue à son environnement, devenu empoisonné ou hideux. Comment vivre sur ces terres souillées, comment les faire revenir à leur état d’origine ? La guerre a mis un terme temporaire à certaines rivalités ancestrales entre nations humaines : ne vont-elles pas resurgir à la première occasion maintenant que le demi-dieu est vaincu ? Les gens ont été traumatisés (c’est d’un véritable stress post-traumatique à l’échelle d’un continent dont on parle ici) par l’immense cruauté gratuite du tyran, par ses créatures horribles, ses races de monstres créées uniquement pour la guerre : comment, désormais, cohabiter, apprendre à coexister en paix, en certains endroits, avec eux, alors que ces espèces veulent se trouver une place (littéralement) au soleil, et ne retourner sous terre à aucun prix, mais que certains humains ne regardent pas leurs actes post-guerre, mais juste ce qu’ils sont, comme une sorte d’acte de culpabilité permanent et indélébile (un templier déclare : « It doesn’t matter what they have done. They’re the enemy. We’ll burn them ». Ou encore : « They’ve done nothing. They don’t need to do anything ») ? Un général ambitieux ne va-t-il pas coaliser les armées dispersées et marcher sur les royaumes libres ? Un second Kinslayer peut-il advenir, à l’aide des nombreux et surpuissants artefacts de pouvoir laissés par le premier ? De même, pour les Yorughans et les autres races coalisées sous la bannière du tyran, comment se comporter les uns envers les autres, lorsque leur maître a inscrit au fer rouge dans leur esprit que toute loyauté qui était dirigée envers autre chose que lui était suspecte (y compris envers la famille, les congénères, les camarades d’unité, etc) ? Le plus grand méfait du demi-dieu a été de couper la connexion entre les dieux et les hommes : plus aucune communication ne semble possible entre eux ; dès lors, comment les ordres religieux ou militaro-religieux se positionnent-ils par rapport à cela ?

Et les Slayers ? Tant qu’il s’agissait de vaincre le tyran, ils avaient un but, une vision, ils étaient unis. Une fois le Kinslayer occis, que faire, désormais, dans ce nouveau monde ? De plus, tous les Slayers et tous les Gardiens n’ont pas la même aura : à quels actes, d’héroïsme… ou pas, à quelles bassesses, sont prêts certains pour avoir leur part du gâteau, leur place dans les chansons des bardes ? Quelle est, au final, la motivation réelle de tel acte en apparence désintéressé ? De plus, pour certains, les Slayers sont devenus bien encombrants, et ils représentent même un danger potentiel : un personnage déclare « I have no use for live heroes […] I have no use for personality cults ». Même Kul (voir plus loin) sous-entend que la régénération des ailes de son peuple n’est qu’un moyen pour Celestaine de rester importante même dans cette période post-guerre !

J’ai trouvé cet univers post-Tolkienien mâtiné de Donjons & Dragons très intéressant, pour ma part : l’auteur mentionne des tas de peuples et de royaumes, de races non-humaines, on sent que c’est très riche et que cela va être développé dans les autres romans du cycle (par exemple, les Tzarkomen sont à peine effleurés dans Redemption’s blade, alors qu’ils sont plus ou moins au centre du tome 2 -écrit par Justina Robson, pas Adrian Tchaikovsky-, Salvation’s fire). Par contre, ça manque très sérieusement d’une carte, parce que des fois on a du mal à se représenter un aussi vaste espace : pour une intrigue qui est presque un road movie fantasy passant de « donjon » (dans le sens qu’on donne à ce terme dans le Jeu de rôle ou le MMORPG) à un autre, je trouve cette absence assez incompréhensible et particulièrement dommageable, personnellement. Quoi qu’il en soit, outre que le contexte est fouillé, il est générateur de très intéressantes thématiques, comme nous venons de le voir, et c’est bien là l’essentiel.

Vous noterez avec intérêt une thématique désormais récurrente chez Tchaikovsky : dans Guns of the dawn, il laissait déjà une place inhabituellement grande, pour de la Gunpowder Fantasy, à l’après-guerre. Eh bien ici, ce principe est poussé à l’extrême : le conflit lui-même n’est évoqué que via des souvenirs, mais n’est pas montré (ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de décontenancer certains lecteurs anglo-saxons ayant bénéficié de SP). Ce sont ses conséquences qui sont le sujet du bouquin, pas son déroulement. Au passage, dans le genre récurrences, on notera également la présence d’un peuple inspiré par les araignées, les Kelicerati.

