La Compagnie Noire – Glen Cook

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You’re in the Army now, oh oh, you’re in the Army, now*

Status Quo, 1986

black_company_1Ce roman de Glen Cook, sorti en 1984, inaugure le meta-cycle du même nom (divisé en trois cycles et 1 roman dérivé), qui compte dix volumes en anglais et 13 en français (toujours cette manie des éditeurs français de diviser tout ce qui dépasse un certain nombre de pages en deux tomes…). Il s’agit du roman 1 du cycle dit des Livres du Nord (qui en compte 3).

Il est considéré, et à juste titre, comme une référence absolue en matière de Dark Fantasy et de fantasy militaire, comme un roman très original par rapport à la fantasy de l’époque de sa parution, et comme un des grands livres du genre « gritty » (traduisez : terre-à-terre, réaliste, cynique, sans happy end, adulte, plein de sang et d’autres fluides corporels, et où aucun personnage n’est assuré de voir le début du tome suivant : outre Glen Cook, pensez aussi à Joe Abercrombie et évidemment à G.R.R. Martin).

Bien, mais qu’est-ce qui singularise donc à ce point ce roman du reste de la Fantasy ? 

Particularités

A l’époque de sa sortie, ce roman se démarque sur plusieurs points essentiels de l’écrasante majorité (pour ne pas dire de la totalité) de la Fantasy sortie avant lui. Il va sans dire qu’il a eu une importante influence sur la Fantasy sortie après lui, influence qui lui donne aujourd’hui le statut de livre culte. Ces points sont les suivants :

