Elephants and corpses – Kameron Hurley

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Takeshi Kovacs Fantasy ! 

elephants_and_corpsesElephants and corpses est une nouvelle signée Kameron Hurley, une auteure américaine qui exerce dans des genres très différents des littératures de l’imaginaire, depuis la science-fiction et la Fantasy (dont relève le texte dont je vais vous parler aujourd’hui) jusqu’à quelque chose qu’elle appelle le « bugpunk », sa trilogie Bel Dame Apocrypha (sic). Les lecteurs non-anglophones vont pouvoir la découvrir en français dès Novembre 2018, via la parution de Les étoiles sont légion chez Albin Michel Imaginaire. Pour ma part, je vais souvent vous reparler de l’auteure dans les mois qui viennent, puisque un minimum de trois autres critiques de ses ouvrages sont prévues.

L’idée de départ de Elephants and corpses est absolument fascinante : il existe une guilde de mercenaires qui apprend à ces derniers comment « sauter » de corps en corps, devenant ainsi quasiment immortels et à même d’être les derniers debout sur un champ de bataille ! 

Contexte / personnages / intrigue

Comme il s’agit d’une nouvelle d’une trentaine de pages, vous vous doutez bien que l’auteure n’a pas vraiment le temps de détailler son univers, et que celui-ci est brossé à très grands traits rapides. C’est certes le jeu, ma pauvre Lucette, mais dans ce cas précis, c’est tout spécialement frustrant : il y a des tas d’allusions (à un « quartier du troisième sexe », à des « boutiques de machinerie », à un « Viral Wizard », à un « oncle primaire » et un « père secondaire », etc) qui donnent vraiment envie au lecteur d’en savoir ou d’en comprendre plus, mais lesdites explications ne viendront évidemment jamais. De même, pour de la Fantasy, l’univers est plutôt étonnant : il y a plusieurs soleils et une immense nébuleuse très brillante dans le ciel, etc. Mais bon, vous connaissez le principe : si aucune explication n’est donnée à un phénomène (comme celui de transfert d’esprit de corps en corps qui est au centre de l’intrigue) et qu’il paraît parfaitement naturel aux protagonistes du texte, c’est de la Fantasy, point.

Adoncques, il existe une Body Mercenary Guild, qui apprend à ses membres à sauter de corps (mourant) en corps (mort), transférant leur esprit à l’intérieur tout en le ramenant à la vie. Ces mercenaires sont absolument redoutables sur un champ de bataille : tant qu’il y reste une dépouille, ils peuvent continuer le combat, jusqu’à ce qu’ils finissent par être les seuls vivants. Notez que l’existence de cette technique a eu de profondes conséquences sur le plan religieux : les prêcheurs enseignent qu’il n’y a pas de dieux et pas plus de vie après la mort. Pour un de ces mercenaires, un corps n’est qu’une enveloppe, un « costume ».

Ça vous rappelle un peu quelque chose ? Eh voui, c’est finalement très similaire à tout ce qui tourne autour des enveloppes dans Carbone modifié de Richard Morgan, que certains d’entre vous ont récemment découvert grâce à la série télévisée qui en a été tirée, Altered Carbon (une quinzaine d’années après la parution du livre, qui faisait donc depuis longtemps référence en matière de Postcyberpunk).

Le protagoniste, Nev, est un ancien membre de la guilde. Outre le fait qu’il n’était pas à jour de ses cotisations, il aurait de toute façon probablement été, à terme, débarqué, comme des milliers d’autres membres, parce que depuis la fin de la guerre, il y a cinq ans, la demande en soldats est moindre. Les civils veulent passer à autre chose, le rappel de cette apothéose martiale leur est pénible. Avec sa « body manager », Tera, il en est réduit à occuper les corps d’amants décédés pour donner un peu de plaisir à leurs maîtresses nostalgiques. La loose, quoi. Et bien sûr, reste la tâche importante de se constituer une réserve de corps (conservés au grenier, dans la glace), une nécessité vitale pour un Body Mercenary. Notez que la jeune femme lui est nécessaire car la société de la Cité est fortement matriarcale (vous noterez d’ailleurs aussi que c’est une constante dans l’oeuvre de Kameron Hurley : lorsque vous lirez Les étoiles sont légion, vous constaterez que cela va encore plus loin, puisque le livre ne montre pas un seul homme), à un point tel que les hommes n’y ont même pas le droit de propriété (elle lui sert donc de prête-nom pour son affaire) et que les soldats masculins sont considérés comme sacrifiables, à l’inverse des féminins.

Alors que le duo vient d’acheter le cadavre d’une femme noyée, il s’avère que celle-ci est la sœur de Tera, qui s’est enfuie il y a vingt ans pour rejoindre le prédicateur Corez (modelé sur le prédicateur Koresh ?), du Temple de l’œil de Dieu. Or, sur ces entrefaites, les hommes dudit salopiaud débarquent, blessent mortellement le corps d’accueil actuel de Nev, et s’enfuient avec le corps de la sœurette. Bien sûr, Nev a eu le temps de sauter dans un corps de secours, et lui et Tera (qui s’était enfuie) s’en tirent. Sauf que Tera veut récupérer la dépouille de sa parente et lui donner un enterrement décent. Sauf que les méchants ont brûlé l’atelier (et la réserve de corps durement établie) de Nev. On pourrait donc penser que sa soif de vengeance doit être terrible. Eh bien pas du tout. De tout ça, il s’en bat autant les cojones que Rafael Nadal de la présence d’un ramasseur de balles à Roland-Garros, celui à qui il balance à la figure sa serviette pleine de son abondante sueur. Non, s’il veut aller leur démonter la figure, c’est parce que ces imbéciles ont commis l’énormissime erreur de tuer Falid, l’éléphant miniature qu’il avait sauvé de la mort et qui lui servait d’animal de compagnie. Un acte aussi inutile que gratuit. Et ça, ils vont le payer !

Analyse

Bon, résumons : le concept de départ (un mercenaire qui ne peut pas mourir, qui a connu mille renaissances, dont l’esprit passe de corps en corps) est intéressant, même si ce n’est pas vraiment du jamais-vu ; l’univers donne clairement envie d’en savoir plus (ce qui apparemment n’arrivera pas, hélas) ; les personnages sont assez fascinants, la motivation de la vengeance plutôt originale (même si le concept de la vengeance en tant que moteur de l’intrigue est du mille fois vu en Fantasy) ; la fin est plutôt réussie et la morale carrément (un homme qui ne survit que par la mort, pour vivre une vie éternelle, redevient vraiment vivant).

Mais… eh bien le texte reste frustrant. Parce qu’on aurait en voir ou en savoir tellement, mais alors tellement plus ! Contrairement à certaines nouvelles, qui sont auto-contenues et se suffisent parfaitement à elles-mêmes, celle-ci laisse un sentiment énorme de trop-peu, et même si elle est convaincante (et m’a clairement donné envie de découvrir plus de textes signés par Kameron Hurley), elle me laissera tout de même un sentiment mitigé. Il y aurait peut-être eu bien mieux à faire en ajoutant quelques pages, voire dizaines de pages.

Niveau d’anglais : pas de difficulté particulière.

Probabilité de traduction : faible.

***

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