Intrigue et personnages 

Nous suivons principalement Celestaine, bien que d’autres points de vue occasionnels soient parfois également adoptés. Championne du royaume de Forinth, c’est elle qui a occis le Fratricide, y gagnant une renommée éternelle. Avant cela, et toujours grâce à la même épée magique capable de trancher n’importe quelle matière (y compris la roche ! L’auteur parle de sword of infinite sharpness, ce qui devrait éveiller quelques échos chez les rôlistes) donnée par le Gardien Wanderer (celui qui s’est le plus impliqué dans la guerre aux côtés des humains), elle s’était déjà illustrée en tuant le plus redoutable dragon de l’ennemi, Vermarod.

Elle est accompagnée, dans ses aventures, par deux Yorughans, l’élite des races guerrières unies sous la bannière du Fratricide (et qui font, globalement, pour vous donner des repères connus, plus ogres que orcs ; dans le même registre, les Grennishmen évoquent des gobelins). Nedlam, la femelle, est une pure combattante au style et au comportement bourrin, tandis que le mâle, Heno, est un mage d’élite. Alors que Celestaine avait été capturée, ils se sont retournés contre leur maître, permettant à l’humaine de participer au combat final et d’entrer dans la légende. Toutefois, se balader avec deux membres des troupes de choc du Fratricide ne va pas sans poser bien des problèmes, tant les anciennes haines sont tenaces, même dans ce monde d’après-guerre. Et plus problématique (mais intéressant) encore, les relations Heno / Celestaine ne sont pas platoniques…

L’humaine du trio cherche à réparer les torts causés par le Fratricide, en s’y attaquant un à la fois. Un des plus immondes méfaits du demi-dieu fut d’arracher les ailes des Aethani, et de condamner cette ex-race aérienne à l’enfer des mines, où ses membres ne verraient plus jamais le soleil. Avec le concours de leur prince, Amkulyah (dit « Kul » -un hommage à Robert E. Howard ?), un archer d’élite, le but de Celestaine sera de trouver une magie de guérison suffisamment puissante pour rendre à toute cette espèce ses ailes perdues.

Après quelques recherches préalables, on les dirige vers Catt & Fisher, deux docteurs (en médecine, loi et thaumaturgie, excusez du peu !) qui sont de grands collectionneurs et connaisseurs d’artefacts occultes (signalons d’ailleurs que le grand nombre d’objets magiques cités dans le roman est à mi-chemin entre ceux de Tolkien et ceux de Gygax -le créateur de Donjons & Dragons-). Après une rencontre avec des cultistes tentant de faire revenir les dieux via des sacrifices (ce qui est un poil contraire à leur religion basée sur la guérison et la compassion, au passage…), notre équipe d’aventuriers va être dirigée par les deux collectionneurs de l’étrange vers la Couronne du Fratricide, un grand artefact qui était en cours d’achèvement lorsque la guerre s’est terminée. La spécialité du tyran étant de faire ou défaire magiquement les choses, Celestaine se dit que le pouvoir de sa couronne pourra rendre aux aethani leurs ailes.

L’objet est supposé se trouver dans la forteresse de l’ennemi dont les sous-sols (le Fratricide bâtissait ses principales installations sous la surface, comme Sauron ou Saroumane) abritaient les principales forges magiques de son empire. Après maintes péripéties, Celestaine et son groupe arrivent dans les chambres-fortes, pour s’apercevoir que quelqu’un les a devancés : ce mystérieux personnage semble alors les mener sur un mortel jeu de pistes, du monastère de rigides Templiers jusqu’à de sinistres mines et une forêt infestée par les Kelicerati (le peuple-araignée), ayant toujours un temps d’avance sur eux mais leur laissant des indices permettant de le retrouver… En chemin, Celestaine va recroiser la route d’anciens Slayers, dont Ralas, le barde mort-vivant condamné par le Fratricide à une douleur et une résurrection infinies, Roherich l’archimage, ou encore celle de Deffo, le Gardien surnommé l’Invaincu pour de biens mauvaises raisons (c’est tout simplement parce que dès qu’un combat pointe à l’horizon, il s’enfuit ou se cache !).