  • La narration et le style : toute l’histoire est en fait racontée dans les annales d’une unité mercenaire d’élite, la Compagnie Noire, par l’historiographe officiel qui se trouve également en être le médecin. Le style est donc concis, terre-à-terre et ne s’embarasse pas de descriptions, surtout pas celles des personnages : vous ne connaîtrez d’eux, pour l’essentiel, que leur surnom. Car oui, il est extrêmement rare que quelqu’un soit nommé dans ce livre sous la forme classique d’un nom et d’un prénom. Les protagonistes ou antagonistes sont donc nommés par un surnom (Toubib, Corbeau, Qu’un-oeil, Tam-Tam, Le Boiteux, Murmure, etc) ou par leur grade (principalement le Lieutenant et le Capitaine). Le roman appartenant à la mouvance gritty, vous ne serez pas surpris, de plus, d’apprendre qu’on ne vous épargne ni le sang, ni la boue, ni les tripes, les exécutions sommaires, les scènes de viol ou de torture. Bref, amateurs de Fantasy « merveilleuse », abstenez-vous, ou si vous vous engagez là-dedans, faites-le en toute connaissance de cause. Bien que… vous pourriez être surpris : l’humour est plutôt présent (deux des sorciers de l’unité se font des crasses à coups d’illusions désopilantes à longueur de journée, un des membres les plus malfaisants de l’unité est nommé, par dérision, Jovial, et enfin les dialogues ont assez souvent un ton ironique savoureux), et même, d’une certaine façon, la… romance : Toubib en pince (dans le genre platonique) pour la Dame, à laquelle il dédie de petits textes qu’il rédige en marge des Annales de la Compagnie. Et croyez-le ou non, la Dame va avoir vent de son intérêt…
  • L’absence de tout manichéisme : dans le sillage de Tolkien, la Fantasy pré-Compagnie Noire avait tendance à avoir des protagonistes et antagonistes très, très tranchés sur le plan moral : en clair, des héros très très gentils, honorables et tout le tralala, et des méchants complètement, incurablement mauvais et immondes. Glen Cook et quelques autres écrivains ont donné un grand coup de pied là dedans, et La Compagnie Noire se caractérise avant tout par une absence totale de manichéisme (l’auteur l’exprime, par la bouche des soldats de la Compagnie, à de multiples reprises au cours du récit : il n’existe ni bien, ni mal, tout est une question de perspective. Bien que, dans le cas de la Dame et du Dominateur…) : en clair, l’unité est du côté des « méchants », ses soldats sont des individus cruels et sans pitié, mais cela ne les empêche pas, pour autant, de faire preuve d’honneur dans certaines circonstances (comme lorsqu’une patrouille tombe sur des soldats alliés en train de violer une fillette en forçant son grand-père à regarder ; on a beau être un chien de guerre impitoyable, faut pas pousser mémé dans les orties non plus, hein). Le Capitaine et Corbeau, par exemple, ont tendance à refréner les ardeurs de viols, de pillages, de tortures gratuites (sans volonté de collecter des renseignements) et de pyromanie des hommes. Les rebelles, supposés être les « gentils » de l’histoire, sont eux aussi des salopards sans pitié, prompts à utiliser la torture (un des Asservis déclare, à propos de Murmure, la plus puissante des magiciennes rebelles : « Elle sert la Rose Blanche, mais elle a le cœur aussi noir que la nuit de l’Enfer »). Bref, rien n’est blanc, rien n’est noir, tout est en nuances de gris, et très fluctuantes, qui plus est. Il y a même des scènes très étonnantes pour un adepte de Fantasy « classique », du genre les vice-rois des méchants (les Asservis) qui viennent donner un coup de main ou des soins aux troufions de base de la Compagnie s’ils sont en péril : on imagine mal un des Nazguls venir charitablement à la rescousse d’une bande de soldats orcs lambda dans le Seigneur des Anneaux !
  • Le côté militaire : si on trouve pléthore de guerriers dans la Fantasy pré-Glen Cook, l’écrasante majorité sont soit des aventuriers travaillant pour leur propre compte, soit des nobles ou des officiers menant des troupes régulières. Si certains protagonistes peuvent exercer, un temps, la profession de mercenaire, ce n’est que transitoire, et c’est le personnage qui est au centre de l’intrigue, pas l’unité mercenaire. Enfin, il est extrêmement rare que le point de vue adopté soit celui des hommes du rang, plutôt celui des officiers ou autres champions / membres hors-normes de l’unité (le plus « proche » exemple auquel je puisse penser avant la sortie du livre de Glen Cook est le cycle de Von Bek / Le chien de guerre de Michael Moorcock). Bref, La Compagnie Noire marque un tournant vers une Fantasy militaire (par analogie à la SF militaire) centrée sur les soldats et les mercenaires, adoptant le point de vue (essentiellement) de l’homme de troupe et écrite dans un style marqué par un réalisme cynique et noir. Glen Cook en est un des grands représentants, aux côtés de Steven Erikson par exemple. Mais nous en reparlerons (voir Style).
  • La mortalité des personnages : avouez qu’avant Glen Cook et G.R.R. Martin, vous n’aviez pas vraiment l’habitude de voir des personnages principaux, ou des secondaires marquants, mourir de façon soudaine et par paquets de douze, hein ? Eh bien ces deux là (entre autres, mais principalement) ont changé tout ça. Ces romans se veulent réalistes, à dimension humaine et pas héroïque comme peut l’être la Fantasy héroïque / épique / la High Fantasy, après tout. Bref, ne vous attachez pas trop, certains protagonistes ou antagonistes peuvent ne durer que quelques pages ou disparaître brutalement…

Contexte

La Compagnie Noire, donc, est une unité mercenaire d’élite, la dernière des Compagnies Franches de Khatovar (ses origines seront explorées dans un autre des cycles du Meta-cycle). Pensez en gros à un mélange entre la Légion Étrangère (on y vient pour laisser derrière soi son passé) et les Grandes Compagnies historiques, et vous aurez une bonne idée de la chose. Au moment où le récit démarre, elle existe depuis quelque chose comme trois siècles et demi, et ce cycle suit son histoire sur quatre décennies de plus. Il ne faut pas, si vous êtes connaisseurs de la nomenclature militaire, vous focaliser sur la signification moderne du terme de « compagnie », particulièrement en termes d’effectifs : il faut vraiment prendre ce terme dans le sens qu’on lui prêtait à l’époque médiévale. En effet, il est mentionné dans le roman que deux siècles auparavant, la Compagnie Noire comprenait 6000 hommes, ce qui, dans la nomenclature moderne, n’est pas si loin de correspondre à une Brigade, et certainement pas à une compagnie d’environ 200 hommes. Durant ce roman 1, ses effectifs varient entre quelques centaines et mille.