Ces personnages sont intéressants à des degrés divers, même si certains (ou leurs relations, leur évolution psychologique) le sont beaucoup plus que d’autres, dont Celestaine, évidemment. Mais tous se font presque voler la vedette par Catt & Fisher, qui vont suivre le groupe d’aventuriers afin de s’emparer pour leur propre compte de la couronne du Fratricide. Personnages très ambigus, précieux et dotés d’une collection d’objets magiques presque aussi grande que celle du Dungeon Master Guide, le lecteur (moi, en tout cas) va se délecter des passages occasionnels qui montrent leur point de vue (qui offre d’ailleurs souvent un autre angle de vue cinématographique sur l’action en cours côté Celestaine). On notera également avec beaucoup intérêt les scènes où les uns et les autres sont confrontés à leur passé, et doivent faire des choix difficiles ou revivre des expériences traumatiques : c’est le cas de Kul qui est obligé, pour l’accomplissement de la quête, de revenir aux mines de Dorhambri où il a été esclave, ou des deux Yorughans confrontés à d’anciens supérieurs, amants ou camarades, qui se trouvent potentiellement sur leur chemin et qu’il va éventuellement falloir tuer.

Une vaste réflexion sur la notion de héros, d’héroïsme, sur ce qui sous-tend les actes héroïques

Si, globalement, l’ambiance du roman est plutôt (et j’insiste sur la relativité de la chose) humoristique (c’est particulièrement vrai pour Catt & Fisher : on notera par exemple la scène hilarante où le premier, protégé par une bulle d’énergie impénétrable, est tout simplement roulé vers sa prison par des Templiers), et m’a évoqué l’excellent Kings of the Wyld (à paraître prochainement en français), dans le mélange épique + ton léger, mais en moins prononcé toutefois (on notera toutefois avec intérêt la présence de bardes immortels dans les deux, et une forte inspiration commune tirée de D&D), il n’en reste pas moins que les thématiques abordées sont à la fois profondes et intéressantes, comme nous l’avons déjà vu. Et c’est tout particulièrement le cas pour tout ce qui tourne autour de l’héroïsme et de ce qui le sous-tend : un personnage, par exemple, était surnommé le Libérateur, parce qu’à la tête de ses hommes, il libérait des villages et de petites villes. Il y a ainsi gagné une tenace réputation positive, qui ne résiste cependant pas à un examen attentif de ses actes et motivations réelles. En effet, il ne s’attaquait qu’aux villages pris mais où l’ennemi était faible, ne les gardait que le temps d’y prendre ce qui l’intéressait (soi-disant pour « soutenir l’effort de guerre »), avant de s’enfuir prestement, laissant les villageois sans défense faire face à la vengeance ou la contre-attaque ennemie. Pourtant, même aujourd’hui, même auprès du plus intégriste des Gardiens, celui pour qui Bien et Mal sont absolus et pour qui la nuance n’existe pas, ce personnage garde intacte son aura héroïque.

Vous remarquerez toutefois que globalement, le roman propose une conception non-manichéenne : le bien est une question de culture ou de point de vue (c’est exactement la même chose chez Glen Cook, au passage), vouloir être un héros ne veut pas dire être infaillible, ne pas recourir à la torture, coucher ou s’allier avec d’ex-membres des forces ennemies, s’enfuir si la situation est désespérée, etc. De même (et c’est un point central), on peut faire de bonnes actions pour de mauvaises raisons, mais finalement, seul le résultat compte. Même Celestaine en personne, pourtant la plus grande héroïne de la guerre, dit « We are not good people, not really. We are just trying to do good things ». Loin des absolus de la High Fantasy, nous voici donc sur une très bonne illustration des nuances de la Dark Fantasy ! La pré-fin est d’ailleurs une claire démonstration de cette opposition entre des absolus sans compromis mais aussi et surtout sans rapport avec la réalité d’un côté, et de l’autre la simple volonté de faire le bien, et ce quelle que soit la nature de ses compagnons de route (y compris d’anciens soldats de l’ennemi) ou la méthode employée. Signalons d’ailleurs, à ce stade de l’intrigue, un gros Deus ex machina qui ne m’a vraiment pas paru pertinent.

Le fait de vouloir devenir un héros à tout prix est d’ailleurs récurrent dans l’intrigue : c’est la même chose pour l’Invaincu, pour l’antagoniste (dont l’identité réelle met d’ailleurs très longtemps à se dévoiler), voire même pour Celestaine, que ce soit selon Kul ou même dans certaines questions sur ses motivations profondes qu’elle se pose elle-même (ses introspections sont d’ailleurs souvent fascinantes).