Elle est dirigée par le Capitaine et le Lieutenant, assistés par des Sergents (dont Elmo), des Caporaux et des « assimilés-officiers » comme Toubib, médecin et Annaliste (historiographe) de l’unité. Il est très difficile d’y entrer, car d’une part la Compagnie recrute très rarement, et car d’autre part elle est très sélective. Par contre, une fois dans ses rangs, on a trouvé une véritable famille, la plus fidèle qui soit. On peut ne pas être ami avec tous ses camarades, mais ils n’en restent pas moins des frères d’armes qui jamais ne seront abandonnés ou oubliés (la plus grande crainte de ces mercenaires, particulièrement celle de l’Annaliste, est que la mort d’un des membres de la Compagnie soit « oubliée », sans témoin pour la raconter correctement et sans qu’elle soit notée dans les Annales : ce qui n’y est pas inscrit n’existe pas pour les générations suivantes, ce qui fait que l’homme en question est à jamais oublié, sa mémoire bafouée, ce qui est inacceptable).

Les hommes de la Compagnie sont les combattants les plus endurcis que vous verrez jamais : ils peuvent aisément donner une impressionnante raclée à des forces plus de dix fois plus nombreuses, que ce soit avec la totalité de l’effectif ou celui d’une simple section. Question de génie stratégique, d’habileté tactique des chefs de section, de science des armes des soldats de base, de moral, d’entraînement, d’équipement et de discipline. Outre la force des armes, ils peuvent également compter sur la puissance de leurs sorciers (quatre au début du récit, ayant un statut d’officier). En effet, comme dans le Livre Malazéen des Glorieux Défunts (qui s’est d’évidence lourdement inspiré de Glen Cook), la magie est omniprésente dans l’histoire : sorciers de la compagnie, Mages (les Asservis) qui les emploient, magiciens constituant le commandement des rebelles auxquels ils sont opposés, les maîtres des forces occultes ont un rôle de premier plan dans les conflits politiques et militaires qui sont au centre de la construction de l’univers et de l’intrigue. D’ailleurs, si vous aimez les duels à grand spectacle entre thaumaturges ennemis, vous allez carrément adorer ce roman.

Si la magie (par exemple ces tapis volants qui ont une telle importance dans certaines scènes marquantes de l’intrigue) ainsi que des créatures surnaturelles comme la panthère-garou du début du récit ont donc une place de choix dans ce roman, il n’en est pas de même des éléments classiques en général associés par le grand public à la Fantasy : pas d’elfes, pas d’orcs, etc.

La Dame et les Asservis

Après un prologue relativement long dans les Cités Précieuses, la Compagnie entre au service de l’Empire du nord jadis connu sous le nom de la Domination. Quatre siècles auparavant, un magicien surpuissant, le Dominateur, a conquis ces terres, en soumettant un par un les dix rois- et reines-sorcières/ sorciers qui les dirigeaient (pourtant eux-mêmes des magiciens d’une effroyable puissance), et en en faisant ses lieutenants (connus sous le nom d’Asservis). Ce souverain est secondé par sa Dame, qui est la plus puissante magicienne du monde, juste après lui (et qui est un être particulièrement cruel, calculateur et manipulateur, tellement impitoyable qu’elle a assassiné sa sœur jumelle à quatorze ans !). Une rébellion a éclaté, menée par la Rose Blanche, qui a réussi non pas à détruire le Dominateur, la Dame et les Asservis, mais à les mettre en stase et à les emprisonner.

Hélas, quatre siècles plus tard, les Asservis et la Dame ont été libérés de leur sommeil et de leur prison (mais pas le Dominateur) par un certain Bomanz, et comment dire, ils n’étaient pas contents, pas contents du tout même. Ils ont balayé la nation qui avait prospéré sur les décombres de leur empire du Mal, et zou, c’était reparti pour un tour. Mais hélas pour eux, c’était aussi reparti pour un tour côté rébellion, structurée autour d’un Cercle de dix-huit mages (dont aucun n’est aussi puissant qu’un Asservi, sans parler de la Dame…) et de la rumeur d’une réincarnation de la Rose Blanche.

Il faut remarquer que dans le cas de tous les magiciens, de quelque camp que ce soit, l’utilisation d’un surnom n’est pas là pour établir une atmosphère (militaire) mais pour répondre à une impérieuse exigence de sécurité : comme dans Terremer par exemple, la connaissance du Vrai Nom d’un sorcier donne à un mage ennemi un pouvoir absolu sur lui, ce qui fait qu’il doit être caché via l’utilisation d’un surnom dans la vie de tous les jours. D’où les Asservis qu’on appelle par exemple le Boiteux ou le Transformeur, ou le membre du Cercle qu’on appelle Murmure.

Etant donné que les Asservis sont très, très occupés à se disputer l’attention de la Dame (comme des gosses avec leur mère) et que certains d’entre eux ont du s’endormir pendant les cours de stratégie militaire et de tactiques anti-insurrectionnelles, la nouvelle Domination est obligée de faire appel à une expertise extérieure : et qui de mieux, dans ce rôle, que l’unité d’élite parmi l’élite, à savoir la Compagnie Noire ? Nos mercenaires vont d’ailleurs passer au moins autant de temps empêtrés dans les intrigues des Asservis (pour se tirer dans les pattes les uns les autres) qu’à combattre les rebelles.

Style

Je l’ai déjà évoqué, mais le style, en plus d’être noir, cynique et réaliste, est également à l’opposé de la plupart des textes de Fantasy : en clair, on a souvent affaire à de belles plumes et à un style recherché (essayez juste de compter les livres de Fantasy qui comptent des poèmes, un langage inhabituellement riche, des complexités en terme de structure -flash-backs, etc-, et ainsi de suite), et Glen Cook, lors de la rédaction de ce roman, a décidé, une fois de plus, de faire voler en éclat ces « conventions ». Il a donc rédigé son roman dans un style simple, presque de conversation « de tous les jours » pour ce qui concerne les dialogues et comme un compte-rendu succinct, dans un style utilitaire et direct (style journal de guerre), pour ce qui concerne le reste (il faut se rappeler que le texte est supposé faire partie des Annales, après tout).

Les soldats de la Compagnie ne parlent donc pas en Alexandrins, et vous lirez plus souvent « j’suis pas sûr » que « je ne suis pas sûr ». Glen Cook a de plus parfaitement su saisir la gouaille et l’argot militaire, ce qui concourt à donner à ce roman cette atmosphère très particulière qui est une de ses grandes qualités et en fait un chef-d’oeuvre de Fantasy militaire. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il est notoire que les militaires US adorent ce cycle dans son ensemble : ils s’y retrouvent. L’utilisation des surnoms (souvent humoristiques) de préférence aux prénoms, l’aura semi-mythique des officiers supérieurs (Lieutenant et Capitaine, ici) et les relations de profonde camaraderie qui unissent les hommes sont criantes de vérité.

Une remarque : il est clairement dit, à un moment, que les Annales ne sont qu’une version édulcorée de la réalité de la Compagnie. L’Annaliste aurait en effet tendance à minimiser les exactions (pillages, tortures, viols, etc) commises par ses frères d’armes, selon le principe qu’on ne plante pas un poignard dans le dos à sa propre famille. Etant donné que, même comme ça, ce n’est clairement pas pour les amateurs de Fantasy féerique, on se prend à rêver (à cauchemarder, plutôt) à ce que pourrait être le vrai récit !

Ressemblances, convergences, divergences

Donc, si vous êtes un ancien militaire (coucou Lutin 🙂 ) et / ou si vous adorez les films centrés sur de petites unités (Full Metal Jacket, Platoon, Le Maître de Guerre, etc) ou les séries militaires (The Unit, Over There, Band of Brothers, etc), vous allez probablement vraiment apprécier ces romans : leur ambiance, leur humour, leur côté tragique aussi, sont magistralement rendus (et quand Glen Cook vous décrit le sergent Elmo qui passe son temps à gueuler sur les hommes, vous aussi vous reverrez R. Lee Ermey hurler sa prose fleurie ou le sergent-tirailleur Highway secouer un peu ses Marines).

En revanche, si l’atmosphère militaire vous laisse froid, voire si tout ce qui concerne la guerre vous révulse, ne tentez même pas cette lecture : vous allez détester. Certes, les horreurs ou les absurdités de la guerre sont dénoncées, mais nous sommes bien plus clairement (pour ceux qui font ce genre de distinction, ce qui n’est pas mon cas) sur un roman militariste que sur un roman militaire.