En conclusion

Ce roman d’Adrian Tchaikovsky, le premier d’un cycle qui est aussi un univers partagé, nous montre un monde qui ressemble à une sorte de suite du Seigneur des Anneaux, mais en beaucoup plus fouillé sur le plan des thématiques et en nettement moins manichéen : le Sauron local, le Kinslayer, a certes été vaincu, mais les dommages causés restent, certaines de ses forteresses sont encore debout, certaines de ses armées encore là, quelques généraux encore en capacité de commander. Ses nombreux artefacts magiques se sont dispersés aux quatre vents, source potentielle de problèmes. Son influence corruptrice a dégradé l’environnement, sa cruauté a mutilé des races, celles qui le servaient se cherchent une place dans le monde d’après-guerre, et bien évidemment, reste le problème épineux de la nourriture, du logement, des déplacés, des pénuries, etc.

L’intrigue suit la plus grande héroïne du conflit, Celestaine, dont l’épée magique a mis un terme à l’existence du demi-dieu maléfique. Elle cherche à réparer les torts de ce dernier, un à la fois, en commençant par rendre leurs ailes à un peuple aérien qui en a été privé par pure cruauté. Mais pour cela, elle aura besoin de s’emparer de la couronne du tyran, puissant artefact de pouvoir qui aura peut-être celui d’accomplir un tel miracle. Ce qui va la conduire, elle et ses compagnons, de « donjon » en « donjon » (dans le sens rôlistique de ce terme), dans un road movie mi-épique, mi-humoristique très inspiré par Donjons & Dragons et Tolkien, et qui ressemble vaguement à Kings of the Wyld (en moins bien, mais en plus profond dans le traitement des thématiques). Et justement, ce mélange épique + thématiques de fond + humour pourra en déstabiliser certains, tout comme le fait que l’intrigue traite ce qui se passe après la guerre.

Au final, cependant, j’ai trouvé que les thématiques de fond et leur traitement rendaient ce roman très intéressant, même si, moi-même, je regrette un peu ce mélange des tons ou des genres, et aurait préféré quelque chose de plus « dark ». On remarquera d’ailleurs que la quatrième de couverture ne prépare pas vraiment le lecteur potentiel à l’humour présent dès le début, tant elle semble placer Redemption’s blade dans une Dark Fantasy sans compromis.

Niveau d’anglais : moyen.

Probabilité de traduction : correcte.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes :

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23 réflexions sur “Redemption’s blade – Adrian Tchaikovsky

    • Je pense que celui-ci sera une bonne porte d’entrée dans l’oeuvre de Tchaikovsky pour toi.

      Non, ce n’est pas qu’une impression, il est effectivement assez prolifique.

      J'aime

  1. Ce roman a l’air géniaaaaaaal !! Il faut vraiment que j’essaie de me mettre à Tchaikovsky, parce que son oeuvre a l’air vraiment super riche !
    Super chronique en tout cas, tu fais un boulot monstre !

    Aimé par 1 personne

  2. Dans le même registre « high fantasy post-victoire des gentils ou des moins méchants », j’ai trouvé une nouvelle d’un auteur français vachement prometteur : https://fr.calameo.com/read/0049974313af08b5d8df5
    C’est un des genres de fantasy que j’ai envie d’écrire : une multitude d’espèces différentes, des rapports ethnologiques et socio-politiques réalistes entre elles, bref un dépaysement admettant l’existence d’un grand antagoniste sans pour autant balancer le background aux oubliettes, mais en faire un véritable art.

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  3. C’est assez marrant, c’est le genre de thématique qui m’avait pousser à lire Sanderson. Car, je trouvais sympa de faire tomber le tyran, mais le point qui m’interpeller était toujours « et après? ». Ce genre de perspectives qui est repris dans Les poudres^mages et autres romans du même style me motivent énormément pour cela.
    L’humour tant que cela n’est pas parodique ou trop loufoque, j’adhère. Et comme je suis déjà convaincue par cet auteur, je prends!
    Au fait tu tentes de lire tous les Tchaïkovsky? Car quand tu te lances sur un auteur, tu n’y vas pas avec le dos de la cuillère!

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  4. Ce positionnement après-guerre est intéressant. Je me suis toujours demandée comment cela se passait dans le Seigneur des Anneaux, une fois la paix revenue, pour tous ces orcs et autres races guerrières… Je note ce roman pour une prochaine (ou lointaine ?) lecture !

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    • Ce qui est étonnant dans Le seigneur des anneaux, c’est que l’auteur répond partiellement à cette question pour Saroumane et ses orcs… mais pas pour ceux de Sauron, pourtant bien plus nombreux.

      Aimé par 1 personne

  5. Pingback: Un Juillet 2018, Rayonnant ! – Albédo

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