Si vous avez lu et apprécié l’oeuvre de Steven Erikson, vous pouvez par contre y aller sans crainte : ce dernier s’est tellement inspiré de la Compagnie pour ses Brûleurs de Ponts que si vous avez aimé l’un, vous aller forcément apprécier l’autre. Outre l’atmosphère, il y a une autre ressemblance et une divergence : la convergence est liée au nombre de personnages (très grand), la différence tient au fait que La Compagnie Noire est beaucoup plus facile à suivre que n’importe quel tome du Livre Malazéen des Glorieux Défunts (surtout le premier). L’emploi de la magie est semblable dans les deux cycles : à grand spectacle et très puissante (la seule différence est l’absence totale d’intervention de divinités dans le destin des protagonistes chez Glen Cook, du moins dans ce premier tome).

On peut enfin évoquer certaines ressemblances (pleinement assumées, visiblement) avec le Seigneur des Anneaux : la Dame vit dans sa Tour (avec un grand « T » et une aura bien sinistre autour), utilise son Œil mystique pour surveiller tout le monde, et possède une dizaine de lieutenants morts-vivants qui sont des rois-sorciers (ou des reines) : ça ne vous rappelle pas un certain Monsieur S., de Bar-à-Durs (pardon, Barad-Dûr) et ses Nazguls ? La différence est que la Tour en question n’est pas dans un désert de soufre et de cendres, mais dans un cadre parfaitement champêtre et bucolique, malgré ce que les rebelles fantasment (un clin d’œil de Cook à Maître Tolkien, visiblement^^).

Personnages

Il faut quand-même avouer qu’il y a, en guise de galerie de personnages, une sacrée bande de durs-à-cuire là-dedans : de Toubib à Corbeau, en passant par Volesprit et bien entendu la Dame, les personnages marquants ne manquent pas. Dire qu’on s’y attache ne reflète peut-être pas complètement la réalité : ils sont trop malfaisants pour que ce soit vraiment le cas, mais en tout état de cause, ils intéressent, et pas qu’un peu.

C’est d’ailleurs un peu la crainte que j’ai sur l’ensemble du Meta-cycle : de voir disparaître, au fil des décennies de l’histoire de la Compagnie, des têtes connues et appréciées. Bien qu’apparemment, certains des sorciers, au moins, dépassent les cent ans, ce qui signifie qu’il y aura au moins une certaine stabilité. Et la fin laisse sous-entendre que nous n’avons pas fini d’entendre parler de deux de nos personnages favoris.

La psychologie des protagonistes ou de leurs alliés est complexe : que ce soit celle des Asservis, qui liquident certains de leurs associés pour qu’ils ne racontent pas certaines scènes auxquels ils ont assisté mais épargnent Toubib et Corbeau, à ce dernier, tueur froid de sa propre femme et de ses amants qui, dans le même temps, se révèle être un père de substitution ultra-protecteur pour Chérie, les paradoxes ne manquent pas. Pour moi, c’est une des raisons qui donnent tout son intérêt à cette série de romans : les personnages ne sont pas mono-dimensionnels, ils ne sont pas idéalisés, ils sont aussi proches d’une personnalité réelle, avec toutes ses inévitables contradictions, qu’il est possible de l’être.

The Dogs of war *(= En conclusion)

Pink Floyd, 1987

Une fantasy noire, cruelle, cynique, parfois glauque, toujours réaliste, qui se situe un peu au carrefour d’un film comme Platoon (les rivalités entre les hommes en moins), d’une série comme Band of Brothers (pour l’indéfectible loyauté qui lie les soldats entre eux, justement) et le Trône de Fer (pour le côté : sang, larmes, sexe, rien ne vous sera caché, tout vous sera montré). Adeptes d’une Fantasy féérico-bucolique, fuyez, détracteurs d’une littérature de genre militariste, tournez les talons, et pour ce qui est des autres, achetez-le, tout simplement.

L’aspect militaire, en SF, en Fantasy ou en général, ne m’a jamais posé de problème, bien au contraire, et s’il y a bien une chose que j’exècre, ce sont les personnages idéalisés et mono-dimensionnels, ainsi que les contextes peu « réalistes » (comprenons-nous bien sur ce terme : j’entends par là proches de la richesse de la palette de situations ou de réactions qu’on vit dans la « vraie » vie ; par contre, si je lis de la Fantasy, c’est pour avoir de l' »irréaliste » -magie, dragons, elfes, morts-vivants, etc- à la pelle, sinon je lis autre chose, du polar ou je ne sais quoi d’autre). Ce roman, et le cycle dans son ensemble, étaient donc faits pour moi. J’ai évidemment adoré, lu ça avidement, et j’en redemande : les tomes suivants seront donc au programme de mes lectures et critiques dans les mois qui viennent. Il faut dire que l’épilogue, qui suit la titanesque bataille de l’avant-dernier chapitre, donne furieusement envie de connaître le sort de deux des personnages.

Pour aller plus loin

  • Si vous avez aimé le mélange de combats épiques et de magie spectaculaire qui caractérise ce livre, vous pourriez également être intéressé par les romans suivants : Les jardins de la luneMage de Guerre.

 

31 réflexions sur “La Compagnie Noire – Glen Cook

  1. Waouh! Tu me donnes envie de m’y jeter tout de suite dessus. Je l’ai lu à sa sortie et il m’avait fait un sacré effet. De ce que je me souviens, l’absence de descriptions n’est pas un pb, les personnages sont très forts. En revanche, je pense que j’étais encore un peu trop jeune (ou pas assez mature) pour l’apprécier à sa juste valeur (même si j’étais déjà officier, je manquais de références dans la SFFF – j’étais plus dans le roman historique ou l’histoire militaire).
    C’est vrai que beaucoup de choses m’ont parues fades par la suite en fantasy. Je me souviens également de l’impression de brutalités et de concepts/valeurs militaires bien loin du credo appris. LOL.
    Mais, nous évoluons et notre esprit s’enrichit et s’ouvre – même les militaires 🙂
    Par exemple, je ne crois pas qu’à cette époque j’aurai autant aimé et apprécié un cycle comme Terrermer, alors qu’aujourd’hui je trouve qu’il est majeur dans la fantasy.
    J’adore ton ajout musical, lire la review avec le tube qui y correspond parfaitement est une nouvelle expérience très bien venue et fort agréable. Cela donne le ton de manière idoine! Génial, quoi.

    Allez hop, on le remets sur la PAL ( je les ai dans un carton).
    Merci!
    PS : sorry pour les pings que tu vas en avoir pendant quelques temps, mais la décision et prise et je migre sur WordPress où j’ai déjà un site depuis la fin 2015.

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    • J’ai prévu des tas d’autres titres d’ambiance pour les tomes suivants, dont Brothers in arms de Dire Straits, évidemment 🙂 A vrai dire, ce n’est pas la première critique où il y a des références musicales, regarde bien celle d’Anno Dracula, il y a un lien vers un Live d’Evergrey 😉

      Sinon pas de soucis pour les pings. Je vais changer le lien vers Albedo dans mon onglet « Liens » de Wix à WordPress, du coup.

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  2. Sacré article, bravo ! Je n’ai lu que le début de cette saga (les 2 premiers tomes – enfin, il y eu des Intégrales récemment, ça a encore changé^^), que j’ai beaucoup aimé, il paraît qu’ensuite la qualité baisse. Mais j’ai bien l’intention de vérifier par moi-même…

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    • Merci 🙂 Au niveau des intégrales, il y en a une (tome 2) sur les Livres du Sud (=Jeux d’ombres, Rêves d’acier, La pointe d’argent), et le tome 3 sort ces temps-ci il me semble (Saisons Funestes + Elle est des Ténèbres, soit la première moitié du cycle 3 = les Livres de la Pierre Scintillante). Je vais finir les livres du Nord, personnellement, après je verrais en fonction des avis sur le net.

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  3. En omnibus le cycle compte 4 intégrales, ça doit être la même chose pour les J’ai Lu ! Pour ma part j’ai adoré cette saga, même si effectivement la dernière partie est un peu différente du reste. Ca me donne envie de la relire, ma lecture du cycle est ancienne !

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  17. Je connaissais ce cycle et, bien qu’ayant aimé l’auteur dans ses « Garrett, détective privé », je n’avais jamais franchi le pas, ça ne me tentait pas plus que ça.
    Et à cause de toi (me semble qu’une des premières chroniques que j’ai lu ici était sur « La pointe d’argent ») je me suis procuré le tome 1.
    Avec d’ailleurs le problème qui revient souvent lorsque je me lance dans une série : si je n’aime pas, c’est schount (= nul en lorrain)… mais si j’aime bien, ça fait encore des tas de livres à acheter, pfff…

    Bref, mon avis : au début ça m’a semblé… obscur. L’impression qu’il fallait accepter de ne pas forcément tout bien saisir et se « laisser porter ».
    Et au fur et à mesure je me suis attaché à certains personnages (oui, moi je m’y suis « attachée », rien que pour te contredire), au point d’être toute émue à la fin (bon, ok, je suis assez émotive, mais tout de même !).
    Du coup, je vais me lancer dans cette série (en lisant le tome 6 en tant que tome 4, j’ai bien noté).

    Et merci pour la remise en contexte car la politique et l’histoire de la Dame et tout ça, ça me semblait un peu flou.

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    • oO, une Lorraine, dans mes bras ! Je ne suis pas originaire de la région, mais j’ai vécu neuf ans à Nancy, et j’en garde un excellent souvenir !

      Content que ce roman t’ait plu, tu verras, la plupart des suites sont d’un très bon niveau également !

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  19. Je veux bien pour Jardin de la Lune, en terme de recommandation. J’ai été voir et le cycle me semble puissant et complexe. Pour Mage de guerre, je viens de voir un avis sur un autre blog plus mesuré, et je n’ai pas l’impression que ce soit réellement comparable à la Compagnie Noire ou Erikson.

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    • Bon, on va dire que c’est de ma faute (et je vais m’empresser de reformuler ma phrase et de me méfier à l’avenir) : quand je dis « si vous avez aimé ça, lisez ceci », je ne sous-entend pas forcément que vous allez tomber sur le même niveau de qualité, juste sur un livre relevant des mêmes sous-genres, ce qui est très différent. Si on considère que Mage de guerre propose aussi des combats épiques et de la magie à forte puissance, spectaculaire et omniprésente, je pense que nous serons d’accord pour dire qu’il sort effectivement du même tonneau que les livres de Cook ou d’Erikson.

      Maintenant, en terme de qualité, on ne peut évidemment pas placer Mage de Guerre sur le même plan que les deux autres : Cook a été un précurseur avec La compagnie noire, Aryan est juste un suiveur qui reprend les mêmes recettes, trente ans après. Erikson a créé un univers et une intrigue globale absolument hors-normes, et il est évident que là aussi, Aryan ne peut rivaliser.

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      • C’est plutôt moi qui est très mal formulé ma question, et non le contraire. Vraiment désolé, je viens de me relire et c »est un peu limite au niveau de la courtoisie.
        Ta réponse m’éclaire parfaitement sur la « hiérarchie » des 3 œuvres. J’ai lu la compagnie Noire et partage ton analyse. Je n’ai pas aimé le Cycle des Epées par exemple, ni Conan, ni Hobb. Je recherche un cycle dans une veine similaire. Le Jardin de la Lune me semble parfait, Mage de Guerre ne m’inspire pas la même confiance et tu le confirmes.
        Merci et encore désolé de la sécheresse de mon message précédent.

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  24. Est ce que tu sais si Cook est fan de comics ? Parce que les Asservis m’ont fait furieusement penser aux entités cosmique de Marvel ( les Doyens de la galaxie) ou de DC (les New Gods d’Apokolips). La Dame et le Dominateur sont carrèment d’un niveau cosmique. Le Dominateur c’est le Galactus du monde créé par Cook.
    Je l’ai senti comme ça.

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  25. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas entendu parler de la Compagnie Noire, une des premières sagas de fantasy que j’ai jamais lu. Je pense que je vais me les refaire. A l’époque j’avais laché au moment où ils ne sont plus qu’une poignée dans le désert, ça avait perdu le fil du début j’avais trouvé..

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